‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource]Chapitre 153 sur 306 · PHLEGMATIA ALBA DOLENS. — DÉFINITION · texte numérisé non relu

PHLEGMATIA ALBA DOLENS. — DÉFINITION

point admis encore cette opinion sur la nature de la maladie. C'était donc un point qu'il fallait discuter.

Depuis très longtemps on a publié des observations de p/Uegmatia. C'est principalement chez les femmes en couches qu'on l'a étudiée, et l'on croyait même qu'elle ne se montrait que chez les nouvelles accouchées, ftlauriceau, Levret, White, Gardien, etc., avaient publié des travaux importants sur cette affection, et émis diverses opinions sur sa nature, lorsque M. Velpeau, en 182a (1), commença à rattacher la maladie à une affection des veines, dont les lésions étaient alors l'objet de recherches importantes. Depuis, les observations dans ce sens se sont multipliées, et, dans ces derniers temps, M. Duplay (2) a rassemblé dans un mémoire inédit un nombre considérable d'observations où sont exposées les idées des auteurs modernes. Ce travail ayant uniquement pour base l'observation, est celui qui nous sera le plus utile dans cet article. Nous y joindrons un extrait de quelques observations que nous avons empruntées à différents recueils.

§ I. — Définition, synonymie, fréquence.

La définition de la phlegmatia alba dolens présente d'assez grandes difficultés. Les lésions que l'on trouve à l'autopsie sont, en effet, nombreuses, et, pour les comprendre toutes dans une définition , il faudrait donner une description de la maladie elle-même. Nous avons dit plus haut que, réduite à sa plus simple expression cette affection n'était autre chose qu'une phlébite; mais il faut ajouter que cette 'phlébite s'accompagne de gonflement, d'infiltration de sérosité limpide ou purulente, de douleur dans le membre affecté, pour avoir une idée à peu près exacte de la maladie.

Dans les premiers temps, on ne connaissait la phlegmatia alba dolens que sous les noms à'œdème des nouvelles accouchées, A.1 œdème douloureux des femmes en couches, d' 'engorgement des membres abdominaux chez les femmes en couches; mais il suffit, pour démontrer combien ces dénominations sont inexactes, de dire que l'on possède un assez bon nombre d'observations de phlegmatia alba dolens chez les hommes. Les noms de dépôt laiteux, engorgement laiteux des membres abdominaux, sont encore plus vicieux, puisqu'ils signalent une cause tout à fait imaginaire. Hosack a adopté le nom de cruritis; mais ce nom vague ne saurait s'appliquer particulièrement à la maladie qui nous occupe. La dénomination de phlegmatia alba dolens est le plus généralement adoptée. Dans ces derniers temps, le docteur Robert Lee (3) a proposé de donner à la maladie le nom de phlébite crurale, attendu qu'il a constamment trouvé cette phlébite dans les cas qui se sont présentés à son observation. Mais la phlébite crurale ne donnant pas constamment lieu à tous les symptômes de la phlegmatia alba dolens, et la phlegmatia pouvant se produire dans les membres supérieurs, il vaut mieux lui conserver ce dernier nom généralement admis, tout en tenant compte de l'observation importante faite par le docteur Robert Lee et par les autres médecins modernes.

(1) Archives générales de médecine, t. VI. p. 220.

(2) L'analyse de ce mémoire a été donnée clans le Dictionnaire de médecine, t. XXIV, 1841, art. Phlegmatia alba dolens. — ■ Voy. aussi Dronsarl, Monographie de la phlegmatia alba. dolens. Paris, 1846, in-8.

(3) Cyclopœdia of pracl. med. , art. Phlegmatia albauolens.

3()0 MALADIES DES VOIES ClRClLATOlKliS.

Suivant M. Boucbut (1), h phlegmatia alba dolens n'est pas due à une phlébite mais a une simple oblitération des veines par ralentissement et coagulation du sang Ce médecin a apporté des preuves nombreuses en faveur de son opinion; toutefois c est un point qui est encore sujet à discussion, et sur lequel nous croyons qu'il ne faut passe hâter de se prononcer. Remarquons, du reste, que le siège de la maladie est placé par M. Boucbut, comme par M. Lee etpar nous, uniquement dans les veines

La fréquence de cette affection n'a guère été recherchée que chez les femmes en couches, et sur ce point les divers observateurs sont arrivés à des résultats très différents. Ainsi, tandis que M. Velpeau a vu la maladie se produire cinq fois sur environ 80 femmes accouchées dans l'ancien hôpital de la Faculté, White ne l'a observée que cinq fois sur 1897 femmes accouchées au dispensaire de "Westminster. On ne peut encore rien conclure de ces statistiques, qui ont besoin d être continuées jusqu'à ce que l'on ait un nombre très considérable de faits. Dans les autres circonstances, la phlegmatiu alba dolens est une maladie assez rare.

1" Causes prédisposantes.

Nous n'avons à ce sujet que des recherches encore peu précises. Relativement à la phlegmalia des femmes en couches, on a signalé les manœuvres intempestives faites dans l'accouchement, les saisons froides et humides, les écarts de régime, etc. M. Velpeau a noté une circonstance remarquable : c'est que, daus trois cas où la maladie s'est déclarée à gauche, l'enfant était venu en première position, c'est-àdire que l'occiput correspondait à la cavité cotyloïdienne gauche. La pression exercée par la tète du fœtus aurait-elle favorisé le développement de la maladie? Remarquons, au reste, que ces causes, rangées parmi les causes prédisposantes, ont pu très bien, dans plusieurs cas, agir comme causes occasionnelles.

Ce n'est point immédiatement après les couches, mais deux ou trois semaines après, que, suivant les recherches de M. Duplay, se développe ordinairement 1» maladie. Dans l'Union médicale (2), on trouve un fait qui prouve que la phlegmatia alba dolens peut se développer six ou sept semaines après les couches, et occuper non-seulement les extrémités inférieures, mais encore les supérieures. La malade eut une phlegmatia de la jambe et du bras gauches. Nous n'avons pas besoin d'ajouter qu'avant ces dernières années, on croyait que la phlegmatia alba dolens ne pouvait attaquer que les femmes, puisqu'on la regardait comme la suite de l'accouchement: mais, ainsi que nous l'avons dit plus haut, elle a été observée chez les hommes, quoique bien plus rarement. Nous n'en connaissons pas d'exemple chez les enfants.

On a observé dans le service de M. Trousseau, à l'hôpital Necker (3), un cas de phlegmatia alba dolens survenue au troisième septénaire d'une fièvre typhoïde. Nous l'avons vue se produire dans des circonstances semblables ainsi, que chez des phthisiques, de sujets affectés de ramollissement cérébral, de cancer de l'utérus, etc.

(1) Gazette médicale. Paris, mai 1841.

(2) 0 février 1847.

(3) Voy. Bulletin de thérapeutique, octobre 1846.

phlegmatia adba dolens. — symptômes. Ml

C'est presque toujours dans les membres inférieurs que se développe la maladie ; mais les supérieurs n'en sont pas entièrement exempts. Nous en avons cite un exemple plus haut.

2° Causes occasionnelles-

L'impression du froid et de l'humidité, les écarts de régime, un exercice trop hâtif après l'accouchement, h propagation d'une inflammation voisine aux ^ veines du bassin, sont les causes occasionnelles dont nous connaissons le mieux l'action. Au reste, sous ce rapport, la phlébite qui donne lieu à la phlegmatia ne diffère pas sensiblement de la phlébite ordinaire. Chez les hommes comme chez les femmes, on a vu la maladie occasionnée par un cancer du rectum (Lawrence) ; des ulcérations intestinales (R. Lee) ; l'introduction d'une sonde dans la vessie, donnant lieu à une inflammation des veines de la prostate, qui s'est ensuite, étendue (Cruveilhier) ; des blessures des veines. Une tumeur de l'ovaire peut déterminer son développement : j'en ai vu deux exemples. Enfin, nous l'avons vue se produire spontanément, tous les viscères autour de la veine malade étant dans un élat d intégrité parfaite.

§ III. — Symptômes.

Les symptômes de la phlegmatia alba dolens ne nous arrêteront pas très longtemps, parce qu'un grand nombre d'entre eux, appartenant à la phlébite, ont été décrits plus haut.

Début— D'après les observations rassemblées par M. Duplay, et qui portent principalement sur l'œdème des nouvelles accouchées, la maladie peut débuter par des frissons plus ou moins violents, plus ou moins répétés, ou bien par la douleur locale dont le siège est alors dans un des côtés du bassin. Lorsque la phlegmatia alba dolens occupe une autre partie du corps, le membre supérieur par exemple, le début peut être le même; seulement les symptômes locaux se montrent dans un point quelconque de la hauteur du bras. Ces symptômes commencent par une douleur qui, le plus souvent lixée dans le ventre, s'étend ensuite aux membres, et parfois on a pu soupçonner alors le début d'une péritonite. Enfin, on a cité des cas où la phlegmatia s'est montrée dans un membre avec tous ses caractères, sans avoir présenté de symptômes généraux et sans que les symptômes locaux aient débuté dans l'abdomen. Nous en avons maintenant sous les yeux un exemple chez une femme affectée de tumeur de l'ovaire, et chez laquelle la phlegmatia a commencé évidemment par une phlébite des veines superficielles de la cuisse.

Sijmptômes. — La douleur est un des symptômes les plus constants de h phlegmatia alba dolens. Elle varie dans sa forme, son intensité et son siège. Tantôt aiguë, lancinante, tantôt sourde, profonde, quelquefois semblable à un engourdissement, elle peut occuper toute l'étendue du membre ou rester bornée a un point assez limité; mais toujours, chose digne de remarque, elle suit le trajet des vaisseaux cruraux. Quand elle est limitée, c'est souvent au pli de l'aine, dans l'espace poplité et au mollet qu'on la trouve. Celte douleur est exaspérée par la pression et par les mouvements, qu'elle rend souvent impossibles.

Le gonflement est un symptôme constant de la maladie. Il est rare qu'il commence à se montrer ailleurs que dans le point occupé par la douleur. Quelquefois

cependant il envahit une partie assez éloignée, .nais toujours entre le point donlou MW4t les dernu;res rannlka.ions veineuses. De quelque manière qu'il ah . menée ,1 ne tarde pas à gagner toute la partie du membre située u-dessous du point affecté II procède presque toujours, dans sa marche, de ce poin v! extrenn és. Ce gonflement est ordinairement considérable, et quelquefois on a „ le membre doubler de volume. Alors la par.ie malade est tendue; la peau qui la recouvre est blanche, lisse, et l'on a de la peine à imprimer dans les tissus le (loin qui les presse, ou même on ne peut y parvenir. Lorsque l'inflammation des vaisseaux n occupe qu'une parlie limitée, Vœdème, qu'on observe à l'extrémité du membre, diflère beaucoup moins de l'œdème ordinaire que celui qui occupe les environs de la veine enflammée.

Sur la couleur d'un blanc mat que présente la peau, on voit souvent des bandes rougeatres le long des vaisseaux, on bien des taches rouges. Le docteur Robert Lee y a vu des vésicules noirâtres, et M. Salgues, dont l'observation a été citée par M. Duplay, a noté l'apparition de phlyclènes qui, en se rompant, laissaient voir le derme sphacélé; mais dans le plus grand nombre des cas, la peau ne présente point d'altération sensible, à moins que la pression du membre sur le lit n'en ait occasionné l'inflammation, ce que l'on remarque quelquefois, surtout au talon. ^ Le plus souvent la chaleur de la peau est augmentée dans les points occupés par l'œdème. Ce symptôme s'observe surtout dans les cas où celui-ci s'est développé rapidement, où il est très douloureux, et où les lésions inflammatoires sont multipliées.

Déjà Levret, Gardien, et plusieurs autres, avaient constaté l'existence d'un cordon dur, noueux, douloureux, le long du trajet des vaisseaux cruraux; mais ils n'avaient point attribué l'existence de ce cordon à l'inflammation et à l'induration des veines, car ils le regardaient comme le résultai de l'inflammation des lymphatiques superficiels. L'existence de ce cordon est un des signes les plus importants de la maladie. Tantôt il suit assez exactement le trajet de la veine fémorale, tantôt il est très sinueux et occupe alors les veines superficielles. Chez la femme dont nous avons parlé plus haut et dont nous observons actuellement la maladie, il s'est formé, au milieu de la partie interne de la cuisse, un cercle parfait de 7 à 8 centimètres de diamètre , et constitué par un cordon dur, saillant, présentant à d'assez courtes distances des nœuds très sensibles au toucher.

Ce. cordon est un indice évident de la phlébite et de la coagulation du sang dans la veine. Dans quelques cas, et Lugol (] ) en a cité un exemple remarquable, presque toutes les veines d'un des membres inférieurs deviennent ainsi dures et noueuses dans une grande étendue ; dans d'autres, au contraire, comme dans le cas que nous venons de citer, un point assez limité est occupé par la phlébite.

Des traînées rougeatres se rendent aux ganglions lymphatiques tuméfiés et douloureux, lorsque les vaisseaux lymphatiques participent à l'inflammation ; mais ce symptôme est loin d'être constant.

iMifin, pour terminer cette, description des symptômes locaux, nous devons ajouter que parfois on voit des abcès se développer clans le membre affecté; qu'un érysipèle, des eschares gangréneuses peuvent s'y montrer, et que la maladie acquiert alors une gravité non douteuse.

(1) Journal des progrès, t. XIV .

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