‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource] (volume 2)Chapitre 4 sur 344 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Bien que les maladies de la vulve soient accessibles à l'exploration directe, on peut dire qu'elles sont plus imparfaitement connues que beaucoup de maladies internes; ce qui tient sans aucun doute à la négligence avec laquelle on les a étudiées. Nous ne nous occuperons que de la vulvite simple, de la vulvite folliculeuse, de la follicvlite vulvaire, de la vulvite pseudo -membraneuse, de la gangrené, de la névralgie et du prurit de la vulve. Ces affections sont, en effet les seules qui doivent trouver place dans le cadre que nous nous sommes tracé '

ARTICLE Ier.

VULVITE SIMPLE.

On ne trouve nulle part une description de la vulvite simple. Cela tient à ce nue Ion naguère considéré cette maladie que comme faisant partie delà blennorragie. I est certain (pie c'est à la suite de cette affection spéciale qu'elle se montre le plus fréquemment; cependant il n'est pas douteux que I'inLimatfon de Z vulve ne puisse auss, se produire en dehors de toute cause vénérienne et n'v Yalleix, 4'édit.— V. ' ' y

eût-il que la vulvitc que l'on observe chez les enfants, le fait serait parfaitement prouvé. Il importe donc d'en dire quelques mois.

Causes. - C'est, comme nous l'avons dit, chez les petites filles que se montre particulièrement la vulvite dont il s'agit. Cependant, ainsi que l'ont fait remarquer les auteurs qui se sont occupés particulièrement des maladies des enfants, il n'est , pas commun de voir la maladie se développer spontanément chez des sujets parlai- ' tement sains. Elle se produit ordinairement chez des enfants détériorés par des maladies antérieures, lymphatiques, scrofuleux. Il est fort rare de la voir apparaître de cette manière après les premières années de la vie.

Que les sujets soient sains ou dans un état valétudinaire, il faut ordinairement une cause excitante pour produire la maladie. C'est souvent la malpropreté chez les enfants; et, dans toutes les conditions, ce sont les diverses excitations de la vulve, parmi lesquelles il faut placer en première ligne la masturbation et les violences exercées par des hommes sur des filles très jeunes. Nous avons vu, en parlant des oxyures du rectum, que ces petits vers peuvent occasionner un prurit très désagréable, non-seulement de l'anus, mais encore de la vulve, soit qu'ils se portent dans cette dernière partie, soit qu'ils restent dans le rectum. 11 en résulte que les petites jlilles portent sans cesse leur main à la vulve, qu'elles irritent cette partie par des frottements répétés, et de là une inflammation plus ou moins vive.

On observe assez fréquemment un écoulement abondant de la vulve chez les filles nouvellement nées. Ce qui paraît particulièrement produire "cet écoulement qui s'accompagne assez souvent de tuméfaction et de rougeur, ce sont les manœuvres de l'accouchement, et peut-être le contact des matières sécrétées par le vagin de la mère. Le fait est surtout évident lorsque les enfants se sont présentés par le siège.

[Les excès de coït ou seulement la défloration peuvent être cause de l'inflammation de la vulve chez les femmes adultes. <- J'ai plusieurs fois observé, dit M. Lebert (1), chez des jeunes femmes récemment mariées, une vulvite très intense, lorsqu'il y avait disproportion des organes ginitanxou régidité de l'hymen, ou enfin abus du coït. » Il est d'autant plus important de signaler l'action de ces causes que l'on pourrait, bien à tort, attribuer les accidents à la contagion blennorrhagique.]

Symptômes. — 1° Vulvite simple aiguë. — Rien n'est plus simple que les symptômes de la vulvite simple aiguë. Un sentiment de chaleur, avec cuisson plus ou moins vive et tuméfaction plus ou moins considérable de la vulve qui offre quelquefois un aspect fongueux, et bientôt après un écoulement d'abord limpide, puis épais, blanc ou jaunâtre, d'une abondance variable, voilà ce que l'on observe dans tous les cas. Le contact de t'urine augmente la douleur lorsque l'inflammation est un peu vive, et dans le même cas, la marche est difficile ou presque impossible. On voit, au reste, que, sous ce rapport, il n'y a pas de différence essentielle entre la vulvite simple et la blennorrhagie.

Cette inflammation peut-elle se communiquer par le contact? C'est ce que pensent plusieurs auteurs, mais ce qui n'es, pas démoiilré.

Cette affection ne détermine pas par elle-même de symptômes f/énérau.r : c'est un mal purement local.

(1) Traité d'analomie pathologique générale et. spéciale. Paris, 1860, t. II, p. 416.

VULVITE SIMPLE. — DIAGNOSTIC. g

2° Vulvite simple chronique. — C'est sous cette forme qu'elle se présente souvent chez les enfants profondément débilités. Elle succède à la précédente lorsque des excitations continuelles l'ont entretenue pendant longtemps. Elle ne diffère de la vulvite aiguë que par l'absence complète ou presque complète de la douleur, de la tuméfaction, et parfois de la rougeur. L'écoulement qu'elle produit est aussi moins épais dans les cas ordinaires.

Marche, durée, terminaison. — La marche de la maladie est très aiguë lorsqu'une violence brusque a été exercée sur la vulve. S'il s'agit d'une excitation répétée, comme la masturbation, ce n'est qu'au bout d'un certain temps que les symptômes prennent un assez haut degré d'intensité. Nous avons vu plus haut que la vulvite simple, qui survient secondairement chez les sujets maladifs, a ordinairement une marche chronique.

La durée de cette affection est par conséquent très variable. Suivant 31. Durand- Fardel, cette affection, lorsqu'elle est due à une violence brutale, se fait remarquer par la promptitude avec laquelle elle se guérit. Le fait doit être admis d'une manière générale; cependant nous avons vu à l'hôpital de Lourcine un certain nombre de petites filles qui avaient subi de semblables violences, sans que rien pût faire penser qu'il y avait contagion, et chez lesquelles l'écoulement se prolongeait beaucoup, et résistait aux moyens qui, d'après tous les auteurs, en triomphent facilement. Peut-être, malgré la surveillance, la masturbation entretenait-elle le mal. Ce qu'il y a de certain, néanmoins, c'est que la vulvite aiguë peut, dans quelques cas, durer, avec tous ses caractères, un et deux mois sans qu'il soit possible de découvrir la cause de cette durée insolite.

La vulvite aiguë a une terminaison promptement favorable dans la grande majorité des cas. On vient de voir qu'il y a des exceptions à celte règle. La vulvite chronique, et surtout, celle qui est la conséquence d'une débilitation considérable a souvent de la tendance à se perpéluer, bien qu'on éloigne la cause occasionnelle qui a pu la produire, et que l'on emploie les moyens reconnus pour les plus

ClilCUCCS.

Diagnostic. - Il est évident que le diagnostic de l'inflammation de la vulve considère d'une manière générale, ne peut présenter aucune difficulté Pour là vulvite : aiguc, la rougeur, la tuméfaction, la douleur et l'écoulement forment un ensemble de symptômes qui ne peut se rapporter qu'à cette maladie ; et pour la vu vue chronique, un écoulement avec un certain degré d'irritation, bornés à la vulve, sont des caractères suffisants.

Il n'est qu'un seul point sur lequel il soit nécessaire de dire quelques mots ; mais ce pointa une grande importar.ee et présente de grandes difficultés. Est-il possible de décider, d après les symptômes et la marche de la maladie, si la vulvite due a une violence extérieure, la vulvite trauMatique, suivant l'expression de M. Durand, FardeK peu et,, distinguée de la vulvite spontanée? C'est principale,™ te L les jeunes Biles qui n'ont pas atteint l'âge de quinze ans, q„ l'on st S à se

7nor 7m' ) TZà* ,,affecHoD' *» i;> «w** *. «STiS

chez elles les résultats de la violence beaucoup plus grave et m.'il m r? , vulvite ordinairement intense. Les cas de ce ',,„•, Z 1 1 une

queuimen. à l'observation, et £ ^ ^Z^^T ^ ^ devient délicate en pareil cas. ° 1 G<S>mbieo Ium' tniS81on

h MALADIES DES FEMMES.

M. Durand-Fardel (1) s'est attaché plus qu'aucun autre auteur à résoudre cette question importante, et voici un résumé de ce qu'il dit à ce sujet. D'après ses observations : 1° La vulvite due à la violence est bornée à la vulve et au méat ou au canal de l'urèthre, tandis qu'il est extrêmement rare que l'on observe celte circonscription dans la vulvite spontanée. 2° La vulvite iraumatique présente une rougeur plus vive de la muqueuse, et unétatd'éréthisme des petites lèvres plus marqué que dans la vulvite spontanée, qui est ordinairement chronique, ainsi que nous l'avons vu plus haut, et sous la dépendance d'une détérioration plus ou moins marquée de l'organisme. 3° La première cède à des moyens très simples avec beaucoup plus de facilité et de promptitude que la seconde à des moyens plus actifs. k° Enfin le début récent de l'affection, rapproché d'autres circonstances, peut mettre sur la voie du diagnostic.

Les signes distinctifs donnés par M. Durand-Fardel, auxquels il sera bon d'en joindre d'autres tirés d'un interrogatoire attentif sur les diverses causes précédemment indiquées, ont une valeur réelle, et assurément il n'est pas de médecin légiste qui n'en tienne un grand compte. Néanmoins, et l'auteur que nous citons le reconnaît lui-même, ce ne sont pas là des certitudes, et, à moins que d'autres observations ne viennent jeter un nouveau jour sur cette question obscure, une enquête rigoureuse sur ce qui s'est passé sera toujours nécessaire pour permettre de porter un diagnostic précis qui, du reste, sous le rapport pratique, n'a pas une aussi grande importance.

Pronostic. — L'affection dont il s'agit est très peu grave lorsqu'elle survient à la suile d'une violence extérieure, d'une excitation quelconque, chez un sujet bien portant. Dans le cas contraire, c'est-à-dire lorsque, soit sous l'influence de ces causes, soit spontanément, la vulvite se manifeste chez des enfants débilités par des maladies antérieures ou actuellement malades, l'affection est plus sérieuse, d'abord parce qu'il est beaucoup plus difficile d'en triompher, et ensuite parce que l'écoulement continuel qui en résulte contribue encore à augmenter la débilitation, et occasionne des troubles digestifs.

Traitement. — Le traitement de la vulvite simple aiguë ne présente rien de particulier. Disons seulement que cette affection cède ordinairement beaucoup plus promptement que la vulvite blennorrhagique aux simples émollients, et dans les cas les plus graves aux lotions légèrement astringentes. Dans quelques cas néanmoins, il faut recourir aux lotions cathérétiques, et, comme nous l'avons dit plus haut, ces cas peuvent être assez rebelles. Ainsi on aura recours à la cautérisation légère avec le nitrate d'argent, et aux lotions avec une faible solution de cette substance, à peu près comme dans la vulvite chronique.

La vulvite chronique, et surtout celle qui est sous la dépendance d'une débilitation marquée de l'organisme, d'un état lymphatique, scrofuleux, exige quelques autres moyens. Ainsi, localement, on aura recours tout d'abord aux lotions astringentes ou cathérétiques {nitrate d'argent dissous dans l'eau, à la dose de 0,05 à 0,10 gram., par 60 grammes de liquide); puis, s'il s'agit d'un appauvrissement du sang résultant d'une convalescence difficile, de la misère, etc. , on prescrira les

(1) Mémoire sur la blcnn. chez la femme, elc. (Journal des connais, mal, chirurgicales, juillet 18*0).

VULVITE FOLLICULEUSE. — SYMPTÔMES. 0

toniques, les analeptiques, comme dans la blennorrhée qui se montre dans les mêmes conditions; et si le sujet est scrofuleux, on aura recours aux moyens indiqués à l'article Scrofules (1).

On comprendra facilement pourquoi nous passons si rapidement sur cette maladie, dont l'histoire demande de nouvelles recherches.

ARTICLE IL

VULVITE FOLLtCULEUSE.

§ Ii — Séfînition.

Déjà Graaf (2) avait indiqué la possibilité de l'inflammation isolée des follicules qui entourent l'entrée du vagin, lorsqu'un certain nombre de cas qui se sont présentés à M. A. Robert (3) ont permis à ce chirurgien de tracer une histoire détaillée de cette affection. Voici ce qui résulte de ses recherches.

§ II. — Causes.

C'est presque toujours à la suite d'une blennorrhagie que se manifeste l'inflammation des follicules muqueux de la vulve, du moins c'est dans ces circonstances que M. Robert l'a observée ; mais on conçoit que toute autre inflammation puisse envahir ces lacunes, et donner lieu aux symptômes qui vont être décrits. M. Robert a cité deux faits dans lesquels on voit l'inflammation survenir après la grossesse.

§ III. — Symptômes.

L'inflammation des autres parties, soit de la vulve, soit du vagin, est dissipée ou très considérablement amendée lorsque celle des follicules se fait remarquer par les signes qui lui sont propres. M. Robert explique facilement la persistance de cette dernière par la disposition des parties enflammées. On comprend, en effet, sans peine, que ces cavités à orifice étroit présentent une inflammation plus rebelle que les autres points de la muqueuse, puisque les moyens dirigés contre elle atteignent difficilement le siège du mal.

Les malades éprouvent, clans le point occupé par l'inflammation, un prurit parfois insupportable, ou bien des élancements douloureux, ou enfin l'un et l'autre de ces symptômes. C'est surtout pendant la marche qu'ils se font sentir.

Il y a toujours de Y écoulement. La matière de cet écoulement est peu abondante; blanche et opaline lorsque la maladie est ancienne ; jaunâtre, épaisse, puriforme lorsque la maladie est récente. Dans quelques cas, l'écoulement est plus abondant. Cela tient à la dilatation de la cavité folliculeuse qui augmente la surface sécrétante. L'écoulement n'est pas continu, du moins dans la très grande majorité des cas. A des intervalles variables, une, deux fois ou plus par jour, la matière

(I) Voyez les articles Scrofules cl Carreau, t I et IV. {D De millier, organ. gênerai, inserv.

8« »6riïl8°iî'f" Xl^pfS f'C4' f0lUCUleS mUqU°UX dela mlve (Ârch' °é"' dc mé*

s'échappe en plus ou moins grande abondance, ce qui s'explique facilement par &mmm de orifice, qui détermine l'accumulation du liquide dans la cavité du loll.cule, de telle sorte que celui-ci n'est évacué que lorsque la distension de celte cavité est parvenue à sa dernière limite. Dans les deux cas survenus après la grossesse, c'était pendant la nuit que se vidaient les petites tumeurs, et Swediaur a cité un cas de prétendues pollutions nocturnes fréquentes chez une femme que M. Robert est porté à rapprocher des faits précédents, ainsi que celui qu'il 'a observé lui-même. L'évacuation du pus contenu dans un ou plusieurs follicules aurait, dans ces cas, simulé les pollutions spermatiques de l'homme.

Quelquefois il est nécessaire d'exercer une pression sur les tumeurs pour les vicier. M. Robert a cité des exemples de ce genre. Les femmes, prévenues par la douleur, cherchaient elles-mêmes à se soulager eu pressant sur la poche purulente pour en faire sortir le liquide.

Vexamen attentif de l'orifice du vagin fait voir, dans le sillon qui limite en dehors les caroncules myriiformes, une ou plusieurs ouvertures très petites, arrondies, grisâtres, entourées d'une aréole rouge, contrastant avec la couleur rosée des parties voisines. Parfois ces aréoles se confondent et forment ainsi une zone d'un rouge vif, plus ou moins étendue autour de l'entrée du vagin et de celle de l'urèthre. Ces petites ouvertures sont situées sur de petites élévalions dont le volume varie suivant que les follicules sont plus ou moins distendus par le pus. Quelquesunes sont parfois assez, saillantes, ce qui est dû à la fois à la distension de la cavité et à l'hypertrophie des parois. C'est surtout pendant et après la grossesse que M. Robert a vu les saillies du plus gros volume

Mais c'est en explorant les points malades à l'aide d'un stylet d'Anel qu'on obtient le signe le plus important. Ce stylet pénètre, en effet, à une assez grande profondeur par l'orifice indiqué plus haut. C'est ainsi que, dans plusieurs cas, M. Robert a pu le faire pénétrer jusqu'à une profondeur de cinq à six lignes.

Enfin, lorsqu'on presse les follicules, on voit s'écouler au dehors une quantité variable de matière ayaut l'aspect indiqué plus haut, ce qui achève de caractériser la maladie.

L'affection est purement locale; aussi n'observe-t-on pas d'autres symptômes que ceux qui viennent d'être indiqués. Les malades sont souvent irritées par la persistance de leur maladie, par la douleur qu'elles éprouvent; mais la santé générale n'en est pas altérée, à moins de complications.

M. Robert a remarqué que, dans presque tous les cas, on trouve des ulcérations, des érosions, des granulations de l'utérus; mais il est évident que ces lésions, qui sont dues, comme l'inflammation des follicules, à la maladie primitive, la blennorrhagie, n'ont pas d'autre rapport avec la vulvite folliculeuse.

§ IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.

L'inflammation des follicules se produit très rapidement dans le cours de la blennorrhagie; niais, dans le plus grand nombre des cas, elle est peu intense, ne pénètre probablement pas à une grande profondeur, cl se dissipe avec l'inflammation des autres parties des organes génitaux. Dans les circonstances opposées, l'inllam-

VULVÏTE FOLLICULEUSE. — TRAITEMENT. 7

mation persiste, elle reste stalionnairc, et la maladie dont nous nous occupons est déclarée.

La durée de cette maladie est illimitée; les sujets ne réclament ordinairement des soins qu'après avoir souffert pendant longtemps. M. Robert a traité des malades qui en étaient affectées depuis quinze mois.

D'après les faits connus, la vulvite folliculeuse, lorsqu'elle est parvenue au degré dont il s'agit, n'a plus aucune tendance à se terminer spontanément; les follicules vidés se remplissent bientôt de nouveau pus ou muco-pus, et ainsi de suite, sans autre amélioration qu'une diminution progressive dans la consistance et la couleur jaune de l'écoulement.

§ V. — Diagnostic.

Les signes indiqués plus haut sont trop précis pour que le diagnostic présente la moindre difficulté. Cependant il est une affection analogue sur laquelle M. Vidal (de Cassis) (1) a spécialement fixé l'attention des chirurgiens : c'est un abcès des grandes ou des petites lèvres qui s'ouvre spontanément, et dont l'orifice devient fisluleux. Les choses se passent dans ces cavités accidentelles comme dans les cavités naturelles dilatées et enflammées qui entourent l'orifice du vagin ; mais, le siège étant différent, il n'y aurait pas lieu de parler de ce diagnostic, si quelques chirurgiens n'avaient pensé que peut-être l'inflammation, placée par M. Robert dans les follicules, n'est autre chose qu'un de ces abcès signalés par M. Vidal. C'est une question que nous ne pouvons pas résoudre d'une manière absolue; cependant nous dirons que les détails anatomiques fournis par M. Robert sont trop précis pour qu'on puisse supposer que la maladie qu'il a décrite ait son siège ailleurs que dans les follicules dont il s'agit. Le mémoire de M. Huguier (2) sur les maladies de la glande vulvo-vaginale fournira aussi de bons renseignements sur ce sujet.

M. Robert, remarquant que le prurit de,la vulve est parfois très-marqué clans l'inflammation des follicules, s'est demandé si, dans quelques cas, ce n'est pas à cette inflammation même qu'il faut rapporter le prurit observé sans lésions reconnues et qui a été signalé par les auteurs. II croit qu'on peut, en particulier, rattacher à cette affection certains cas regardés par Biett comme des prurigos de la vulve, quoique aucune éruption ne se montrât, et il est d'autant plus porté à le faire que, dans plusieurs observations citées, les moyens dirigés contre ces prétendus prurigos ont complètement échoué.

II est à peine nécessaire de dire que cette maladie n'a aucune gravité ; et nous allons voir qu'elle a toujours cédé à un traitement approprié.

§ VI. Traitement.

Le traitement de la vulvïte folliculeuse est tout chirurgical. Voici comment il est exposé par M. Robert :

« L'expérience m'a démontré, dit cet auteur, qu'il ne faut pas compter sur les appl.cat.ons exter.eures, et que le seul moyen efficace consiste à détruire les organes

(1) Voyez Traité de pathologie externe, 5e édit. Paris l «fin i v

(2) Mémoires de V Académie de médecine. Paris, «50, t. xv,' p. 606 et suiv.

affectés. Un stylet d'Ànel, des ciseaux très fins et boutonnés, un cravon de nitrate d argent sont les objets nécessaires pour cette petite opération.

» La malade étant convenablement placée, on introduit d'abord un stylet d'Anel dans la cavité du follicule qu'on reconnaît à sa direction oblique, à sa position superficielle et à sa profondeur, qui varie entre quatre et huit lignes, puis on en dilate l'entrée en exécutant avec l'instrument de légers mouvements de circumduction. Une des lames des ciseaux étant substituée au stylet, on la fait parvenir avec précaution jusqu'au fond du follicule, et, par un mouvement brusque, on divise la cloison membraneuse et mince qui sépare sa cavité de celle du vagin. La plaie étant tout de suite abstergée, ou la cautérise, ainsi que la surface du follicule, avec le crayon de nitrate d'argent.

» Cette opération, quoique douloureuse, ne provoque aucun accident sérieux. II survient un peu de gonflement inflammatoire, les surfaces cautérisées suppurent et se cicatrisent assez promptement; mais souvent on voit persister quelques débris du follicule qui ont échappé, soit aux investigations du chirurgien, soit à l'action de l'instrument tranchant et du caustique. Il faut les atteindre et les cautériser plus tard. La guérison ne saurait être complète si le follicule n'est entièrement détruit. »

Telle est cette affection, que nous avons cru devoir présenter avec quelques détails, bien qu'elle appartienne plus particulièrement à la chirurgie qu'à la pathologie interne, parce qu'elle n'est pas très connue ; parce que, si l'attention du médecin n'est pas suffisamment attirée sur elle, il peut, pendant bien longtemps, la laisser persister malgré les incommodités qu'elle cause, et surtout parce que ces follicules malades, s'ils ne sont pas détruits, peuvent être des foyers permanents de contagion. Il est plus que probable, en effet, que dans un assez bon nombre de cas, des femmes qui ont communiqué des blénnorrhagies ont été regardées comme saines, tandis qu'elles avaient l'affection qui vient d'être décrite, et qui avait passé inaperçue.

Quant à l'hypertrophie des follicules vulvaires, et aux maladies de la glande vulvo-vaginale, elles rentrent entièrement dans le domaine de la chirurgie, et nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer, à ce sujet, le lecteur au mémoire de M. Huguier, cité plus haut.

ARTICLE III

FOLLICULITE VULVAIRE.

M. le docteur Huguier (1), qui a étudié avec une attention toute particulière les maladies des organes génitaux externes de la femme, a désigné sous le nom de folliculitc vulvaire une affection qu'il ne faut pas confondre avec la précédente, car elle ne porte plus sur les follicules muqueux de la vulve, mais bien sur les follicules sébacés et pileux. Cette maladie n'est autre chose que l'inflammation de ces follicules; elle mérite d'être connue, parce que, comme le fait remarquer

(1) Mémoire sur les maladies des appin eih sécréteurs des organes génitaux externes de la femme (Mém. de l'Acacl. de méd., Paris, 1850, t. XV, p. 527).

FOLLICULITE VULVAIRE.

M. Huguier, si l'on ne sait pas bien la distinguer, on risque de la confondre avec la syphilis. •

Les femmes brunes, rousses, lymphatiques, scrofuleuses, sont les plus sujettes à celte maladie, qui se montre tout particulièrement pendant la grossesse.

Parmi les causes occasionnelles, nous trouvons les grandes fatigues, la malpropreté, les pediculi pubis qui produisent la maladie par les frottements qu'ils provoquent. Il faut aussi noter tout ce qui irrite la vulve : ainsi les frictions avec des pommades irritantes et les diverses éruptions dont cette partie peut être le siège.

M. Huguier décrit trois périodes dans les symptômes. Dans la première, il y a prurit, un peu de tuméfaction, rougeur légère, petites élevures d'un rouge plus vif, disséminées, nombreuses, arrondies ou étoilées, pénétrant dans l'épaisseur de la peau, où l'on sent leur résistance, rendant les surfaces rugueuses et occupant les follicules sébacés ou les bulbes pilifères. Elles ne sont douloureuses que quand on les irrite par des frottements, ou lorsqu'il y a une agglomération de follicules enflammés, et clans ce dernier cas, la douleur ne se manifeste que quand on touche la partie malade.

Il y a en même temps une augmentation de sécrétion et une odeur forte du fluide sécrété.

Dans la seconde période, les follicules suppurent, augmentent de volume, et forment des boulons plus rouges à la base qu'à la pointe. Un peu plus tard, le sommet blanchit, et le bouton folliculeux prend l'aspect d'une pustule.

La chaleur, la démangeaison, la douleur augmentent. Ordinairement, les pustules sont déchirées par les ongles ou par des frottements ; le pus s'écoule au dehors, et le follicule présente une petite ouverture de 1 à 2 millimètres.

Chez les femmes qui n'ont pas une grande propreté, la vulve a, dans ce moment, un aspect repoussant. On y voit les poils collés par une matière poisseuse, grisâtre, un mélange de croûtes, de matière purulente , de débris de 1'épiderme et de papilles érigées, des excoriations, un écoulement de pus qui peut être assez abondant pour aller jusque sur les cuisses; et enfin ces parties exhalent l'odeur la plus fétide.

Dans la troisième période, à laquelle M. Huguier donne le nom de période de déclin ou de dessiccation, la muqueuse et la peau pâlissent; il n'y a plus qu'une simple démangeaison, les follicules s'affaissent, il se forme de petites croûtes; quelquefois la matière purulente se concrète dans les follicules et y entretient une inflammation subaiguë, qui parfois reprend de l'acuité ; d'autres fois les follicules se vident, l'inflammation tombe; enfin les excoriations elles ulcérations se cicatrisent. Souvent cette affection se complique iïérythème, d'ecthyma, et plus rarement à'œdème, iVàerpès, Xérysipèle, d'abcès des nymphes. II existe assez fréquemment de la leucorrhée ou une blennorrhagie syphilitique.

En exposant les symptômes dans leur ordre d'apparition, nous avons tracé la marche de la maladie. Sa durée est très variable, suivant les soins hvgiéniques que prennent les malades. C'est principalement la durée de la deuxième période qui peut être prolongée par le défaut de soins et de propreté. Quant à la terminaison elle n est jamais fâcheuse.

Dans le diagnostic, on doit éviter de confondre celte affection avec d'autres

*° MALADIF, S DIÎS FKMMIÎS.

affections cutanées, et principalement ét ec 1rs maladies svpï.ilitiqucs. Vkorph s'en distingue par ses vésicules ; Yecthyma, par la largeur de ses pustules, par leur position pins superficielle, et aussi par l'existence de pustules semblables sur d'autres parties du corps.

Les symptômes syphilitiques se distinguent en ce qu'il est fort rare qu'ils soient bornés a la vulve, en ce que les ulcérations sont plus profondes et les tubercules plus étendus, enfin en ce qu'ils donnent souvent lieu à d'autres signes dans d'autres parties du corps. Malgré ces différences, M. Huguier reconnaît qu'il est des cas où la difficulté est extrême.

Le traitement est fort simple. On commence par rechercher si la maladie est produite par une irritation quelconque, qu'on fait promplement cesser.

Puis on recommande les soins de propreté : on fait laver fréquemment les parties avec des décoctions adoucissantes tièdes ou presque froides; ou bien avec des décoctions légèrement narcotiques, comme les décoctions de têtes de pavot, de laitue, etc. On prescrit des bains de siège simples ou émollients. On fait oindre les parties avec du beurre de cacao, de V/wi/e d'amandes douces, etc.

Ces moyens, joints à un régime doux et au repos, triomphent ordinairement de la maladie. Quelquefois il faut y ajouter quelques lotions astringentes {décoctions de ratankia, de roses de Provins, etc.).

Enfin, quand la maladie est plus opiniâtre, on cautérise légèrement les parties, soit avec une solution légère de nitrate d'argent, soit avec une solution étendue de nitrate acide de mercure, soit en promenant légèrement le crayon de nitrate d'argent sur les excoriations.

ARTICLE IV

VULVITE PS KUDO -MEMBRANEUSE.

Nous n'avons pas de renseignements très précis sur cette affection, qui n'a guère été étudiée que subsidiairement dans des articles consacrés à la diphthérite. M. Bretonneau l'a mentionnée et en a cité des exemples. Elle ne se montre guère que daus des cas où la diphthérite a envahi d'autres points du corps, et en particulier la bouche. On peut donc la considérer comme une affection secondaire.

C'est presque toujours dans des épidémies de stomatite pseudo-membraneuse qu'on observe la diphthérite vulvaire. Elle affecte les enfants, et, lorsqu'elle se montre, on trouve souvent des pseudo-membranes dans plusieurs autres parties du corps, comme les oreilles, le nez, les surfaces des vésicatoires.

Il est rare qu'elle s'étende au delà de la vulve; cependant elle peut occuper l'urèthre et le vagin. « Je n'ai pas connaissance, dit M. Velpeau, qu'elle ait jamais pénétré jusque dans le col de l'utérus, ni que de la vulve elle ait gagné le rectum. »

Les symptômes sont la douleur, une tuméfaction qui n'est pas ordinairement considérable, l'apparition d'une pseudo-membrane semblable à celle qui envahit la bouche (1), et l'écoulement d'une matière sanieuse. « Arrivée «i l'urèthre, du

(I) Voyez article Stomatite pseudo -membraneuse, t. III, p. 474.

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