‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource] (volume 2)Chapitre 50 sur 344 · NÉVRALGIE DE L'UTÉRUS. — HYSTÉRALGIE · texte numérisé non relu

NÉVRALGIE DE L'UTÉRUS. — HYSTÉRALGIE

quelques cas ils font remarquer que la violence des douleurs n'esl pas en rapport avec la lésion, et que leur forme est celle des douleurs névralgiques ; mais ce n'est pas là résoudre la question. Bien plus, dans les cas mêmes où aucune lésion de l'utérus ne pouvait rendre compte des symptômes douloureux, on n'a pas recherché si le mal avait sa source ailleurs que dans l'organe lui-même, dans les nerfs lombaires, par exemple. Or, depuis que notre attention est fixée sur les névralgies,nom avons observé maintes fois de vives douleurs utérines sans altération appréciable de l'organe; mais aussi, en pareil cas, on trouve vers les lombes, le long de la crête iliaque et dans l'hypogastre, des points douloureux qui font voir que cesdouleurs utérines faisaientsimplement partie d'une névralgie lornbo-abdominale .

Il est néanmoins permis d'admettre que la névralgie peut ê:re bornée à l'utérus. Dans toutes les névralgies, en effet, on trouve des exemples d'une pareille limitation du siège de la maladie. Ainsi, dans la névralgie cervico-brachiale, la maladie peut être bornée à la partie du nerf cubital ou du nerf radial qui occupe l'avantbras; on a vu des névralgies n'occupant qu'un nerf plantaire ; mais ces cas ne doivent pas être considérés autrement que comme de simples variétés de la névralgie qui envahit ordinairement une étendue beaucoup plus considérable du nerf.

Ainsi donc, d'une part, dans un bon nombre de cas, on a considéré, comme dues à une névralgie, des douleurs qui pouvaient bien suivre le trajet des nerfs, mais qui, produites par une lésion évidente, ne doivent pas être regardées comme des affections purement nerveuses, ce que le nom de névralgie porterait à croire ; et, de l'autre, lorsqu'il y a des douleurs purement nerveuses, on peut les rattacher à une des névralgies que nous avons étudiées»

Cette maladie, jusqu'à présent presque complètement méconnue et qu'on prenait ordinairement pour une métrite, une dysménorrhée, etc., commence à être beaucoup mieux connue depuis que nous l'avons signalée et que nous en avons fait connaître les véritables caractères (1). C'est d'elle que se sont occupés M. Malgaigne (2), M. Beau (3, et M* Marrotte ('i), qui ont apporté de nouvelles lumières clans son histoire. C'est contre elle aussi qu'ont été dirigés plusieurs traitements particuliers, tels que les cautères, les vésicaloires sur les lombes la cautérisation de cette région au fer rouge, et même Y introduction du cautère rougi a blanc à la profondeur de (x ou 5 centimètres, opérée avec succès par M. Jobert, de Lamballe (5).

[L'existence de l'hystéralgie n'est plus contestable aujourd'hui; il reste seulement des points obscurs dans son histoire. Chomel (6) considérait comme très communes les douleurs utérines sans lésions. Scanzoni, au contraire, regarde la névralgie utérine comme rare et dit n'en avoir observé que trois exemples M. Becquerel dit qu'elle se développe à propos des âffëctions utérines les plus diverses, mais, selon la remarque de M. Nonat, il se pourrai! que cet auteur eût

(1) Traité des névralgies, et Bulletin général de thérapeutique, janvier 1847.

(2) Revue medicô-chirUrgicaïe, 1818.

(3) Les wuralgies tdmbd abdominales considérées comme sumplômes des aiïeniom do r„ térus, par M Axenfeld [Union médic, avril 1850).

. (*> Ve quelques dpiphénomènes des névralgies lombo-sacrées pouvant simuler destwns idiopathiques de l'utérus ( Wch. gén. de mal., avril et mai 1860).

(5) Gazelle des hôpitaux, juin 1853,

(6) Dictionnaire en 30 vol., art. Utérus. i

confondu avec l'hystéralgie loules les douleurs inflammatoires des métriies. M. Aran (1) ne paraît pas attacher une grande importance aux douleurs névralgiques, car il ne les indique que sommairement.

M. Nonat, au contraire, y insiste avec raison, et nous donnons ici une courte analyse du chapitre qu'il consacre à l'hystéralgie (2).

Cet auteur dislingue d'abord l'hystéralgie en primitive et secondaire, en idio- ■pathique et symptomatique. L'hystéralgie primitive est celle dans laquelle la douleur nerveuse débute par l'utérus pour se propager de là dans différentes régions du corps ; l'hystéralgie secondaire est celle qui se montre consécutivement à une névralgie développée sur un autre point de l'organisme ; les expressions de primitive et secondaire ne sont donc pas synonymes des mots idiopathique et symptomatique, termes dont la valeur est bien connue. Comme on le voit, M. Nonat accepte et associe les opinions divergentes de Valleix et de M. Bassereau (3). Pour le premier toute névralgie utérine avait son point de départ à la périphérie, c'est-à-dire dans une névralgie lombo-abdominale ; le point douloureux de l'utérus était un des centres ou aboutissants de celle névrose. Pour M. Bassereau, c'est l'inverse qui aurait lieu : «Je n'ai trouvé, dit cet auteur, parmi les cas que j'ai observés, qu'un seul appareil organique dont l'état morbide me paraisse pouvoir être regardé comme le point de départ évident de la névralgie intercostale ; je veux parler de l'utérus et de ses annexes. * Il nous paraît sage d'adopter l'une et l'autre opinion.

L'hystéralgie idiopathique survient quelquefois, selon MM. Malgaigne et Nonat, chez des jeunes filles vierges de seize à vingt ans; mais le plus ordinairement chez des femmes ayant eu des rapports sexuels, et pendant toute la période génitale ; les causes occasionnelles sont dans ces cas des circonstances d'excitation directe, comme l'onanisme, les abus de coït, les désirs trop longtemps contenus, ou les excitations indirectes, telles cpie l'équitation, le cahot d'une voiture, le frottage des appartements, etc. L'hystéralgie symptomatique se développe à propos de toutes les altérations matérielles de l'utérus et de ses annexes. M. Nonat reconnaît comme causes principales la métrite interne et le phlegmon péri-utérin.

L'affection névralgique qui nous occupe se caractérise, selon M. Nonat : 1° par une douleur sourde, gravalive, qui est habituellement continue, ou qui, du moins, persiste pendant un long temps ; 2° par une douleur assez vive, aiguë, rapide, intermittente, et présentant des caractères variables, tantôt térébrante, tantôt poneitive mais le plus souvent lancinante : les malades la comparent à une morsure, à un déchirement, à un élancement violent, à un coup d'éclair, etc. Ces deux formes de douleur existent tantôt isolément, tantôt simultanément; d'autres fois elles se montrent d'une manière alternative. Ces douleurs sont générales ou partielles- et il existe très ordinairement un point douloureux au côte gauche du col ÏÏgâigneï ; nous avons eu l'occasion de constater la réalité et la fréquence de ce fait tiue cependant M. Nonat ne croit pas conslant.

LefdonE aiguës éclatent à l'occasion des causes les plus diverses et souvent à des heures presque fixes. Elles amènent une turgescence sanguine caractérisée

(1) Loc. cit., voyez pages 113, 145 et 146.

S fsJluAa^raUjle intercostale, considérée comme symptomatique de quelques affections viscérales, thèse. Paris, 1840, m-4°.

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par la chaleur du vagin, une sécrétion muqueuse abondante, et des modifications notables dans les règles ( 1 ). Des irradiations douloureuses ont lieu vers les aines, les lombes; et, ainsi que l'a indiqué M. Bassereau, on observe souvent des névralgies faciales, ccrvico-brachiales et surtout intercostales. Ici nous rappellerons la divergence d'opinions de Valleix et de M. Bassereau : ce dernier attribue à l'hystéralgie les névralgies périphériques, tandis que le premier considère l'hystéralgié comme l'aboutissant des névralgies en question.

Nous n'avons rien à dire de la marche de l'hystéralgié, parce qu'elle diffère peu de celle des névralgies en général; mais nous devons faire remarquer qu'elle persiste souvent après la guérison de l'affection dont elle est le symptôme, et que dans ce cas elle demande un traitement particulier.

Dans le traitement on doit avoir égard à la canse de l'affection. Si elle est symptomatique, les moyens les plus efficaces pour la faire disparaître sont ceux qui guérissent la maladie primitive. Si elle est idiopathique, elle réclame des moyens particuliers; nous n'avons à mentionner que ces derniers, applicables aussi aux cas où l'hystéralgié symptomatique persiste après la guérison de la maladie principale.

11 ne faut pas beaucoup compter sur les topiques appliqués à quelque distance du mal, comme sur l'hypogastre; cependant ils peuvent soulager. Ces topiques sont : les cataplasmes émollients, simples ou laudanisés, les ouctionsavec les pommades opiacées, belladonées, etc. , les frictions avec des pommades à l'éther ou au chloroforme, les vésicatoires simples ou morphinés, les bains de siège, les lavements, etc.

Les topiques directs sont préférables : tels sont les injections narcotiques, les sachets médicamenteux dont nous avons déjà parlé, les injections d'acide carbonique ou de vapeur de chloroforme (2), les vésicatoires appliqués sur le col de l'utérus, ou enfin la pâte médicamenteuse proposée par M. Aran (3). Voici comment procède ce praticien : « Le col misa nu, je verse la quantité voulue de liquide (laudanum, teinture d'iode, solution d'alun, de sulfate de zinc, de tannin, eau blanche, vin rouge) dans le spéculum, et si la substance n'est pas susceptible d'entrer en combinaison avec l'amidon, j'en jette de k à 10 grammes en poudre dans le fond du spéculum. En quelques instants la substance est absorbée, et il ne reste plus qu'à retirer l'instrument. Si le médicament peut se combiner avec l'amidon, je fais choix d'une autre poudre inerte, celle cle lycopode, par exemple.»

Comme on connaît peu le mode d'application des vésicatoires sur le col de l'utérus, nous donnerons ici quelques détails sur ce sujet, d'après M. Aran. Le col utérin étant mis à découvert, on absterge les mucosités ou le sang, et l'on porte sur le col, avec de longues pinces, une rondelle d'emplâtre vésicatoire de la grandeur du col. Après divers essais, M. Aran est revenu à l'usage de l'emplâtre

(1) M. Marron» a publié sur ce sujet un mémoire du plus grand intérêt, dans lequel il montre que ces épiphênomenes des névralgies lombo-ulérines sont de nature à induire en erreur, en faisant croire à l'existence d'une affection idiopathique de l'utérus. 11 nous est impossible d'analyser ce travail, que nous engageons le praticien à consulter dans les Archives générale* de médecine (avril et mai 1860).

(2) Voyez article Dysménorrhée, t. V, p. 79.

(3) Leçons cliniques, page 225.

vésicatoire du Codex, cjui est plus adhérent que les toiles et les solutions vésicantes. On étale la rondelle avec soin, en appuyant sur les anfractuosilés et les saillies qui pourraient empêcher une application exacte; dans certains cas même, on se trouve bien de fendre la rondelle en plusieurs points sur les bords, pour avoir une coaptation plus parfaite. Une grosse boulette de charpie, liée dans son milieu avec un fil double un peu long, sèche, ou mieux encore trempée par l'une doses extrémités dans le collodion ordinaire, est portée jusque sur l'emplâtre et soutenue par deux ou trois bourdonncls de charpie sèche; puis, maintenant le tout en place avec les pinces, on retire le spéculum. Le vésicatoire est laissé en place vingt-quatre ou quarante huit heures, suivant les circonstances, et la malade doit garder le repos.

L'application du vésicatoire, dit M. Aran, n'est pas douloureuse; le collodion seul détermine un peu de cuisson passagère. Quatre ou six heures après, il se produit une sensation de picotement et de chaleur, suivie d'un écoulement séreux abondant qui rappelle par tous ses caractères l'exsudation du vésicatoire, roussàtre comme elle et empesant le linge de la même manière, -l.es douleurs cessent et l'écoulement continue eu devenant quelquefois purulent. Une simple traction exercée sur le fil demeuré à l'extérieur suffit pour enlever le vésicatoire; quelque* fois il convient d'employer le spéculum. Des injections ou un pansement avec la pal o laiidanisée sont nécessaires; dans quelques cas il convient de soutenir l'action irritante du vésicatoire par des pansements avec la teinture d'iode.

L'application du vésicatoire sur le col utérin ne détermine pas la formation de phlyctènes ou bulles, si ce n'est dans des cas très rares, à cause de la minceur et de l'adhérence de l'épithélium; cette membranule est seulement épaissie, froncée, opaque au niveau du vésicatoire, et sur les limites du point d'application on remarque une rougeur en forme d'anneau.

Enfin, après l'application des vésicatoires, il reste pendant deux ou trois jours un écoulement purulent ; l'épithélium se détache et est remplacé par une membrane fine; ou, si l'application a eu lieu sur des érosions, l'ulcération reste longtemps d'un rouge vif.

Après M. Aran, M. Robert Johns a proposé de remplacer -le vésicatoire par

la solution suivante, dont on applique plusieurs couches, avec un pinceau, sur la

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