OBLITÉRATION, ULCÉRATION , RUPTURE DES ARTERES SECONDAIRES
Les lésions dont il va être question sont moins importantes encore que celles du même genre qui ont été décrites dans l'histoire des maladies de l'aorte; aussi nous fuffira-t-il de les indiquer rapidement.
Nous avons déjà, à l'article Artérite, parlé des oblitérations que l'inflammation détermine dans les artères. Le même effet peut résulter de la présence d'un anévi vsine voisin d'une tumeur quelconque, et dont l'action se fait sentir sur le tronc artériel : c'est ainsi qu'on a vu le tronc cœliaque, l'artère mésentérique supérieure, etc., oblitérés dans une assez grande étendue aux environs d'un anéyrysme le l'aorte. Mais il est inutile d'insister plus longuement sur cette lésion, qui, dans les cas dont il s'agit, est évidemment secondaire.
Vulcèrution des artères d'un petit calibre peut-elle, comme celle de l'aorte, se produire dans l'intérieur du vaisseau, ou bien n'est-elle jamais que la conséquence des lésions du tissu des organes voisins? Tout ce que nous pouvons dire à cet égard, c'est que les exemples cités par les auteurs sont relatifs à cette dernière forme de l'ulcération, et que l'on n'a pas rapporté un seul cas d'érosion d'une petite artère qui soit évidemment idiopathique, s'il est permis de s'exprimer ainsi. On a vu des ulcérations de l'estomac, des cancers du foie, de l'intestin, donner lieu, par leur extension, à l'ulcération des vaisseaux, de manière à produire des hémorrhagics foudroyantes; mais ce n'est là évidemment qu'un accident de la maladie organique, et par conséquent c'est dans la description de cette maladie elle-même qu'il faudra en parler.
ARTICLE V
EMBOLIES.
[Depuis quelques aimées l'attention des médecins s'est portée sur les. accidents qui résultent du déplacement des caillots ou des corps étrangers formés dans le coeur ou dans les artères. Ces caillots, ou corps étrangers devenus mobiles, ont reçu le nom d'embolies. R. Yirchow, de Berlin, est le premier qui les ait étudiés complètement, et c'est par lui que le nom à' embolie a été créé. Il est possible que l'on ait un peu exagéré l'importance de cet accident, et qu'on lui ait accordé une trop grande valeur étiologique; cependant il ne faut pas méconnaître l'exactitude d'un grand nombre de faits et d'expériences, et nier la réalité de l'action des caillots erratiques dans la production de certaines maladies. Aussi croyons-nous devoir donner ici une analyse des principaux travaux publiés sur ce sujet.
§ I. — Définition, synonymie, Fréquence.
On désigne sous le nom à' embolies, les caillots sanguins, les dépôts plastiques, les produits crétacés, ou de toute autre nature, qui, formés clans le cœur ou les grosses artères, viennent à se détacher, et, en suivant le cours du sang, à oblitérer les artères de moindre calibre. On comprend que la suspension de la circulation est le
330 MALADIES DES Vou s CIRCULATOIRES.
résultai de ce déplacement, et que des accidents graves peuvew en être la conséquence. Tanl que les caillots restent dans le lien pu ils sesont formés, ils conservent le nom ^thrombose, ou de caillots autochtones ; et, par opposition, ceux m, i se détachent prennent les noms d'embolies, de caillots migrateurs, ou blocs erratiques; ce sont, à notre avis, de véritables projectiles sanguins
Les embolies sont aussi nommées emboles, embolus, embolos; ce nom vienl du grec IpSSXetv (pousser dans).
§ II- — Historique.
Virchow est le premier qui, par une dénomination heureuse et par des études expérimentales, ait fixé l'attention sur les caillots migrateurs; mais, avant lui, des faits delà même nature avaient été observés.
M. Legroux (1), en 1827, avait étudié les oblitérations artérielles par des caillots déplacés, et indiqué qu'une des premières observations de cette nature appartenait à Van Swieten. M. François (2), en 1832, posait la question suivante, à propos des gangrènes spontanées : « Des caillots formés dans le cœur, ou dans la continuité des conduits vasculaires artériels, ne peuvent-ils pas s'en séparer, enlevés qu'ils sont par la colonne de sang, et ne s'arrêter que là où leur calibre est trop rétréci pour leur donner passage? » En 1833, P. Bérard (3) attribuait une gangrène de la moitié de l'encéphale à une oblitération des vaisseaux correspondants par des masses fibrineuses; il est vrai qu'il ne parle pas du transport de ces masses solides.
Néanmoins c'est bien à Virchow que revient l'honneur d'avoir complètement étudié ce sujet. Les travaux de cet auteur sont de diverses époques. Les premiers datent de 1846 (h), et portent sur les oblitérations de l'artère pulmonaire; des expériences entreprises sur les animaux tendent à confirmer les vues de l'auteur. Dans les travaux postérieurs, qui datent de 1847, Virchow étudie les caillots du système artériel, et insiste sur l'infection du sang, qui serait la conséquence de leur décomposition.
En 18/i9, à l'époque où quelques savants connaissaient seuls les travaux de Virchow, un cas d'embolie fui présenté à la Société anatomique de Paris (5), et interprété comme aurait pu le faire Virchow lui-même. Le fait est trop intéressant pour que nous n'en donnions pas l'analyse : « M. Pierre, interne des hôpitaux, raconte l'histoire d'un homme, âgé de cinquante-trois ans, qui a succombé à la suite d'une gangrène spontanée du membre inférieur droit. Ce malade était entré dans le service de M. Laugier, le 29 septembre. Il n'avait jamais été tourmenté que par des douleurs qu'il appelait rhumatismales. Le 27 septembre, il fut pris d'une vive douleur dans le membre inférieur droit, douleur excessive, siégeant surtout au niveau des articulations du tarse. On crut à une inflammation de ces articulations, et l'on pratiqua sans succès (rois saignées, qui furent couenneuses.
(1) Thèse. Paris, 1827.
(2) Essai sur les gangrènes spontanées. Paris, 1832.
(3) Dictionnaire de médecine en 30 volumes, t. IV, p. 119.
U) Ueberdie Verslopfung der Lungenarlerie, in Froriep's neue Nolizen, \8i,ô.—Traub s Iieilriige sur exper. Palhol. Berlin, 1846.
(5) Bulletins de la Soeiété anatomique, 1849, p. 334.
EMBOLIES. — HISTORIQUE. 331
Ou lit une application de quatre-vingts sangsues sur la jambe et le pied Le malade souffrait toujours, et la douleur s'étendait vers le haut. Une semaine plus tard, il présentait au gros orteil une tache gangreneuse ; progressivement la gangrené s'éleva jusqu'à la rotule. On entendait un bruit de souffle couvrant le premier bruit du cœur ; les battements de cet organe étaient normaux. Le malade mourut après avoir présenté pendant quelques heures les signes d'un ramollissement cérébral du côté droit. A l'autopsie, on trouva dans l'aorte, deux pouces au-dessus de sa bifurcation, dans l'artère iliaque primitive droite, l'artère hypogastrique, l'artère fémorale, la poplitée et toutes ses branches, un caillot dense, très solide, adhérent aux parois des vaisseaux, coloré en haut, décoloré dans la partie inférieure du membre pelvien. Les veines étaient remplies d'un sang à demi fluide. Le caillot s'étendait encore dans l'artère iliaque primitive, dans l'artère hypogastrique et l'iliaque externe du côté gauche. Un pe.u au-dessus de l'arcade fémorale, l'artère iliaque externe était libre, et, au-dessous, parfaitement saine ; les veines étaient saines également. On trouva aussi dans le ventricule gauche du cœur une aiguille, longue de 5 centimètres environ. La tête de cette aiguille était retenue dans l'épaisseur de la pointe du cœur. » Cette observation est incomplète, en ce sens qu'elle ne mentionne pas la présence dans la cavité du ventricule gauche du cœur de nombreuses concrétions fibrineuses, blanches et molles, déposées autour du corps étranger, et ensuite sur les parois de l'organe. Et cependant c'est là le point important, car MM. Pierre, Broca, Barth, attribuèrent l'oblitération de la fémorale à un caillot détaché du cœur.
« L'aiguille, dit M. Cruveilhier (1), était entourée, dans toute sa longueur, de caillots faiblement adhérents ; il est venu à la pensée de tous les membres de la Société, témoins du fait, que plusieurs caillots ont dû être projetés du cœur dans l'aorte, et devenir le noyau de nouveaux caillots obturateurs. » Le même fait a été indiqué par le docteur Houël (2), et la pièce, c'est-à-dire le cœur traversé par l'aiguille , est déposée au miisée Dupuytren , sous le n° 34 des Maladies du système vasculairè*. Nous répétons encore une fois qu'à l'époque où cette observation fut recueillie, on ignorait à peu près complètement, en France, les travaux de Virchow; aussi le fait passa-l-il à peu près inaperçu.
M. le professeur Schiitzenberger (3) (de Strasbourg) fit, en 1856, une analyse des travaux de Virchow, et il y ajouta des observations personnelles très intéressantes.
A la même époque, M. le professeur Forget (h) (de Strasbourg) présenta quelques considérations nouvelles sur les concrétions sanguines des artères.
La Société médicale des hôpitaux de Paris (5) s'empara de la question des embolies en 1857, et, parmi les communications les plus intéressantes faites dans cette Société, on doit remarquer celles de MM. Legroux, Trousseau, Barth, Béhier, G. Sée.
Dans un travail malheureusement trop court, M. le docteur Marc Sée (6) a,
(1) Traité d'an atomie pathologique générale. Paris, 1852, t. II, p. 296. ,
(2) Manuel d'analomie pathologique générale et appliquée. Paris, 1857, p. 478 et 800.
(3) Gazette médicale de Strasbourg, 20 avril 1856.
(4) Gazelle hebdomadaire, 1856, p. 819.
(5) Bulletins de la Société médicale des hôpitaux de Paris. Juin et décembre 1857.
(6) Gazette hebdomadaire. Paris, 1857, p. 601.
3,52 MAI. \l)!i:s DES VOIES CIRCULATOIRES.
en 1857, résumé l'histoire des embolies et les opinions diverses des auteurs- nous engageons le lecteur à consnlier ce travail intéressant.
On consultera aussi avec fruit les observations de MM. Charcot (1) Béhier (2) et les mémoires de M, Legroux (3), de M. le professeur Forgel (4), de M Fritz 5) ancien chef de clmique à la Faculté de Strasbourg, et de M. Charcot (6) Enfin lé travail le plus récent sur ce sujet est encore de ce dernier auteur, et a été publié sous le titre de : Mort subite et rapide à la suite de l'obturation de Tarière pulmonaire par des caillots sanguins (7).
Parmi les auteurs anglais qui se sont occupés du même sujet, nous citerons les docteurs Simpson, Bennett et Senhouse Kirkes (8), que nous avons déjà cités plus liant (voy. tome III, p. 154).
§ HI. — Causes.
Tous les corps étrangers qui se forment dans les voies circulatoires artérielles peuvent être des causes d'embolies, ou plutôt être eux-mêmes des embolies, s'ils viennent à se déplacer. On a supposé, plutôt que démontré, l'existence d'embolies formées par des plaques ossiformes détachées de la surface interne des artères, par des masses athéromateuses, encéphaloïdes, par des fragments de valvules détachées des orifices du cœur. Il est établi, et l'observation que nous avons citée en est un exemple, que des concrétions fibrineuses plastiques, des exsudations d'inflammation, forment quelquefois des embolies, et dès lors il est possible de croire que des végétations verruqueuses ou globuleuses peuvent se détacher de l'intérieur du cœur et être lancées, à la façon de projectiles , dans l'arbre artériel. Mais la cause la plus commune, sinon la seule, des embolies, c'est la coagulation spontanée du sang dans un point quelconque des voies circulatoires; qu'un fragment de caillot se détache alors et vienne obturer un vaisseau étroit, il y aura embolie et toutes ses conséquences. Pour faire l'histoire complète de l'étiologie, il faudrait donc remonter à la source de toutes les causes de la coagulation partielle du sang , et en faire ici l'énumération. Clest ce que nous ne ferons point; qu'il nous suffise de signaler comme causes principales : l'endocardite, qui amène la formation de dépôts fibrineux, et consécutivement la coagulation du sang, ou, pour mieux dire, la solidification des élémenls plastiques du sang sur les points enflammés; la faiblesse du cœur, ou l'asystolie, qui, en retardant le cours du sang, permet la coagulation de ce liquide entre les piliers et les colonnes charnues du cœur; les altérations des valvules, qui embarrassent également la circulation; les tumeurs anévrysmales, d'où il peut s'échapper quelques caillots; la compression des artères, l'érosion de leur surface interne, etc. Les caillots des veines ne seraient pas étrangers à la formation des embolies; car, après avoir traversé les cavités droites du
(1) Gazelle médicale, 1856, p. 130.
(2) Gazette hebdomadaire, 1857, p. Oii.
(3) lbid., p. 788, 837, 877.
(4) lbid., p. 819.
(5) Tbid., p. 911.
(6) Mémoires delà Société de biologie. 2e série, t. II, année 1855. Pans, I85G, p. 213.
(7) Gazette hebdomadaire, 1858, n'Ji 44 et 46.
(8) Medico-chirurgical Transactions, 1852, I. XXXV, p. 281 ; et Archives générales de médecine, 1853, p. 279.
EMBOLIES. — CAUSES. - ANATOMIL PATHOLOGIQUE. 133 cœur ils pourraient s'arrêter dans une dos branches de l'artère pulmonaire. La formation des embolies par ces caillots veineux reconnaît, selon Virchow, le mécanisme suivant. Lorsque le sang se coagule clans une veine, l'oblitération remonte iuscm'au tronc, où elle se déverse ; mais là le caillot se prolonge dans ce tronc, sans •oblitérer complètement; il s'accole à une de ses parois, et gagne de proche en proche Virchow attribue la formation de cette languette d'abord à la présence du caillot lui-même, et surtout au ralentissement de la circulation dans le tronc principal dont l'affluent oblitéré cesse de fournir du sang. Or ce caillot prolonge, étant mou et battu parla colonne sanguine qui continue à couler, peut se désagréger et abandonner quelques fragments qui accompagneront le sang veineux, traverseront le cœur, et iront s'arrêter dans les poumons.
Signalons, mais sans nous y arrêter, une cause indiquée par Virchow, l'état graisseux du cœur, lequel état serait, selon cet auteur, indispensable pour produire les embolies. Nous ne comprenons nullement la nécessité de cette cause, puisque les caillots peuvent venir quelquefois d'une autre source que les cavités cardiaques.
Nous devons indiquer ici d'une manière toute particulière l'idée première qui a fait naître la théorie des embolies. Selon Virchow et plusieurs autres auteurs, l'artérite n'existerait pas, ou du moins serait infiniment rare; et, en conséquence, la formation sur place des caillots que l'on trouve si souvent dans les gangrènes spontanées ne s'expliquerait pas; ces caillots ne seraient point des produits d'inflammation locale, ils ne seraient pas autochthones, mais ils proviendraient ordinairement d'un lieu plus éloigné : ce seraient des matériaux de transport. Comme on le voit, la théorie des embolies devait être le résultat nécessaire de la négation de l'artérite. C'est encore, comme dans bien des points de la pathologie, une hypothèse qui a conduit à la recherche d'un fait. Nous sommes loin de nier la réalité des embolies, mais il nous semble qu'on devrait être un peu réservé jusqu'à la démonstration de la non-existence de l'artérite. La réalité de cette inflammation est démontrée par les douleurs intolérables que les malades éprouvent sur le trajet des artères dans les gangrènes spontanées, et par la friabilité des artères observée après la mort. Enfin, l'ossification si commune des artères n'est-elle pas un résultat d'inflammation? On répond, il est vrai, que ces lésions s'observent bien clans les gangrènes, mais qu'elles sont consécutives aux embolies, c'est-à-dire à l'obstruction du vaisseau. On reconnaît bien l'existence d'une inflammation des artères, mais d'une inflammation consécutive. Cependant, s'il en est ainsi, les artères ne peuvent-elles pas s'enflammer primitivement? Dès qu'une lésion est possible sous l'influence d'une certaine cause, nous ne voyons pas pourquoi elle ne le serait pas sous l'influence d'une autre.
En résumé, ce point est encore. en litige, et la discussion en est là : pour les uns, toute oblitération artérielle est le résultat d'une embolie; pour d'autres, tout en admettant la réalité des embolies, on doit reconnaître l'existence de l'artérite et la formation sur place de beaucoup de caillots qui oblitèrent les artères.
§ IV. — Anatomie pathologique.
Un des motifs qui donnent aux partisans de l'artérite le droit de nier l'existence des caillots migrateurs, c'est la difficulté et peut-être même l'impossibilité de
33'1 MALADIES DES VOIES CinCULATOlItLS.
démontrer que tel caillot pris pour une embolie a été formé dans mi autre lieu que celui où on l'observe. Voici, d'après M. le docteur Marc Sée (1), 1rs , arao tères qui distinguent 1rs embolies :
« 1» Siège des concrétion*, qui se rencontrent toujours au niveau d'une bifur cation du vaisseau ou à la naissance d'une grosse brandie. 2" Multiplicité clos caillots, entre lesquels le vaisseau est souvent parfaitement vide. :; Existence d'un corps particulier au centre d'un caillot sanguin, et coexistence de corps semblables sur un point éloigné du système artériel, h" Invasion subite des accidents, toujours les mêmes dans ces circonstances. 5" l-Aat de la paroi artérielle, dont l'altération est le plus avancée au niveau de l'embolie; 6° Existence et disposition des caillots secondaires au centre de l'embolie ; tout autour un caillot secondaire, dont l'aspect, la couleur, la consistance, tranchent de la manière la plus frappante sur ceux de l'embolie. »
De tous ces caractères, le plus important, à nos yeux, est la ressemblance du corps étranger central de l'embolie avec des produits de même nature situés dans un point plus élevé de l'arbre artériel; et comme ce caractère s'est rencontré évidemment dans plusieurs cas, il est incontestable qu'il y a de véritables embolies.
Maintenant nous résumerons rapidement, d'après M. le professeur Schiïtzenberger (2), les caractères anatomiques des embolies :
La forme, le volume, la consistance, la coloration et la nature des corps obturants sont variables et diffèrent notablement, selon que l'obturation que l'on examine est ancienne ou récente. Dans le premier cas, ces corps peuvent avoir subi des transformations qui les rendent méconnaissables ; dans le second, il est possible de constater leur nature librineuse, calcaire, verruqueuse, etc. Quand les malades ne succombent pas à une première obturation artérielle, il s'en produit ordinairement d'autres; la multiplicité et la successivité des lésions artérielles est un des caractères de la maladie. L'obturation multiple peut se produire successivement de la périphérie vers le cœur, dans différents points d'une même branche artérielle, ou dans des divisions artérielles différentes. Les artères que l'on a trouvées le plus souvent obturées sont: les artères sylviennes, carotide interne; celles des extrémités inférieures et supérieures; les artères splénique et rénales; l'artère carotide externe, les mésenlériques, etc. L'artère pulmonaire et ses branches sont fréquemment obturées, et l'on se rappelle que c'est sur ce genre d'oblitération que Virchow a fait ses premiers travaux. Mais ici on peut se demander si l'on n'a pas quelquefois pris pour des embolies les caillots qui se forment si fréquemment, au moment de l'agonie, dans les cavités droites du cœur et dans tout le système de l'artère pulmonaire. Ce doute nous est surtout survenu à propos d'une observation de Virchow, analysée dans l'Union médicale (1858, p. 60), et d'une autre rapportée par M. Noirot (3). Dans ces deux cas il s'agissait de pneumonie; or, personne n'ignore que l'on trouve toujours dans cette circonstance des caillots rem plissant le cœur droit et toute l'artère pulmonaire ; si l'on ne trouve des caillots
(1) Loc cit., p. 60-i.
(2) Gazelle médicale de Strasbourg, 20 avril 1856. — Analyse par Cavasse, Annuaire général des sciences médicales. Paris, 1858.
(3) Annuaire de littérature médicale étrangère . Paris, 1857, p. 300.
EMBOLIES. — ACCIDENTS. àâï
que dans cette artère, rien n'autorise à supposer qu'ils se sont formés dans le cœur : c'est une coagulation sur place.
Les embolies s'arrêtent ordinairement à la bifurcation d'une artère ou à l'orifice d'une collatérale. Au début de l'obturation embolique, le caillot est sans adhérence et les tuniques artérielles sont saines ; la circulation est interrompue d'une manière plus ou moins complète. Mais bientôt le caillot obturateur se recouvre l'un caillot plus récent; le sang se concrète autour de cet obstacle, comme les sels cristallisent autour d'un fil ou d'une baguette au milieu d'une dissolution saline. La coagulation remonte plus ou moins haut, en général jusqu'à la première collatérale un peu volumineuse, comme cela a lieu dans la ligature; et c'est au centre du nouveau caillot qu'il faut chercher l'embolie. Si l'embolie est dure, elle ferme incomplètement la lumière du vaisseau, et la circulation continue; si elle est molle, elle s'adapte dans' le cylindre artériel, le ferme complètement, et au-dessous on trouve l'artère vide et revenue sur elle-même. Si les embolies sont multiples et espacées, on trouve dans leur intervalle plusieurs points de l'artère vides de sang.
« La paroi vasculaire, jusque-là intacte au niveau de l'embolie, ne tarde pas à subir des modifications sous l'influence du contact de cetle dernière et des caillots qui l'entourent. Ces modifications, dépendant d'un état inflammatoire, varient en intensité, suivant la nature plus ou moins irritante de l'embolie et les qualités du sang dont sont formés les caillots. Ce sont tantôt de simples épaississemenls des tuniques du vaisseau, tantôt des infiltrations purulentes, des abcès, des perforations, tantôt de véritables gangrènes des parois vasculaires et des tissus voisins. » (Marc Sée. )
Si, à la suite d'une obturation artérielle, la circulation collatérale est nulle, incomplète ou insuffisante, des altérations consécutives se produisent dans les organes auxquels l'artère se distribue. Si, au contraire, il s'établit une circulation collatérale suffisante, la lésion reste locale et n'entraîne que des perturbations fonctionnelles passagères.
On n'a pas complètement étudié la question de savoir si les embolies peuvent disparaître spontanément. D'après quelques remarques exposées par M. Barth (1), il y a lieu de penser que les caillots récents et encore mous peuvent être désagrégés et enlevés par le courant sanguin.
§ V. — Accidents déterminés par les embolies.
Nous serons très réservés sur ce chapitre, car l'étude des embolies est encore une question d'anatomie pathologique.
On comprend que ces accidents ne peuvent être que ceux de la suspension ou de la diminution de rapidité de la circulation ; mais ils doivent varier selon la nature des organes.
On a dit que leur invasion est subite; cela ne saurait être vrai que pour les cas où il y a suspension complète de la circulation; car, dans ceux où le calibre du vaisseau est encore en partie perméable, les accidents doivent être peu prononcés
(1) Bulletins de la Société médicale des hôpitaux, (loc. cit.).
d'abord et augmenter graduellement, à mesure do la formation des caillots secon da ires.
Si l'embolie occupe une artère superficielle ei facile a explorer, comme la cru raie, on constate la suspension des battements artériels; les malades ressentent de l'engourdissement, des fourmillements; le membre perd de sa force et de plus il se manifeste de vives douleurs dans le trajet des artères. Mais ici se représenté encore la question de savoir si les embolies peuvent être la cause de ces douleur, ou si elles ne dépendraient pas plutôt d'une artérite réelle. Enfin surviennent tous les caractères de la gangrène spontanée du membre, sèche ou humide.
Quant aux accidents produits par l'obturation des artères des organes intérieurs, nous nous bornerons à une simple énumération, parce qu'il règne encore des doutes à ce sujet.
Dans les organes parenchymateux, dit M. Schiitzenberger, l'obturation des branches artérielles produit des infarctus sanguins ou fibrineux très exactement circonscrits. Dans le cerveau, l'infarctus donne ordinairement lieu au ramollissement jaune; mais il est infiniment probable que certaines indurations circonscrites dépendent de l'obturation de ramuscules artériels. L'embolie des artères cérébrales produit des perturbations fonctionnelles analogues à l'attaque d'apoplexie; les symptômes ne diffèrent pas de ceux de l'hémorrhagie cérébrale ou du ramollissement aigu. Selon M. Bouchut, il faudrait, dans ces cas, considérer le ramollissement comme une véritable gangrène du cerveau.
Dans la rate et dans les reins, les embolies produiraient des apoplexies sanguines et des indurations.
Enfin les embolies de l'artère pulmonaire détermineraient des gangrènes du poumon, exactement limitées aux points où se distribue le rameau oblitéré. Nous rappellerons que M. Charcot vient de signaler des cas de mort rapide ou subite par la coagulation du sang dans les branches de l'artère pulmonaire.
Nous ne ferons que noter l'infection du sang dont parle Virchow. Ce résultat proviendrait de l'altération des embolies, et il se traduirait d'abord par l'état de chloro-anémie, et ensuite par une sorte d'infection putride. Nous croyons qu'on n'a pas généralement adopté une opinion si singulière;
Ici se termine ce que nous avions à dire des embolies, car on comprend que, dans l'état actuel de la science, il ne peut être question ni de diagnostic, ni de pronostic, ni de traitement.]
En terminant la description des maladies des artères, dont nous avons écarté les explications purement théoriques, nous ne pouvons nous empêcher de faire remarquer la pénurie de la science sur les points les plus importants de leur histoire. Nous peusons, en effet, qu'il est bon de signaler les grandes lacunes qu'elle présente encore, afin que les observateurs fixent leur attention sur ce sujet capital.
COAGULAI ION DU SANG I.ANS l'ARTÈKE PULMONAIRE.