‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource]Chapitre 147 sur 306 · PHLÉBITE. — LÉSIONS ANATOMIQUES · texte numérisé non relu

PHLÉBITE. — LÉSIONS ANATOMIQUES

nistra le sublimé uni à l'opium, et dès ce moment la diarrhée diminua. Bérard, MM. Michon, Sédillot et Jobert ont vu aussi des cas de guérison.

Dans la phlébite adhésive, au contraire, la guérison est la terminaison ordinaire. D'abord la douleur cesse, puis le gonflement des parties qui environnent la veine; puis on sent peu à peu le cordon veineux diminuer de dureté et de grosseur, jusqu'à ce qu'enfin il ne soit plus sensible au toucher; alors la circulation s'est rétablie. Il est rare que les choses se passent autrement. Presque toujours, en effet, lorsqu'on a vu les veines réduites à l'état de cordons fibreux etcelluleux, c'est qu'il existait dans le voisinage une maladie organique profonde qui avait entretenu longtemps l'inflammation adhésive.

§ V. — Iiésions anatomiques.

Les lésions anotomiques sont nombreuses, et ont été décrites avec soin. Comme dans les articles précédents, nous nous contenterons d'une indication rapide.

On trouve dans le point de la veine primitivement affecté d'abord des caillots i noirs, adhérents par un point de leur surface aux parois vasculaires, contenant quelquefois, dans leur intérieur, des foyers purulents. D'après les recherches de M. Tessier, ces caillots sont limités ordinairement par les valvules; quelquefois néanmoins ils peuvent s'étendre assez loin. On a vu, dans certains cas, des caillots adhérents se former ainsi dans différents points d'une veine ou dans plusieurs veines à la fois. A une époque avancée de la maladie, ils se décolorent, deviennent fibrineux et de plus en plus durs. Lorsque du pus s'est produit dans leur intérieur, \ ils forment autour de ce foyer une digue qui, d'après M. Tessier, empêche le pus de pénétrer dans la circulation, et qui, au contraire, d'après M. Cruveilhier, se romprait à une certaine époque de la maladie, et permettrait ainsi le mélange du pus au sang. Nous n'avons point de faits qui viennent à l'appui de cette dernière opinion. Dans d'autres cas, au lieu de véritables caillots, on trouve dans la veine un mélange de pus et de sang de consistance variable, ordinairement en bouillie grumeleuse; et quelquefois enfin un véritable pus qui, comme dans le cas cité par M. Velpeau, peut sans obstacle se mélanger au sang et être reconnaissable à une très grande distance du point primitivement lésé.

D'après M. Cruveilhier, on n'observe pas dans les parois veineuses des traces de véritable inflammation, et, pour lui, la rougeur des membranes est un simple effet cadavérique. Cependant, nous trouvons dans les observations que nous avons rassemblées, plusieurs lésions qui appartiennent évidemment à l'inflammation. Sans doute, lorsque la rougeur existe seule et qu'elle pénètre les parois vasculaires clans toute leur profondeur, on peut la regarder comme l'effet d'une simple imbibition ; mais, dans quelques cas, la coloration rouge ou brune ne se rencontrait que dans la membrane interne, et en outre on observait l'épaississement, la dureté, la friabilité des parois. Dans un cas recueilli par M. Henri Martin, il y avait dans certains points un ramollissement qui était d'autant plus remarquable, que les portions voisines étaient dures et épaissies.

Des abcès nombreux se rencontrent dans le parenchyme des organes, dans le tissu cellulaire et dans les articulations. Les premiers sont remarquables par la manière dont ils se développent. On aperçoit d'abord des taches ecchymotiques d'un

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rouge sombre, et plus résistantes que, le tissu environnant; puis ces Caches me. ncni une teinte jaune rougeâtre, et, en les examinant attentivement on voit ou'eliS sont formées par du pus infiltré. Plus tard, la couleur jaune domine ei alors! existe un grand nombre de pelils foyers purulents, sans que le noyau 'ait notable ment perdu de sa dureté. Enfin tous ces foyers se réunissent en un seul «h„s lequel on trouve un pus tantôt couleur lie de vin et saoieux, tantôt jaune el bien lié. Ou a voulu comparer ces noyaux purulents à des tubercules, mais il suffit de cette description pour montrer combien sont grandes les différences. Dans le tissu cellulaire, les abcès ne présentent rien de remarquable, si ce n'csl assez souvent l'infiltration d'une sérosité purulente, ou d'un véritable pus constituant le phleÀ mon diffus. Dans les articulations, tantôt on trouve du pus accumulé, sans que l'intérieur de la cavité ait subi des altérations bien notables; tantôt, au contraire, on observe une production de fausses membranes, des altérations des cartilages, eiî un mot des désordres plus ou moins profonds.

Enfin on a trouvé dans les os, dans le cerveau, dans les méninges, des traces de suppuration; dans l'intestin, des ulcérations siégeant en dehors des plaques de Peyer; dans l'utérus, un ramollissement purulent ou gangréneux; dans le sang, la présence du pus. Cette multitude de lésions rend parfaitement compte du grand nombre de phénomènes graves observés pendant la vie.

En général, la phlébite ne présente pas de grandes difficultés sous le rapport du diagnostic. Cependant il est des cas où les phénomènes peuvent induire en erreur l'observateur le plus attentif. Éludions séparément, sous ce point de vue, la phlébite adhésive et la phlébite suppurative.

§ VX. — Diagnostic, pronostic.

1. La phlébite adhésive est une maladie presque toute locale, ne déterminant qu'une réaction ordinairement peu intense. On ne saurait par conséquent la confondre avec les maladies fébriles violentes, remarquables surtout par leurs symptômes généraux. On ne voit donc guère d'affection qui puisse la simuler, si ce n'est Y inflammation des vaisseaux lymphatiques, et un phlegmon commençant. La phlébite se distingue delà lymphangite par la direction des cordons affectés, par leur dureté, leur grosseur et leur profondeur. On sait, en effet, que l'inflammation des vaisseaux lymphatiques détermine surtout une rougeur plus ou moins étendue, superficielle, avec des traînées rougeâtres qui tendent à constituer une rougeur diffuse. Le toucher vient encore faciliter ce diagnostic. Dans l'inflammation des veines, on sent le cordon dur et noueux, tandis que dans celle des vaisseaux lymphatiques on ne trouve rien de semblable. C'est ce qui a fait dire à M. Velpeau que l'on voyait l'inflammation des lymphatiques plutôt qu'on ne la sentait, el que l'on sentait, au contraire, l'inflammation des veines plutôt qu'on ne la voyait. Dans l'inflammation des vaisseaux lymphatiques, on trouve, à une plus ou moins grande distance du point primitivement affecté, et en suivant le cours de la lymphe, des ganglions gonflés et douloureux, ce qu'on n'observe pas dans la phlébite, à moins de complication. Ces différences sont, comme on, Je voit, très notables, ce qui nous permet de dire encore, avec M. Velpeau, que le diagnostic de ces deux affections ne pourrait être vraiment difficile que dans les cas où elles se compliqueraient l'une l'autre.

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Si un phlegmon se développait au-dessus d'une grosse veine, on pourrait d'abord croire à l'inflammation du vaisseau; mais la douleur plus vive, le gon- (lement plus considérable, l'absence des cordons noueux, lèveraient bientôt tous

les doutes. t

2. Si la ■phlébite suppurative survient après vne opération ou après une lésion quelconque des veines, la succession des symptômes ne laisse aucun doute sur la nature de l'affection; Daps les cas où elle suit l'accouchement, il n'y a pas ordinairement de grandes difficultés; dans quelques uns cependant, les principaux symptômes de celle maladie ont existé sans que l'on ait trouvé de phlébite après la mort. Mais c'est un sujet que nous avons traité dans l'histoire de la fièvre puerpérale. On ne pourrait donc éprouver de difficultés dans le diagnostic, que si une veine profonde s'enflammait spontanément, ou par suite des progrès d'une lésion organique des parties voisines, un cancer, par exemple.

3. Si la phlébite spontanée des grandes cavités est purement adhésive, on ne reconnaîtra son existence qu'aux phénomènes secondaires auxquels elle donnera lieu, tels que l'épanchement de sérosité dans l'abdomen et dans les membres inférieurs, etc.

Si, au contraire, h phlébite est suppurative et qu'elle se termine par l'infection ■purulente, on peut, au premier abord, la prendre pour une autre maladie fébrile, la lièvre typhoïde, par exemple. Mais en examinant plus attentivement la marche de la maladie, on évitera l'erreur, surtout si l'on a égard à ce précepte de Chomel, que lorsqu'il se développe un mouvement fébrile intense, avec des accidents graves, tels que l'agitation, le délire, l'abattement, etc. , on doit, si l'on ne trouve dans aucun point de l'économie quelque lésion qui rende compte de ces phénomènes, les attribuer aux abcès multiples auxquels une phlébite suppurative peut donner lieu.

TABLEAU SYNOPTIQUE DU DIAGNOSTIC

1" Signes distinctifs de la phlébite et de la lymphangite.

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