ADHÉRENCES DU PÉRICARDE AU COEUR
Les auteurs se sont occupés particulièrement de cette lésion consécutive, qui leur a paru, au premier abord, devoir apporter un grand trouble dans les mouvements du cœur : mais leurs recherches ne les ont pas conduits à des conclusions très positives. Suivant Laennec, M. Bouillaud et la plupart des autres observateurs, il n'est pas rare de rencontrer, dans la péricardite, des adhérences étendues et serrées du péricarde sans aucune altération de la santé. Hope, au contraire, affirme que, dans tous les cas, il a observé des symptômes plus ou moins marqués. Malheureusement les observations ne sont pas suffisantes pour qu'on puisse se prononcer sur ce point.
Les symptômes attribués par Hope aux adhérences du péricarde ne diffèrent pas de ceux de l'hypertrophie : ce sont des palpitations, de la dyspnée, un trouble dans le rhythme des battements du cœur, etc. Aussi cet auteur, se fondant sur cette ressemblance, a-t-il regardé les adhérences comme une cause de l'hypertrophie : opinion corroborée à ses yeux par l'anatomic pathologique, car il a constamment trouvé, chez les sujets morts avec des adhérences du péricarde, une augmentation plus ou moins considérable des cavités et des parois du cœur. Mais il eût fallu suivre attentivement la marche de la maladie, pour s'assurer que réellement la péricardite avait précédé l'hypertrophie, ce qui n'est rien moins que démontré ; cl, d'un autre coté, M. Gairdner (•>) a vu qu'à l'ouverture des cadavres, les adhérences du péricarde ne correspondaient pas constamment à une hypertrophie.
Quant à Joseph Frank, qui, sous le nom de symphyse cardiaque, a décrit la
(1) Bulletin de V Académie impériale de médecine, 185.',, t. XXI, p. 1 42 et suiv.
(2) Monlhki Journal of. medsc, févr. 1851.
lésion qui nous occupe, il a indiqué quelques symptômes généraux et locaux qui peuvent s'appliquer à toutes les maladies organiques du cœur. Rien n'est donc plus vague que la description de cette maladie, telle qu'elle a été tracée par les auteurs Quelques-uns cependant ont mentionné certains signes physiques particuliers dont il importe de dire un mot.
Les docteurs Heim (1) et Sanders (2) avaient cru trouver un signe positif des adhérences du péricarde au cœur dans une certaine rétraction qui, à chaque battement, se fait remarquer immédiatement au-dessous des derniers cartilages costaux du côté gauche, phénomène dont ils expliquaient ainsi la production : Le péricarde étant adhérent, d'une part au cœur, et d'autre part au diaphragme, toutes les fois que le premier se contracte, la pointe est attirée en haut ; elle entraîne le muscle, qui, à son tour, produit la dépression dont nous venons de parler. Sans entrer dans la discussion qui a été soulevée à ce sujet, nous dirons que les autres auteurs, Laennec, Hope, M. Bouillaud, qui ont porté sur ce point leur attention, n'ont pas observé ce phénomène. Enfin, suivant M. Skoda (3), c'est seulement quand l'adhérence du péricarde coïncide avec la position verticale du cœur que cette dépression a lieu.
Hope a donné deux signes particuliers propres à faire reconnaître les adhérences du péricarde : le premier est le siéfje des battements du cœur qui se trouve aussi élevé que dans l'état naturel, quoique l'augmentation de volume dût faire battre la pointe notablement plus bas; le second est la production d'un mouvement de ressaut, d'une secousse brusque due à la gêne que le cœur éprouve dans sa contraction. Ces deux signes n'ont pas été suffisamment recherchés par les autres médecins qui ont étudié les maladies du cœur.
M. Bouillaud a, dans un cas {h), entendu un bruit de râpe superficiel chez un sujet dont le péricarde adhérait par de fausses membranes endurcies; mais on sent que ce signe ne doit se rencontrer que dans des circonstances particulières, car il faut, pour qu'il soit produit, d'une part que les adhérences soient assez lâches pour permettre au cœur de frotter sur le péricarde, et de l'autre que l 'endurcissement de ces pseudo-membranes soit considérable : circonstances qui doivent se rencontrer rarement réunies. Ajoutons que l'auteur n'indique pas l'état des orifices du cœur, ce qui augmente encore notre incertitude sur la valeur du symptôme.
Pour M. Forget (5) les signes caractéristiques de l'adhérence générale et récente sont : le tumulte et la confusion des battements du cœur, la fréquence, la petilcsse, l'inégalité, l'irrégularité du pouls, la dyspnée, l'anxiété précordiale, la tendance aux syncopes avec disparition du bruit de frottement. « Mais, ajoute ce médecin, » aucun de ces signes n'est réellement pathognomonique, aucun n'est constant et » invariable; ils n'ont de valeur que par leurs combinaisons et leurs rapports avec » les autres circonstances de la maladie. »
(1) Voy. Kreysig, Die Krankheilcn des Berzens, t. III, p. 621.
(2) Journal de Hufeland, 1 820.
(3) Sur les signes auxquels on reconnaît pendant la vie l'adhérence du péricarde au cœur (Arch. gén. de méd., 1852).
(4) Traité des maladies du cœur, t. [, p. 434, obs. 21.
(5) Précis théorique et pratique des maladies du cœur. Strasbourg, 1851, p. 151.
(6) Loc. cit.