RUPTURE DE L'UTÉRUS
La rupture de l'utérus ne s'opère presque jamais que pendant l'accouchement ; c'est donc principalement aux traites d'obstétrique qu'il faut demander de grands détails sur ce redoutable accident.
Causes. — S'il existe des vices de conformation du bassin qui s'opposent énergiquement et longtemps à la sortie du fœtus, les femmes sont exposées à la rupture de l'organe; il en est de même si l'utérus est aminci par une trop grande quantité d'eau qui le distend, par plusieurs fœtus, etc. Dans certaines circonstances, il survient une inflammation avec ramollissement d'une plus ou moins grande étendue des parois utérines, et la partie ramollie cède dans une contraction de l'organe ; d'autres fois l'utérus esl altéré,, désorganisé par une lésion chronique profonde; il suffît, en un mot, que par une cause quelconque les parois de l'utérus offrent un point faible, pour que dans ce point l'organe cède à la pression du fœtus qui passe dans la cavité péritonéale.
Dans Y état de vacuité il faut qu'il y ait préalablement distension de l 'utérus par an liquide ; on en a cité trois exemples : dans deux, la matrice était distendue par une collection sanguine.
Une violence extérieure a quelquefois produit le même effet que les contractions utérines dont nous venons de parler ; cette cause peut agir dans l'état de vacuité aussi bien que dans l'état de grossesse. Il suffit, pour qu'elle produise la rupture, que l'utérus soit considérablement distendu soit par un corps solide, soit surtout par un liquide.
Symptômes. — Les symptômes de cette rupture sont ceux que nous avons déjà plusieurs fois décrits à propos des déchirures des divers orgaues creux, avec pas- ' sage dans le péritoine du liquide qu'ils contenaient. Il y a néanmoins quelques modifications qui dépendent, et des circonstances dans lesquelles se produit l'accident, et de l'étendue de Ja solution de continuité qui s'est opérée dans la matrice.
La rupture est-elle survenue pendant l'accouchement, elle peut être trop peu étendue pour permettre le passage du fœtus dans l'abdomen, ou au contraire avoir permis ce passage. Dans le premier cas, il y a quelque chose de semblable à
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ce que nous avons observé dans les ruptures de In rate. D'abord une douleur vive, une anxiété extrême, une sensation de chaleur qui se répand dans l'abdomen; puis diminution de la douleur, et. apparition de syncopes, d'horripilations, d'une sueur froide; en un mot, des symptômes d'une hémorrhagie interne qui emporte les malades sans laisser de traces d'inflammation dans le péritoine. Si néanmoins l'hémorrhagie n'est pas très abondante, la péritonite peut survenir et causer promptement la mort, avec les souffrances et les autres symptômes qui lui sont propres.
Cette péritonite suraiguë survient presque constamment dans le deuxième cas, c'est-à-dire lorsque le fœtus a passé dans la cavité péritonéale. Une douleur déchirante, accompaguée quelquefois d'un bruit de craquement perçu par la malade, et survenue tout à coup, annonce l'accident. Puis apparaissent les pbénomènes d'hémorrliagie interne et de péritonite, et la femme peut être enlevée en peu d'heures.
On a cité néanmoins un certain nombre de cas de guérison. Si la rupture est peu étendue ou incomplète, l'hémorrhagie peut parfois être arrêtée; la péritonite est alors. beaucoup plus facilement prévenue que dans les cas où un liquide acre et irritant est versé dans le péritoine, et la malade se rétablit après des soulfrances plus ou moins longues.
Cette terminaison heureuse a été observée même dans des cas où l'œuf avait passé dans la cavité péritonéale. Les premiers accidents s'étant calmés, on observe les phénomènes d'une grossesse extra-utérine; il se forme un kyste, et la malade peut vivre ainsi de longues années. On a même, dans quelques cas raies, vu leskystesse vider dans l'intestin et même au dehors, et la maladie se terminer ainsi d'une manière favorable.
La rupture qui a lieu dans l'état de vacuité est, chose singulière au premier abord, plus grave que celle qui se produit dans la grossesse; du moins les cas de ce genre qui ont été cités se sont tous terminés par la mort. Cela lient, selon toutes les probabilités, à ce que le liquide qui s'est épanché dans le péritoine, ayant des qualités irritantes analogues à celles du liquide versé par les perforations intestinales, a produit plus facilement la péritonite suraiguë si fréquemment mortelle.
Lésions. — On trouve, après la mort, l'utérus divisé irrégulièrement dans une étendue très variable. Les bords de la division sont lacérés, ordinairement noirâtres, infiltrés de sang, couverts de matière purulente lorsque la femme a survécu quelque temps, ramollis ordinairement, ou présentant les altérations propres à la gangrène, au cancer, etc. Dans le péritoine on trouve un épanchement de sang parfois extrêmement considérable, et ordinairement une partie de l'eau de Pamnios et le fœtus. Des traces d'inflammation péritonéale (suppuration, fausses membranes) se rencontrent aussi lorsque la malade n'a pas été emportée très rapidement.
Diagnostic. — Si la déchirure est incomplète, on en soupçonne l'existence à l'apparition subite des douleurs et à l'état de vive anxiété de la malade ; mais ces signes ne peuvent fournir une certitude complète. Si l'hémorrhagie est très considérable, les résultats de la percussion, joints aux symptômes propres à l'hémorragie interne, viendront éclairer le médecin.
Lorsque la rupture est complète, il y a encore une distinction à faire • ou bien le contenu de la matrice a passé dans le péritoine, ou bien il ne s'est épanché
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qu'une petite quantité de liquide, le fœtus et ses annexes restant dans la cavité utérine. Dans ce dernier cas, le diagnostic est tout aussi peu certain que dans ceux où la rupture est incomplète, et c'est surtout sur l'apparition subite des accidents qu'il faut fixer son attention.
Lorsque le fœtus a passé clans la cavité, utérine, le diagnostic n'est plus douteux. La région hypogastrique s'affaisse, et l'on trouve au contraire dans l'abdomen une tumeur qu'à sa forme on reconnaît pour être le fœtus. En pareil cas, le toucher rectal peut être utile.
L'affaissement de la région hypogastrique et la matité qui existe dans les flancs servent, avec les symptômes décrits plus haut, à faire reconnaître le passage du liquide de l'utérus dans le péritoine par suite de la rupture de cet organe hors de l'état de grossesse.
Le pronostic doit être considéré comme excessivement grave, et les cas de guérison cités plus haut ne sont que d'heureuses exceptions.
Traitement. — Le traitement, lorsqu'il s'agit d'une rupture incomplète qui détermine une hémorrhagic intense, doit être d'abord celui qu'on oppose à toutes les hémorrhagies abondantes (repos, froid, etc.) ; puis il importe de hâter l'accouchement; enfin il faut combattre les symptômes de péritonite dès qu'ils se manifestent.
Les mêmes moyens doivent être dirigés contre la rupture complète, soit que le fœtus soit resté dans la cavité utérine, soit qu'il ait passé dans le péritoine; mais ce dernier cas présente quelques particularités qu'il importe de signaler. Le passage du fœtus dans la cavité péritonéale est-il incomplet, voici comment on doit agir, suivant M. P. Dubois (1) : « Le forceps, si la tête est restée dans l'utérus et n'est pas trop élevée; l'extraction par lespùds, si c'est l'extrémité pelvienne qui se présente, ou si la tête, se présentant, n'est pas accessible au forceps. Les pieds fussent-ils dans la cavité péritonéale, il ne faudrait pas craindre d'aller les chercher à travers la crevasse, pourvu qu'on procédât avec beaucoup de prudence et de douceur dans cette manœuvre, et dût on, pour pénétrer plus facilement, agrandir la plaie de l'utérus par un dèbridement ménagé. » Le fœtus n-t-il pnsté en entier dans la cavité péritonéale, cette circonstance « n'exclurait pas tout h fait, dit M. Dubois, l'introduction de la main par la solution de continuité; mais il faudrait pour cela qu'elle fût large, que l'organe ne fût que très incomplètement rétracté. Les ruptures du col offrent seules les conditions favorables; celles du corps sont, sous ce rapport bien différentes, et si le fœtus était complètement tombé dans le ventre, mort ou vivant, il devrait être, d'après ce que nous avons dit plus haut, extrait par l'opération de la gastrotomie. »
ARTICLE XVII
NEVRALGIE DE L'UTÉRUS. — TIYSTÉRALGIE.
Rien n'est plus vague que ce que les auteurs ont décrit sous le nom de névralgie utérine, lysléralgie, métralgie, utéralgie. On les voit, en effet, ranger sou ces noms les douleurs dues à une congestion sanguine, a une deAn^M*] autre lésion quelconque, aussi bien que celles qui se entrent sans qu u nexamj attentif puisse faire reconnaître une altération de 1 organe. Il est vrai que dans
(1) Dictionnaire de médecine, art. Utérus (rupture), t. XXX, p. 329.