‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource]Chapitre 119 sur 306 · ALTÉRATIONS CHRONIQUES DE L'AORTE · texte numérisé non relu

ALTÉRATIONS CHRONIQUES DE L'AORTE

Plaques cartilagineuses. — Nous avons vu plus haut que, dans les cas d'aortite aiguë observés par M. Bizot, il se produisait une couche de matière transparente, et rosée à la surface de la membrane interne de l'aorte. Cet auteur , poursuivant sur ce pointées importantes recherches , a vu que cette matière devenait plus lard solide, et formait sur la membrane interne des plaques cartilagineuses plus ou moins étendues. Ces plaques, plus épaisses au centre qu'à la circonférence, peuvent exister en très grand nombre sur toute la surface de l'artère. On ne saurait évidemment les rapporter à une inflammation chronique, puisque à l'époque où elles prennent les caractères du cartilage, l'inflammation est déjà dissipée.

Ramollissement ulcéreux, dépôts atkéromateux, ossifications. — 11 est d'autres lésions dont l'origine inflammatoire est bien loin d'être aussi évidente. Ces lésions sont les ulcères oxiramollissements ulcéreux ; les amas de matière athéromateuse et les ossifications, dont on constate si souvent l'existence. M. Bizot, étudiant avec le plus grand soin, et avec sa sagacité ordinaire, ces diverses lésions, les a touics rattachées à une origine commune. Il a vu, dans un âge peu avancé, rarement toutefois avant quatorze ans, se former dans l'intérieur de l'artère de petites tac/tes d'un blanc j armoire, de l'étendue d'un grain de poussière ou de sable, non saillantes, isolées ou réunies en groupe, et formant par leur assemblage une surface dont la couleur est plus blanchâtre ou plus jaunâtre que la surface interne de l'aorte. Au niveau de ces points, et à leur pourtour, il a trouvé la membrane interne de l'artère parfaitement transparente, sans épaississement, sans injection et sans altération de sa consistance. Quand il enlevait des lambeaux de la membrane interne, il entraînait les petits points jaunâtres, qui par conséquent adhèrent, quoique faiblement, à la face externe de cette membrane. Toutefois il a reconnu que ce n'est pas aux dépens de la membrane interne elle-même qu'ils se forment, car, en la détachant dans un point où les petites taches couvrent une surface un peu étendue, il en a vu une partie suivre les lambeaux, et l'autre rester adhérente à la membrane moyenne. Il suit de là que ces points jaunes, auxquels M. Bizot donne le nom de taches rudimentaires, se développent d'abord dans le tissu lin qui unit les deux membranes entre elles. Plus lard, ces petites taches adhèrent exclusivement à la membrane moyenne et prennent de l'accroissement. C'est de ces premières altérations que M. Bizot fait ensuite dériver la plupart des autres lésions, qu'on regardait avant lui comme ayant une origine différente. Disons d'abord un mot du ramollis mnent ulcéreux, décrit par plusieurs auteurs sous le nom d'abcès de l'aorte.

Chez quelques sujets, el M. indral en a cité un exemple remarquable (1) ou trouve sur la surface interne de l'aorte un plus ou moins grand nombre de petites tumeurs qui cèdent sous le doigt ; la pression détermine dans leur intérieur le mouvement d'une matière demi-fluide, et si, comme l'a fait M. Bizot, on les comprime un peu fortement, on rompt la membrane interne, et la matière contenue dans le foyer s'échappe aussitôt. Cette matière a divers aspects : quelquefois elle a la couleur et la consistance du pus de bonne nature ; d'autres fois elle est farineuse, sèche ou humide, mais conservant toujours sa couleur jaunâtre ; enfin M. Bizot l'a' vue composée d'un grand nombre de petites paillettes très ténues, resplendissantes, les unes argentines et blanchâtres, les autres jaunâtres et ressemblant assez à de la poudre d'or.

A une époque plus avancée, il se produit dans ces petits foyers des transformations différentes : tantôt la membrane interne se rompt, la matière s'écoule, et il se forme un pelit ulcère à bords légèrement saillants, que quelques auteurs, et en particulier Mcckel (2) et Hodgson (3) , ont regardé comme une véritable ulcération produite par une inflammation violente.

Dans d'autres cas, le liquide ou la matière demi-fluide qui existe entre la membrane interne el la membrane moyenne se concrète et forme ces amas de matière athéromateuse signalés par tous les observateurs. D'autres fois enfin les taches primitives éprouvent la transformation osseuse, et forment ces plaques rugueuses qui hérissent la surface interne de l'artère, dont elles occupent parfois toute l'étendue.

Celle succession dans les diverses transformations de l'aorte semble annoncer déjà qu'elles ne sont pas dues, du moins dans un grand nombre de cas, à une inflammation ; mais d'autres considérations présentées par M. Bizot viennent mettre bien mieux encore ce fait hors de doule. Ce n'est pas en effet d'une manière irrégulière, et comme au hasard, que se développent ces taches et ces diverses dégénérescences qui leur succèdent; h leur apparition, et chez les sujets encore jeunes, elles se montrent dans des points particuliers : à la partie postérieure de l'aorte et au pourtour des orifices des artères qui en partent. Dans un âge plus avancé, on voit que, dans ces mêmes points, les taches ont fait des progrès, se sont agrandies, el sont devenues le siège des diverses transformations que nous venons d'indiquer ; mais, en outre, d'autres ont apparu à leur tour sur la partie antérieure de l'aorte et dans des points qu'elles avaient d'abord respectés : celles-ci sont encore rudimenlaires; enfin, plus tard, ces dernières ont fait des progrès comme les précédentes, et le pourtour de l'aorte est envahi par des dégénérescences athéromateuses et osseuses. C'est là un développement régulier qui prouve que les progrès de l'âgeont unegrande influence sur la productiondc ces diverses lésions. Nous ajouterons que, comme pour les lésions de la membrane externe du cœur, on peut concevoir qu'une inflammation produise les mêmes effets, et c'est ce qui explique comment, chez des sujets jeunes encore, mais affectés de maladies graves du cœur et de l'aorte, on trouve ces transformations à un degré plus avancé que chez les vieillards,

Quels sont maintenant les signes auxquels on peut reconnaître ces lésions y — C'c'st là une question à laquelle il est bien difficile de répondre. Lorsqu'il n'existe

(1) Précis d'anal, palhol. Paris, 1829, t. Il, p. 379.

(2) Aient, de l'Acad. des sciences de Berlin.

(3) Traité des maladies des artères et des veines. Paris, 1819, 2 vol. in-8.

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que de petits foyers soulevant la membrane interne, ou de simples érosions superficielles, il est très probable qu'il n'y a aucun signe physique. Dans les cas, au contraire, où la face interne de l'artère est rendue très rugueuse par la déposition de la matière cartilagineuse ou osseuse, on entend un bruit de souffle qui existe principalement au moment de la dilatation artérielle, et qui suit le trajet du vaisseau.

Quant à d'autres symptômes, il n'en existe pas de plus précis que ceux qui ont été signalés par M. Bouillaud, et que j'ai précédemment indiqués. Lorsqu'une autre lésion de l'aorte, comme la dilatation, Vanévrysme, vient se joindre à ces altérations, elles donnent lieu aux signes particuliers qui les caractérisent, et dont il sera question plus loin.

On voit que ces altérations anatomiques ne présentent qu'une importance très faible quand on les considère sous le point de vue de la pratique. Cependant elles méritent l'attention du médecin, sous un rapport. Les concrétions cartilagineuses et osseuses, en enlevant au vaisseau son élasticité, l'empêchent de réagir sur la colonne sanguine qui le dilate , et deviennent ainsi la cause de ces dilatations quelquefois énormes dont l'aorte est le siège. C'est là une considération étiologique qui n'est pas sans intérêt.

Eaut-il parler du traitement de ces diverses lésions? Ce serait évidemment vouloir nous livrer à des considérations purement théoriques et sans application utile. Disons seulement que les divers moyens palliatifs mis en usage dans les principales maladies organiques du cœur doivent trouver leur place dans ce traitement.

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