KYSTES DES OVAIRES! ' — .MARCHE, DURÉE
Kystes multiples. — Ces kystes sont remarquables par les inégalités qu'on senl dans la tumeur; or, comme il est ordinaire que le liquide contenu dans chacun d'eux ait une densité différente, et que leurs parois aient une résistance, et surtout une épaisseur variable, il en résulte qu'ici on sent une bosselure dure, résistante; là, une autre élastique; là, une troisième, plus [molle, et ainsi de suite, et que ces bosselures sont séparées par des intervalles d'une étendue très variable et d'une dureté plus grande que celle qu'elles peuvent présenter elles-mêmes. Si un de ces kystes a une capacité considérable, el si le liquide qu'il contient est peu dense, ou peut sentir, dans ce point, une fluctuation qu'on ne retrouve pas dans les autres.
Kystes multiloculaires. — La tumeur présente des bosselures semblables à celles qui viennent d'être indiquées; mais les catités communiquant les unes avec les autres, on n'observe pas toutes les différences qu'offrent les kystes multiples.
Les kystes aréolaires n'ont rien de particulier sous le rapport qui nous occupe.
Enfin, lorsque les tumeurs présentent tout à la fois des kystes uniloculaîres, multiloculaires et multiples, ce qui n'est pas très rare, les divers caractères qui viennent d'être signalés se trouvent réunis en elles.
§ V. — Marche, durée, terminaison de la maladie.
La marche de la maladie est ordinairement lente et continue. Dans quelques cas, on a vu la tumeur acquérir un volume très considérable en peu de mois, mais ces cas sont extrêmement rares. Presque toujours il faut des années pour que l'abdomen soit considérablement distendu par le kyste. Quelquefois, après avoir fait des progrès rapides, la tumeur reste stationnaire, et parfois pendant des années entières, jusqu'à ce que, sans qu'on puisse en deviner la cause, une nouvelle impulsion soit donnée à son accroissement.
La durée est ordinairement très longue. On a vu des sujels porter pendant trente et quarante ans des tumeurs ovariques, sans en éprouver de grandes incommodités lorsque leur volume n'était pas très considérable.
Xous avons vu plus haut que la maladie pouvait se terminer par la mort. Cette terminaison est occasionnée soit par le développement démesuré de la tumeur, d'où résultent les accidents mentionnés plus haut ; soit, ce qui est plus rare, par une inflammation développée spontanément, ou par une rupture du kyste dans l'abdomen ; soit enfin à la suite d'une des opérations dont nous parlerons plus loin. La rupture du kyste dans le péritoine n'est cependant pas aussi fâcheuse qu'on pourrait le croire, ainsi qu'on peut le voir dans les faits cités par MM. Bonfils (1) et Camus (2). On a vu des kystes s'ouvrir dans l'intestin et dans d'autres organes.
Une observation (3) empruntée au Northerly Journal nous offre un exemple bien rare de la guérison de cette affection par V ouverture du kyste dans ta vessie. Les seuls symptômes signalés dans l'observation sont l'abondance, la couleur ambrée,
(l) Bulletin de l'Académie demâdecine. Paris, 1813, t. IX, p. 192.
12) tlevue médicale, 1844.
13) Bulletin de thérapeutique, t. XXXVI, p. 23j, 18 mars 1849.
In viscosité de l'urine, el le pu» contenu dans ce liquide : tous ces caractères étaient dus évidemment au mélange du liquide versé par le kyste avec l'urine renfermé! dans la vessie.
§ VI. — Diagnostic, pronostic.
Au début, le diagnostic des kystes de l'ovaire est des plus obscurs. Lorsque la tumeur n'a pas acquis un certain volume, il est difficile, et souvent même impossible de l'atteindre à travers les parois de l'abdomen; et quant au toucher rectal, nous avons vu plus haut qu'il ne donne que des résultats très peu satisfaisants. Mais il est bien rare qu'à cette époque on ait à porter ce diagnostic. C'est seulement lorsque la tumeur est bien apparente qu'on est appelé près de la malade.
Nous avons dit que, dans certains cas, les femmes se croyaient grosses. Les médecins ont quelquefois partagé cette méprise. Voici à quels signes on distinguera la grossesse utérine d'un kyste de l'ovaire. Dans la grossesse, la tumeur, globuleuse, prend sa racine derrière les pubis ; aussi, tandis que dans l'hypogastre on obtient par la percussion un son mat, les fosses iliaques (l'intestin étant préalablement vidé) donnent un son clair plus ou moins prononcé; dans le kyste ovarique, au contraire, et c'est là un point capital sur lequel on n'a pas suffisamment insisté, il y a une matité très prononcée dans la fosse iliaque où la tumeur prend sa racine, tandis que l'autre est sonore dans toute son étendue. La tumeur ovarique se développe presque toujours avec une lenteur incompatible avec l'idée d'une grossesse; elle occupe un des côtés du ventre, tandis que l'utérus, après la conception, s'élève régulièrement en suivant la ligne médiane. Enfin la tumeur ovarique est ordinairement bosselée, "ce qu'on n'observe pas dans l'utérus distendu par le produit de la conception, et de plus par le toucher vaginal on constate l'état normal du col et du corps de l'utérus qui sont développés dans la grossesse.
A une époque avancée de la grossesse surviennent les doubles battements du cœur du fœtus et le souille placentaire. Les premiers lèvent tous les doutes; il n'en est pas de même du souffle appelé placentaire. Nous avons vu, en effet, qu'un bruit de souffle, très distinct peut résulter de la compression d'un gros tronc artériel par la tumeur. Une méprise de ce genre a été signalée par M. Bricheteau (1 ) : un bruit de souffle avait fait croire à une grossessp, ovarique il est vrai, car on connaissait le siège du mal ; on voulut opérer, et la malade succomba au bout de six jours. Le même signe pourrait faire croire à une grossesse utérine. Suivant M. Depaul, on évitera la méprise, si l'on se rappelle que le bruit de souffle, dans la grossesse, n'est pas accompagné d'urt battement, d'une impulsion comme le bruit de souffle artériel.
Enfin, plus tard, dans la grossesse, surviennent les mouvements du fœtus; qui ne laissent plus aucun doute.
Une grossesse tubaire ou ovarique serait bien plus facilement encore confondue avec un kyste de l'ovaire. Les circonstances dans lesquelles la tumeur s'est produite, et aussi les signes que donne un fœtus vivant, seront, à une époque un peu avancée, utiles pour ce diagnostic, que le médecin n'est heureusement pas appelé à porter souvent. Dans les premiers temps, il est toujours bien difficile de se prononcer.
(1) Clinique de l'hôpital Ncckcr.
KYSTES DES 0VA1HES. — ÊûAGNOSTlc!.
Lorsque le kyste est uniloculaire, ou bien lorsqu'un des kystes multiples s'est considérablement développé, et lorsque la tumeur, pleine d'un liquide assez couant, distend beaucoup l'abdomen, l'hydropisie enkystée de l'ovaire peut être confondue avec Vascite, et les exemples ne sont pas très rares d'une pareille confusion. Nous avons exposé ailleurs (1) les signes à l'aide desquels on distingue ces deux affections. Il suffira de les rappeler dans le tableau synoptique.
Mais il peut exister à la fois une ascite et une hydropisie enkystée de l'ovaire : le diagnostic, en pareil cas, est un peu plus difficile; cependant on peut arriver à l'établir en pressant vivement la paroi abdominale de manière à déplacer le liquide péritonéal ; on arrive par ce moyen à toucher la tumeur, qui offre une résistance beaucoup plus grande que celle qui est produite par le liquide de Pascite.
Quant aux tumeurs inflammatoires des fosses iliaques, il est bien rare qu'on puisse les prendre pour des kystes ; cependant nous aurons à dire quelques mots sur ce point dans l'article suivant.
TABLEAU SYNOPTIQUE DU DIAGNOSTIC
1 1 Signes distinctifs des kystes de l'ovaire et de la grossesse utérine.