‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource]Chapitre 12 sur 306 · PLEURÉSIE DOUBLE · texte numérisé non relu

PLEURÉSIE DOUBLE

Affection primitive- Occupe les deux côlés successivement.

Symptômes généraux en rapport avec l'étendue des symptômes locaux.

HYDROTHORAX.

Affection secondaire.

Envahit les deux côtés en même temps.

Symptômes généraux en rapport avec là maladie primitive.

Pronostic. — Nous avons vu, dans l'article consacré à la terminaison de la maladie, combien la pleurésie est généralement peu grave lorsqu'elle se développe chez un sujet dont la constitution n'est pas altérée par une autre maladie. Elle devient, au contraire, très grave dans les cas où elle complique une affeclion préexistante ; et quoique cette gravité soit d'autant plus grande que la maladie antérieure est plus sérieuse, il n'en est pas moins démontré par les faits que la pleurésie peut devenir mortelle lorsqu'elle se développe dans le cours d'une affection légère, d'une simple bronchite, par exemple. C'est un fait qu'il faut avoir toujours présent à l'esprit avant de porter un pronostic et avant de se livrer à des recherches thérapeutiques.

La pleurésie qui est due à une perforation du poumon, par quelque cause que ee «oit, est une affection constamment mortelle. Lorsqu'elle est double, ce qui sur-

k('i MALADIES DES VOIES RESPIRATOIRES.

vient ordinairement dans des cas de complication, elle a une grande gravité. Enfin l'intensité des symptômes généraux peut faire juger d'une manière assez exacte du degré de cette gravité.

§ VII. — Traitement.

Le traitement de la pleurésie ne présentant pas le même intérêt que celui de la pneumonie, il est peu étonnant que les auteurs l'aient étudié avec beaucoup moins de soin. Aussi, excepté pour quelques médications particulières, ne trouvons-nous aucun travail réellement important sur ce sujet. Mais si la pleurésie n'est point, en général, une maladie très grave, elle est toujours une maladie sérieuse, même dans les cas les plus simples. Il est donc important d'en étudier le traitement avec plus de méthode qu'on ne l'a fait jusqu'à présent.

Évacuations sanguines. — En général, les médecins n'emploient, que de faibles saignées; mais, dans ces derniers temps , M. Bouillaud a appliqué à cette maladie, quoique avec une certaine modération, son traitement par les saignées abondantes et répétées (1). Le nombre des saignées générales qu'il pratique varie d'une à quatre, et de plus il prescrit deux ou trois saignées locales, fournissant de trois à douze palettes de sang. Les autres médecins se contentent généralement d'une saignée au début, et de l'application de quelques sangsues ou de quelques ventouses scarifiées sur le point douloureux.

Quelle est la valeur de ces deux médications ? Pour répondre à cette question, il est évident qu'on ne doit pas se contenter de chercher dans la mortalité une différence qui ne prouverait rien. Si, en effet, l'un de ces deux traitements est appliqué à une pleurésie survenue dans le cours d'une bonne santé, la guénson a heu ; si au contraire, la pleurésie vient compliquer une autre maladie, et surtout une maladie grave, elle se termine souvent par la mort. L'abondance des saignées ne change absolument rien à ce résultat ; mais on peut se demander si, par les saignées abondantes, la durée de la maladie est abrégée ; si les principaux symptômes sont notablement amendés ; si, en un mot, il se produit une amélioration évidente qu'on doive nécessairement rapporter à l'abondance de la sa.gnee Relativement a la durée de la maladie, nous avons pu rassembler 26 cas de pleurésie simple propres à répondre à cette question; 10 cas ont été traités par des saignées abondantes, et entres par des saignées modérée, Chez les premiers, la maladie a u,é =o„ nuatorze jours et chez les autres , seize. Cette différence n est pas très notable, comme o voit, et elle le serait bien moins encore si des cas de saignées mo- S on en retranchait un dont la durée a été tout exceptionnelle ( cinquante

j°UNous ne nous dissimulons pas que ces chiffres sont bien faibles pour établir un résuïï ïSif; aussi ne les avons-nous donnés que comme rense.gneme s n auenllque d^s recherches plus étendues nous mettent à même d en juge, défi-

(1) Clinique médicale do la Charité. Paris, 1837, t. II, P- 252.

PLEURÉSIE A1GUE. — TRAITEMENT. Ui

calmer les premiers symptômes et à abattre le mouvement fébrile. Les ventouses scarifiées ou les sangsues appliquées sur la partie douloureuse font souvent, dès la première application, disparaître le point de côté. Voilà tout ce que nous savons à ce sujet.

En général, on se règle, pour l'abondance de la saignée, sur les forces du malade, sur l'élévation du pouls, sur l'intensité du mouvement fébrile. On ne cherche plus aujourd'hui à établir quel est le côté où il faut saigner ; et quant à ces anciens préceptes de ue plus saigner après un certain nombre de jours, ils sont regardés, avec raison, comme de nulle valeur.

Les émtdlients et les adoucissants sont employés en même temps que la saignée : ce sont des adjuvants qu'il ne faut pas négliger. Ainsi, les tisanes de mauve, de guimauve, de violette, etc. , les potions gommeuses devront être prescrites dans tous les cas. De plus, pour calmer la toux et pour procurer aux malades un peu de repos, on y joint ordinairement les narcotiques. L'opium à la dose de 0,03 à 0,05 ou 0,1 0 grammes remplit parfaitement cette indication : 1 5 à 30 grammes de sirop d'acétate de morphine ou de sirop diacode sont également prescrits avec avantage.

Vomitifs. — 'Le tartre stibié était très fréquemment prescrit par les anciens pour combattre la complication bilieuse ; mais nous l'avons déjà dit, les anciens confondaient dans un grand nombre de cas la pleurésie et la pneumonie. M. Chomel s'exprime ainsi relativement à l'emploi de l'émétique dans la pleurésie : «Voici, dit-il (1), ce que l'observation m'a appris à cet égard : les symptômes bilieux qui se montrent au début de la pleurésie se dissipent, chez le plus grand nombre des malades, dans l'espace de quelques jours, pendant l'emploi des moyens anlipLlogistiques, des boissons délayantes et de la diète. Si, au lieu de se borner à cette médication, on administre un vomitif dès le début, les malades, à la fatigue près qui accompagne et suit les efforts du vomissement, n'en éprouvent pour la plupart aucun changement notable. Ils en obtiennent, au contraire, un soulagement marqué, lorsque les signes d'embarras gastrique ont persisté pendant plusieurs jours malgré la diète et les saignées. »

On voit qu'il y a bien loin de cette simple indication à un résultat précis fondé sur une analyse exacte des faits. Cependant cette opinion est trop formellement exprimée pour qu'on ne doive pas y avoir égard dans les cas qui paraîtraient favorables. Richter (Spec. ther.) associait au tartre stibié le nitrate de potasse.

Laennec employait l'émétique à haute dose dans la période aiguë de la pleurésie ; mais il n'a rien dit qui puisse prouver i'efïîcacité de cette médication , que M. JWériadec Laennec regarde, au contraire, comme dangereuse. Aujourd'hui on se borne à donner l'émétique à dose vomitive, à la manière de Stoll. Quant aux autres vomitifs (kermès, etc.), il est inutile d'en parler ici.

Le vésîcatoire est un des moyens le plus généralement employés, et cependant on a élevé bien des doutes sur son efficacité. Nous n'avons point de relevés exacts de faits propres à éclaircir celte question de thérapeutique, d'où il suit que la plupart des médecins qui emploient le vésicatoire dans la pleurésie le font uniquemeut parce que ce moyen est généralement recommandé, et non parce qu'ils sont sûrs den avoir retiré de bons effets. Quelques-uns appliquent l'emplâtre vésicaut

au

(1) Dictionnaire de médecine, t. XXV, art. Pleurésie.

début même de la maladie. Cet exemple ne doit pas être imité, non de crainte que le vésicaloire exaspère les douleurs, car, au contraire, il peut les diminuer notablement, mais parce que, apportant un nouvel élément fébrile, il peut s'opposer aux avantages qu'on relire ordinairement de la saignée. Toutefois ce mouvement fébrile étant beaucoup moins intense que dans la pneumonie, les inconvénients sont ici moins grands. La plupart des médecins appliquent le vésicatoire quelques jours a;>rès le début, lorsque les principaux symptômes se sont amendés et que la résorption de l'épanchement est devenue l'indication principale. Cette résorption est-elle réellement favorisée par l'application du vésicatoire? C'est ce qu'il est impossible de dire. Les observations rapportées par les auteurs sont peu propres, en effet, à résoudre celte question ; car, dans presque toutes, le vésicatoire a été appliqué concurremment avec d'autres moyens actifs. J'ajouterai seulement (pie l'opinion de M. Chomel est favorable à l'influence du vésicaloire sur la résorption de l'épanchement.

Préparations mercur telles. — Les préparations mercurielles ont été assez fréquemment employées, et quelquefois au point de produire la salivation. Schmidtmann (1) associait le calomel à l'opium. M. Bouillaud a quelquefois suivi cet exemple , en donnant de 50 à 60 centigrammes de calomel uni à l'extrait thébaïque. Dans un cas compliqué de tubercules, et rapporté par ML Hirtz (2), l'emploi du calomel a été poussé jusqu'à la salivation , mais le sujet a succombé. Ainsi on voit encore que nous n'avons rien de précis à dire sur l'effficacité de ce médicament. , .

Diurétiques. — Dans une maladie où il se forme une accumulation de sérosité, il est tout naturel qu'on ait songé à employer les médicaments hydragogues, et en particulier les diurétiques. Aussi cette pralique est-elle ancienne; mais quohlu on l'ait fréquemment mise en usage, nous n'en connaissons qu'imparfa.lement les effets Dans l'état actuel de la science, on doit regarder les diurétiques comme des médicaments adjuvants, plutôt que comme des remèdes d'une efficacité démontrée. Laennec accorde une certaine confiance aux diurétiques, mais d pense qu on doit, pour les rendre véritablement utiles, les porter à une dose plus élevée qu on ne le

ait généralement, 'il donnait de préférence V acétate de potasse a la dose de 26 à 60 grammes par jour, en élevant graduellement la dose. La tisane suivante remplit

cette indication :

Tf, Acétate de potasse.. . 30 à 60 grain. \ Décoction de chiendent 550 grain.

A prendre dans la journée.

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administre :

i irram. 1 Sirop des cinq racines i0 gram-

% Nitrate de potasse * S™m- v -

t „ . . 200 ffram. I

Eau de sureau 200 gram.

Mêle». A prendre par cuillerées.

(1) Sitmma observ.med. Berolini,

(2) Loc. cit., p. 180,

Quelquefois aussi Laennec associait le sel ammoniac au nilre, suivant la méthode de Triller Enfin il prescrivait Yextrait de mile, qu'un grand nombre d'auteurs avaient employé avant lui, et suivant la méthode conseillée par Quarm dans l'hydronisie c'est-à-dire en donnant 0,10 grammes répétés toutes les trois heures. Enlm il a mis en usage Y urée, d'abord à la dose de 0,60 grammes, puis graduellement a celle de H grammes, et au delà. Pour administrer ce médicament, il suffit de le faire dissoudre dans une quanlilé suffisante d'eau distillée.

La digitale est un médicament qui peut être considéré comme agissant de deux manières : 1" d'une manière sédative; 2" comme diurétique. Elle a été recommandée par Tommasini, qui l'employa dans un cas où les saignées lui avaient paru inutiles, et par Mac-Lean qui cite un cas à peu près semblable.

Que faut-il penser des médicaments dont nous venons de parler? A les considérer d'une manière générale, on peut dire, avec Laennec, que ce sont des médicaments infidèles; et l'on peut ajouter, relalivement au cas particulier dont nous nous occupons, qu'il n'existe pas un seul fait bien observé en leur faveur. On aurait tort, par conséquent, de leur accorder un très haut degré de confiance.

Antispasmodiques. — Le musc est le médicament de ce genre qui a été le plus employé; mais aucun fait positif ne nous permettant d'apprécier son action, il est inutile d'exposer une médication en laquelle le praticien ne saurait nullement se confier.

Nous en dirons autant des toniques, administrés dans les cas de pleurésie secondaire chez des individus fortement débilités ; du sulfate de quinine à haute dose prescrit par M. Baudelocque dans la pleurésie des enfants; de V acide hi/drocyanique, médicament si dangereux, et , dans la plupart des cas , d'un effet si problématique; enfin de plusieurs autres substances, telles que le lin, la douceamère, etc., dont l'efficacité n'est nullement démontrée.

On voit, d'après ce qui précède, que le traitement de la pleurésie aiguë est peu riche et varié; mais cela s'explique très bien. Nous avons vu, en effet, que la pleurésie simple est une maladie qui tend naturellement à la guérison ; en pareil cas il suffit de quelques moyens appropriés pour calmer les principaux symptômes ; car au bout de quelques jours la nature se charge elle-même de la cure. Dans les cas compliqués, au contraire, la maladie primitive étant ordinairement grave, et la pleurésie, malgré son importance, que nous sommes loin de méconnaître, n'étant souvent qu'un accessoire, on ne dirige contre elle que des moyens peu actifs, parce qu'on s'occupe toujours d'une manière spéciale de l'affection qu'elle vient compliquer. C'est, au reste, ce que Laennec avait entrevu quand il disait que, n'env ployât-on aucun médicament, ou bien mît-on en usage les médications les plus variées ou même les plus nuisibles, la pleurésie n'en guérirait pas moins dans la grande majorité des cas.

On ne devra donc, dans les cas de pleurésie simple, avoir recours qu'à un petit nombre de moyens très simples eux-mêmes, et dont l'efficacité est mieux prouvée que celle de tous les autres. A ce sujet, je dois apporter le traitement employé par M. Louis, tel qu'il a été indiqué par M. Wjebèr (1).

(1) Journal hebdom. de mod. èt de chir. prat. Paris, anAt 1 8*1 .

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