PHLEGMATIA ALBA DOLENS. — MARCHE
Pendant que les symptômes locaux se manifestent et se développent, Y état fébrile survient ou persiste s'il avait apparu primitivement: mais comme sous ce rapport A Meàmalia alba dolens ne présenté rien qui diflère de ce que nous avons trouvé dans la phlébite, nous renvoyons à la description de cette dernière pour les symptômes généraux.
g IV. Marche, durée, terminaison de la maladie.
t a marche de la phlegmatia alba dolens est continue. Celle des premiers symptômes, c'est-à-dire des symptômes réellement inflammatoires, est ordinairement rapide. Il n'en est pas de même des symptômes consécutifs à la phlébite, c'est-adire de l'œdème, de l'infiltratfon séreuse ou séro-purulcnte, des abcès du membre, etc. , qui peuvent persister longtemps. Il en résulte que la durée de l'affection ne saurait être, dans l'état actuel de la science, indiquée d'une manière précise. On l'a vue se dissiper en vingt ou trente jours, ou durer plusieurs mois. Ce qui dans certains cas augmente beaucoup la durée de la maladie, c'est son passage d'un membre à l'autre. Ce fait a été observé maintes fois, sans qu'on ait pu trouver dans les veines du bassin des traces de la progression du mal. Dans un nombre assez considérable de cas, l'affection se termine par la résolution. En pareil cas, la douleur diminue d'abord; le mouvement fébrile tombe, et le malade peut imprimer de légers mouvements au membre, sans souffrir beaucoup. La douleur à la pression persiste cependant encore, mais à un bien moindre degré, puis le gonflement diminue, et l'on a remarqué que cette diminution a lieu d'abord dans la portion du membre affectée la première. Ensuite, s'il ne survient pas de nouveaux accidents, le membre revient peu à peu à son état naturel, sauf toutefois le point occupé par le cordon noueux induré, qui ne s'assouplit que très lentement, et dont les nodosités peuvent encore être senties longtemps après qu'une diminution notable de l'œdème a annoncé la cessation de l'inflammation. Dans le cas que nous avons déjà cité, le cordon noueux, qui, dans le fort de l'inflammation, présentait une couleur d'un rouge foncé, a pris, quand les symptômes aigus sont tombés, une teinte plus blanche que les parties environnantes.
Lorsque le cordon veineux reste ainsi dur, volumineux, et par conséquent obstrué, on aurait peine à comprendre la diminution de l'œdème, si, dans un certain nombre de cas, on n'observait une circulation collatérale plus ou moins manifeste. M. Duplay a cité à ce sujet quelques observations intéressantes empruntées à Dance, à MM. Amsteim et Robert Lee, mais qu'il serait inutile de rappeler ici.
A mesure que l'œdème diminue, on voit la partie tuméfiée conserver plus facilement l'empreinte du doigt, et l'infiltration prendre par conséquent les caractères d'un œdème ordinaire.
Enfin, au bout d'un temps ordinairement assez long, l'œdème a disparu, le cordon noueux ne se sent plus, et de deux choses l'une : ou la veine s'est oblitérée, ou la circulation s'est rétablie dans son intérieur. Dans le premier cas, la circulation collatérale mentionnée plus haut vient y suppléer; mais quelquefois elle est insuffisante, et l'on a vu se former alors des collections séreuses sur lesquelles M. Bouillaud a principalement attiré l'attention et dont il sera question plus tard.
La formation des abcès et l'apparition des autres accidents déjà indiqués vieil-
lient souvent entraver cette terminaison et prolonger outre mesure la durée de Kaffection. Ces lésions sont quelquefois si graves, notamment quand elles se produisent dans l'intérieur du bassin, qu'elles déterminent la mort, qui est aussi quelquefois causée par une gangrène consécutive, comme on le voit dans les observalions de Manne, citées par M. Gerhard (de Strasbourg) et mentionnées par M. Duplay.
§ V. - Lésions anatomiques.
La lésion auatomique la plus importante est, sans contredit, l'inflammation des
eines. Ou a trouvé dans les vaisseaux toutes les lésions indiquées dans l'article Phlébite, et qu'il serait inutile de rappeler ici. Les observateurs les plus rigoureux ont constaté l'existence de cette inflammation dans tous les cas, et dans les observations connues on peut suivre très facilement la succession des phénomènes qui se passent d'abord dans la veine et plus tard dans les tissus environnants. On a trouvé cette inflammation aussi bien dans les cas de phlegmatia alba dolens observés chez les femmes en couches que dans ceux où la maladie était due à un cancer du bassin, ou à toute autre cause locale, soit chez les hommes, soit chez les femmes. Depuis dix ans que mon attention est fixée sur ce point, et pendant lesquels nous avons vu des cas nombreux de phlegmatia dans les circonstances les plus variées, nous n'avons pas trouvé une seule exception à cette règle. Il faut donc admettre que c'est là la lésion essentielle, la lésion propre h h phlegmatia alba dole?is;et: bien que la description de la maladie n'ait point dans les auteurs toute la précision i désirable, le fait que nous venons de signaler, et qui avait déjà frappé MM. Velpeau, Bouillaud, Andral (1), a été mis hors de doute par les recherches de MM. Robert l Lee et Duplay.
Les lésions des ganglions et des vaisseaux lymphatiques ne sont pas rares, il esti vrai, mais elles ne sont pas constantes. Elles ne se lient pas, comme les lésions des veines, aux principaux symptômes observés; elles sont souvent consécutives, ett ne méritent pas par conséquent l'importance que leur ont attribuée certains auteurs. . Ces lésions sont celles de l'inflammation, qui sera décrite dans un article suivant.
Les lésions de l'utérus et de ses annexes s'observent chez les femmes nouvellement accouchées; elles sont décrites à l'article Fièvre puerpérale. Celles des; symphyses se remarquent également dans les mêmes circonstances. M. Velpeau i les a notées dans les cas soumis à son observation; mais bien qu'elles aient une. importance réelle, puisqu'elles peuvent avoir été le point de départ de la maladie en communiquant l'inflammation aux veines voisines, elles ne sauraient constitueri une lésion anatomique essentielle, car la phlegmatia alba dolens se montre dansi des cas où les symphyses sont parfaitement saines.
11 résulte de ces considérations que la phlegmatia alba dolens est véritablement | une phlébite à laquelle peuvent venir se joindre beaucoup d'autres lésions. On ne saurait plus l'attribuer à une inflammation des vaisseaux lymphatiques, de l'aponévrose fascia lata, du tissu cellulaire du membre, ou bien à un simple rhumatisme, comme tant d'auteurs l'avaient fait jusqu'à présent.
(I) Rapport a l' Académie sur te mémoire de M. Velpeau.
M1LÊ6MATIA A Ml A DOLENS. — TR \ LTKMENT. 36|
Lorsque l'infection purulente est venue mettre un terme à L'affection, on trouve, dans les différents organes, les lésions décrites dans l'article précédent.
§ VI. — Diagnostic, pronostic.
Le diagnostic de la phlegmatici alba dolens est des plus faciles. La douleur le long du trajet des vaisseaux, le gonflement du membre et l'existence du cordon noueux, viennent lever tous les doutes. Quelquefois cependant le cordon veineux enflammé est difficilement accessible à l'exploration, soit que la veine ait une situation profonde, soit que le membre ait acquis un volume trop considérable. Mais, en pareil cas même, le siège de la douleur, la marche des symptômes et la nature de l'œdème font reconnaître la maladie, en sorte qu'il serait inutile d'entrer dans de plus grands détails sur ce diagnostic.
Pronostic. — L'affection dont il s'agit est toujours sérieuse, puisque, dans un nombre assez considérable de cas, elle peut se terminer par la mort. Toutes choses égales d'ailleurs, elle est plus grave chez les nouvelles accouchées que chez les autres sujets. Lorsque l'inflammation des veines a une très grande étendue, la maladie est plus alarmante que dans les cas où elle est limitée à un petit espace.
La formation d'abcès, d'infiltrations purulentes, l'apparition d'un érysipèle, et surtout la production de la gangrène, ajoutent beaucoup à la gravité de l'affection. Enfin, lorsque l'infection purulente se manifeste, la mort est, comme on le sait, presque inévitable.
Après la guérison de la phlegmatici, les veines peuvent rester oblitérées, comme nous l'avons dit plus haut. Cette oblitération produit des infiltrations chrouiques, et par conséquent la possibilité de ces accidents consécutifs donne à la maladie une gravité plus grande.
§ VII. — Traitement.
Le traitement de la phlegmatia alba dolens doit être fondé sur les mêmes principes que celui de la phlébite. Toutefois il présente des particularités qui méritent d'être connues. C'est sur ces dernières que j'insisterai, renvoyant à l'article précédent pour ce qui est relatif au traitement de la phlébite elle-même.
1° Médication interne.
Vomitifs. — Parmi les remèdes internes, nous trouvons d'abord les vomitifs, qui ont été regardés par quelques auteurs comme un des meilleurs moyens à employer. Busch (1) a mis en usage le tartre stibié à haute dose, tel qu'il est administré dans la pneumonie, et il a, dit-il, obtenu par ce moyen d'assez nombreux succès. Mais il faisait faire en même temps des frictions mercurielles sur la partie affectée. M. Jcnnings a administré Yipécacuan/ta, mais uni au calomel.
Purgatifs. — Les purgatifs n'ont pas été fréquemment mis en usage, à moins qu'on ne range parmi eux le calomel recommandé par AVliite (2), par Siebold et par plusieurs autres auteurs allemands et anglais. Mais on doit plutôt admettre que
(1) Gem. deuts. Zeitsch. fur Geb., 2' vol. 4 828.
(2) An inquiry info Ihe nature and cause of that èwèlHto'0, etc. Wnrrinpjton, 1*84.
ce médicament agit comme altérant. Ad. Elias Siebold(l) a observé qu'on pouvaitle donner à haute dose sans produire la salivation :0,50, 0,60 gram. par jour et même 1 gramme, seront prescrits dans les cas où la maladie offrira quelque gravité. Il est inutile de dire qu'aucun relavé de faits ne nous fait connaître l'efficacité réelle de ce médicament.
Parmi les cas traités par les purgatifs simples, il n'en est pas de plus remarquable que celui qui a été signalé par Chomel (2), et qui l'ut observé chez une femme en dehors de toute influence puerpérale. Le sujet avait une suppression de règles. On administra un purgatif; les règles reparurent, et les purgatifs ayant été répétés, l'œdème douloureux ne tarda pas à disparaître. Il est à regretter que cette observation ne soit pas rapportée avec détail, car on conçoit très bien qu'un simple développement de l'utérus ait pu déterminer un œdème local d'une tout autre nature que la phlegmatia alba dolens.
Des boissons délayantes ou acidulées sont généralement prescrites dans le cours de la maladie; mais il est évident qu'elles n'ont aucune efficacité par elles-mêmes.
Narcotiques. — Lorsque la douleur est très considérable, on ne doit pas hésiter à administrer les narcotiques pour procurer quelques instants de repos aux malades. L'opium est le meilleur moyen à employer dans ce but. On a administré également la jusquiame, Veau distillée de luurier-cerise,t\.c; tous ces moyens doivent être rangés parmi les simples adjuvants.
Diurétiques, digitale. — Lorsque l'œdème existe seul, que l'inflammation s'est dissipée, et que les accidents sont dus principalement à l'oblitération de la veine, on emploie, pour obvier à la stase sanguine, les diurétiques, que l'on peut porter à haute dose : de h à 12 grummes de nitrate de potasse dans 500 grammes de liquide, par exemple. C'est également en pareil cas que la digitale a été prescrite; mais, comme son administration ne présente rien de particulier, nous en parlerons à l'occasion deshydropisics. Nous nous bornerons seulement à dire que Groelzner, qui la regarde comme un spécifique dans l'affection dont il s'agit, la donne en infusion à la dose de 0,60 gram. à 1 s- , "25 dans 300 grammes d'eau, et que Davin la prescrit à la dose de 0,1 gram. toutes les deux ou trois heures, en pilules ou dans une potion.
Nous n'insisterons pas davantage sur toutes ces médications, qui ne nous présentent rien de positif; car il ne s'agit pas seulement d'avoir vu guérir sous leur influence présumée un certain nombre de malades affectés de phlegmatia alba dolens, puisque cette affection n'est pas nécessairement mortelle; il faudrait encore prouver que cette influence a été réelle, et c'est ce que n'ont point fait les auteurs. .
Iode. — • Le docteur Bacon (3) a indiqué un traitement particulier; il consiste principalement dans l'emploi de l'iode prescrit de la manière suivante :
0f Iode 0,025 gram. Eau distillée 45 gram.
Hydriodatedepolasse0,50 à 0,"5 gram.
A prendre en trois fois.
(1) Handb. zur Erkenntniss und Heilung der Frauensimmer~krankheinlen, etc.Frankf.,
(2) Revue des cliniques médicales de V Hôtel-Dieu (Gazelle médicale, t. III, 28 mars 1835).
(3) G-or'"'». médicale, novembre 1832.