‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource] (volume 2)Chapitre 75 sur 344 · KYSTES DES OVAIRES. — SYMPTÔMES · texte numérisé non relu

KYSTES DES OVAIRES. — SYMPTÔMES

fond globuleux. Mais il ne faut pas se contenter de cette exploralion, on doit suivre la tuméfaction jusque dans la fosse iliaque, où l'on peut s'assurer que se trouve sa limite, ce qui est très important pour le diagnostic. Si, au contraire, la tumeur est d'un très grand volume, si elle distend fortement la paroi abdominale, il est plus difficile de la circonscrire ; cependant, avec un peu d'attention, on parvient, dans presque tous les cas, à trouver un côté de l'abdomen plus tendu, plus dur, plus résistant que l'autre, et à s'assurer qu'une des deux fosses iliaques est souple, tandis que l'autre, où la tumeur prend sa racine, est très résistante.

Au reste, la percussion, en pareil cas, vient en aide à la palpalion. M. Roslan (1 ) a noté un signe important. Dans l'hydropisie de l'ovaire, en effet, les intestins sont refoulés du côté opposé à la tumeur, et donnent dans ce côté du ventre un son clair, tandis que le côté opposé est mat. Si l'on pratique la percussion avec soin, on trouve dans la fosse iliaque, où la tumeur a pris naissance, une matilé marquée, tandis que la fosse iliaque du côté opposé est sonore; puis, en cherchant la limite supérieure de la malité, on s'assure que la ligne qui la sépare du son clair des intestins est une ligne courbe dont la convexité est tournée en haut, et qui, venant se perdre dans le côté occupé par la tumeur, laisse l'autre libre dans une plus ou moins grande étendue. Lorsque la tumeur est excessivement considérable, ces signes sont moins faciles à reconnaître; mais on s'assure alors que les intestins ont été refoulés vers un point latéral de l'abdomen, et de plus, en faisant varier la position de la malade, on ne voit pas survenir de changement de niveau du liquide, ce qu'il est toujours très important de constater.

Ces signes sont également beaucoup plus obscurs lorsque la maladie occupe les deux ovaires. Mais dans ces cas, qui ne sont pas les plus fréquents , à beaucoup près, quoique la plupart des auteurs aient avancé que lorsque l'affection occupe un des ovaires, elle ne tarde pas à envahir l'autre, la palpation et la percussion offrent d'autres ressources, car les deux tumeurs ne sont jamais d'égal volume, et en constatant l'irrégularité très grande de la tuméfaction qu'elles occasionnent, on a un signe très important pour le diagnostic.

La simple inspection de l'abdomen est souvent très utile pour faire reconnaître la nature de la maladie. Le ventre est en effet fréquemment déformé, le côté occupé par la tumeur étant plus saillant que l'autre.

On a indiqué, comme pouvant être de quelque utilité, le toucher vaginal, cl plus encore le toucher rectal. Mais le premier sert uniquement à faire constater que la tuméfaction n'est pas due à l'augmentation de volume de l'utérus, et quant au second, nous n'avons pas trouvé de faits où il y ait été employé avec quelque utilité.

Les kystes des ovaires peuvent exister pendant de longues années et prendre un accroissement considérable sans qu'il en résulte aucune altération de la santé. Cependant, si l'on consulte les faits, on voit qu'il est assez ordinaire d'observer des troubles de la menstruation, et en particulier Vaménorrhée et la dysménorrhée.

On a aussi cité un certain nombre de cas dans lesquels, à ces troubles de In menstruation, se joignaient, dans les premiers temps de la maladie, des signes de

(1) Mémoire sur un moyen de distinguer l'hyârocèle enkystée de l'ascitr (Nouv. journ. de med., t. III, et Traité du diagnostic).

grossesse qui faisaient croire à une véritable conception : ainsi des altérations dq l'appétit, des vomissements, le gonflement des seins, Mais ces signes se dissipent au bout de peu de temps dans la grande majorité des cas, et le développement de la tumeur n'étant pas régulier comme celui de la matrice dans la grossesse, l'erreur est ordinairement assez promptement dissipée. Nous verrons cependant, en parlant du diagnostic, qu'il est des cas où l'on a pu se tromper complètement.

La compression qu'exerce la tumeur sur l'intestin, surtout lorsqu'elle est située à gauche, produit ordinairement une constipation opiniâtre. Parfois aussi, par sou action sur la vessie, elle détermine de fréquentes envies d'uriner et même la dysurie.

Ces symptômes sont ceux que l'on observe lorsque la tumeur ovarique n'a qu'un développement médiocre; mais si son volume est assez considérable pour que l'abdomen soit considérablement distendu, on en observe d'autres qui sont dus à la compression des divers organes. Les intestins étant refoulés, l'estomac ne pouvant se dilater, il en résulte des troubles marqués de la digestion. Le refoulement des viscères abdominaux se fait sentir sur le diaphragme, qui ne se contracte que très incomplètement; les poumons ne peuvent plusse dilater suffisamment, et de là la gêne de la respiration et de la circulation qu'on voit survenir à cette époque. Les conséquences de ces troubles de fonctions si importantes sont faciles à prévoir. Les malades languissent, pâlissent, deviennent d'une grande maigreur, jusqu'à ce qu'enfin elles succombent dans un état d'asphyxie, d'anémie et de fièvre lente tout à la fois.

Un symptôme qu'il ne faut pas oublier, et qui s'observe lorsque la tumeur a un volume un peu considérable, est un bruit de souffle qui se produit à chaque pulsation artérielle, et qui a été noté dans un certain nombre de cas. Il est important pour le diagnostic d'avoir présente à l'esprit la possibilité de ce symptôme.

La compression exercée par la tumeur sur les grosses veines du bassin peut aussi donner lieu à un œdème des extrémités, à la phlébite, et à la pklegmatia alba dolens.

Enfin de vives douleurs de nature névralgique sont parfois le résultat de la compression des rameaux qui vont former le grand nerf sciatique.

Après avoir exposé les symptômes communs aux diverses espèces de tumeurs, voyons ce qu'elles présentent de particulier suivant leur forme.

Kystes uniloculaires. — Dans les kystes uniloculaires , la tumeur est beaucoup moins irrégulière, et le plus souvent même elle est globuleuse. Lorsque ces kystes ont acquis un très grand développement, l'abdomen peut être uniformément distendu, et les signes que la tumeur présente peuvent ressembler beaucoup à ceux de l'ascite, avec accumulation très abondante de liquide.

Ainsi on peut y percevoir la fluctuation. Ce signe est très sensible quand le liquide contenu dans le kyste est purement séreux. Lorsque ce liquide est épais, la fluctuation est d'autant plus obscure que la matière a plus de densité, et souvent on ne sent, en plaçant une main sur un point, et en percutant vivement avec les doigts de l'autre main, qu'un tremblotement semblable à celui que produirait une \essie pleine d'une substance gélatineuse.

Les kystes uniloculaires sont ceux qui, en général, acquièrent le plus grand développement.

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