‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource]Chapitre 150 sur 306 · PHLÉBITE; — TRAITEMENT · texte numérisé non relu

PHLÉBITE; — TRAITEMENT

appliqué par quelques médecins; mais, en général, quinze, trente ou quarante ont été prescrites dans le cours de la maladie. C'est principalement lorsque la phlébite est due à une lésion de là veine elle-même, comme dans la saignée, que l'on insiste sur ce moyen, et alors on recommande d'appliquer les sangsues entre le poini enflammé et l'organe central de la circulation, afin de prévenir l'extension de l'inflammation suivant le cours du sang. Si par conséquent celle-ci fait des progrès dans ce sens, à chaque nouvelle application de sangsues on devra constater le point où s'arrête l'inflammation, afin de les placer un peu au delà. Dans plusieurs cas, on a réussi de cette manière à arrêter une phlébite qui semblait d'abord marcher avec une très grande rapidité. Malheureusement les auteurs ne nous ont pas rapporté les observations avec les détails nécessaires. Les ventouses scarifiées peuvent être appliquées en assez grand nombre autour du point enflammé. Si l'on en croit Jos. Frank, ces moyens pourraient avoir l'inconvénient d'augmenter l'irritation que l'on veut combattre; mais cette assertion paraîtra entièrement dénuée de preuves à ceux qui examineront les observations, attendu que l'aggravation des symptômes peut tout aussi bien, et plutôt même, être attribuée aux progrès de la maladie qu'à l'emploi des émissions sanguines locales.

Applications émollientes ou narcotiques. — En même temps que l'on pratique les émissions sanguines, on applique sur le point enflammé de larges cataplasmes émollients ou narcotiques, on prescrit des bains locaux dans l'eau de guimauve; en un mot, on cherche à enlever l'irritation locale par tous les moyens qui complètent le traitement antiphlogistique.

Ouverture prompte des abcès. — Un précepte important, et qu'on ne doit jamais oublier, c'est qu'il faut ouvrir promptement une issue au pus qui se forme, soit dans la veine, soit à son pourtour. C'est surtout lorsque le liquide purulent communique avec l'ouverture béante des veines, qu'on doit s'attacher avec le plus de soin à arrêter cette communication; car c'est avant la formation des caillots denses que l'infection purulente peut être le plus facilement causée par la phlébite.

Compression de la veine. — Pour prévenir cet accident si redoutable, on a eu encore recours à plusieurs moyens : le premier consiste dans la compression de la veine malade au-dessus du point enflammé. D'abord proposée par Hunter, la compression a été ensuite recommandée par Dance; mais aucun fait n'est' venu en prouver l'efficacité. C'est donc, comme le fait remarquer Joseph Frank, une idée théorique dont l'expérience n'a pas encore confirmé la justesse. Toutefois on ne voit pas pourquoi, en l'absence des faits, on pourrait dire avec ce dernier et avec Hodgson, qu'il faut rejeter cette indication hypothétique : c'est à l'observation qu'il faut en appeler. C'est là ce que nous disions dans la première édition de cet ouvrage, et le fait suivant tend à prouver que ce n'était pas sans raison. M. Kemmerer (1), ayant soigné un homme qui avait eu trois phlébites à la suite de trois saignées, appliqua pendant deux jours un bandage compressif, et tint le bras dans une position presque verticale; cette fois, il n'y eut pas de phlébite. Après une durer: assez courte de la maladie, on ne doit plus guère compter sur un pareil f moyen ; car alors les caillots durs qui obstruent la veine s'opposent bien plus sûrement au mélange du sang et du pus que ne .peut le faire la plus forte compression.

(1) Journal des connaissances médico-chirurgicales, juin 1845,

356 MALADIES DES VOIES CtBCULATOJKES.

Section de In veine. — Joseph Frank adopte un second moyen qui a été proposé par Breschet : c'est la section de la veine au-dessus du point enflammé. On ne peut pas se prononcer sur une pareille opération en l'absence d'observations qui nous en fassent connaître la valeur.

Cautérisation avec le fer rouge. — M. Bonnet (de Lyon), ayant remarqué l'inefficacité des principaux moyens, et surtout des sangsues, a eu recours au cautère actuel, et dans un grand nombre de cas il a vu s'arrêter sous cette influence une phlébite qui avait une grande tendance a gagner les parties internes. Récemment, M. le docteur Devaux (1) a rapporté un cas semblable. Le cautère doit être appliqué au-dessus des limites de l'inflammation. Il ne paraît pas nécessaire qu'il agisse très profondément, puisque, dans le cas cité par M. Devaux, l 'épidémie seul avait été intéressé dans la cautérisation; cependant, pour plus de sûreté, il vaut mieux agir profondément. Dans la phlébite suite d'une saignée , M. Gendrin (2) vante les bons effets du vésicatoire appliqué immédiatement au point correspondant ii la piqûre; mais les preuves de l'eflicacilé de ce traitement nous manquent.

Tels sont les moyens mis en usage pour prévenir l'infection purulente. Ajoutons que dès que le malade préseutc les premiers accidents de la phlébite, il faut se hâter de lui faire respirer un air pur et fréquemment renouvelé, et de le soustraire à l'action des miasmes qui résultent de l'encombrement, surtout dans les salles de chirurgie, afin de prévenir cette tendance à la suppuration, dont M. Tessier a signalé toute la force par de nombreux exemples.

Lorsque, malgré toutes les précautions, l'infection purulente s'est déclarée, le mal est presque toujours au-dessus des ressources de l'art. Cependant on ne doit pas se décourager, et il faut continuer avec énergie le traitement. De l'avis de tous les auteurs on doit cesser les émissions sanguines, qui ne feraient qu'affaiblir inutilement le malade, et avoir recours aux moyens suivants, dont l'action est plus générale.

Vomitifs.- — Les vomitifs énergiques ont été assez fréquemment présents, et c'est le tartre stibié à haute dose, comme dans la pneumonie (voy. art. Pneumonie), qui a été ordinairement mis en usage. Il est impossible encore de distinguer, dans les observations, l'effet de ce médicament, qui a été administré comme perturbateur. Cependant nous dirons que M. Léon Gigot (3) cite une observation dans laquelle le tartre stibié a amené une amélioration notable. La maladie avait fait des progrès incessants, quoiqu'on eût employé auparavant les émissions sanguines et les onctions mercurielles.

° Purgatifs. Les purgatifs ont été également prescrits, mais nous n'avons encore rien de positif à dire sur leurs effets. Le calomel, dont l'action est complexe, est employé de préférence par quelques médecins dans une maladie où les mercuriaux ont été regardés comme pouvant jouir d'une certaine efficacité. Dans les cas observés par M. Trezzi et par Blandin, ce médicament n'a pain avoir aucune influence sur la marche de l'affection.

Diurétiques. — Ces médicaments ont été administrés à très liante dose. Le nitrate dé potasse, en particulier, a été mis assez fréquemment en usage. ,fos. Frank

(1) Bulletin de thérapeutique, septembre 1843. 1S„9 (<> Journal des connaissances medico-clwurgtcales, 15 novembre 1852. (3) Bulletin de thérapeutique, 30 octobre 1852.

Page 1