PALPITATIONS NERVEUSES DU COEUR. — MARCHE, DURÉE
Enfin, d'après Laennec, les urines sont habituellement claires et ténues pendant tout le temps que durent les palpitations.
Telle est la description de cette lésion fonctionnelle frai n'est point encore suffisamment connue. Il est plus que probable que plusieurs des signes qui viennent d'être indiqués n'ont été admis que d'après la théorie, et peut-être en est-il quelques autres qu'une observation plus attentive nous ferait reconnaître , et que nous ignorons encore.
Maintenant joignons à ces symptômes les résultats de la percussion et de Vaus* cultalion, qui, bien que négatifs, n'en ont pas moins une grande valeur.
La percussion fait constater Yabsence de toute matité anormale, ce qui est tellement en opposition avec la violence souvent extrême des battements du cœur, que dans le plus grand nombre des cas, ce fait suffit pour exclure l'existence de toute maladie organique. Quant à Y auscultation, voici les renseignements qu'elle fournit, d'après Laennec : les bruits, quoique clairs, ne s'entendent pas fortement dans une grande étendue, et le choc, lors même qu'il paraît énergique au premier abord, a peu de force réelle, car il ne soulève pas sensiblement la tête de l'observateur. Ce dernier signe paraît à Laennec le plus important et le plus certain de tous, surtout si l'on y ajoute la fréquence des battements, toujours plus grande que dans l'état naturel; car le plus souvent, suivant cet auteur, elle est de quatre-vingts à quatrevingt-seize pulsations par minute.
Quant aux symptômes généraux, ils sont peu remarquables : un peu d'agitation, la fréquence de la respiration en rapport avec celle de la circulation ; par suite, un pouls vif et frappant brusquement le doigt, tels sont ceux qu'il importe de mentionner.
§ IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.
La marche de la maladie est essentiellement variable. Tantôt le malade est calme et peut, sans en être incommodé, se livrer à des actes qui, dans d'autres moments, produisent des palpitations violentes; tantôt, au contraire, il est très irritable, et la moindre cause produit un accès de palpitations. Les intervalles de calme ont une durée très différente, suivant les époques et suivant les sujets. Quant à la durée totale de la maladie, elle peut être considérable, et c'est là un des caractères qui la distinguent essentiellement des maladies organiques du cœur. Si l'on trouve, en effet, un sujet qui déjà, depuis plusieurs années, présente des palpitations plus ou mojps fréquentes, sans qu'à la percussion et à l'auscultation on puisse découvrir aucun signe physique de maladie organique, on ne peut guère douter qu'il ne s'agisse de palpitations nerveuses.
Quelle est la terminaison de celte affection ? C'est ce qu'il est très difficile de dire. Peut-elle donner lieu, après une durée plus ou moins considérable, à une lésion organique, à une hypertrophie, par exemple? C'est là une opinion assez généralement répandue ; mais on cherche en vain les faits sur lesquels elle esl appuyée. Ce mode de terminaison, s'il existe, doit être au moins fort rare. « ,Je ne nie point, dit Laennec, que cela puisse être, mais je dois dire que je n'ai rien vu qui prouve que cette opinion soit l'ondée. On peut ajouter que la plupart des autres auteurs n'ont point fait à ce sujet d'observations plus précises. La terminai-
~yl MALADIES DES TOIES CIRCULATOIRES.
son des palpitations nerveuses est donc encore très peu connue. On les a vues cesser en même temps que les excès qui en avaient déterminé l'apparition.'
S V. — lésions anatomiques.
Il est inutile de dire qu'on ne trouve point, chez les sujets qui ont succombé à d autres affections de lésions anatomiques qul rendent compte de ^ dont le cœur a ete le s.ége ; car c'est là précisément ce qui leur fait donne le nom de palpitations nerveuses.
S VI. — Diagnostic.
Le diagnostic de cette affection est important, car il peut avoir une grande inflence sur le pronostic Deux choses sont à considérer pour l'établir sur des bases solides : 1" 1 absence d une matité augmentée à la région précordiale, et d'un soulèvement très notable de la paroi thoracique; 2" les exacerbations considérables delà maladie, et son intermittence plus ou moins complète; car, quoi qu'on en ait dit, il est au moins très rare de trouver des palpitations nerveuses continues
On ne pourrait guère confondre ces palpitations qu'avec Y hypertrophie du cœur; mais d'abord l'absence de la matité augmentée suffît pour les distinguer de l'hypertrophie avec dilatation, et quant à l'hypertrophie simple, nous savons qu'elle présente une impulsion notable, un soulèvement considérable des parois de la poitrine, et une obscurité plus ou moins considérable des bruits du cœur; taudis que, dans les palpitations nerveuses, l'impulsion et le soulèvement des parois de la poitrine sont peu considérables, et les bruits du cœur sont clairs et forts.
Quant aux palpitations qui ont lieu chez les chlorotiques, les anémiques, les sujets affectés d'une péricardite, d'une communication anormale tes cavités, etc., elles se lient à une série de symptômes qui ont été décrits ou le seront par la suite, et qui suffisent pour écarter toute cause d'erreur. Il est inutile de donner un tableau synoptique de ce diagnostic fort simple, mais que le praticien doit avoir, je le répète, présent à l'esprit, s'il veut éviter toute confusion entre des maladies d'une gravité très différente.
Le traitement de cette affection, assez fréquente chez les femmes, doit être présenté avec quelques détails. Tous les auteurs s'accordent à dire que les émissions sanguines ne doivent pas être employées. Elles n'ont, en effet, dans cette maladie, comme dans toutes celles qui sont de nature purement nerveuse, aucune efficacité réelle, et, bien plus, elles exposent les malades à l'anémie, qui est ellemême une cause de palpitations. Cependant si, comme le fait remarquer Laennec, il existait un état pléthorique, une complication ou une indication quelconque qui parût réclamer la saignée, on ne devrait pas hésiter à la mettre en usage, mais toujours avec modération, car il y aurait plus d'inconvénients à dépasser le but qu'à rester en deçà. Au reste, nous ne pouvons présenter sur ce point, que des généralités, des renseignements bien précis nous manquant complètement.
Les ferrugineux ont été employés dans les palpitations nerveuses aussi bien que dans les palpitations chlorotiques ; mais malheureusement les observations nous
PALPITATIONS NERVEUSES DU COEUlî. — TRAITEMENT. 253 manquent encore pour décider si elles ont, dans celle maladie, une aussi grande efficacité que dans la chlorose. Les diverses préparations ferrugineuses : les pilules de Blaud, de Vallet, les eaux ferrugineuses, la limaille de fer, etc., remplissent toutes cette indication, sur laquelle je reviendrai plus en détail clans l'histoire de la chlorose.
Les toniques ont été quelquefois ordonnés. La substance qui est le plus fréquemment mise en usage est sans contredit le quinquina, qu'on a également prescrit dans les névralgies et dans les névroses. On peut le faire prendre en poudre, uni au cachou, d'après la formule suivante :
lf Quinquina 10 gram. | Cachou 5 grâm. #
Divisez en deux paquets. Dose : unie matin et l'autre le soir.
Ou bien encore donner le quinquina en extrait, ou dans une potion, suivant les formules généralement usitées.
Je n'en dirai pas davantage sur cette médication, qui n'a pas encore été l'objet d'expérimentations suffisantes.
Les calmants et les antispasmodiques ont dû nécessairement trouver place dans le traitement d'une nidadie de nature nerveuse. Laenncc recommande l'infusion de laurier-cerise, mais il est plus convenable d'administrer ce médicament à l'état A'eau distillée, de m mière à pouvoir le doser sans crainte de dépasser les bornes. Dix à quarante gouttes d'eau distillée de laurier-cerise dans une potion ordinaire sont suffisantes. V acide hydroeganique a été mis en usage dans le même but; mais comme il n'a pas d'action particulière, il est inutile d'y avoir recours.
La digitale pourprée a été également prescrite, et son action marquée sur la circulation doit en effet engager à l'employer. Non-seulement on l'administrera à l'intérieur sous forme de sirop, de potion, de teinture, et surtout de teinture éthérée, mais encore on fera pratiquer des frictions sur la région précordiale et sur l'épigastre avec la teinture alcoolique. J'ai déjà indiqué plus haut diverses manières d'administrer ce médicament.
M. Forget (1) conseille les inhalations d'éther ou de chloroforme, mais de manière à ne pas amener l'anesthésie.
Lorsqu'il existe une douleur intercostale à la région précordiale, on doit la traiter par les vesicatoires volants avec ou sans morphine. On a vu plus haut le succès qu'a obtenu M. Sandras par ce moyen.
Les bains tiedes ou frais, suivant la saison, ont été prescrits avec avantage par Laenneç; et si l'on joint aux moyens qui viennent d'être indiqués un bon régime, un exercice modéré, et autant que possible un calme parfait, on aura tout ce que l'expérience de nos devanciers nous a appris sur ce traitement, qui, je le répèle encore, aurait besoin d'être étudié de nouveau d'une manière suivie et à l'aide d'observations rigoureuses.
(1) toc. cil,
ARTICLE Vf.