‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource]Chapitre 102 sur 306 · HYDK0-PÉRICA11DE. — CAUSES · texte numérisé non relu

HYDK0-PÉRICA11DE. — CAUSES

colle affection; mais quoique, dans ces derniers temps, on ait soutenu qu'il fallait nécessairement envisager la question de cetlc manière, je crois qu'il est tout aussi important d'établir une distinction rigoureuse entre les divers épanchements qui se forment dans le péricarde qu'entre ceux qu'on observe dans les autres membranes séreuses. Je ne saurais imiter J. Frank, qui, à l'exemple d'un bon nombre d'auteurs qui l'ont précédé, range dans les hydropisies du péricarde toute espèce de collection de liquide, à quelque affection qu'on doive la rapporter. Le plus souvent ces collections appartiennent à la péricardite, soit aiguë, soit chronique; elles font partie intégrante de la maladie, et s'il est des cas où il est difficile de reconnaître leur origine, ce n'est pas une raison pour introduire la confusion dans cette pai iie de la pathologie. Il est aussi des cas où il est impossible de distinguer par le diagnostic une dilatation des bronches d'une caverne tuberculeuse : s'ensuit-il que ces deux maladies ne doivent pas être décrites séparément? Je ne regarde donc comme un hydropéricarde que l'épanchement de sérosité qui se produit en l'absence de toute inflammation, et cette manière de voir est celle de Laenncc, de M. Bouillaud, de M. Reynaud, etc. (1).

L'affection envisagée sous ce point de vue se trouve renfermée dans un cadre très étroit, et si l'on cherche des observations propres à en faire connaître l'histoire, on n'en trouve qu'un nombre très limité.

On a divisé l'hydropisie du péricarde en hydropisie active et en hydropisie passive; mais la première ne se rencontre que bien rarement.

1° Hydropéricarde actif. — Hope , qui n'a jamais vu cette espèce, met son existence en doute ; et quand on parcourt le très petit nombre de faits rapportés par les auteurs, on voit qu'ils présentent plusieurs points très douteux qui leur ôtent beaucoup de leur valeur. Je n'en citerai pour exemple que l'observation recueillie par J.-N. Corvisart (2), la seule qui ait été mentionnée par M. Reynaud (3). 11 est extrêmement difficile, en effet, d'admettre qu'il y eût dans ce cas un simple hydropéricarde actif, puisque la membrane séreuse présentait, au dire même de Corvisart, les traces d'une inflammation chronique, et que, d'un autre côté, il n'est nullement fait mention de l'état du tissu du cœur et des orifices. Dans un autre cas communiqué à M. Bouillaud (4) par Casimir Broussais, on avait cru pendant la vie à l'existence d'un simple hydropéricarde; mais après la mort on trouva des traces évidentes de péricardite. Il faut donc le reconnaître, l'hydropéricarde actif ou idiopathique est une maladie dont l'existence n'a pas été jusqu'à ce jour démontrée par des faits évidents. Il est par conséquent inutile de s'y arrêter plus loiifrtemps, et il n'y aurait aucun avantage à exposer les signes que lui ont attribués les ailleurs.

2° Hydropéricarde passif. — L'hydropéricarde que l'on a appelé passif est celui qui se forme dans les cas où une lésion des voies circulatoires, ou bien un état morbide général donne lieu à des accumulations de sérosité, soit dans le tissu cellulaire, soit dans les diverses cavités séreuses.

Causes. — Les causes signalées sont les rétrécissements des orifices qui pro-

(1) Abeille, Traité des hydropisies cl des kysles. Paris, 1852, p. 337.

(2) Essai sur les maladies dit cœur, p. 53. 13) Dictionnaire de médecine, t. XV, p. 577.

(4) Traité des maladies du cœur. Paris, 1841, t. Il, p. 333. VALLEix,4cédit.— III.

262 MALADIES DES VOIES CIRCUI.ATOI KKS.

duisent les autres hydropisies , les oblitérations des ceines et boni „„i • uu obstacle à la circulation veineuse. M. lleynaud (/o, L)^Z^T mm foisl^opérioardete des cas où .'obstacle à la dJ^EJ» aégeail point au confluent des veines eL au centré de la circulation, mais bien da les rain.licat.ons capillaires veineuses du péricarde. Ainsi, ajoute-t-il dans cl tains cas de pblh.sie clans lesquels des adhérences s'étaient formées enire les nions et la surlace externe du péricarde, j'ai vu des tubercules en plus ou mol grand nombre, a état cru, qui avaient envahi presque toute 1 épaisseur des paroi du sac du péricarde, sans cependant avoir encore déterminé d'inflammation ni infeste de la membrane séreuse. Alors on voyait qu'il n'existait plus de pel vaisseaux la ou .1 s était développé des granulations tuberculeuses, tandis que su les parties voisines, des veinules, beaucoup plus développées qu'à l'ordinaire constituaient une espèce de plexus plus apparent que de coutume : indice dune circulation collatérale destinée à suppléer en partie les vaisseaux oblitérés Dans ces cas, j'ai vu la quantité de sérosité épanchée dans le péricarde beaucoup plus considérable que de coutume, et il me semble naturel de penser qu'alors L'hydrl péricarde n'était point du tout l'effet de l'agonie, mais bien celui de la cause que je viens de signaler. »

L'hydropéricarde peut-il se développer sous l'influence de causes plus générales, par exemple des diverses altérations du sang qui donnent lieu à d'autres hydropisies? On conçoit très bien la possibilité du fait, mais on n'en a point cité d'exemples.

[Dans la plupart des cas cités par les auteurs, on voit que. l'hydropéricarde s'est montré chez lesplithisiques, et que cet épanchement coïncide souvent avec l'hydre thorax. Pleurésie et péricardite vont de pair. Ce n'est pas seulement chez les phthisiques que se rencontre cet épanchement; M. ïhore fils a publié récemment (1) un mémoire sur les épanchements dans le péricarde consécutifs à la scarlatine.]

Symptômes. — L'épanchement étant l'unique altération matérielle de cette maladie, les phénomènes qu'il produit sont par conséquent les principaux signes de l'hydropéricarde : une matité souvent très étendue, comme dans la péricardite; une voussure, Véloignement des bruits du cœur, l'absence du bruit respiratoire et de tout bruit anormal, tels sont ces phénomènes.

Il en est cependant quelques autres que je dois mentionner. Senac croyait avoir vu, dans quelques cas, à la région précordiale, un mouvement de fluctuation indiquant le flot du liquide; mais ce signe n'a point été observé par les autres auteurs, et tout porte à croire que Senac n'avait aperçu que les battements du cceûj encore visibles. Corvisart assure avoir senti la fluctuation par le toucher, cl de

(1) Archives générales de médecine. Paris, 1856.

(2) Ibid., 4e série, 1844, t. IV, p, 334.

H YDROPÉRiCÀR bÈ". — MARCHE , DURÉE. Ht

Bufin on a noté la sensation d'un poids sur le cœur, et tout le monde a cité celte assertion de Ileimaun et de Saxonia, qui prétendent que les malades sentent leur cœur noyer dans l'eau. Ces derniers phénomènes sont loin d'être constants et d'avoir la valeur que leur ont attribuée les auteurs que je viens d'indiquer; mais il ne s'ensuit pas que l'hydropéricarde soit, comme ils l'ont pensé, très difficile à diagnostiquer, car les signes physiques décrits plus haut suffisent pour faire reconnaître l'existence de l'épanchement, et les circonstances accessoires peuvent servir •i en déterminer la nature.

D'autres symptômes, tels que les palpitations, la faiblesse et l'intermitteuce du pouls, les lipothymies, la gêne de la respiration, la difficulté de garder le décubitus dorsal, le soulagement dans la station assise, le corps étant penché en avant, la tendance à se courber du côté gauche, sont des symptômes qui appartiennent à plusieurs maladies du cœur, et qui néanmoins peuvent avoir une assez grande importance dans l'hydropéricarde ; mais leur valeur n'est pas suffisamment déterminée.

Desault (1) est un de ceux qui ont le plus insisté sur ces symptômes.

[Voici une observation recueillie par M. Trousseau, et qui, mieux que toutes les descriptions laites en vue d'un traité classique, montre ce qu'est un hydropéricarde :

« 11 s'agit d'un jeune homme de seize ans, entré le 2 lévrier 1854 à l'Hôtel- Dieu. A son entrée, on constate une dyspnée intense; le pouls est fréquent (130 pulsations), la face pâle; un peu de toux ; à la percussion, malité considérable à la région du cœur, remontant jusqu'au niveau de la deuxième côte, s 'étendant depuis le bord droit du sternum jusque très avant du côté gauche de la poitrine, sans qu'il soil possible de la limiter exactement en ce sens. Le côté gauche est, en arrière, moins sonore que le droit; les battements du cœur sont obscurs et lointains; le malade n'a pas de syncope complète, mais il se sent à chaque instant sous le coup d'une défaillance imminente. Vésicatoire, infusion de digitale. Dans le courant du mois de février, le pouls reste toujours fréquent, les battements du cœur s'entenden! mieux par intervalles et redeviennent indistincts dans d'autres moments; la matité de la région précordiale occupe presque invariablement une étendue de 17 centimètres en hauteur et 18 en largeur; pendant deux jours seulement, elle semble diminuer; durant ce laps de temps, on perçoit un bruit de frottement cardiaque sensible surtout à la base du cœur; la voussoure de la région précordiale est de plus en plus marquée du côté gauche de la poitrine, les signes de l'épanchement pleural deviennent de plus en plus manifestes; égophonie en arrière, au-dessous du scapulum; bruit de souffle.

» Le 17 mars. Depuis huit jours, la voussure est plus grande, il est survenu une diarrhée abondante; le malade s'alîaiblit, s'amaigrit; il ne peut se déplacer dans son lit, et le moindre mouvement provoque une syncope. La face est d'une pâleur livide, l'oppression est portée au dernier degré; la respiration est courte, suspirîeusc; la percussion de la région précordiale et même la simple application de la main causent de la douleur et de l'angoisse; le pouls est petit, misérable... On se décide à faire la ponction du péricarde. »]

Marche, durée, terminaison. — La marche et la durée de l'affection n'ont point

I) Œuvres chirurgicales, t. II, p. 304.

été suffisamment étudiées; cependant il est permis de dire, puisque la description précédente ne porte que sur l'hydropéricarde appelé passif, que la marche est lente. Quant à la terminaison, comme l'hydropisic est liée à des affections presque toujours fort graves, elle est ordinairement mortelle.

Lésions anatomiques. — Une sérosité de couleur variable, jaunâtre, légèrement verdâtre, rarement incolore, mais toujours limpide, et dilatant plus ou moins la cavité du péricarde, telle est la lésion que montre l'ouverture des cadavres, chez lesquels on trouve en outre les diverses altérations organiques qui ont causé la mort... La quantité du liquide épanché est moindre qu'on ne pourrait croire. Dans les cas où la ponction a été faite, on n'a pas extrait plus de ZiOO ou 500 grammes.

Diagnostic. —Nous avons vu qu'il n'était point difficile de diagnostiquer l'existence d'un épanchement dans le péricarde; mais cet épanchement est-il dû à une hydropisie, ou bien est-il le résultat d'une péricardite? C'est là une question un peu moins facile à résoudre. La marche de la maladie, la douleur qui s'est développée à une époque plus ou moins éloignée, des accidents fébriles, et l'absence des affections organiques qui donnent lieu à l'hydropéricarde, serviront à faire distinguer les deux espèces d'épanchemenls.

Traitement. — On doit s'attendre nécessairement à trouver une grande confusion dans le traitement de cette maladie, puisque les remèdes dirigés contre elle l'ont été également contre la péricardite, qui, suivant les auteurs, en est si souvent la cause.

Senac prescrivait particulièrement les purgatifs et les diurétiques, et, parmi ces derniers, il recommande le vin scillitique et une poudre faite avec la scille, l'asclepias et le nitre. Les autres auteurs ont presque tous, à son exemple, conseillé uniquement les moyens opposés aux hydropisies en général. Nous aurons à étudier ces moyens, lorsque nous ferons l'histoire de Yanasarque; il serait donc inutile de les indiquer ici.

Paracentèse du péricarde. — Déjà Riolan avait conseillé la ponction de la région précordiale, qu'il disait devoir être pratiquée à environ 3 centimètres du cartilage xiphoïde. Plus tard, Senac (1), après avoir réfléchi aux dangers de cette méthode, pensa qu'il serait moins hasardeux de trépaner le sternum, et de faire ensuite la ponction du péricarde, manière d'opérer qui a été plus tard proposée par M. Skielderup, auquel on en a mal à propos attribué la première idée. Quant à Desault, qui a pratiqué l'ouverture du thorax dans un cas où il croyait à l'existence de l'hydropéricarde, il se servait du bistouri et pratiquait l'incision dans un dos espaces intercostaux. Voici l'exposé rapide de ces trois procédés :

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