COAGULATION DU SANG DANS L'ARTÈRE PULMONAIRE
Dans ces dernières aimées, plusieurs cas se sont présentés dans lesquels on n'a trouvé, pour expliquer la mort, qu'une coagulation du sang, obstruant l'artère pulmonaire et ses divisions de manière à s'opposer à la circulation dans les poumons, et par suite à déterminer l'asphyxie (1). M, C. Baron (2) les a réunis à peu près tous dans un mémoire où les symptômes sont exposés de la manière suivante :
Au moment de l'invasion, les malades étaient en proie à une autre affection ou en convalescence; mais on n'a pas pu trouver de cause évidente de l'accident qui les a emportés. La plupart éprouvèrent subitement une grande dyspnée avec douleur dans la poitrine, oppression, congestion de la face, syncopes plus ou moins fréquentes, en un mol les symplômes d'une véritable asphyxie. De plus, dans les
( 1 ) Vov. OUivier d'Angers, Archives générales de médecine, 1 833. — Ormerod, The Lancel. , mai 1847.
(2) Rec/iercftes et observations sur la coagulation du sang dans V artère pulmonaire et sur ses elfcts{Arch. gén. de méd., 3e série, 1838, t. II, p. 1 et suiv.).
Valleix, ic édit. — III.
cas où la maïadie dura quelque temps, on constata la tuméfaction des jugulaires la faiblesse, la petitesse extrême du pouls, la violence des battements du cœur et tout cela sans que l'auscultation et la percussion fissent découvrir des signes caractéristiques d'une affection particulière. En outre, on a observé quelquefois des symptômes qui ne sont pas aussi directement liés a l'affection qui nous occupe : ainsi l'anorexie, quelques frissons avec des alternatives de chaleur, et un état de malaise général.
Dans presque tous les cas, la maladie s'est terminée en quelques heures par la mort; dans aucun, elle ne s'est prolongée au delà de deux jours. Chez un sujet observé par M. Louis à la Pitié, la maladie ayant marché un peu plus lentement qu'à l'ordinaire, on a noté de l'œdème aux membres inférieurs, et des plaques violettes sur différents points de la peau, qui annonçaient la difficulté de la circulation veineuse. La maladie s'est toujours terminée par la mort. Dans les derniers moments, l'agitation devenait plus grande, la respiration s'accélérait au point de dépasser quarante inspirations par minute; quelquefois il survenait du râle trachéal qui annonçait une mort prochaine.
Pour mieux faire saisir la marche de la maladie, nous allons donner ici un extrait d'une observation remarquable recueillie par M, Lediberder dans le service de M. Louis, à la Pitié :
« Après avoir éprouvé une douleur dans les reins, la malade se plaignit d'une violente dyspnée; la respiration était haute, très gênée; les battements du cœur étaient très violents, très accélérés. Bientôt il survint une syncope qui dura trois minutes, et pendant laquelle il y eut une évacuation alvine involontaire. Cette syncope se dissipa spontanément : pendant quelques instants, la malade se trouva un peu mieux, les palpitations se calmèrent, mais la dyspnée persista et bientôt augmenta notablement. Des douleurs de ventre survinrent, tout le corps pâlit et se couvrit d'une sueur froide, et dans ce même moment l'agitation devint extrême. La respiration devint suspirieuse, et, vers dix heures du soir, la malade expira sans agonie ni convulsions. »
A l'autopsie, on a trouvé tantôt le tronc seul de l'artère pulmonaire, et tantôt toutes ses divisions remplies de caillots plus ou moins fermes, adhérents, parfois entièrement noirs, parfois déjà passés à cet état qui constitue les polypes sanguins. Ces caillots, d'après les recherches de RI. Baron, commencent à se former dans les ramifications de l'artère , et gagnent ensuite les grosses divisions. Quant aux parois artérielles, elles ne présentaient de bien remarquable que l'état de leur membrane interne au point d'adhérence des caillots; là, en effet, cette membrane se confondait avec la surface du coagulum, ou bien avec une membrane mince qui le recouvrait.
Dans un cas observé par M. Hélie (1), la membrane interne de l'artère pulmonaire présentait ça et là de petites taches blanchâtres qui paraissaient avoir leur siège dans l'épaisseur de la membrane sous-jacente, et au niveau desquelles avaient peu principalement les adhérences. Ces taches, dont la description est incomplète, semblent être de la même nature que celles qu'on trouve dans l'intérieur de l'aorte.
(1) Bulletins de la Société anatomique, octobre 1839.