‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource]Chapitre 13 sur 306 · TRAITEMENT DE M. LOUIS · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DE M. LOUIS

Au début, une ou deux saignées générales; si la douleur de côté est vive, une application de 12 à 20 sangsues sur le point douloureux; il est rarement nécessaire de réitérer cette application. Pendant les premiers jours, boissons délayantes, diète absolue.

Lorsque les symptômes les plus aigus se sont apaisés , prescrivez l'usage des tisanes nitrées et de la teinture éthérée de digitale à la dose de 8 à 60 gouttes. En même temps recouvrez le côté malade d'un large emplâtre de poix de Bourgogne, afin d'y entretenir un degré constant de température. Si , après la résorption de l'épanchement, le bruit de frottement s'accompagne de douleur, entourez le thorax d'un bandage de corps lacé qui force le malade à respirer par le diaphragme; de cette manière on fait cesser la douleur.

M. Cruveilhier (1) a indiqué quelques formules dans lesquelles se trouvent rassemblés un certain nombre des médicaments indiqués plus haut, et que par conséquent il est bon de consigner ici. Voici la première :

Tf Calomel 0,10 gram. 1 Poudre de digitale 0,025 gram.

Scille 0,05 gram. | Sirop de nerprun Q. s.

La seconde est également co mposée de purgatifs et de diurétiques. On endorme une mixture ainsi qu'il suit :

If Teinture d'aloès i à 8 gram.

Teinture de scille 20 gouttes.

Teinture de digitale 20 gouttes.

A prendre le matin à jeun, tous les deux ou trois jours.

L'action des médicaments doit être, dans tous les cas, favorisée par un certain nombre de précautions générales dont voici le tableau :

PRÉCAUTIONS GÉNÉRALES A PRENDRE DANS LE TRAITEMENT DE LA PLEURÉSIE AIGUË.

1° Repos au lit, au moins dans les premiers temps. 2° Température modérée.

3° Éviter les efforts de voix et les conversations prolongées.

U° Diète absolue au début; régime sévère dans le cours delà maladie.

Paracentèse thoracique. -Dans ces dernières années, on a précon.sé la thoracocentèse dans certains cas de pleurésie aiguë dans lesquels la suffocation a paru imminente. C'est principalement M. Trousseau qui a soutenu cette thèse et qui a rapporté le plus de faits à son appui (2). Plus tard , M. Barby (3) a défendu la

(1) Dictionnaire de méd. et de chir rf*fffi#- *™f^ de la Soc. méd. des hôpit.

Duthiers (Union méd., mars 1850). tmiiement de la pleurésie avec

(3) Considérations sur quelques points de Vhtstove et du traitement ae u*p*

épanchement.

même manière de voir, ei d'autres médecins ont cité des fails dans lesquels la thoracocentèse ayant été pratiquée, les malades ont guéri. Ainsi, M. le docteur Joseph Beyran (1) , chirurgien en chef de l'hôpital de Yedi-Kaulé, à Constant!nople cite trois observations de thoracocentèse pendant la période d acuiié de la maladie- une malade succombâmes deux autres guérirent rapidement. Ces faits prouvent que cette opération, dans la pleurésie aiguë , n'est pas aussi dangereuse mi'on aurait pu le croire. Mais là n'est pas la question. L'opération est- elle opportune? C'est là ce qu'il s'agit de décider, car bien que, comme nous venons de le dire, elle soit loin d'être aussi dangereuse qu'on le pensait, personne ne soutiendra qu'elle n'ait sa gravité, et qu'il soit indifférent de la pratiquer. Des faits cités, il est résulté pour nous que, dans un certain nombre, du moins, on s'est laissé trop effrayer par une suffocation plus grande que de coutume. Nous avons vu, en effet, des cas où la suffocation a été au moins aussi considérable, et où les remèdes ordinaires ont suffi. Au commencement de cette, année, M. Marrotte a eu dans son service , à l'hôpital Sainte-Marguerite, un sujet qui paraissait dans l'état le plus grave : l^yspnée était extrême ; il y avait lividité de la face, petitesse et fréquence considérable du pouls. Ce médecin nous demanda notre avis , à M. Denonvilliers et à moi, sur l'opportunité de la thoracocentèse. Nous pensâmes que, malgré l'intensité insolite des symptômes, on pouvait attendre. Un traitement actif fut appliqué. Dès le lendemain il y avait une amélioration sensible , et le malade a parfaitement guéri. On trouve dans les auteurs plusieurs cas de ce genre.

Cependant M. Trousseau a cité des cas de mort qui ont eu lieu sous ses yeux , et entre les mains de praticiens des plus habiles. Ces cas étaient remarquables par l'abondance de l'épanchement et la petitesse du pouls. Nous-même, nous avons vu récemment un jeune sujet qui avait depuis cinq mois un épanchement énorme, avec la dyspnée la plus intense, et une déviation du cœur telle que la pointe battait à un pouce en dehors du membre droit . Le traitement de cette affection ayant été négligé, elle était devenue rebelle aux moyens ordinaires. La thoracocentèse eut le plus beau succès. La paracentèse peut donc être quelquefois utile; mais les cas qui la réclament sont rares. Suivant M. Fidoux (2), les pleurésies qui réclament le plus impérieusement la thoracocentèse sont d'une nature toute particulière, et se rapprochent plutôt de l'hydropisie que des phlegmasies. L'épanchement qui caractérise cette variété de pleurésies s'opère général nient avec une lenteur qui explique l'obscurité des symptômes ou la latence. Les malades n'éprouvent qu'une fatigue insolite et une gêne vague et indicible dans la poitrine. Quant à la dyspnée, ils ne la ressentent que dans la marche.

Nous n'avons pas trouvé, dans les observations, la confirmation de cette manière de voir, et dans le fait que nous avons cité plus haut, la maladie a suivi exactement la marche des pleurésies ordinaires.

Quant aux procédés employés pour la paracentèse thoracique , nous les ferons connaître dans l'article consacré à la pleurésie chronique, pour laquelle on l'a principalement pratiquée.

Résumé, ordonnances. — Le résumé du traitement de la pleurésie n'a qu'une

(1) Union médicale, 16 mars 1852.

(2) Du pronostic de la pleurésie latente et des indications de la thoracocentèse (Actes de la Société médicale des hôpitaux, V fascicule, 4850).

importance secondaire, puisque ce traitement est peu compliqué. Quant aux ordonnances, nous n'en rapporterons pas un grand nombre, pour les mêmes raisons.

Ordonnance.

PLEURÉSIE Alf.UE SURVENUE CHEZ UN SUJET BIEN PORTANT.

1° Pour tisane, infusion de violettes édulcorée avec le sirop dégomme.

2° Une ou deux saignées de 300 à ZiOO grammes. Si, ce qui est rare, la violence delà fièvre et des principaux symptômes locaux l'exigeait , on pourrait augmenter le nombre des saignées.

3° Une, et rarement deux applications de 15 à 20 sangsues ou de 7 à 8 ventouses scarifiées sur le point douloureux.

k° Un emplâtre de diachylon ou de poix de Bourgogne sur le côté malade.

5° Diète; repos des organes thoraciques.

Chez les enfants, on emploie les mêmes moyens; seulement , au lieu de la saignée générale, on applique d'une à dix sangsues, suivant l'âge. A l'âge de dix ans et au-dessus, on peut facilement pratiquer la saignée générale.

ARTICLE IV

La pleurésie chronique à l'élat de simplicité est une maladie rare ; c'est ce que les auteurs ont l'occasion de vérifier tous les jours : il semble donc que son histoire ne devrait pas nous arrêter. Nous ferons remarquer que, même dans l'état de complication, elle présente des considérations pratiques fort importantes. Il est donc nécessaire d'en tracer une description rapide.

§ I. — Défiaitioa, synonymie, fréquence.

La pleurésie chronique est celle qui resle longtemps stationnaire, et donne lieu à une fièvre hectique plutôt qu'à un état fébrile aigu. Laennec (1) distinguait trois sortes de pleurésies chroniques : 1° celles qui, dès l'origine, ont ce caractère; 2° les pleurésies aiguës passées à l'état chronique; 3° les pleurésies compliquées de productions organiques sur la smface de la plèvre. Les deux premières sont les plus importantes.

La synonymie de la pleurésie chronique est la même que celle de la pleurésie aiguë ; il faut y joindre seulement le nom et' hydrothorax, employé par beaucoup d'auteurs pour désigner l'épanchemeut qu'elle produit.

Nous avons dit plus haut que la pleurésie chronique simple était rare ; il n'en est pas de même de celle qui vient compliquer une autre maladie : de sorte qu'envisagée d'une manière générale, celle maladie ne laisse pas de se présenter fréquemment.

(1) Traité de V auscultation médiate, t. II, 2' et 3r édif.

PLEL'HÉSIK CHRONIQUE. — CAUSES.

§ II. — Causes.

1" Causes prédisposantes.

Nous ne connaissons rien de positif sur l'influence de Vûge avant les recherches de M Oulmont (I ). Ce médecin a trouvé de deux ans et demi à quinze ans, 1 3 cas; de quinze à trente ans, 28 cas; de trente à soixante ans, 14 cas. Comme on e voit la fréquence de celle affection est, relativement à Yâye, en rapport avec la fréquence de la phihisie. Quant au sexe, nous devons dire que parmi les observations que nous avons rassemblées, le plus grand nombre a été recueilli chez des sujets du sexe masculin. Dans les cas- rassemblés par M. Oulmont, il y avait 45 hommes et 13 femmes.

Nous ne savons rien de positif sur l'influence de la constitution et du tempérament.

Vétat de santé des sujets nous offre des considérations d'une grande importance. La pleurésie chronique attaque ordinairement des individus affectés d'une autre maladie, et presque toujours des phthisiques. Dans quinze cas de complication pris au hasard, nous avons toujours trouvé dans le poumon des tubercules à un degré plus ou moins avancé. La pleurésie chronique simple, qui s'est montrée quatre fois dans 25 cas, a offert ceci de remarquable, qu'elle a eu lieu chez des individus qui venaient d'essuyer une maladie assez grave dont ils n'étaient point encore complètement remis. Enfin, on voit, dans quelques cas rares, la pleurésie aiguë, survenue chez des sujets dans un état de santé apparente, se terminer par le passage à l'état chronique. Toutefois on ne doit avancer ce fait qu'avec réserve; car les observations de ce genre, et notamment celles de M. Heyfelder (2), manquent des détails nécessaires pour qu'on puisse en juger les antécédents.

2° Causes occasionnelles.

Ainsi donc l'existence d'une maladie antérieure ou d'une maladie chronique, et particulièrement des tubercules pulmonaires, est la condition essentielle de la production de la pleurésie chronique. Mais quelle est la cause déterminante de la maladie, et pourquoi se montrc-t-elle plutôt chez certains sujets que chez d'autres? Il est fort difficile de répondre à ces questions. Cependant on peut dire, d'une manière générale, que les principales causes occasionnelles de la pleurésie aiguë sont aussi celles de la pleurésie chronique, dont l'état particulier des sujets détermine seul la forme. La production, à la surface de la plèvre, de petites masses d'aspect tuberculeux, cause nécessairement la pleurésie chronique; c'est à cette lésion que MM. Bailliez et Rilliet (3) ont donné le nom de phthisie pleurale.

Les symptômes locaux de la pleurésie chronique ne diffèrent que médiocrement de ceux de la pleurésie aiguë. Voici les différences :

(1) Recherches sur la pleuréùe chronique. Paris, 18 i4.

(2) Archive* gén. de méd., 1839, 3° série, t. V, p. 59.

(3) Traité clin, et prat. des maladies des enfants, 2" édit. Paris, 1854, t. III, p. 737.

'l8 MALADIES DES VOIES RESPIRATOIRES.

La douleur pongitive est nulle, ou bien elle est obscure, fugace, ne se montre qu'à des intervalles plus ou moins éloignés. Assez souvent la respiration est encore facile au début ; quelquefois elle reste telle pendant très longtemps, même quand l'épanchement est abondant. Généralement il y a une dyspnée assez marquée, avec oppression.

La toux existe ordinairement dans la pleurésie chronique; quoiqu'on ait dit que ce symptôme manquait le plus souvent, il a été noté affirmativement dans toutes les observations publiées, lorsque l'attention du médecin s'est fixée sur lui. Assez souvent même la toux est fréquente et pénible. Dans les cas où il existe des tubercules, elle s'accompagne de l'expectoration qui appartient à la phlhisie ; dans les autres, elle est sèche ou seulement muqueuse. Comme dans la pleurésie simple, les malades se couchent de préférence sur le dos ou sur le côté malade. M. Heyfelder a remarqué, dans presque tous les cas qu'il a observés, que les malades couchés sur le côté affectés avaient leurs membres rapprochés du tronc comme s'ils étaient accroupis.

L'examen de la poitrine fait reconnaître une dilatation plus ou moins considérable du côté affecté; les espaces intercostaux sont effacés, plus larges et quelquefois saillants; l'omoplate est abaissée. Si l'on fait faire une forte inspiration, on remarque que les parois thoraciques (le ce côté restent immobiles, tandis qu'elles offrent de grands mouvements de l'autre côlé. On a observé aussi quelquefois une déviation de la colonne vertébrale et même du sternum. M. Heyfelder en a vu quelques exemples. Enfin, on a trouvé des déplacements des organes voisins, et notamment du cœur. Dans un cas ci!é par M. Barth (1), et dans un que nous avons récemment observé, cet organe était tellement refoulé, à droite qu'on eût pu croire à une transposition des viscères, et M. Oulmont a remarqué que quelquefois le développement du thorax se communique au côté correspondant de l'abdomen, ce qui est dû à l'abaissement du foie.

Les signes physiques de la pleurésie chronique ne diffèrent pas sens.blement de ceux de la pleurésie aiguë avec épanchement. Absence de vibrations dans les parois de la poitrine quand le malade parle ou tousse; matilé du son dans une étendue considérable avec une résistance marquée au doigt qui percute; elo.gnement du bruit respiratoire; absence de ce bruit principalement vers la base du poumon ; conservation du bruit respiratoire vers la colonne vertébrale ; egophon.e, surtout rx Hm tes de la ma.ité : tels sont les signes que fournissent nos divers moyens d'exploration. Dans deux cas. M. Heyfelder (obs. 3 et 4) a entendu, pendant qu Suai la succussion de la poitrine, un bruit semblable à celui que produit un flot de inu de retombant sur lui-même ; dans un de ces cas, ce phénomène n a eu i£ ÏSSion, et on l'explique facilement par l'entrée d'une cér ame unn^é S à t vers l'ouverture du thorax : nous venons d'en observer ion r - — 1 semblable ; mais dans ^T^SSA TJKffi tto^ que Lque , pleurésie chronique

(1) Séances de la Société méa. des létaux (Union «*, septembre 1852).

PLEURÉSIE CHRONIQUE. — MARCHÉ- h9

e simplicité, et que, par conséquent, ces signes différentiels n'ont souvent qu'une aleur médiocre.

Les symptômes généraux de la pleurésie chronique sont un dépérissement plus u moins inarqué, la décoloration de la face, la sécheresse et la teinte terreuse des ïguments, un mouvement fébrile lent, offrant quelquefois des exacerhations plus u moins violentes; un état d'anxiété plus ou moins grand. Dans quelques cas, on noté un œdème général, parfois borné au membre supérieur du côté malade, 'lusieurs auteurs ont donné cet œdème limité comme un très bon signe pour iagnostiquer l'épanchement; mais les cas de ce genre sont très rares. A ces ymptômes il faut joindre ceux qui appartiennent aux tubercules, à l'hypertrophie u cœur, en un mot aux diverses affections chroniques que la pleurésie est venue omplirjuer. On voit quelquefois des sujets qui ont depuis un temps assez long un panchemenl considérable, n'éprouver presque aucun de ces symptômes, pouvoir lême se livrer à un exercice assez fatigant, et n'offrir que les signes physiques de 'épanchement.

§ IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.

La marche de la maladie est lente et continue dans le plus grand nombre des ;as ; chez quelques sujets, il y a par moments des exacerbations, des retours à l'état ligu. Quant à la durée de la maladie, elle est toujours longue; elle varie de deux ou rois mois à une ou plusieurs années.

La terminaison a lieu le plus ordinairement par la mort. Dans ce cas, les sym- )tômes généraux dont nous avons parlé augmentent notablement : les forces sont ibattues, l'amaigrissement fait des progrès, l'appétit est complètement perdu, l'opiression augmente, et enfin les malades finissent par succomber clans le marasme. )ans les cas de guérison sans opération, on voit, au contraire, la fièvre diminuer, es forces se relever, et la face reprendre l'aspect de l.a santé avant même que les ignés physiques se soient notablement amendés. Ensuite ceiA-ci diminuent à leur our, ce que l'on constate par les divers phénomènes que l'auscultation et la perussion nous ont déjà fait observer dans la pleurésie aiguë, et le malade entre en onvalescence. C'est alors qu'on trouve, après le retour à la santé, un rétrécissent de la poitrine quelquefois très considérable. Ce rétrécissement, constaté par .aennecetpar tous les auteurs qui après lui ont étudié celte affection, est facile à xpliquer. Lorsque le liquide est résorbé, le poumon tend à reprendre la place dont l a été éloigné par le refoulement; mais, enveloppé de fausses membranes souvent ort épaisses, il ne peut plus se dilater qu'incomplètement, et les parois de la poinne do.vent se contracter pour venir combler le vide que Lisserait la résorption le l épanchement. Cependant on a vu des cas où, après un rétrécissement marqué, e poumon reprenant peu à peu sa force d'expansion, la poitrine se dilate et revient >lus ou moins complètement à ses dimensions normales

La terminaison a lieu quelquefois d'une manière remarquable. On cite des cas fi tout à coup est survenue une expectoration séreuse ou séro-purulente trèsabon- ^e, en m me temps qu'on voyait diminuer les signes de .'épanchement, et d'au-

es on une tumeur s est formée dans un point de la poitrine puis s'est amincie 'ompue, et a donné issue au liquide pleurétique (1). amincie,

(1) Voy., à ce sujet, Intéressant mémoire de M. Oulmont, précédemment cité V/U ï.F.lX, v édit. — lit

[Il n'eut pas sans intérêt de signaler nn ordre de faits qui avait échappé h peu près complètement aux anciens, et qui, dans ces derniers temps; depuis les travaux des médecins orthopédistes, a pris naissance et s'est développé: c'est la déformation consécutive à la pleurésie, chez les jeunes sujets principalement. On a remarqué que la pleurésie chronique, en donnant lieu à un rétrécissement du côté de la poitrine, où elle siège, et en nuisant au développement de celle partie, causait des difformités qui quelquefois «ou t portées assez loin; il en peut résulter une inclinaison latérale, et une déviation de la colonne vertébrale. D'après quelques auteurs, un certain nombre de cas de difformité de la taille seraientdus à cette cause. |

§ V. — lésions anatomiques.

Les lésions anatomiques sont à peu près les mêmes que celles de la pleurésie aiguë. Nous allons donc nous contenter de les énumérer rapidement. On trouve des fausses membranes plus épaisses, plus denses, formant quelquefois une espèce de sac dans lequel le liquide est renfermé, et donnant lieu par là aux pleurésies enki/stnes. Quelquefois on e trouvé plusieurs de ces sacs, ou bien une fausse membrane formant de larges mailles dans lesquelles est épanché le liquide. La couleur des fausses membranes est variable. Quant au liquide, il est limpide dans un petit nombre de cas, el alors ordinairement citrin avec des flocons albumineux. D'autres fois il est épais, jaune ou verdâtre, en un mot purulent : c'est ce que les chirurgiens ont appelé empyème de (W, Le poumon, refoulé, condensé, connue carnilié, mou, non crépitant, est recouvert de fausses membranes quelquefois très épaisses et qui le coi/} "ot entièrement. Rarement son tissu est sain; il présente ordinairement des tubercules à un degré plus ou moins avancé.

Nous n'insisterons pas davantage sur ces lésions, qu'on trouvera décrites avec Je plus grand soin dans le mémoire de M. Oulmont. Dans les cas qui ont eu une heureuse terminaison, on voii encore, longtemps après, des restes de la maladie consistant en fausses membranes plus ou moins complètement converties en tissu cellulaire.

§ VI. — Diagnostic, pronostic.

Le diagnostic de la pleurésie chronique n'olTre pas ordinairement de difficultés sérieuses °Avec quelles maladies, en effet, pourrait-on la confondre? Avec h pneumonie chronique? Mais les phénomènes d'auscultation sont différents. Dans celle-ci, la bronchophonie et le souffle lubaire voisins de l'oreille ; dans l'autre au contraire, l'éloignement de la respiration, surtout vers la base du thorax, 1 egophome, la dotation de la poitrine, constituent de très bons signes différentiels.

Quant à Iphthisie, elle diffère de la pleurésie chronique par son siège a a part.e supérieure du poumon, et par l'existence, dans le même point, de signe, phvsun.es mi'nn ne retrouve pas dans la pleurésie chronique.

q a pensé qu'on pourrait confondre un épanchement circonscrit avec une

nomei t > COnfusion pourrait avoir heu sont rares.

S l JZ c m, mis sur la voie par .a succession des phénomènes, par

l exi en e de " ne ques symptômes accidentels, par des crachats carac.cnsu-

T etc On encore admi comme pouvant donner lieu à des erreurs de d> ques, etc. On a enooie u fm>mé hors de

gnostic l'existence de tumeurs solides dans la picvit, y

cette membrane, et ayant pris son accroissement vers le poum.n ; d'une tumeur du foie soulevant le diaphragme. Dans ces cas rares, le diagnostic est souvent incertain, et l'on n'a guère, pour se guider, que la marche de la maladie, accompagnée de quelques symptômes particuliers qu'il faut noter avec grand soin.

Enfin, lorsque le liq ude pleurétique vient faire saillie dans un point des parois thoracirpies, on pourrait croire à l'existence d'un abeH siégeant uniquement dans les parties molles; mais dans la pleurésie, l'auscultaiion fait reconnaître l'épanchement dans une certaine étendue de la plèvre: on peut, par la pression, faire disparaître en grande partie la tumeur, et, de plus, on a pour se guider les commémoratifs, qui sont ceux de l'épanchouient dans la poit ine. Lorsque l'on a pratiqué l'ouverture de l'abcès apparent, la grande abondance du liquide, surtout quand on considère le peu d'étendue de la tumeur et la grande profondeur à laquelle pénètre un stylet introduit par la plaie, lève tous les doutes.

[L'auscultation des poumons donne d'utiles renseignements, mais il ne faut pas oublier l'auscultation du cœur. Dans les grands épanchements, alors que le poumon refoulé et déprimé en haut et en dedans le long de la culonne vertébrale, ne peut plus se dilater, on doit chercher où bat le cœur. L'auscultation et la percussion le feront trouver, en pareil cas, refoulé vers la partie moyenne derrière le sternum et même à droite. Ce signe est un des meilleurs que l'on puisse indiquer, et il devra souvent décider le médecin à pratiquer la thoracocen.èse.

La percussion de la poitrine, la recherche de l'étendue et de l'intensité de la malilé, ne suffisent pas.

La poitrine doit être examinée et mesurée avec la plus grande exactitude. A première vue, on reconnaîtra un épanchement considérable aux signes suivants : déformation de la poitrine dilatée du côté malade, écartement des côtes ; immobilité de ce côté, tandis que l'autre côté respire activement et souvent avec une fréquence excessive; absence de vibrations; l'attitude du malade, qui ne peut se coucher que sur le dos, l'anhélation, la pâleur excessive, sont encore des signes dont il faut tenir compte.

Parmi les moyens d'investigation propres à éclairer le diagnostic et à fournir des signes positifs, l'un des plus précieux est celui dont nous avons déjà parlé page 27, à l'occasion de la pleurésie aiguë. Il a été imaginé et introduit dans la pratique par M. le docteur AVoillez (l). Ce moyen consiste dans la mensuration de la poitrine à l'aide du procédé et avec les précautions que nous allons indiquer. Le but est de connaître l'étendue circulaire de la poitrine, ses différents diamètres, la forme dosa courbe circulaire, et de reconnaître clans quelle partie s'est faite i'ampliation ou la rétrocession. Pour cela, on se sert d'un simple ruban gradué ou d'un instrument nommé par M. Woillez ct/r/omètre, composé de pièces en baleine articulées. L'instrument doit être appliqué à la hauteur de l'articulation sterno-xiphoïdienne.

L'instrument, grâce à un mécanisme particulier, conserve, lorsqu'il est enlevé, la forme de la poitrine, et l'on peut ainsi obtenir sur le papier un tracé exact de cette forme. On mesure la poitrine pendant l'inspiration et pendant l'expiration. Plusieurs tracés de la courbe générale de la poitrine peuvent être faits ainsi, à différentes époques, en prenant pour points de repère fixes celui qui oor-

(\) RèChèfches cliniques sur l'emp oi d'an nouveau procédé de mensuration dans la vleu mie (Recueil des travaux de ta Société médicale d'observation, 1857-1858 t l"

respond à l'épine vertébrale et la ligne représentant le diamètre antéro-postérieur moyen. Ces tracés seront relevés tous les jours si la marche de la maladie est lente. Il faut chercher l'ampliation : 1" dans l'écartement de la courbe ihoracique suivant certains diamètres; 2° l'augmentation de longueur du périmètre général de la poitrine.

Les seuls diamètres importants à connaître sont au nombre de trois. Tous les trois, à la hauteur de l'articulation slerno-xiphoïdienne, parlent de l'épine dorsale pour se porter en avant, l'un à la partie moyenne, les deux autres vers la région sous-mammaire de chaque côté. Le seul allongement de ces diamètres, sans augmentation du périmètre thoracique, indique l'ampliation de la poitrine qui, d'ovale, tend à devenir circulaire. Ces déformations, d'après M. AVoillez, sont constantes dans la pleurésie et constituent le meilleur signe pour suivre la marche croissante ou décroissante des épanchements pleurétiques, en établir le pronostic et en instituer le traitement. Ce moyen de mensuration appliqué par M. "Woillez à dix-neuf cas, lui a toujours indiqué la marche croissante ou décroissante de la pleurésie.

L'agrandbsement de la poitrine dans le sens de l'un des diamètres vertébromammaires peut être tellement prononcé, qu'il soit visible à l'aspect du premier tracé obtenu par Je cyrtomètre; mais les résultats les plus importants sont ceux que l'on doit attendre de la comparaison des tracés obtenus successivement. Nous donnons ici les conclusions d'un mémoire sur ce sujet, publié par M. Woillez dans le Recueil des mémoires de la Société médicale d'observation :

1° La mensuration de la poitrine avec le cyrtomètre est le seul procédé qui fasse constater les différents modes à'ampliation ou de rétrocession thoraciques non sensibles à la vue, qui se produisent dans le cours des maladies.

2° L'ampliation se fait par l'expansion des parois de la poitrine, ordinairement des deux côtés; tantôt d'arrière en avant, avec ou sans augmentation d'étendue du contour circulaire du thorax ; tantôt dans une direction transversale ou diagonale, et alors toujours avec augmentation d'étendue du périmètre.

La rétrocession se fait par le retrait des parois thoraciques, à la suite de l'ampliation.

3° Dans la pleurésie, cette ampliation répond aux progrès croissants, et cette rétrocession aux progrès décroissants de l'épanchement.

k° Ces signes permettent de suivre la marche de la pleurésie, même en 'absence de tout autre signe de percussion ou d'auscultation; car avec l'emploi du cyrtomètre il n'y a pas d'épanchement à marche latente.

5° L'ampliation thoracique se prolongeant ou se montrant de nouveau au delà des limites de l'ampliation du début, après quinze jours environ dans les pleurésies simples, et vingt-cinq à trente jours dans les pleurésies compliquées, doit faire porter un pronostic fâcheux, et faire craindre un accroissement excessif de

l'épanchement. .

6° La rétrocession de la poitrine, au contraire, est un signe pronostique favorable; il a surtout une grande valeur, lorsqu'il annonce la résorption du liquide, alors que les autres signes sont stationnâmes.

7» Lathoracocentèse est opportune lorsque l'on constate l'ampliation insolite qui fait porter un pronostic défavorable, l'épanchement étant alors rebelle aux moyens médicaux, et tendant manifestement à devenir excessif.

8° Dans les cas d'épanchement abondant et en apparence stationuaire, a rétrocession thoracique qui survient empêche de pratiquer inutilement ou trop tôt la thoracocentèse, en révélant la résorption cachée du liquide.

9" La mensuration par le cyrtomètrc empêche aussi de ponctionner la poitrine trop tard, lorsque, après la résorption du liquide, des fausses membranes épaisses peuvent faire croire à un épanchement pleurélique abondant.

Le cyrtomètre annonce alors, au lieu de l'ampliation thoracique qui réclame la thoracocentèse, une rétrocession générale ou un rétrécissement non visible du côté affecté. ]

TABLEAU SYNOPTIQUE DU DIAGNOSTIC

1° Signes distinctifs de la pleurésie et de la pneumonie chroniques.

Respiration et souffle bronchique limités souvent à un petit espace vers la colonne vertébrale.

Ailleurs , respiration faible , éloignée de l'oreille ou nulle.

Égophonie souvent bornée aux environs de l'angle inférieur de l'omoplate.

Dilatation de la poitrine.

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