ARTICLE UNIQUE
HÉMATOLOGIE.
[C'est une question de savoir s'il existe réellement des maladies du sang. Sans doute le sang, comme tous les liquides et les solides de l'économie animale, participe à l'état commun de maladie lorsque existe, soit une fièvre, soit une cachexie ou une diathèse. Le sang, étant vivant, n'échappe point aux lois qui régissent l'homme tout entier. L'étude du sang, dans les maladies générales, a donc un intérêt poulies anatomo-pathologistes ; elle en peut avoir même pour les praticiens, si le diagnostic doit en être éclairé. Il est certain, dans tous les cas, que beaucoup de théories thérapeutiques et la pratique ou la vogue de certains médicaments sont nées de l'étude du sang. Pour ne prendre qu'un exemple bien connu de tout le monde, le fer est devenu l'un des agents thérapeutiques le plus activement employés par les praticiens depuis que l'étude du sang dans la chlorose, et dans beaucoup de maladies où les tissus sont décolorés, a conduit les médecins à penser que le fer manquait au sang. On oublie vite, et souvent une pratique devenue générale.
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usuelle, n'a d'autre point de départ qu'un mémoire oublié, une théorie effacée; la pratique subsiste. En fait, il n'est pas un médecin qui n'emploie habituellement, et presque journellement, les préparations de fer à l'intérieur, sous forme de poudre, de pilules, de sirop ; les eaux minérales ferrugineuses sont devenues fort à la mode, et la médication ferrée est une branche importante du commerce pharmaceutique. Le public même se traite par le fer, et les théories médicales lui sont si bien connues à cet égard, qu'il ne veut pas être contrarié sur ce point, et qu'un médecin serait mal venu à contester que le sang appauvri ait besoin, pour se refaire, de l'introduction dans l'organisme d'une certaine quantité de fer. Un honorable professeur de la Faculté de médecine de Paris, qui a entrepris de donner des noms anciens à toutes les maladies nouvelles , a créé un mot spécial pour désigner la diminution du fer dans le sang (achalybhémie). Pendant plusieurs années, on a discuté pour savoir par quelle voie on ferait pénétrer le fer dans le sang, et l'on a cherché les préparations solubles; puis on a découvert que l'iode, combiné avec le fer, entraînait ce métal dans l'organisme, etc. D'autres auteurs ont cru voir que le fer agissait seulement comme stimulant des organes digestifs, et que l'estomac étant le réparateur du sang, le fer n'avait ici qu'une action très indirecte.
Quoi qu'il en soit, il est certain que l'hématologie a pris rang dans la science, et qu'un aperçu de quelques travaux modernes sur l'hématologie ne sera point déplacé, même dans un traité destiné principalement aux médecins praticiens.
L'étude du sang n'est pas tout h fait moderne, quoique les procédés réguliers d'analyse soient modernes. Les anciens se sont préoccupés des altérations du sang dans les maladies; mais ils n'en ont connu que les caractères les moins importants, et n'ont pas été à l'abri de causes d'erreur qui ont annulé presque tous les résultats de leurs observations. L'école de Cos professait que le sang doit être responsable, au même titre que les solides, des maladies générales, et Galien regrettait que cette élude fût abandonnée. Les médecins des temps modernes, depuis la renaissance, se sont occupés du sang sans grand profit; le grand Sydenham luimême, dégoûté des prétentions à la science mal justifiées de quelques iatro-chimistes de son temps, déclarait l'étude du sang dérisoire et inutile. Il n'avait pas tort en fait; mais la chimie et la microscopie n'avaient point alors donné les espérances ou tenu les promesses à l'aide desquelles une science se fonde.
Il n'est pas douteux qu'un certain nombre de médecins des temps modernes n'aient mis l'étude du sang de niveau avec les connaissances physico-chimiques de leur temps; mais ces efforts n'ont rien produit d'utile tant que la physique et la chimie n'ont pas fourni aux naturalistes les moyens d'observation exacte. Boerhaave a fait des travaux nombreux sur le sang : il admettait l'acrimonie acide ou alcaline, et la viscosité glutineuse; les vaisseaux jouaient, suivant lui, un certain rôle dans les maladies : « L'obstruction vient de l'étroite capacité du vaisseau, de la grandeur de la masse qui doit y passer, et du concours des deux. » «... Si le pus vient à être résorbé, il se mêle au sang, l'infecte, corrompt les viscères, trouble leurs fonctions, et produit ainsi une inlinité de maux très dangereux. » Haies publia, en 1733, un traité d' 'hémostatique rempli de théories ingénieuses, empruntées à la mécanique et à la physique. Sauvages décrivit les caractères du sang extrait par la saignée dans différentes maladies. Huxham étudia le sang dans un Essai sur les fièvres, et quelques-unes des idées qu'il émit, et qui eurent un grand retentisse-
&bo maladies di;s \oii;s cincuLAToiniis.
me'iif, bhl encore cours aujourd'hui. Borâeû étudia le sang, et voulut fonder une • tibsdJogîe sur lés altérations supposées" de fcè liquide; sa théorie n'est même plus i discutable aujourd'hui.
Les travaux contemporains les plus remarquables sur les altérations du sang sont ceux de MM. Prévost et Dumas, Lecanu, Andral et Gavarret, en France; en Allemagne, ceux de MM. Simon, Lehmann, Nasse, Scherer. Le nombre des mémoires publiés sur ce sujet est tel qu'on ne saurait déjà plus dresser la table des auteurs; tous les physiologistes contemporains se sont occupés de cette question : Liebig, Frerichs, Lehmann, Yirchow, Ch. Robin, Bernard, Brown-Séquard, etc., ont multiplié les analyses, les expériences, etc.
Les principaux moyens d'étudier le sang sont le microscope, l'analyse chimique I el physique, appliquée au sang extrait du corps d'un animal à l'état sain ou à l'état morbide, et l'expérimentation physiologique, qui a pour but de modifier, suivant la volonté de l'expérimentateur, la composition du sang.
Hailer a contribué beaucoup aux progrès de cette science naissante; mais il faut arriver à une époque très voisine de nous, et même contemporaine, pour trouver des travaux donnant des résultats positifs, et M. Andral, dans son Essai d'hématologie, en \SUS, a pu dire : « Grâce aux progrès de la chimie organique et a la certitude actuelle de ses procédés, il semble que le moment soit arrivé où l'on puisse plus que jamais espérer de mettre la vérité dans tout son jour, par l'emploi rigoureux des méthodes expérimentales: et ce serait faire preuve d'une ignorance blâmable ou d'un dangereux scepticisme, cpie de se refuser à accepter les résultats de la science chimique de nos jours, parce que ceux qu'a donnés une autre science, qui n'a presque avec elle de commun (pie le nom, ont été convaincus d'insuffisance ou d'erreur. »
Nul mieux que M. Andral n'était en droit de donner de pareilles espérances, et il n'est pas douteux , en effet; (pie l'essai d'hématologie publié par cet auteur ne contienne des parties tout à fait neuves et intéressantes. L'introduction de cet ouvrage est particulièrement remarquable, et l'on y trouve sur ce que pourra être l'hématologie des considérations importantes, et écrites dans un beau langage. Cet essai, celte impulsion donnée à des éludes si dignes d'être suivies , n'ont pas trouvé le public médical, en ÏYààcë, disposé à de semblables travaux, et, après un court moment donné à l'admiration, on a presque oublié une tentative qui aurait dû avoir des imitateurs, et qui méritait d'être le point de départ d'une école.
MM. Becquerel et llodier, en 1854, constatèrent l'imperfection de nos moyens . d'observation et le peu de progrès qu'avait fait l'hématologie, et, bien que ces auteurs aient cru devoir donner des analyses du sang si complètes, si absolues, que les i chimistes les plus exercés hésitent presque à les contrôler, ils savent néanmoins ; combien de choses manquent actuellement à une semblable élude.
Voici comment ils s'expriment (1) :
« L'histoire des sels organiques et inorganiques du sang est actuellement à peine ébauchée. On ne connaît pas encore le moyen d'obtenir directement el ave. une grande exactitude le poids des globules du sang.
» L'histoire des matières grasses n'a encore été qu'indiquée.
(1) Traite de chimie pathologique, Paris, 1854.
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» La présence dans le sang des principes immédiats qui vont constituer les principaux éléments de ce liquide est à peine tracée, et leur existence est même mise en doute. Enfui, les conversions qui s'opèrent dans le sang pendant la respiration, et sous l'influence du mouvement de composition et de décomposition des tissus, sont encore fort obscures. D'un aulre côté, même en ne considérant que les procédés d'analyse connus, dans combien d'états morbides ont-ils été appliqués? Combien n'y a-t-il pas de maladies aiguës et chroniques dans lesquelles la connaissance des altérations du sang est encore un mystère?....»
Une semblable opinion est exprimée par M. Cl. Bernard (1) :
« Malheureusement la valeur des résultats que nous offre l'hématologie n'est pas en rapport avec la somme des recherches auxquelles a donné lieu cette partie de la chimie physiologique. » Et, dans un aulre passage, le même auteur signale l'écueil principal de ces recherches :
« Malgré la multiplicité de ces recherches, il faut avouer que l'hématologie est encore un sujet fort obscur, en raison de l'impossibilité où l'on est de trouver la loi de toutes les variations obtenues dans les analyses qui ont été faites. Sans parler du perfectionnement que peuvent subir et que subiront certainement les procédés chimiques d'analyse encore aujourd'hui très défectueux, de l'avis même de leurs inventeurs, nous pensons que les principales causes de ces divergences sont dans l'ignorance des conditions organiques dans lesquelles le sang a été recueilli. Or, ces conditions qui sont extrêmement multipliées, peuvent apporter, dans la nature du fluide sanguin, les différences les plus remarquables. »
On voit avec quelle réserve s'expriment les auteurs contemporains. Il est certain que le sang peut éprouver une foule d'altérations différentes, soit spontanées, soit consécutives ou symptomatiqucs. Le sang étant l'une des parties les plus nécessaires à l'entretien de la vie, étant le réservoir où les tissus puisent les éléments de leur nutrition, et où se fait l'échange continuel, le renouvellement des molécules vivantes , la moindre perturbation dans les fonctions de l'organisme doit se traduire par une modification du sang, et réciproquement. Mais est-ce à dire que l'analyse chimique, telle qu'on la pratique , puisse rendre compte de ces modifications physiologiques ou pathologiques d'une façon exacte ? Ainsi est-il bien certain (pie les variations de la quantité de fibrine et de globules qu'on a signalées dans l'état de maladie ne puissent pas se rencontrer dans des circonstances physiologiques ? Il suffit, dit M. Cl. Bernard, de faire porter son observation sur les parties successives d'une saignée qu'on fractionnera, pour constater à cet égard des variations très notables. On peut observer des différences très nettes entre le sang recueilli au commencement de la saignée et le sang recueilli à la fin; néanmoins la chimie organique peut dès à présent rendre des services, et quelques-uns des résultats qu'elle fournil sur le sang peuvent être acceptés.
Il convient, avant d'aller plus loin, de donner un aperçu de la composition du sang a l'état normal. Le sang se compose, pour les chimistes , d'eau qui en forme la plus grande partie, de corpuscules en suspension (globules) , de sérum , d'albumine, de fibrine, de matières extractives et minérales ou salines en petite proportion. La quantité d'eau pour 1000 est de 780 à 800 en moyenne; les variations de
(I) Leçons sur les propriétés physiologiques et les altérations pathologiques des liquides de l'organisme. Paris, J859, t. J, p. 476.
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l'eau dans le sang sont très considérables. Les globules rouges, extrêmement nomJ breux, sonl de petits corpuscules discoïdes, d'un r0se pâle, ayant 6 millièmes de mu] limètrede diamètre. Ces globules entreni dans la proportion suivante : 140 pour 1000 rhez les hommes, ei 125 pour les femmes. La diminution du chiffre de] globules esl un fait lies fréquent, mais ils ne, sauraient sans inconvénient tomber au-dessous de 100. Dans certains états d'anémie et de cachexie, on les a vus tombe! à /i0. L'albumine est en dissolution dans le sang ou à l'état de suspension. On ne peut l'apprécier que par rapport au sérum. Or, pour 1000 de sérum il y a environ 80 grammes d'albumine. Cette proportion varie, et dans certains états morbides, tombeau chiffre 40; La fibrine du sang est cette partie spontanément coagulable qui forme la couenne , lorsque le sang extrait des vaisseaux est abandonné à luimême à la température ordinaire. On l'obtient par l'analyse, par le battage. La quantité de fibrine que contient le sang à l'état normal peut être évaluée à environ 2,5 pour 1000. Ce chiffre peut s'élever dans l'état morbide jusqu'à 10, d'après MM. Becquerel et Rodier, et il ne peut pas tomber au-dessous de 1. Le sang contient en outre des matières grasses, qui sont, d'après les travaux les plus récents, la séroline, la cholestérine ; des margarates, stéarates et oléates de soude; des sels inorganiques, le chlorure de sodium, le carbonate de soude, le phosphate de chaux» et du fer uni aux globules rouges ; mais ce n'est que par une sorte de convention qu'on peut arriver ii donner en chiffres la proportion de ces éléments. Nous renvoyons pour cela le lecteur aux travaux chimiques, et principalement au livre de MM. Becquerel et Rodier.
Pour l'étude au microscope, ce qui importe, c'est la connaissance des matériaux solides tenus en suspension dans le sang. Les globules rouges sont discoïdes, aplatis, ronds; leur diamètre est de 0n"",006 à 0"'n,,007, et leur épaisseur de 0""",002. Us sont plus pesants que le sérum. Les globules blancs, ou leucocytes, sont de gros globules sphériques qui sont à peine dans la proportion de '1 pour 200 globules rouges. Ils ont un ou plusieurs noyaux : l'eau et l'acide acétique y font paraître de 1 à h petits noyaux. Les globulins sont une variété plus petite du globule blanc; la proportion de ces éléments peut varier (leucocythémie).
Nous ne saurions réunir tout d'abord les éléments épars d'une science si peu avancée encore que l'est celle de l'hématologie; nous donnerons, en ce qui concerne la physiologie, quelques extraits empruntés au plus réceut et meilleur ouvrage sur cette question (1).
« Considéré d'une manière générale, le sang constitue un véritable milieu organique, intermédiaire entre le milieu extérieur dans lequel vit l'individu tout entier et les molécules vivantes, qui ne sauraient être impunément mises en rapport direct avec ce milieu extérieur. Aussi le sang contient-il tous les éléments nécessaires à la vie, éléments qu'il vient puiser au dehors par le moyen de certains appareils organiques. Ensuite il agit comme véhicule de toutes les influences qui, venues du dehors, agissent sur les libres des tissus : oxygène, substances nutritives, conditions de température. »
Si l'on se demande, quelles parties du sang sont nécessaires à l'accomplissement de son rôle mécanique et quelles parties assurent l'accomplissement de son rôle
(1) Cl. Bernard, Leçons sur les liquides de l'organisme. Paris, 1859, t. I, p- 12,
HÊM A.TOLOGIE. ^ physiologique, on voit qu'elles sont toutes différentes. Les aptitudes physiques du LngTnt dues au composé albumino-fibrineux qui est en dissolution dans le sérum ; son action physiologique est liée surtout à l'existence des globules
L'importance physiologique des globules a été d'abord mise en évidence par les expériences que l'on a faites sur l'opération de la transfusion. Dans cette opération, qui a pour but de réveiller les propriétés des tissus par le contact d'un sang nouveau, ou sait qu'il est nécessaire d'injecter des globules.
Si, chez un animal qui est en syncope ou exsangue, on injecte du sang frais, on voit reparaître les propriétés des tissus, et l'animal revenir à la vie ; mais il est nécessaire, dans ces expériences, d'injecter du sang déiibriné, car si les expériences de transfusion réussissent difficilement, cela tient surtout à l'impossibilité d'injecter la fibrine à l'état liquide. H serait souvent difficile d'éviter un commencement de coagulation de la fibrine, qui tue l'animal; on devra donc commencer par enlever la fibrine, et se contenter d'injecter un sang représenté par le sérum et les globules.
Les tentatives de transfusion ont été faites un grand nombre de fois, et aujourd'hui encore on en retire de bons résultats dans certains cas d'hémorrhagies considérables. Étant donné un animal, sain d'ailleurs, qui vient de succomber à une hémorrhagie, on peut le faire revenir à la vie en introduisant du sang dans ses vaisseaux; mais il faut absolument que ce sang ait ses globules , les expériences de Bischoff ont montré que le sérum seul était insuffisant. Si l'on se contente d'injecter le sérum, l'animal ne revient pas. Lorsqu'on injecte à la fois le sérum et les globules, c'est-à-dire du sang défibriné, le jeu des fonctions revient peu à peu. Sans nier que l'albumine et la fibrine aient à remplir dans la nutrition un rôle physiologique, nous pouvons dire cependant que le rôle physiologique immédiatement essentiel, fondamental, est celui qui est assigné aux globules.
La transfusion a été l'objet d'expériences multipliées, et qui ont donné des résultats fort curieux : ainsi M. Brown-Séquard a vu qu'en injectant des globules dans un membre séparé de l'animal depuis plusieurs heures, alors que la rigidité cadavérique commençait déjà à se montrer, on pouvait faire renaître dans ce membre la vie des tissus, au point d'y pouvoir rendre manifestes, par les excitations mécaniques ou galvaniques, la contractilité musculaire et les propriétés
nerveuses.
Une question qu'on a beaucoup agitée au point de vue de la transfusion , est celle de l'efficacité de l'injection des globules d'une espèce animale chez un sujet d'une autre espèce. Magendie l'avait essayée sans succès. Dernièrement les expériences plus heureuses de M. Brown-Séquard ont montré que l'on peut révivifier les tissus d'un animal avec du sang emprunté à des animaux d'espèces différentes.
Les agents morbifiques qui sont susceptibles d'altérer le sang peuvent venir du dehors. Les substances animales putréfiées, introduites dans le sang, peuvent y développer une altération mortelle. On a pensé qu'il y avait là une sorte de fermentation putride; alors le sang ne se coagule plus, il devient noir, visqueux, et ne reprend plus à l'air la coloration rouge.
On sait l'action exercée sur les globules sanguins par un gaz éminemment toxique, l'oxyde de carbone. Étudiant le mécanisme de la mort par les inhalations de ce gaz, on a vu qu'il rendait d'abord le sang rutilant comme l'oxygène, et que l'animal qui succombait à son influence avait du sang rouge partout. L'oxyde de carbone
410 MALADIES DBS FCttES QBRGULA101KES.
produit sur los globules sanguins un effel tel qu'il les met dans l'impossibilité d'accomplir leurs fonctions, d'absorber de l'oxygène et de devenir noirs après avoir traversé los capillaires. Bien que l'oxyde de carbone soit inoins solublu (pie l'oxygène, il a cependant la propriété d'être absorbé par le sang et de déplacer l'oxygène qui s'y trouvé.
En abaissant la température d'un animal dans de la glace, on agit sur le sang comme si on le défibrinait, c'est-à-dire qu'il se coagule très difficilement et contient très peu de fibrine; il est d'ailleurs rutilant.
Quand on échauffe un animal dans une étuve jusqu'à la mort, on défibrine également son sang, qui se coagule difficilement; il y a des épanchomenls dans le poumon; le sang est noir dans les veines comme dans les artères, et quoique le sang n'ait pas dépassé la température de /|5 ou 46 degrés, il a ordinairement perdu la propriété de devenir rutilant à l'air.
Formation de la couenne. — Plusieurs explications ont été proposées pour expliquer ce phénomène: L'augmentation de la quantité delà fibrine; la lenteur plus grande de la coagulation qui, en ne permettant pas (pie le sang se prenne en masse, la fibrine étant emprisonnée dans le caillot, laisse les globules tomber au fond, tandis que la fibrine surnage. La rapidité de l'écoulement du sang, la forme du vase, sa température, infliienl beaucoup sur la production de ce phénomène.
Si nous recherchons quelles sont les matières organiques que contient le sang , nous voyons qu'il renferme des globules, de la fibrine , de l'albumine; les autres matières organiques dont on a indiqué l'existence paraissent hypothétiques.
A. l'état physiologique, les globules sont en suspension dans un liquide albuminofibrineux.
La fibrine ne peut rosier liquide que dans l'économie. Quand elle en est sortie, elle devient solide : on a beaucoup écrit sur ce phénomène de la coagulation qui reste, malgré cela, l'un des moins connus.
Le sang se coagule plus ou moins, le caillot est plus ou moins ferme. On croit jusqu'à présent que la coagulation dépend de la quantité do fibrine, et que la consistance du caillot est d'autant plus ferme que le sang est plus riche en fibrine; sans Hier l'influence de celte cause, nous avons établi par des faits qu'elle est loin d'être la seule, et qu'on aurait tort de lui accorder une importance exclusive.
Ces quelques détails feront comprendre au lecteur les difficultés du sujet et l'impossibilité où l'on est de donner dans un livre connue celui-ci une grande extension à une étude en réalité si peu avancée.
Voici quelques résultats d'hématologie palhologique :
Phlegmasies. — L'augmentation de la fibrine du sang dans les phlegmasies paraît être un fail constant, quelles que soient, du reste, les conditions de tempérament, de maladie antérieure, dans lesquelles se trouve le malade. Cette augmentation s'accuse licitement à l'œil nu par la présence d'une couenne d'épaisseur variable qui se forme à la surface du caillot. Le degré d'augmentation de la fibrine est proportionnel, suivant MM. Becquerel et Rodier, à l'intensité delà phlogmasie. Voici les chiffres que donnenl ces auteurs :
Fibrine dans les phlegmasies en général — dans la bronchite aiguë . . . .
HÉMATOJ.OUE. ail
Fibrine dans la pleurésie aiguë 6,1
\ premières saignées. . . . 7,ft dans la pneumonie aiguë j deuxj- ,m.s ... 6,8
— dans le rhuma Lismc articulaire aigu 5,8
Le maximum de l'augmentation de la fibrine trouvé par MM. Andral et Gavarret a été de 10.
Cette augmentation est manifeste surtout dans le rhumatisme articulaire aigu. Les saignées ne modifient pas sensiblement l'apparence couenneuse du sang , laquelle existe tant que dure la phlegmasie; aussi serait-ce faire un mauvais raisonnement que de juger de l'opportunité d'une nouvelle saignée par l'apparence du sang. Le chiffre des globules et celui de l'albumine s'abaissent dans une faible proportion dans les phlegmasies.
Bien que tous les auteurs aient reculé devant l'explication de l'augmentation de la fibrine dans les phlegmasies, nous ne craindrons pas d'exposer, à ce sujet, l'opinion de M. le professeur Bouillaud, opinion que nous avons formulée en ces termes dans un autre ouvrage :
« Tout le monde convient que le rhumatisme est, de toules les maladies aiguës fébriles, celle qui présente le sang le plus inllammatoire et le plus couenneux : la croûte inflammatoire qui se forme, après la saignée est épaisse, fortement rétractile, et c'est elle qui donne au caillot cette forme retroussée de coupe ou de champignon qui est caractéristique. Ces caractères ne peuvent provenir que d'une quantité additionnelle de matière plastique on eoncrescible dans le sang. L'analyse chimique démontre, en effet, que la proportion de fibrine s'est élevée de 2 et demi à 3, chiffre normal, jusqu'à 7 et même 10 millièmes. Mais est-ce bien là de la fibrine ?
» C'est ici que Y analyse faite par l'esprit nous semble de beaucoup préférable à celle qui se fait par la balance et les instruments de chimie. Nous voulons bien que cette fibrine additionnelle ait tous les caractères de la fibrine normale du sang ; mais lui est-elle en tout entièrement comparable ? provient-elle de la même source, de la même origine? est-elle fabriquée de la même manière, et par les mêmes organes ? C'est ce qui nous paraît plus que douteux.
» La fibrine normale est versée dans le sang avec le chyle par le canal thoracique et la grande veine lymphatique droite ; peut-être une autre partie est-elle formée par le foie et dans les poumons. Mais la quantité additionnelle de fibrine qui forme la couenne rhumatismale provient d'une autre source , car on ne pourrait supposer qu'au milieu du trouble de toutes les fonctions , la fibrine chyleuse lût élaborée en plus grande quantité. 11 nous semble (pie l'on doit, sans aucune espèce de scrupule, admettre L'explication de M. le professeur Bouillaud. Toute la surface intérieure des vaisseaux participe à l'état d'inflammation des séreuses du cœur et des articulations; et comme cette surface est pourvue elle-même d'une séreuse, elle doit donner naissance à un produit d'exsudation plastique, à de la fibrine en un mot. C'est cette matière coagulable qui est entraînée parlesaug, qui se mêle avec lui, et qui s'en sépare ensuite sous forme de couenne ou de croûte inflammatoire.
» Comment pourrait-on repousser une semblable explication ? N'est-elle point
412 MALADIES DES VOliiS CincULATOlUKS.
plausible, n'a-Nelle point pour elle toutes les analogies? Et s'il exisiede notables différences, ne sont-elles pas expliquées par les conditions diverses des organes aliénés? Dans la plèvre, les produits d'exsudation s'accumulent se fixent se transforment ; ils sont visibles et tangibles , pa.ee qu'ils 0>m |H)in't dw J peuvenl pas être transportés plus loin; et c'est leur présence qui fait soupçonner et admettre 1 existence de la pleurésie; sans cela celle, existence serait problématique, car la plèvre ne présente ni rougeur, ni ulcérations. Dans les vaisseaux même absence de lésions, si ce n'est un peu de friabilité et de boursouflement dé la membrane séreuse. Mais l'excès de fibrine dans le sang, qui l'expliquera si ce n'est précisément l'inflammation dont nous parlons? Sous l'influence de cette dernière, une rosée de substance plastique est venue sourdre de la surface séreuse des vaisseaux, elle a été entraînée par le sang sans laisser le moindre reliquat qui puisse indiquer le point où elle a pris naissance.
» II résulterait de cette explication si heureuse et si facile à accepter, que la couenne ou croûte inflammatoire du sang serait essentiellement différente de la fibrine du sang, sinon quant à sa nature chimique, du moins quant à sa provenance. Il en résulterait encore la possibilité de comprendre les caractères qu'elle alfecte, sa disposition en fausse membrane à la surface du cruor, son apparence fibreuse qui rappelle celle des concrétions pleurales et péricardiques et sa presque organisation en membrane fibro-séreuse. »
Fièvres. — De tout temps on a pensé que le sang devait être altéré dans les fièvres; l'adynamie, la putridité, la septicémie, supposent une modification profonde de l'état du sang. Les anciens disaient que le sang tendait à une sorte de dissolution, de décomposition. Il suffirait de nommer ici quelques maladies dites infectieuses, comme la peste, le typhus, dans lesquelles cette altération était supposée arriver à un plus haut degré. Les auteurs modernes ont reconnu dans les pyrexies une diminution de la fibrine. Suivant M. Andral, le sang tiré de la veine présente l'état suivant : « Le sérum et le caillot sont incomplètement séparés l'un de l'autre, d'où il suit qu'il semble y avoir peu de sérum par rapport au caillot. Le caillot est volumineux ; il n'est jamais relevé sur ses bords, comme l'est souvent celui des phlegmasies. Sa consistance est souvent peu considérable; on le déchire et ou le brise facilement, et il y a même des cas où, par la plus légère pression, on le réduit à un véritable état de diftluence; il cesse alors de former une seule masse, et il se divise en une foule de grumeaux qui se mêlent au sérum, et le colorent en un rouge plus ou moins foncé. C'est là l'état de dissolution du sang si bien décrit par les anciens, et qui doit être considéré comme la conséquence nécessaire de la diminution qu'a subie la matière spontanément coagulablede ce liquide. » Dans les pyrexies, il n'y a point de couenne à la surface du caillot. Les choses se comportent ainsi dans la lièvre typhoïde et dans les fièvres éruptives. D'autres auteurs ont contesté ces résultats, en partie du moins; tous s'accordent cependant sur la fréquence relative de la diminution de la fibrine.
Tout le monde sait combien les hémorrhagies sont fréquentes dans le cours ou au début des fièvres, et de toutes les maladies dans lesquelles un principe toxique, formé dans l'organisme ou venu du dehors, a déterminé un état général infectieux. Puisant dans les résultats de l'analyse chimique une conception ingénieuse, M. Andral suppose que ces hémorrhagies tiennent en partie à la diminution de la
hématologie; M<3
fibrine. Le sang a moins de cohésion, ii est plus liquide; il abandonne alors plus facilement ses vaisseaux. Ce ne sont pas seulement les hémorrhagies qui traduiraient cet état, ce seraient aussi les stases sanguines, trop souvent confondues avec de véritables inflammations. Cette théorie, qui n'est que l'écho affaibli des théories mécaniques ou humorales des siècles précédents, ne saurait s'accorder avec les résultats qu'a donnés l'analyse du sang des scorbutiques, chez lesquels la proportion de fibrine a souvent été trouvée normale.
Choléra. — On sait que dans le choléra il y a une déperdition énorme d'eau et de matière albumineuse par l'intestin. Le sang est poisseux. Les analyses chimiques ont donné pour résultat une densité du sérum beaucoup plus grande que dans l'état normal, la proportion d'eau diminuée, l'albumine au-dessous de son chiffre normal, le chiffre des globules extrêmement augmenté, ainsi que celui des matières grasses et extractives. L'eau augmente dans les déjections et diminue dans le sang. Nous empruntons h M. Bernard l'explication suivante de cet état : « Supposons, en nous plaçant à un point de vue purement physique, que l'équilibre entre l'assimilation et l'expulsion soit rompue, que l'influence nerveuse ou une autre amène une prédominance de l'une de ces actions sur l'autre, des troubles surviendront. C'est ainsi qu'on a expliqué le choléra, où nous voyons se produire l'émission d'une quantité de liquide extraordinaire. Au lieu d'absorber les matières qui le parcourent, le canal intestinal devient le siège d'une élimination considérable; le phénomène physique est renversé. »
Pléthore. — On admet généralement que la masse totale du sang est accrue dans la pléthore, mais cette assertion ne saurait être démontrée. L'analyse du sang, la proportion de ses différents éléments, peuvent-elles fournir quelque renseignement utile? Voici a cet égard l'opinion de MM. Andral et Gavarret : Il n'y a aucun changement dans la fibrine ni dans le sérum. Les globules sont plus nombreux. Dans 31 saignées, on a trouvé pour moyenne 141, pour minimum 131, et pour maximum 154. Ainsi le sang des pléthoriques diffère du sang ordinaire par la plus grande quantité de globules et par la quantité beaucoup moindre d'eau qu'il contient. Le caillot est large, volumineux, médiocrement ferme; à sa surface on ne trouve pas de couenne. Le sérum est fortement coloré. Cependant MM. Becquerel et Rodier ont trouvé une augmentation considérable du chiffre des globules, dans des cas où il n'y avait pas de pléthore.
Anémie. — Dans l'anémie, le chiffre des globules diminue, et la quantité de l'eau augmente. M. Andral donne les chiffres suivants : Dans 16 cas d'anémie commençante, on a trouvé le chiffre 109, et, dans 24 cas d'anémie confirmée, le chiffre 65. Chez une femme qui avait éprouvé de très abondantes métrorrhagies, le sang ne contenait plus que 21 en globules, 1,8 en fibrine, et 61 en matériaux solides du sérum. L'eau s'était élevée au chiffre énorme de 915.
On a remarqué de tout temps que le sang des chlorotiques était souvent couenneux. M. Andral donne de ce fait l'explication suivante. Le sang des chlorotiques a conservé toute sa fibrine et a perdu de ses globules; par conséquent, il y a véritablement dans ce sang, comme dans celui des inflammations, excès de fibrine par rapport aux globules. La présence de la couenne et la pléthore, chez certains chlorotiques, n'empêchent pas que le sang soit altéré et pauvre en globules. La connaissance de ce fait a certainement modifié la pratique médicale, et, grâce à une
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meilleure appréciation des laits, les médecins pratiquent la saignée moins souvent qu'ils ne ie faisaient autrefois en pareil cas. Il y a une circonstance physiologique qui tnodiiie singulièrement la composition du sang : c'est la grossesse. Il survient souvent alors une pléthore aqueuse (hijilrhéuue de M. Piorrv;. Suivant MM j(,T qucrel el Rodier, la proportion des globules diminue dès le commencement de la grossesse jusqu'à l'accouchement. C'est à peu près au chiffre 100, en moyenne' que ce principe arrive à celle époque. La diminution notable des globules coïncidé d'habitude avec uu bruit de souille dans les vaisseaux. Quelquefois il y a diminution de l'alhumine, et il se manifeste une infiltration générale.
Dans l'anémie, quelle qu'en soit la cause, la densité du sang est fortement diminuée; les globules sont représentés par un chiffre liés bas : moyenne, 100,13 (Becquerel). Les parties solides du sérum ne changent pas.
La saignée, comme toutes les hémorrhagies , agit surtout sur la quantité des globules, lesquels diminuent.
Maladie de Ltriykt. — La maladie de Bright à l'état chronique, avec hydropisie, a donné lieu à de nombreuses études, dans lesquelles l'analyse du sang n'a pas été négligée. A priori, on pensait trouver une diminution de l'albumine du sang. Plusieurs théories se sont élevées, et n'ont pas eu encore la confirmation ou l'improbalion que donnenl les faits nettement expliqués. La théorie de l'urémie, d'après laquelle l'urée, retenue dans le sang, sci ait excrétée dans l'intestin sous forme de carbonate d'ammoniaque et déterminerait des troubles intestinaux, ou bien agirait comme un agent toxique sur les centres nerveux et déterminerait des convulsions, cette théorie n'est point susceptible de démonstration. Il résulterait des analyses faites par MM. Andral, Becquerel et Kodiei -, que le sang serait profondément modifié dans la maladie de Bright chronique : suivant M. Becquerel, sa densité tombe de 1060 à 10^5 ; le chiffre des globules s'abaisse à 108; la librinc s'accroît, et est représentée par une moyenne de /i,37; la densité du sérum est de 1021,83 ; l'albumine est fortement diminuée, el est représentée par une moyenne de 55,93.
Fièvre intermittente paludéenne. — Cette maladie est une de celles dans lesquelles le chiffre des globules el celui de l'albumine s'abaissent le plus. Suivant MM. Becquerel et Rodier, on peut trouver en pareil cas : eau, 962; globules, 75; sérum, 57; fibrine, 3,39. Sur 1000 grammes de sérum : eau, 93.'); albumine, 53.
Les cachexies résultant de maladies organiques ou autres altèrent le sang sans contredit; mais de deux choses l'une : ou il y a anémie simple, ou altération spécifique qui échappe à l'analyse.
Ce n'est pas le lieu de parler ici des intoxications. L'action des poisons sur le sang est évidente; nous en parlerons lorsque nous traiterons des diverses espèces d'empoisonnements. D'ailleurs l'analyse chimique n'est pas assez avancée pour que nous puissions consigner ici les résultats tout à fait insignifiants qu'elle fournit sur cet objet.
Ce n'est pas, croyons-nous, par l'analyse chimique qu'on doit espérer d'arriver prochainement à la découverte de semblables altérations. Le microscope fournira et a déjà fourni quelques données plus satisfaisantes. Ceu'est pas qu'on n'ait éprouvé aussi à cet égard plus d'un mécompte. Il y a tout un ordre d'intoxications qui échappe aux recherches physico-chimiques : nous voulons parler de celles qui sont produites par les poisons végétaux, par les virus et par les venins. C'est que l'action
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de ces substances a lieu par le moyen du sang, qui n'en est que le véhicule. Le s-mvà est le milieu intérieur dans lequel circulent les poisons jusqu'au moment où, mis" en contact avec certaines parties intimes de l'organisme, le système nerveux, par exemple, ils agissent. Les intéressantes expériences de ;M. Cl. Bernard ont montré que quelques poisons peuvent être impunément injectés dans certaines parties de l'appareil circulatoire, d'où ils sont éliminés par les poumons; si on les dirige, au contraire, vers le courant sanguin qui se porte au cerveau, la mort survient. Le sang n'est donc souvent qu'une voie de transmission, et lorsqu'il devient malade, dans la plupart des cas, c'est avec tout l'organisme.
Nous avons dit que le microscope avait donné quelques résultais, et en avait détruit d'autres. La leucocythémie, que nous avons décrite précédemment, est une cachexie dont le signe le plus caractéristique est l'augmentation considérable et l'hypertrophie desleucocytes ou globules blancs du sang (voy. Y m. Leucocythémie, 1. 1, p. 511)- On avait construit une théorie relativement aux accidents connus sous le nom d'infection purulente, de fièvre purulente, de résorption purulente. Le fait d'une phlegmasie, d'une plaie en suppuration, d'une phlébite précédant l'apparition de foyers purulents multiples dans tout le corps, avait été expliqué par l'introduction du pus clans le sang. Des expériences faites sur les animaux avaient rendu ce fait certain. On avait cru que les globules du pus circulaient dans le sang et se fixaient en divers points. Cette explication , dont peut du reste se passer le fait connu sous le nom ^infection purulente, est aujourd'hui complètement abandonnée.
On avait également pensé que tous les produils morbides provenant d'affections organiques, tubercule, cancer, etc. , se retrouvaient, en cas de diathèse, dans le torrent circulatoire ; il n'en est rien. Cela ne change rien au fond des choses, et l'on peut même dire que perdre une théorie fausse, c'est encore gagner. La physiologie expérimentale est appelée à nous donner sur toutes ces difficiles questions des notions plus exactes.
Il faut savoir attendre les résultats des études sérieuses entreprises par des hommes qui ne sont pas, comme les médecins, pressés de connaître, et par suite faciles à tromper. Quelques-unes des notions que nous avons signalées sont positives et ont un caractère de certitude absolue, mais il faut bien l'avouer, c'est ici de la science théorique plus que de la pratique. Néanmoins la pratique a gagné à ces études de se délier des caractères extérieurs, de ne plus juger de la nécessité d'une saignée, par exemple, par l'apparence du caillot, de ne plus confondre la pléthore aqueuse avec l'accumulation d'un sang trop riche, etc.
Quoi qu'il en soit, en mettant sous les yeux du lecteur ce court résumé d'hématologie, nous avons eu pour but, non de lui donner une estime exagérée poulies études médico-chimiques, mais de le mettre à même de savoir l'état actuel de nos connaissances, si faibles qu'elles soient, sur une question qui de tout temps a préoccupé a juste titre les médecins.]