AÎNÉVRYSMES DES ARTÈRES SECONDAIRES
Nous n'étudierons dans cet article que les anévrysmes occupant une artère renfermée dans une des grandes cavités. Nous ferons même abstraction des anévrysmes des artères encéphaliques, parce que, inaccessibles à une exploration directe, c'est plutôt par l'affection cérébrale à laquelle ils donnent lieu, que par leurs propres symptômes, qu'ils méritent l'attention du médecin. Nous n'aurons donc à parler que des anévrysmes du tronc cœliaque et de ses divisions, et de
(1) Loc. cil.
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ceux de L'artère méaentérique supérieure, qui rentueat entièrement dans la pathologie interne.
§ — Anévrysmes du troue cœliaque.
Longtemps on a pensé que ces anévrysmes étaient très fréquents; mais il résulte des recherches auxquelles s'est livré Ph. Bérard (1) que les observations de cette affection sont extrêmement rares. Les cas qu'il cite sont les plus remarquables, et voici les symptômes qu'ils ont présentés :
Chez une femme de trente ans, traitée par Larcher, et dont Lieutaud (2) a rapporté l'histoire, on nota ce qui suit. Cette femme, d'une grande voracité et adonnée au vin, se présenta avec la fièvre, une grande soif, perte de l'appétit, insomnie, orthopnée, grande agitation. On observait en outre, à l'épigastre, des pulsations violentes qui augmentèrent jusqu'à la mort. A l'autopsie, on trouva l'artère cœliaque dilatée, pouvant admettre le poing, et contenant dans son intérieur une grande quantité de sang noir et grumeleux.
Chez un autre sujet, dont M. Bergeron a recueilli l'observation, il existait une douleur épigastrique, avec sensation d'une boule qui se portait d'un côté à l'autre lorsque le sujet changeait de position, et, de plus, des palpitations, l'essoufflement, la toux. A l'autopsie, on trouva, outre un anévrysme du cœur, une tumeur siégeant à la partie antérieure de l'aorte, d'où l'artère cœliaque prenait naissance. Dans ce dernier cas, on voit qu'un bon nombre de symptômes, tels que les palpitations, la suffocation, la toux, peuvent être attribués à l'hypertrophie du cœur, et, de plus, qu'il n'est pas démontré que l'anévrysme siégeât dans le tronc cœliaque lui-même; car on peut admettre, avec Bérard, qu'il avait pris naissance dans l'aorte, au point d'où se détache le tronc cœliaque.
On voit combien sont peu nombreux et peu précis les renseignements que nous avons sur cet anévrysme ; et ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que, dans les observations citées, il n'est point question de tumeur reconnue pendant la vie : signe dont il était cependant bien nécessaire de constater l'existence.
L'anévrysme du tronc cœliaque se rompt quelquefois dans la cavité péritonéale. On observe alors des symptômes très violents qui peuvent simuler la rupture de l'intestin. M. Louis (3) en a cité un exemple trop remarquable pour que nous puissions nous dispenser de le rapporter ici.
« Il s'agit, dit M. Louis, d'un homme de trente ans que nous observâmes, en 1823, à l'hôpital de la Charité, où il était venu se faire traiter d'une maladie de l'estomac. Il offrait effectivement tous les symptômes d'une gastrite chronique; mais, après quelques jours de repos, il fut pris tout à coup d'une violente douleur à l'épigastre, bientôt accompagnée de nausées, de vomissements et d'altération des traits. Cette douleur, qui était exaspérée par la pression, occupait un espace peu considérable, et fut toujours bornée à la région où elle s'était déclarée. Comme les autres symptômes , elle persista avec plus ou moins de violence pendant quatre jours, après lesquels le malade mourut. A l'ouverture du cadavre, on trouva, pour
(1) Dictionnaire de médecine en 30 volumes, art,. Cœliaque.
(2) Histcria analomico-medica , sect. xv, lib. I, obs. 1626. Paris, 1767, in-4
(3) Recherches anatomo-pathologiques. Paris, 1826, p. 168.
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principale lésion, un épanchemenl considérable de sang dans le péritoine, par suite de la rupture d'un anévrysme de l'artère cœliaque. Tendant sa vie le sujet n'avait point éprouvé de battements, et nous n'en avions pas non plus senti à la région de î'épigaslre. »
Outre les enseignements que ce l'ait nous fournit relativement à la rupture de l'anévrysme du tronc cœliaque, il nous montre combien peut être difficile le diagnostic de cette maladie, et quels progrès elle peut faire sans donner de signes sensibles.
§ II, — Anévrysmes des divisious du tronc cœliaque.
Bérard a réuni quelques faits qui se rapportent à ces anévrysmes, mais ils ne sont qu'indiqués , et n'ont guère été étudiés que sous le rapport anatomique. Mil. Wilson et Sestier ont rencontré chacun un anévrysme de l'artère hépatique. Souville, cité également par Bérard, a rapporté une observation d'anévrysme vrai de l'artère stomachique, mais sans entrer dans des détails suffisants ; en un mot, tout reste encore à faire sur ces maladies, qui sont, nous le répétons, beaucoup plus rares qu'on ne l'avait pensé.
Il serait facile, d'après les connaissances anatomiques, d'indiquer les accidents probables qui seraient produits par une tumeur développée dans le tronc cœliaque ou dans ses divisions; mais il est plus sage de s'en tenir à l'observation, et d'attendre, avant de se prononcer, de nouvelles lumières. Toutefois il faut signaler quelques accidents particuliers dus à la position même de l'anévrysme. MM. Bergeron et Bérard ayant remarqué que la tumeur ne saurait se développer sans repousser ou comprimer les ramifications du grand sympathique et de la huitième paire qui forment le plexus solaire, ont attribué au tiraillement de ces nerfs les troubles variés dans les fonctions digestives, éprouvés par un malade qui portait un anévrysme de l'aorte au point même où naît l'artère cœliaque.
§ III. — Anévrysme de l'artère mésentérique supérieure.
Les cas les plus remarquables de cette affection sont ceux qui ont été récemment publiés par le docteur Wilson (1). Il en est un surtout qui nous offre le plus grand intérêt sous le rapport des symptômes ; aussi nous paraît-il nécessaire d'en donner ici l'extrait (2) : '
« Un cocher, âgé de quarante- deux ans et de constitution robuste, entra à l'hôpital Saint-George potir une tumeur avec pulsations à la région épigastrique. Cette tumeur avait le volume d'une petite orange, et dans le décubitus dorsal elle faisait un peu plus de saillie à gauche de la pointe du cœur; elle était douloureuse à la pression et mobile dans toutes les directions, mais surtout à gauche. Quand le malade se couchait sur le côté, la tumeur retombait sous les côtes et ne pouvait être sentie. Dans la station, elle se portait dans la même direction, et était en outre sensible au côté droit de la région épigastrique. Deux ou trois mois avant son entrée à l'hôpital, le malade avait été tourmenté par une violente dyspnée, avec
(1) London medico-chirurgicalc . Transactions, 1841, t. VI.
(2) Archives générales de médecine, 3' série, 1842, t. XIV, p. 342.
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douleur dans les lombes et entra les deux épaules, le long des vertèbres dorsales inférieures. Quinze jours après il éprouva une constipation opiniâtre; plus tard il fut pris de toux, el eut pour la première fois une hémoptysie abondante. Depuis cette époque jusqu'à sa mort, qui eut lieu cinq mois après son entrée à l'hôpital et par conséquent huit mois apt es l'apparition des accidents graves, il y eut «les hém'orrhagies considérables pendant les ellbrts de toux et de vomissement! Le sang tiré du bras, dans le but de calmer les accidents, fut toujours plus ou moins couenneux. Le pouls, d'une fréquence ordinairement médiocre, ne fut jamais irrégulier. A mesure que l'affection fit des progrès, la constipation devint plus opiniâtre", l'appétit se perdit, la douleur entre tes deux épaules augmenta, et de temps en temps il y avait des crampes dans les jambes, dans les bras et dans les mains, avec engourdissement et fourmillement. La tumeur devint de plus en plus sensible au toucher, et, quelques semaines avant la mort, elle s'était étendue du côté gauche au côté droit de l'épigastre. A la fin, des phénomènes de pb.tb.isie se manifestèrent, et le malade s'affaissa graduellement.
» A l'autopsie, on trouva le tronc de l'artère mésentérique supérieure dilaté, d'un volume très considérable, ayant la forme d'un rein, s'étendant en haut, en avant et en dehors, vers le côté droit, et soulevant le pancréas, qui formait la limite supérieure de la tumeur. Les parois du sac, surtout en avant, étaient solides, épaisses et enveloppées par une couche transparente du péritoine. Le s;;c communiquait directement avec l'aorte par une ouverture longue et large, à bords arrondis. Il contenait beaucoup de caillots : ceux qui étaient près de l'aorte étaient noirâtres; ils étaient denses, lamelleux, d'une couleur grise. Les plus grosses branches de l'artère mésentérique étaient faciles à reconnaître; à l'extrémité saillante du sac, elles étaient béantes et perméables à une sonde qui, de ce point, pénétrait dans l'aorte à travers les caillots peu consistants. Les poumons étaient remplis de tubercules et de cavernes. »
Dans l'autre observation de M. Wilson, et dans un fait signalé par M. Lenoir, il n'est guère question (pie des lésions analomiques, l'affection n'ayant point, pendant la vie, pu être reconnue par le médecin. Dans le cas de M. Wilson, il y eut un ictère très intense, à la production duquel l'anévrysme de l'aorte mésentérique n'était peut-être pas étranger. Cependant on ne constata point la compression des conduits biliaires, auxquels la tumeur était simplement accolée.
Traitement. — Dans l'état actuel de la science, il est impossible d'indiquer rien de. particulier pour le traitement des anévrysmes dont il vient d'être question. En attendant cpie l'observation vienne nous éclairer à cet égard, ^disons que le traitement exposé à l'occasion des anévrysmes de l'aorte s'applique à ceux dont nous parlons, et qu'il faut d'autant plus insister sur les moyens actifs, que la dilatation de ces artères secondaires ne présentant pas d'abord la même gravité que celle de l'aorte, on aura plus de motifs d'espérer une guérison radicale. Ainsi les saignées locales et générales, Y acétate de plomb, la digitale, les applications froides; en un mot, tous les moyens indiqués à l'article Anévrysme de l'aorte, doivent être mis en usage avec persévérance.
EMBOLIES. — DÉFINITION.
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