‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource]Chapitre 177 sur 306 · DANS LA PÉRIODE DE COLLAPSUS · texte numérisé non relu

DANS LA PÉRIODE DE COLLAPSUS

1° Pour tisane, infusion de gentiane édulcorée avec le sirop d'oranges. 2° Employer un gargarisme astringent (voy. p. kU2), ou les poudres stimulantes (voy. p. Zi43).

3° Un peu de bouillon gras coupé.

h" Fomentations sur le ventre, avec l'infusion de sauge. Nous ne savons rien de positif sur l'emploi de ces derniers moyens, que nous indiquons seulement comme recommandés par les auteurs.

RÉSUMÉ SOMMAIRE DU TRAITEMENT

1° Traitement prophylactiqae. — Exercice, renouveler l'air, propreté, nourriture lactée.

2° Traitement curatif. — Adoucissants, émoUjents, gargarismes; opiacéschlorure, borate de soude; astringents, cathélériques; calomel, sauge- lavements, cataplasmes laudanisés, antidiarrhéiques; bains, toniques; vomitifs purgatifs ; émissions sanguines. '

ARTICLE III

APHTHES.

Sous le titre cVaphthes, les auteurs anciens ont décrit la plupart des maladies de la bouche : inflammations couenneuses, ulcéreuses, gangrène, tout était désigné sous ce nom générique; de telle sorte qu'il existait sur ce point une confusion extrême. Willan et Bateman, et après eux Billard, ont les premiers senti combien il était nécessaire d'établir une distinction fondamentale entre des états si différents; et le dernier, dans son article sur la stomatite folliculeuse (1), a réservé exclusivement le nom cVap/tthes au développement de petites vésicules suivies d'ulcérations peu considérables : lésion qui, bien que pouvant être liée à un état particulier du tube intestinal, constitue principalement une affection locale de peu de gravité. On voit par là combien peu nous seront utiles les écrits des anciens, qui, se rapportant à une multitude d'affections diverses, nous laissent presque nécessairement dans le doute et l'incertitude.

§ I. — Définition, synonymie, fréquence.

Le nom d'aphthes doit être exclusivement donné à une maladie vésiculoulcéreuse qui a son siège sur les différentes parties de la muqueuse buccale. Celte définition , adoptée par Guersant (2) , est aujourd'hui la seule qui puisse être admise.

Autrefois on donnait à cette maladie une foule de dénominations diverses qu'il est inutile de rappeler ici, puisque la plupart s'appliquent, comme nous l'avons dit plus haut, à des lésions toutes différentes. Billard propose de la désigner sous le nom de stomatite folliculeuse, parce que c'est dans les follicules qu'il place le siège de la lésion caractéristique. On pourrait lui donner aussi celui de stomatite vésiculeuse ou vésiculo-ulcéreuse, ce qui ferait cesser toute confusion à son sujet. Mais le nom d'aphthes étant généralement admis, nous le conserverons, tout en rappelant la définition précise que nous en avons donnée plus haut.

La fréquence de celte affection est assez grande; mais on sent combien elle doit paraître moins considérable depuis qu'on a déterminé ses caractères d'une manière précise. Lorsque l'on donnait le nom d'aphthes au muguet, qui n'a aucune espèce de rapport avec eux, à la gangrène de la bouche, à la stomatite mercurielle, etc., on devait, en effet, regarder celte maladie comme une des plus fréquentes du cadre nosologique.

§ II. — Causes.

1° Causes prédisposantes.

Quand on rangeait sous la dénomination d'aphthes tant d'affections diverses, on

(1) Traité des maladies des enfants, 2e édit. Paris, 1833, p. 218.

(2) Dictionnaire de médecine, 2' édit., t. III, art. Aphthes.

APHTHES. — CAUSES.

attribuait nécessairement au jeune âge une grande influence comme cause prédisposant ; car la gangrène de la bouche, le muguet et la stomatite couenneuse affectent de préférence les enfants; mais il ne peut plus en être de même si, comme on doit le faire, on renferme la maladie dans les limites qui lui ont élé assignées plus haut : c'est alors une affection de tous les âges, qui n'a pas été étudiée avec assez de soin pour qu'on puisse dire si elle est notablement plus fréquente à une certaine époque delà vie. On doit reconnaître dès lors, avec Guersant, qu'il est parfaitement inutile de distinguer, ainsi que l'ont encore fait Willan et Bateman, les aphthes des nouveau-nés de ceux des adultes. Quant au sexe, aux diverses constitutions, etc. , rien n'a été dit de positif à cet égard, et nous n'aurions aucun intérêt à entrer dans de plus grands détails sur ces causes prédisposantes.

Toutefois, en établissant, avec Guersant, une distinction entre les aphthes confluents et les aphthes discrets, il faut ajouter que les premiers se montrent principalement dans certains pays : c'est en Hollande surtout qu'on les voit sévir Je plus souvent, et même on y a observé de petites épidémies de cette affection. M. le docteur Schonenberg (1), sous le nom à' aphthes indiens, décrit cette espèce d'aphthes graves, qui paraît commune à Haïti et à Porto-Rico. En France, il est très rare d'en trouver des exemples, même isolés. Cependant on voit quelquefois plusieurs sujets présentant , dans une même localité , cette affection à un degré remarquable. M. Louis nous a dit avoir fait récemment celle observation sur deux jeunes gens vigoureux, habitant la même maison. Doit-on admettre, dans des cas semblables, une espèce d'influence épidémique? Il le faudrait, si les casse multipliaient.

Il serait intéressant de rechercher si la différence que nous venons de signaler lient à l'influence du climat, de la nourriture ou de toute autre condition hygiénique, ce que l'on n'a pas fait encore d'une manière satisfaisante.

2° Causes occasionnelles.

On peut ranger parmi les causes occasionnelles des aphthes les substances irritantes portées sur la membrane muqueuse buccale, et principalement les substances alimentaires : les salaisons, les aliments acres, etc. C'est une opinion généralement reçue que les aphthes atteignent principalement ceux qui font abus de ces substances. Cependant la chose n'est pas parfaitement démontrée, et l'on doit admettre, au moins, l'existence d'une prédisposition particulière.

[Il paraît néanmoins certain que les aphthes se montrent sous l'influence de l'action habituelle et trop répétée de la fumée ou du jus de tabac. L'influence de cette substance acre se traduit de diverses façons. Il n'est pas douteux que l'excitation qu'elle produit sur les glandes salivaires n'augmente le volume de ces organes ainsi que celui de toutes les glandules buccales. M. Bouisson, dans un travail intéressant présenté récemment à l'Académie de médecine, accuse le tabac de donner lieu a la maladie connue sous les noms de cancer ou cancroïde de la lèvre, et les exemples qu'il rapporte sont bien faits pour entraîner la conviction. Pour ce qui est des aphthes, on les observe fréquemment chez les jeunes fumeurs.]

On a remarqué que les aphthes se lient liés fréquemment, surtout lorsqu'ils sont

(I) Neclerlandsh Lance!, 18i4.

Yalleix, 4e édit. — III.

confluents, avec une imtatiûti marquée des autres, parties des voieadigestivea si principalement de l'estomac En pareil cas, l'affection wésiculaire de la bouchj est-elle sous l'influence de l'irritation gastro-intestinale? C'est ee que L'anadmc] généralement. Mais en l'absence de faite bien précis, on peut croire également qui les lésions qui siègent dans les diverses parties du tube digestif se sont développées sous une influence générale qui ne nous esi pas suffisamment connue.

[ Il n'est pas plus logique d'accuser les troubles intestinaux de produire les aphthes, que d'accuser les aphthes d'amener des maladies des intestins. On ne saurait sépare.- l'une de l'autre les différentes parties de l'appareil digestif sans faire une abstraction et sans méconnaître les principes les plus élémentaires de la physiologie pathologique. Le tube digestif est un, et lorsque la langue est chargée , sale, couverte d'uu enduit saburral, ainsi que les gencives , alors qu'il existe un embarras gastrique, il ne faut voir dans l'état de la langue et dans l'embarras de l'estomac qu'une seule maladie des voies digestives. 11 en est de même des aphthes qui, le plus souvent, se montrent sous l'influence d'une perturbation qui se fait sentir à la fois sur plusieurs parties de l'appareil digestif.].

§ III. — Symptômes.

Il est important, relativement aux symptômes, de distinguer, comme l'a fait Guersant, des aphthes discrets el des aphthes confluents.

Aphthes discrets. — Dans cette espèce, les symptômes sont bornés à la bouche et à l'estomac; il est très rare du moins qu'il en soit autrement. Soit que le sujet ait ressenti depuis quelque temps un trouble léger des fonctions digestives, comme inappétence légère, goût acide à la bouche, sentiment de gène vers l'épigastre ; soit qu'il n'ait point éprouvé ces symptômes, oïl qu'il ne les ail. pas remarqués, on voit apparaître sur la face interne de La lèvre inférieure, sur les bords de la langue, sur la face interne des joues, et, ainsi que t'a remarqué Billard , sur le sommet des gencives chez les enfants qui n'ont pas encore de dents, une petite élévation rouge, au milieu de laquelle se montre bientôt un petit point blanc, présentant quelquefois une tache foncée à son centre.

[Les aphthes peuvent se montrer sur tous les points de la membrane muqueuse des premières voies, et ce n'est pas seulement dans la bouche, mais c'est aussi dans le pharynx qu'on les observe ; les aphthes n'appartiennent donc pas plus à la stomatite qu'à l'angine, ou à l'embarras gastrique. Ils sont quelquefois limités à la bouche et constituent une maladie légère bien localisée, mais souvent ils ne sont que l'un des signes d'un état général, quelquefois d'une pyrexie.]

Il est rare que cette inflammation particulière s'arrête à ce degré, cependant on en a vu des exemples ; mais ordinairement on observe les progrès suivants, qui ont été bien décrits par Billard : les points vésiculeux s'élargissent, en conservant leur forme primitive ; on ne tarde pas à voir sortir de leur pertuis central une matière blanchâtre, qui se trouve d'abord comme comprimée el voilée par l'épithèj Hum, dont la déchirure ou l'ulcération, survenant bientôt, laisse exsuder la matière renfermée dans la vésicule. Cette matière, d'abord limpide, devient ensuite blanche et puriforme.

Parvenue à ce degré, la lésion se présente sous la forme d'un ulcère arrondi,

APfîTIlLS. — SYMPTÔMES. U5\

dont les bords, quelquefois coupés à pic, sont plus ou moins tuméfiés, el presque toujours environnés d'un cercle inflammatoire d'un rouge couleur de feu. Le fond dos ulcères est ordinairement d'un gris assez marqué, avec une espèce de demitransparence. On pourrait les comparer, jusqu'à un certain point, à l'ulcération qu'on observe assez souvent entre les faces contiguës des doigts des pieds, et qu'on a nommée œil-de-perdrix.

Il arrive quelquefois, selon Billard, que ces aphthes se couvrent d'une matière crémeuse, blanche, adhérente comme une petite; croûte, et finissant par tomber au milieu de la salive. Cette altération, Billard l'a observée chez les très jeunes enfants. On pourrait alors confondre cette affection avec le muguet ou stomatite crémeuse; mais, avec un peu d'attention, on parvient facilement à les distinguer.

Le nombre de ces ulcérations est nécessairement peu considérable dans les aphthes discrets, et c'est surtout à la face interne de la lèvre supérieure el sur le dos de la langue qu'on en trouve la plus grande quantité.

Billard a beaucoup insisté sur un aphthe qui se montre au frein de la langue. Il est permis de croire que, dans un certain nombre de cas, il a pris pour un aphthe une ulcération de cette partie, due au ramollissement inflammatoire des tissus, et qui se montre assez souvent chez les enfants, surtout dans le muguet.

Nous n'indiquerons pas ici les transformations que subissent les aphthes jusqu'au moment de la guérison , parce qu'elles ne diffèrent pas de celles qu'on remarque dans les aphthes confluents, dont nous parlerons tout à l'heure.

En même temps que les aphthes se montrent dans la bouche, les symptômes du côté du tube intestinal continuent ou augmentent. JNous signalons la soif, Y appétence des boissons acidulées, les éructations acides, les digestions difficiles. Ordinairement il existe un certain degré de constipation, quelquefois une diarrhée légère. Ces symptômes, du reste, n'ont pas été étudiés avec méthode.

Quant au mouvement fébrile, il est ordinairement nul dans les aphthes discrets. Dans quelques cas, cependant, on a noté V accélération du pouls et une augmentation de chaleur assez prononcée; on a vu même ces phénomènes précéder l'apparition des ulcérations buccales ; mais, en pareil cas, on peut se demander , avec Guersant, si les symptômes intestinaux et buccaux ne sont pas produits sous l'influence de la fièvre, plutôt qu'ils ne l'ont fait naître. Ce sont des questions que l'observation n'a pas encore éclairées.

[Ce qui est certain, c'est qu'ici, comme dans les lièvres éruptives, la fièvre précède souvent de quelques jours l'apparition des aphthes, et, sans aller plus loin dans l'interprétation arbitraire des faits que Ketelaer et Gardien , lesquels prétendent que les aphthes sont vraiment critiques et ne doivent pas être regardés comme un simple symptôme , on peut dire que les aphthes ne sont souvent que le complément, la caractéristique locale d'un état général fébrile, d'une fièvre, qui quelquefois règne épidémiquement. Sans revenir aux expressions de fièvre catarrhale ou muqueuse, on est forcé néanmoins de reconnaître qu'il existe certains états fébriles qui s'accompagnent de stomatite, d'embarras gastrique, d'aphthes, de diarrhée. Nous l'envoyons le lecteur à l'article Stomatite ulcéreuse pour l'examen des idées émises par Rœdcrer et TVagler dans leur traité de la maladie muqueuse observée à Gœttingue. J

Aphthes confluents. — Les aphthes confluents constituent une affection qu'il est

MALADIES DES VOIES DIGESTIVliS.

fort rare d'observer en France. D'après la description qui en a été donnée naii quelques auteurs étrangers, et par Ketelaer en particulier, elle attaque princiua lcment les femmes en couches; mais, à l'hospice de la Maternité de Paris onl'ob serve au moins bien rarement , puisque M. Gruveilhier a dit à Guersant ne l'avoir jamais observée pendant plusieurs années qu'il a été chargé d'un service dans cet hôpital. Nous nous bornerons à citer l'extrait suivant que Guersant nous a donné des diverses descriptions tracées par les auteurs étrangers :

« Les aphll.es confluents débutent ordinairement par des frissons, de la céphalal gie, de la lièvre : ces symptômes se calment ordinairement après l'éruption - la fièvre diminue sans cesser d'être continue ; quelquefois même elle s'accompagne d'exacer bâtions plus ou moins prononcées. La fièvre, ici, paraît se rattacher essentiellement à l'éruption, et n'être qu'un des symptômes de la maladie éruptive- tandis qu'au contraire, dans l'aphthe éphémère (1), la fièvre, quand elle existe, est accessoire ou concomitante, et dépend de toute autre cause que de l'éruption. Dans l'aphthe slationnaire, la déglutition est presque toujours plus ou moins douloureuse, en raison du nombre plus ou moins considérable des pustules qu'on observe sûr le voile du palais et dans les fosses gutturales. Ces pustules sont quelquefois si nombreuses, qu'elles paraissent comme continentes. Elles simulent alors assez bien l'éruption varioleuse dans le cas où elle occupe la bouche, le voile du palais et une partie des fosses gutturales.

« Lorsque, ajoute Guersant, l'éruption s'étend à toutes les parties et est très nombreuse, le malade est tourmenté d'angoisses précordiales, d'anxiété et même de vomiturilions. Si l'éruption se propage jusqu'au canal intestinal, comme Ketelaer dit en avoir observé des exemples, des douleurs abdominales, la diarrhée, accompagnent les symptômes précédents. »

Nous n'insisterons pas davantage sur cette description, qui demanderait de nouvelles recherches.

§ IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.

Les aphthes discrets ont une marche rapide; les pustules peuvent se développer, se rompre, former un petit ulcère et se cicatriser en quatre ou cinq jours : cependant il arrive assez fréquemment que le développement des pustules ayant lieu successivement, la marche de la maladie en est rendue plus lente. Alors si l'on n'en triomphe pas par un traitement approprié, la durée de l'affection peut être assez considérable. Les aphthes conlluents ont une marche plus lente et une durée beaucoup plus longue; c'est ce qui leur a fait donner par Guersant le nom de stationmires, par opposition aux précédents, qu'il désigne sous celui d'éphémères.

Guersant a remarqué que l'aphthe discret parcourt ordinairement toutes les périodes dans l'espace d'un septénaire au plus, tandis que l'aphthe confluent procède avec beaucoup plus de lenteur : la période d'ulcération dure souvent plus d'un septénaire, et la guérison se fait toujours attendre au moins douze ou quinze jours.

La terminaison de la maladie est également très différente, suivant que l'aphthe

(1) Guersant donne, comme on le verra plus loin, le nom û'aphthc éphémère à l'aphthe discret, et celui d'aphthe slationnaire à l'aphlhe confluent.

A.PHTHES. — DIAGNOSTIC. i 5 3

est confluent ou discret. Dans le second, l'affection se termine toujours d'une manière favorable, et si la mort a lieu, elle est due aux progrès d'une maladie étrangère, dans le cours de laquelle les aphthes se sont produits. En est-il autrement pour les aphthes confluents? C'est ce qu'il est impossible de décider d'une manière positive ; mais ce qu'il y a de certain, c'est que l'affection, pouvant gagner l'arrière-gorge, présente une gravité beaucoup plus grande, ainsi qu'on a pu en juger par la description des symptômes.

§ V. — Iiésions anatomiques.

Nous avons très peu de chose à dire sur les lésions anatomiques, qui se sont trouvées presque entièrement décrites dans l'exposé des symptômes. Des pustules peu considérables, entourées d'un liséré rouge, et plus souvent de petits ulcères arrondis intéressant la superficie de la muqueuse, à fond grisâtre, avec un léger gonflement environnant : telles sont les altérations qu'on trouve dans la bouche. Billard dit avoir vu quelquefois ces aphthes couverts d'une pellicule pseudo-membraneuse. Dans les cas d'aphthes confluents, on trouve des pustules, des ulcérations, nombreuses, rapprochées, dans la bouche et le pharynx, et un gonflement plus considérable des tissus affectés. Quelques autres lésions, dues à l'inflammation de la partie inférieure du canal intestinal, paraissent liées à l'éruption aphtheuse. Quant aux altérations des autres organes, elles ont ordinairement précédé celle-ci, qui a pu se développer sous leur influence.

§ VI. — Diagnostic, pronostic.

Le diagnostic des aphthes discrets ne présenta point de difficultés sérieuses. Les pustules sont isolées et ne sont suivies que d'ulcérations bornées. On ne peut les confondre avec aucune des stomatites précédemment décrites ou de celles qui vont suivre. Il n'en est pas tout à fait de même des aphthes confluents. Pour les distinguer de la stomatite couenneuse, qui s'accompagne souvent d'ulcérations superficielles, il faut suivre la marche des deux maladies. Nous avons vu, en effet, que cette stomatite débute, non par des pustules, mais par de petites plaques blanches qui s'étendent ensuite. En outre, c'est par les gencives qu'elle commence, tandis que les aphthes affectent principalement la face postérieure de la lèvre inférieure et la langue. Enfin les ulcérations y sont recouvertes de la pseudo-membrane caractéristique, ce qui n'a lieu, pour les aphthes, que dans des cas exceptionnels.

On ne confondra pas les aphthes, même confluents, avec le muguet, quand on se rappellera que celui-ci commence par des points blancs non pustuleux, formant par leur rapprochement une exsudation crémeuse, et ne présentant d'ulcérations que dans quelques points isolés. Ces dernières ulcérations n'ont pas, d'ailleurs, les caractères des ulcérations aphtheuses; car, ainsi qu'on l'a vu dans la description du muguet, elles résultent du ramollissement inflammatoire de la muqueuse, dans une grande partie de son épaisseur.

Enfin, la stomatite ulcéreuse simple, qui sera décrite plus loin, diffère des aphthes en ce qu'elle n'est constituée que par des ulcères isolés et très peu nombreux, commençant par une rougeur diffuse, s'étendant rapidement à partir du moment de leur formation, et intéressant bientôt une épaisseur considérable des tissus.

TABLEAU SYNOPTIQUE DU DIAGNOSTIC

1° Signes distinctifs des aphthes confluents et de la stomatite couenneuse.

APHTHES CONFLUENTS.

Débutent par des pustules sur la face postérieure des lèvres et de la langue.

Ulcérations arrondies, visibles.

STOMATITE COUENNEUSE.

Débute par des plaaues pseudo-membraneuses sur les gencives.

Ulcérations couvertes par la pseudo-membrane.

Pas Ae pseudo-membrane û ce n'est dans j Pseudo-membrane couenneuse caractérisquelques cas exceptionnels (Billard). I tique.

2° Signes distinctifs des a

AHPTHES CONFLUENTS.

Commencent par des pustules.

Pas d'exsudation crémeuse.

Ulcérations nombreuses, peu profondes.

'lies confluents et du muguet.

MUGUET

Commence par des points caséeux.

Forme une couche d'exsudation crémeuse.

Ulcérations en petit nombre, profondes, résultant du ramollissement inflammatoire des tissus.

3° Signes distinctifs des aphthes et de la stomatite ulcéreuse proprement dite.

APUTHES.

Commencent par des pustules.

Ulcérations limitées, superficielles.

STOMATITE ULCÉREUSE.

Commence par une rougeur diffuse.

Intéresse rapidement une grande épaisseur des parties molles.

Pronostic. — Après ce qui a été dit de la terminaison de la maladie, on ne peut regarder les aphthes comme une affection grave que dans des cas exceptionnels. Lorsqu'ils gagnent le pharynx et les parties voisines, ils acquièrent un certain degré de gravité.

§ Vil. — Traitement.

Nous avons eu occasion de faire remarquer plusieurs fois dans cet article, ainsi que dans les précédents, que ce qui nous a été laissé par les auteurs des siècles derniers et le commencement du siècle présent sur le traitement des aphthes, s'applique à un grand nombre de maladies diverses. Il est donc impossible de leur faire des emprunts multipliés, qui ne serviraient qu'à jeter de la confusion dans l'exposé qui va suivre. Voici quelle esl la manière dont ou traite aujourd'hui les aphthes :

1 " Traitement topique. — Lorsque les aphthes sont discrets, on se borne ordinairement à prescrire des gargarism.es adoucissants ou légèrement acidulés, qui réussissent presque toujours à triompher de cette légère affection. Ces gargarismes sont faits avec la décoction de guimauve, d'orge miellée, de ligues grasses, etc. On peut les couper avec du lait. Quand la douleur est considérable, on y fait dissoudre 15 ou 20 centigrammes d'extrait gommeux d'opium, ou l'on y ajoute une trentaine de gouttes de laudanum.

M'UTHES. — TRAITEMENT. Û5f>

Lorsque tes aphthn sont confluents, on peut, ainsi que le conseille Guersant, promener sur les ulcérations, à l'aide d'un pinceau de charpie , le mucilage de pépins de coing pur ou avec addition de quelques gouttes de laudanum; mais le plus soin oui on est obligé, en pareil cas, d'avoir recours à une médication topique plus active.

Celle médication, nous ne croyons pas devoir la présenter ici, attendu qu'elle ne diffère en aucune manière de celle qu'on a mise en usage contre la stomatite couenneuse : ainsi les astringents, la cautérisation par les acides, et particulièrement par l'acide hydrochlorique pur ou joint au miel (voy. p. hhl et UU6), sont employés absolument de la même manière. Ce serait tomber dans des redites inutiles que d'entrer ici dans des détails sur ce sujet.

Nous dirons seulement que la médication topique active a une très grande influence sur la cicatrisation des ulcérations légères qui succèdent aux pustules Faphtbes discrets. Il suffit presque toujours, en effet, de les toucher légèrement avec l'acide hydrochlorique mêlé au miel dans la proportion d'une partie sur deux de miel, ou avec une solution de nitrate dJ argent, pour voir disparaître bientôt la douleur, et la muqueuse reprendre son état primitif.

2° Médication générale. — Dans les cas d'aphthes discrets, on n'a besoin d'avoir recours à aucun moyen général, si l'affection est bornée à la bouche. Il suffit de s'en tenir à un régime doux et léger, observant de s'abstenir des substances alimentaires irritantes qui ont pu déterminer l'apparition des pustules. Lorsqu'il existe •des symptômes d'embarras gastrique, on prescrit, soit un simple laxatif, soit l'éméto-cathartique suivant :

ïf Tartre stibié 0,05 gram. | Sulfate de soude 1S gram.

A prendre en une fois, dans un verre d'eau.

Dans les cas d'aphthes confluents , le médecin se détermine d'après les symptômes les plus prononcés. On prescrit des boissons acidulées avec l'acide tartrique ou citrique , ou bien l'eau de veau , la décoction de pulpe de tamarin , le petit-lait, etc.

Si l'inflammation de la bouche est considérable, si les douleurs sont vives, et si : le pharynx est envahi dans toute son étendue , ce n'est pas une raison , suivant Guersant, d'employer les saignéi-s générales ou locales; il faut pour cela qu'il y ait un haut degré de fièvre, et que la déglutition soit notablement, gênée. Ce n'est pas là toutefois une opinion qui résulte d'une analyse de faits bien concluanls.

Contre les symptômes intestinaux, et surtout contre la diarrhée, on a eu recours à l'application de sangsues sur l'abdomen, et de plus aux divers moyens propres à arrêter le dévotement, tels que l'eau de riz, les lavements laudanisés la décoction blanche, etc. Suivant Guersant, les bains généraux sont spécialement utiles, nonseulement lorsque la fièvre est peu intense, mais encore lorsque les symptômes btestinaux présentent un certain degré de gravité.

Enfin on a recommandé, dans les cas où il survient des signes d'un état typhoïde, les ioniques, tels que la décoction de quinquina, la même substance en lavements, avec addition d'une certaine quantité de camphre, en ayant soin d'insister sur les boissons acidulées.

Il est facile de voir qu'il n'y a rien de bien positif dans nos connaissances sur le iranemcnl de eue affection; c'est pourquoi nous n'avons pas cru devoir enfcj clans de plus grands détails. Les praticiens peuvent d'ailleurs facilement v suppléer dans les cas graves, qui se présentent si rarement en France.

RÉSUMÉ SOMMAIRE DU TRAITEMENT

1» Traitement topique. - Gargarismcs émollients, légèrement acidulés ou opiacés; cautérisation avec les acides et le nitrate d'argent; astringents.

2° Médication générale. — Boissons adoucissantes, acidulés; purgatifs émétcj cathartiques, saignées générales ou locales, bains généraux, opiacés, toniques

ARTICLE IV

STOMATITE SIMPLE OU ÉRYTHÉMATEUSE.

Cette affection n'est point très commune, caron|ne peut regarder comme de; véritables stomatites ces inflammations très superficielles et très bornées de la paroi i buccale, qui n'exigent aucun traitement, et qui se dissipent en très peu de temps. Il en résulte que la maladie n'a point été étudiée avec beaucoup de soin , qu'on ne ■ trouve à ce sujet que des renseignements très vagues, et que plusieurs auteurs l'ont même entièrement passée sous silence. P. Frank, par exemple, ne s'occupe que de' la glossite, et passe immédiatement après aux maladies du pharynx. Nous n'aurons s donc, dans cet article, qu'à exposer rapidement les causes et les symptômes qui i appartiennent plus particulièrement à la stomatite, et les principaux remèdes qu'ont lui a opposés.

Les causes connues de cette affection sont : l'introduction dans la bouche de bois-sons trop chaudes ou de substances acres ou caustiques; Y accumulation du tartre" sur les dents ; le travail de la dentition ; en un mot, tout ce qui irrite fortement lai membrane buccale. Mais il faut ajouter que parfois on ne découvre aucune cause semblable, et que c'est précisément en pareil cas que la stomatite a ordinairement; le plus d'intensité.

Nous avons dit plus haut qu'il arrivait assez souvent que, dans un petit point de l'étendue de la bouche, il se manifestait une inflammation légère. Ainsi, au palais, sur la face interne des joues, sur une partie très limitée de la langue, on voit appa-raître un peu de gonflement, avec une douleur qui augmente lorsqu'on presse sur J la partie affectée, et plus encore lorsque les substances irritantes sont introduites; dans la bouche. Cette affection très légère, qui se manifeste principalement chez les rameurs, chez les personnes qui sont habituées à une nourriture excitante, quii mangent des salaisons, se dissipe spontanément au bout d'un ou de plusieurs jours et par le fait seul de la cessation des causes qui l'ont produite.

Symptômes. — Il n'en est pas de même de la stomatite qui occupe une grande étendue, et qui envahit surtout les gencives, la partie de La face interne des joues I et du palais qui les avoisine. Le premier symptôme de cette affection est la douleur, . bientôt suivie de gonflement et de rougeur. Plus tard, la membrane muqueuse, boursouflée , molle, se recouvre d'une couche de mucosités épaisses et blanches, qui a

STOMATITE SIMPLE OU É R YTI1 ÉMATEUSE. 457

une grande tendance à se reproduire. Dans cet état, la bouche a une très grande sensibilité et l'on est obligé de donner les boissons à une température peu élevée, nr la chaleur suffit pour augmenter la douleur, Il y a en même temps afflvx de la salive dans la bouche, et comme les malades sont très tourmentés par un gout désaqréable, qui les poursuit continuellement, ils n'avalent point cette salive, mais la rejettent fréquemment sous la forme d'un liquide filant et épais. Nous retrouverons ces symptômes avec plus d'intensité dans la stomatite ou salivation rner-

curielle. . ...

Un des symptômes constants de la stomatite portée a ce degré , est la fétidité de l'haleine, qui est quelquefois telle, qu'on peut à peine s'approcher du malade.

Il est rare que cette affection ne donne pas lieu à un mouvement fébrile marqué : cependant nous avons vu un cas où, bien que l'inflammation n'occupât que les gencives et une très petite étendue des parties adjacentes, il y eut pendant trente-six heures environ un mouvement fébrile évident, quoique peu intense.

Cette affection a reçu différents noms, suivant le point de la bouche auquel elle est bornée. Lorsqu'elle existe au palais, on la nomme palatite; sur les gencives, elle prend le nom de gingivite , et quand elle affecte la langue, on lui donne le nom de glossite. Cette dernière affection, présentant des particularités très importantes, doit avoir une description à part. Il n'en est pas de même de la palatite et de la gingivite, qui n'ont guère de particulier que le lieu qu'elles occupent. Toutefois je dois dire, relativement à la gingivite, qu'une accumulation trop considérable de tartre, la carie des dents ou les aspérités qu'elles présentent, sont des causes qui peuvent la produire.

La marche de la maladie n'offre rien de particulier. Quant à sa durée, elle est généralement de sept ou huit jours, à moins que des causes spéciales, comme, par exemple, la présence d'une grande quantité de tartre sur les dents, ne tendent à l'entretenir. Sa terminaison est toujours favorable. Dans quelques cas , on voit l'épithélium se détacher des points enflammés , se rouler et s'enlever par plaques. C'est ce qu'on observe ordinairement lorsque la maladie a été causée par des boissons brûlantes ou les caustiques.

Le ramollissement, le gonflement de la muqueuse et des tissus sous-jacents ; la production de mucosités concrètes; quelquefois de petites duretés saillantes et semblables à des papules : telles sont les seules lésions que l'on observe dans cette affection peu grave.

Le diagnostic présente si peu de difficulté , qu'il est inutile d'y insister longuement. Les parties étant accessibles à la vue, il est très aisé de juger s'il s'agit d'une stomatite simple, ou d'une stomatite ulcéreuse, gangréneuse, etc. La seule affection avec laquelle on pourrait confondre l'inflammation simple de la bouche, est la stomatite ou salivation mercurielle. Mais il faut observer que cette dernière affection n'est en réalité qu'une stomatite ordinaire dont la cause seule a quelque chose de particulier. Toutefois, comme son intensité est bien plus grande, et qu'elle demande des soins spéciaux, nous avons cru devoir en faire une description séparée qui fera le sujet de l'article suivant. Cette explication suffit pour faire comprendre la manière dont nous avons cru devoir envisager ces deux espèces de stomatites.

Le traitement de cette maladie est très simple. Lorsqu'elle est bornée à une très petite étendue, quelques boissons émollientes : l'eau d'orge, l'eau de gui-

mauve, coupées ou non avec du lait; la décoction de dattes, de figues grasses de jujubes; un gargarisme avec les mêmes substances, suffisent pour procurer une guérison prompte.

Dans les cas où la maladie a une plus grande étendue et une plus grande inten silé, il faut avoir recours à des moyens un peu plus actifs. Bien rarement on est obligé de prescrire une application de sangsues. C'est à la base 4e la mâchoire qu'on les pose en pareil cas. Quelques médecins les placent sur les gencives mêmesmais souvent cette application est difficile; les piqûres sont douloureuses la présence des sangsues est très désagréable , et comme rien ne prouve que celte pratique soit réellement très utile, on ne voit pas l'avantage qu'il y a à l'imiter.

Les gargarisme*, toujours composés des substances déjà indiquées, seronl'rendus plus calmants par l'addition d'une petite quantité Vopmm. Dans les cas où la douleur serait très vive, des fumigations émollientes et narcotiques vers la cavité buccale rendent aussi le traitement beaucoup plus efficace et plus prompt.

Un des points importants dans le traitemenl de cette maladie, c'est de rechercher la cause qui l'a produite. Si, en effet, elle est due à l'irritation de la muqueuse buccale par des substances acres, comme la fumée du tabac, les vieux fromages, les salaisons, etc., il suffit de suspendre l'usage de ces substances pour arrêter là maladie et l'empêcher de devenir plus intense. Si elle a été causée par des boissons brûlantes, les gargurismes froids auront un grand avantage. Enfin, si l'accumulation du tartre sur les dents a déterminé une inflammation des gencives, qui s'est ensuite étendue plus ou moins loin, il faut avoir soin de commencer le traitement par faire nettoyer parfaitement tes dents , et bientôt on voit les symptômes se dissiper.

Nous ne croyons pas devoir entrer dans de plus grands détails sur un traitement si simple et d'une application si facile.

ARTICLE IV

STOMATITE MERCURIELLE (salivation mercurielle).

Dès l'époque où l'on a commencé à employer les diverses préparations de mercure contre la syphilis, on a pu étudier la salivation mercurielle qui en est la suite. On l'a pu d'autant plus, que pendant longtemps on a regardé la production de la salivation, non comme un accident, mais au contraire comme un effet favorable au traitement de la maladie. D'après celte manière de voir, on s'efforçait de produire cette salivation, qui plus tard devait être rangée parmi les conséquences fâcheuses de l'emploi du mercure. Déjà Nicolas Massa avait entrevu le peu d'utilité de la salivation, lorsque de la Peyronie, Chicoyncau, et bientôt la majorité des médecins en reconnurent le danger. Aujourd'hui il èst peu de praticiens qui, loùi de chercher à la produire, ne s'efforcent de la prévenir, et ne la combattent avec vigueur, lorsque, malgré toutes les précautions, elle s'est manifestée. A peine, dans quelques cas très rares, a-t-on pu penser que la salivation avait eu un bon résultat. Ainsi Cullericr (1), qui d'ailleurs regarde la salivation comme un accident qu'il

(1) Voy. Journal de médecine et de chirurgie pratiques, t. V, p. 38.

STOMATITE MERGIFRIEULE. Ll ,J

faut en général cbeteh» à éviter, a cru, dans un cas, avoir arrêté par son moyen un chancre rongeant de la verge; mais ce fait isolé n'est pas concluant. Il importe donc d'étudier avec soin les circonstances dans lesquelles elle se produit, ses symptômes et les moyens de la faire disparaître.

Si nous ne traitons dans cet article que de la stomatite ou salivation mercurielle, ce n'est pas que nous ne reconnaissions, avec tous les auteurs, l'existence d'autres salivations. Certainement on voit dans les diverses autres stomatites, dans les affections du pharynx et dans d'autres maladies, se produire une salivation plus ou moins abondante; mais ce n'est là qu'un symptôme particulier qui ne peut pas constituer une affection distincte. Quant à la salivation spontanée, ce n'est que récemment qu'elle a pu prendre place dans le cadre nosologique. M. Tanquerel des Planches (1), réunissant vingt-neuf observations, en a tracé une histoire assez satisfaisante. Jusque-là on ne pouvait s'empêcher d'avoir des doutes sur son existence, caries faits cités étaient peu concluants. Qu'on lise, par exemple, l'observation de Chr.-F. Joerdens (2), que J. Frank a donnée comme un exemple de ptyalisme spontané, et l'on verra s'il s'agit d'autre chose que d'une stomatite crémeuse ou pseudo-membraneuse. Quant aux Miéations provoquées par l'émétique ou des substances acres, on peut facilement se convaincre qu'elles ont commencé par une inflammation de la bouche qui s'est propagée aux conduits salivaires. M. Griffith (3) a vu une salivation produite par l'usage externe de l'émétique (frictions sur l'épigastre avec la pommade d'Autenrie/h), et le docteur Jackson a observé un cas tout à fait semblable. Si des faits de ce genre se multipliaient, il faudrait rechercher s'il y aurait lieu de rapprocher cet accident de la salivation produite parle mercure, ou s'il faudrait en faire une maladie distincte; mais ce ne sont là que des cas exceptionnels, dont on ne peut donner aucune description générale.

Nous croyons donc que, jusqu'à nouvel ordre, il est inutile de faire de la salivation un ordre particulier d'affections , divisé en espèces différentes suivant la cause présumée qui l'a produite. La science n'a rien à gagner, par exemple, à la division proposée par J. Frank (U). Cet auteur admet les espèces suivantes : Ptya-

îismus in febribus intermittenfibus, continuis ; P. in morbis cutis, nervorum et sensuum ; P. in morbis lari/nyis, pulmonum, orïs, tubique intestinalis ; P. in morbis pancreàtis, liepntis et lienis ; P. inscorbutoeï art/iritide; P. in morbis viaruni urinarinm , parti unique qenita/item ; P. mercnrudis.

Nous avons cité cette é numération pour montrer dans quelles affections on a observé la salivation, et en même temps pour faire voir combien ce serait s'écarter de la voie que nous nous sommes tracée, que de décrire comme des maladies ces simples symptômes d'affections plus ou moins graves. Nous réserverons seulement un court article à la 'situation essentielle ou siaîorrhée, qui trouvera sa place plus loin.

(1) Hccherckes cliniques sur la siaîorrhée ou flux salumire (.lourn. de mêd., juin et juillet 1844).

(2) Aclanal. cur., vol. VII, p. 384.

American .lourn. ofmed. se, mai 1828.

(4) l'ru.v. med., pari. III, sccl. i, vol. I.

Après celle explication, nous pouvons aborder l'histoire de la stomatite mer curielle. w l,u~

§ I. —Définition, synonymie, fréquence.

La stomatite mercurielle est une maladie caractérisée par une forte irritation de la membrane buccale, avec sécrétion muqueuse et salivaire plus ou moins abondante et des lésions souvent graves des tissus affectés : accidents produits par une dose de mercure très variable. On a donné à cette affection les noms de salivation mercurielle, ptyalisme mercuriel, aphthes mercuriels (Sauvages); mais on verra par la description des symptômes, qu'elle est constituée par une véritable inflammation, et que le nom de stomatite mercurielle est en réalité celui qui lui convient le mieux.

11 n'y a pas lieu de s'occuper d'une manière particulière de sa fréquence. Causée en effet, par le mercure, elle doit être plus ou moins fréquente, suivant qu'on fai't plus ou moins abus de ce métal.

On pourrait regarder la question des causes comme oiseuse, puisque l'action bien connue du mercure sur les parois buccales et sur les glandes salivaires est, de toute évidence, la cause déterminante de la maladie. Mais les sujets sont-ils plus ou moins exposés à cette action, suivant leur âge, leur tempérament, les saisons? Et, d'un autre côté, certaines préparations mercurielles agissent-elles plus promptement et avec plus de force que les autres ? Voilà des questions qui intéressent à un haut degré le praticien.

1° Causes prédisposantes.

Nous avons sur ces causes quelques données, mais elles sont très générales, et manquent de cette précision qu'il serait si important d'introduire dans l'étiologie des maladies. Ainsi, relativement à l'âge, il est admis que les enfants sont plus facilement atteints de la salivation mercurielle que les adulles, et nous verrons plus loin qu'on regarde cet accident comme très dangereux dans la première enfance. Quant au sexe, quoique l'on affirme que les femmes, dans le cours d'un traitement mercuriel, présentent plus souvent le ptyalisme que les hommes, les recherches ne sont pas suffisantes à cet égard.

La constitution et le tempérament ont-ils quelque influence sur la production de la salivation mercurielle? C'est ce que pensent les auteurs qui ont cru l'avoir observée plus souvent chez les individus faibles, lymphatiques et dont le système glandulaire est très développé. Mais, encore ici, même absence de faits bien concluants. Enfin, relativement aux saisons, on a dit que le ptyalisme mercuriel se produisait plus rapidement et plus fréquemment dans la saison froide, alors qucjla sécrétion cutanée était moins abondante. Tels sont les renseignements que nous avons; nous n'avons pas besoin de faire remarquer combien ils sont vagues.

2° Causes occasionnelles.

Parmi les préparations mercurielles qui produisent le plus facilement la saliva-

STOMATITU MERCURIELLE. — CAUSES. /|f)l

lion, il faut placer en première ligne, suivant ions les ailleurs, le mercure en nature. Ainsi les pilules de Sédillot, les frictions avec l'onguml mercuriel, la font naître avec beaucoup de promptitude. Le calomel, Y acétate de mercure, donnent aussi lieu à ce fâcheux résultat avec une grande facililé; quant aux autres substances, le proto-iodure, les oxydes de mercure, etc., nous n'avons pas de données suffisantes à cet égard; mais ce que l'on sait bien, c'est que le sublimé corrosif est, de toutes les préparations mercuriclles, celle qui détermine le plus rarement le ptyalisme; la raison en est sans doute dans les faibles doses qu'on en donne, et dans l'action corrosive qu'elle exerce sur les tissus.

Le mode d'administration paraît ne pas être sans influence. Ainsi les frictions sur la surface cutanée, et plus encore sur les muqueuses, sont regardées comme la cause la plus efficace de la salivation mercurielle.

Quant à la dose qui est nécessaire pour produire la salivation, elle est très variable, suivant la préparation mercurielle, et suivant les individus : il suffit quelquefois d'une très petite quantité d'un sel mercuriel pour donner lieu à cet accident, tandis que dans des circonstances en apparence semblables, il en faut souvent de très grandes quantités. M. Cullerier a cité des exemples de salivation déterminée par de très petites doses; et chacun sait que quelquefois il suffit d'une seule dose de calomel donné comme purgatif, pour produire une salivation abondante, avec tous les signes d'une inflammation intense de l'a bouche. Le calomel administré à faible dose et fréquemment, d'après la méthode dite fracta dosi, produit presque infailliblement la salivation avec gonflement douloureux de la muqueuse buccale. Ce mode d'administration du mercure est fréquemment employé, en particulier dans les maladies des yeux, dans les cas de méningite, etc. On donne alors le calomel à la dose de 0,10 en vingt paquets dans une journée.

Plusieurs faits prouvent que les émanations mercuriclles peuvent produire la salivation : un des plus fréquemment cités est celui du vaisseau anglais le Triomphe (1810), qui, ayant pris à son bord une grande quantité de mercure qui se répandit, vit se déclarer parmi les matelots une épidémie de salivation mercurielle. Dans l'espace de trois semaines deux cents hommes furent atteints de salivation mercurielle, d'ulcérations de la langue et de la bouche, avec paralysies partielles et diarrhée. Les animaux qui se trouvaient à bord furent malades de la même façon. La volatilisation du mercure est donc une cause d'intoxication très énergique, et l'on doit s'attendre à rencontrer tous les accidents mercuriels, y compris le ptyalisme, chez les ouvriers doreurs, étameurs sur glaces, chez les mineurs qui exploitent les mines de mercure. M. Piédagnel a vu cette salivation se produire chez plusieurs personnes qui avaient séjourné dans une chambre où l'on avait brûlé une sébile ayant contenu du mercure et imprégnée de ce métal. Ces faits ont été rapportés dans un mémoire intéressant publié par M. Grapiu (1), alors interne des Rôpitaux.

Enfin, il est quelques circonstances qui favorisent beaucoup l'action du mercure sur la bouche : c'est la présence d'ulcérations, d'excoriations, de tubercules cutanés humides et exulcérés, sur la surface desquels l'absorption de la substance médicamenteuse est très facile et très prompte. A l'époque où nous faisions un service à

(I) Archives générales de médecine, -le série, 48i5, t. Vill, p. 327.

#69 MAÎ.ADTKS DliS VOtES WCÎESTIVES.

l'hôpital do Loùrcine, noms avons remarié que quatre on cinq frictions sur les grandes lèvres, pratiquées pour faire disparaître les tubercules plais, suffisaient pour produire une salivation abondante.

Nous n'avons point dissimulé le vague dans lequel nous sommes sur ce point d'étiologie, dont néanmoins l'importance sera facilement sentie. C'est là un beau sujet de recherches; espérons (pie les médecins qui s'occupent aujourd'hui avec tant de zèle de l'histoire des maladies syphilitiques feront enfin cesser toutes nos incertitudes.

§ III. — Symptômes.

Les symptômes de la stomatite mercurielle ont été généralement bien observés et bien décrits, fis sont tellement tranchés, qu'ils frappant nécessairement l'observateur le moins attentif.

Débat. — C'est ordinairement du troisième au huitième jour du traitement que la salivation se manifeste; mais ce début est loin d'être fixe, car on a vu des sujets résister plusieurs mois au traitement, el puis, sous une influence que l'on n'a pas pu découvrir, offrir la salivation à un haut degré. On a même cité quelques cas dans lesquels cet accident n'est survenu qu'après la cessation du traitement, et par-' fois au bout d'un temps assez long, comme M. Lagneau (1) en rapporte un exemple. Mais les faits de ce genre sont entièrement exceptionnels, et il faut prendre garde de s'en laisser imposer parles malades qui, ayant subi en secrel un traitement mercuriel imprudent, n'osent pas l'avouer au médecin. Lorsque la maladie se déclare, les malades commencent à sentir, dans la bouche, de la chaleur, de la douleur et un léger gonflement des gencives. Déjà, à celte époque, ils sont fatigués par un goût métallique désagréable, incommode surtout par sa persistance. Bientôt après, les gencives deviennent pâles et blafardes, et la langue et les dents commencent à présenter un léger enduit. En même temps une certaine sensibilité se manifeste à la base de la mâchoire et derrière le bord postérieur de ses branches, ce qui annonce que les glandes salivaires sont déjà irritées.

Symptômes. — Lorsque la maladie est entièrement déclarée, la douleur de la bouche est vive; les gencives sont tuméfiées, soulevées en forme de pyramide, molles, rouges vers le collet des dents. La membrane muqueuse des parois buccales se gonfle également, ainsi que la langue, qui conserve l'empreinte des dénis. Celles-ci se couvrent d'un enduit épais. En même temps la douleur, au niveau des glandes salivaires, augmente notablement; ces glandes prennent un volume plus considérable; elles sont surtout douloureuses dans les mouvements de mastication ; il en est de même des dents, que les malades osent à peine rapprocher les unes des autres.

La salivation devient alors extrêmement abondante, et constitue le phénomène le plus remarquable de la maladie. A chaque instant la bouche du malade se remplit d'une salive épaisse, filante, blanchâtre, qu'il est continuellement obligé de rejeter au dehors, de telle sorte que quelques sujets sont forcés d'avoir toujours un crachoir sur lequel ils sont penchés, la bouche entr'ouverte, de manière à laisser s'écouler constamment la salive qui file comme du blanc d'oeuf. Les quantités de salive que peuvent rendre ainsi les malades sont quelquefois énormes.

(I) Traité des maladies syphilitiques, t. II, p. 105.

STOMATTTE MERCIJRTELLE. — MARCHE. /|63

I n autf'é symptôme non moins remarquable) c'est l'extrême fétidité de l'haï leive. Suivant Frank, celte fétidité serait spécifique; niais il est fort douteux qu'il en soit ainsi ; on ne trouve nulle part, en effet, aucun caractère propre à celle fétidité. Si elle est très grande, c'est uniquement parce que l'altération de la bouche esl très considérable.

A une époque plus avancée de la maladie, les symptômes qui viennent d'être décrits existant toujours, il survient d'autres phénomènes qui sont dus uniquement aux progrès des altérations organiques des parois de la bouche. Ainsi, les gencives se ramollissent de plus en plus; elles deviennent très saignantes et finissent par s'ulcérer autour des dents, et même par tomber en lambeaux. Les dents elles-mêmes s'ébranlent, et peuvent ainsi, lorsque la maladie est poussée très loin, se déchausser et tomber. Enfin, des ulcérations plus ou moins étendues, arrondies, couvertes d'une pellicule grisâtre ou blanchâtre, se montrent sur les différents points de la bouche, et la maladie est alors parvenue à son summum d'intensité. Le nombre des ulcères peut être très grand; on les a vus couvrir toute la paroi buccale, sans en excepter la surface de la langue, dont le gonflement peut être considérable. En pareil cas, la salivation est extrêmement abondante, et c'est alors qu'on a vu des malades rendre dans les vingt-quatre heures 2 ou 3 kilogrammes de salive.

Un autre symptôme, qui prend un assez grand accroissement à mesure que la maladie fait des progrès, et surtout chez certains individus, est le gonflement des glandes salivaires. Jl est souvent porté au point que les malades ont beaucoup de difficulté à ouvrir la bouche pour en permettre l'examen.

II est rare que l'on observe des symptômes fébriles un peu notables dans le cours de cette affection, qui paraît toute locale. Cependant, dans quelques circonstances, et lorsque la maladie est très intense, le mouvement fébrile se manifeste, le pouls devient fréquent, la peau est chaude et sudorale; la douleur gagne toute la tête, et le gonflement, qui, d'une part, se communique à la gorge, gêne de l'autre tellement le jeu des mâchoires, en se portant du côté de l'oreille, que le malade a de la peine à parler, à avaler et à entendre. Enfin, dans les cas les plus graves, il y a une insomnie complète, un abattement général des forces avec quelques symptômes ordinairement peu intenses du côté du tube digestif.

Pour compléter le tableau de l'affection, il faut ajouter que souvent on a remarqué une diminution notable des autres sécrétions, sauf toutefois la transpiration, qui, au contraire, est ordinairement abondante. L'urine, en particulier, est souvent en très petite quantité et très foncée en couleur; mais ces symptômes sont tout à fait secondaires.

§ IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.

La marche de la maladie est uniforme; les symptômes vont continuellement en croissant, jusqu'à ce qu'enfin l'irritation causée par la préparation menurielle ait cédé aux divers traitements mis en usage. Quant à la durée, elle est ordinairement de sept à huit jours, quand l'affection est légère. 11 esl rai e que les symptômes se dissipent auparavant, tandis qu'au contraire on les voit assez souvent se prolonger au delà de ce terme. La terminaison est favorable dans leplus grand nombre decas. La douleur éprouvée par le malade dans les dents, les glandes salivaires et les parois

M/i MALADIES DES VOIES DTGESTIVES.

de la bouche, commence par se calmer, puis la tuméfaction diminue, ainsi que la quantité de salive excrétée. Enfin la bouche se nelloie, et il ne reste rien de cet état si alarmant. Dans quelques cas, la terminaison est entravée par certaines circonstances fâcheuses. Ainsi, outre la chute des dents, on voit quelquefois le bord des alvéoles se nécroser, les ulcères se multiplier avec persistance; en un mot, les lésions organiques devenir plus nombreuses et plus profondes qu'elles ne le sont habituellement. Il faut alors un temps beaucoup plus long pour guérir la maladie, car il reste, après la chute des parties nécrosées, des trajets fistuleux difficiles à fermer, et des ulcères profonds peuvent persister longtemps encore après que les principaux symptômes de la salivation se sont notablement amendés.

§ V. — Lésions aoatomiques.

Nous n'avons pas besoin de faire une description détaillée de ces lésions, puisqu'elles ont été déjà indiquées dans la description des symptômes. Il nous suffira de dire que le gonflement, le ramollissement, la destruction de la muqueuse ou des tissus sous-jaccnls, dans certains points occupés par l'ulcération, et enfin, dans les cas les plus rares, des altérations plus profondes des os, constituent ces lésions, qui, le plus souvent, sont légères.

§ VI. — Diagnostic, pronostic.

Le diagnostic de la maladie qui nous occupe est des plus faciles. On ne pourrait, en effet, confondre la stomatite mercurielle qu'avec la stomatite simple ou la stomatite causée par quelques agents particuliers : par exemple, l'émétique; mais il est rare que l'on ne soit pas instruit de la cause qui l'a produite, et cette connaissance suffit, puisqu'on réalité la salivation mercurielle n'est autre chose qu'une simple stomatite qui a une cause spéciale. Quant à la stomatite couenneuse ou stomacaee, nous rechercherons, dans un des articles suivants, si l'on peut la prendre pour une stomatite mercurielle; il en sera de même de la stomatite ulcéreuse.

Dans le cas où l'on ne pourrait pas avoir la certitude que le malade a pris du mercure, on devrait rechercher l'existence des ulcérations, qui mettrait sur la voie; et si en même temps on observait l'ébranlement des dents, la nécrose des alvéoles et la destruction des parois de la bouche, on n'hésiterait pas à attribuer l'affection à l'action du métal; car une stomatite simple ne produit pas de semblables désordres. Ce diagnostic est trop aisé pour qu'il soit nécessar e d'y insister plus longtemps, et de le présenter sous forme de tableau synoptique.

Quant au pronostic, nous avons vu qu'il est, dans la très grande majorité des cas, fort peu grave; cependant les accidents énumérés plus haut prouvent que la maladie peut quelquefois offrir d'assez grands dangers. Est-il possible de déterminer quels sont les cas de ce genre? Les auteurs ont pensé que, lorsque les symptômes , prenaient une intensité très grande, c'est qu'il y avait complication de scorbut; mais le fait n'est pas parfaitement démontré. Suivant quelques-uns, la maladie est infiniment plus grave chez les enfants que chez les adultes. Sans nier la possibilité du fait, nous dirons que nous n'avons rien trouvé dans les observations qui prouvât que c'est là autre chose qu'une simple opinion.

STO.M VHTE M ERCURIEIXE.

Page 1