TU A ITEM EN T
§ VII. — Traitement.
On s'csi nécessairement beaucoup occupé du traitement de la stomatite mercupielle depuis qu'on n'a plus regardé cette affection comme utile dans la cure de la syphilis, el non-seulement on a cherché les moyens les plus propres à enrayer la maladie, une fois qu'elle s'est produite, mais encore on a employé un grand nombre de médicaments, dans le but de prévenir cet accident, tout en faisant subir aux malades le traitement mercuriel exigé par leur état. Voyons, sous ce double point de a ne, quels ont été les résultats de ces recherches.
1° Traitement prophylactique. — Suivant M. Lagneau (1), on peut réduire à trois les méthodes qui ont été conseillées pour prévenir le ptyalisme pendant le traitement antivénérien par le mercure. La première consiste à mélanger les préparations mercurielles avec des substances propres à leur ôter leur effet sialagogne ; la seconde, à faire subir au malade, avec la plus grande exactitude, les préparations d'usage avant la prescription du mercure; enfin la troisième consiste uniquement à proportionner la dose du mercure à la susceptibilité du sujet. Aujourd'hui ce dernier précepte est généralement suivi; mais il arrive encore assez souvent qu'il est impossible de prévoir d'avance l'effet d'une dose ordinaire de mercure dans des cas particuliers. Sous ce rapport donc, il faut laisser au médecin l'appréciation des divers cas soumis à son observation.
Quant aux deux premiers moyens, il importe de les présenter avec quelques détails. Déjà, en 1755, Raulin (2) avait imaginé d'unir le camphre au mercure, afin d'éviter la salivation; et comme il employait presque exclusivement dans son traitement les frictions avec l'onguent mercuriel, il recommandait d'unir 1,25 gram. de camphre à 30 grammes d'onguent mercuriel. On a également uni le camphre aux diverses préparations mercurielles données sous forme de pilules, de sirop ; mais l'expérience a prouvé que cette union n'empêchait pas la salivation de se produire, lorsque la dose du mercure devenait trop considérable.
Le soufre, que nous retrouverons dans le traitement curatif de la salivation mercurielle, a été également joint au médicament spécifique dans le même but; mais l'expérience a encore démontré qu'il ne fallait nullement se fier à cette association, de telle sorte qu'il serait plus dangereux qu'utile de recommander des médicaments qui pourraient faire négliger les précautions ordinaires, et rendre plus téméraire dans l'emploi du mercure.
Les mêmes réllexions s'appliquent au sulfure de chaux ammoniacal. Quant à l'iode, il paraît, dans quelques cas, avoir été associé au mercure avec un peu- plus de succès. Quelques observations ont été publiées (3), dans lesquelles le mercure uni à l'iode ayant été employé à assez forte dose contre le rhumatisme articulaire et les tumeurs blanches, la salivation s'est rarement montrée; mais, ainsi que le fait remarquer le rédacteur du journal où ces faits sont rapportés, c'est surtout parce qu'on avait le soin de suspendre le traitement dès qu'une légère irritation se montrait à la bouche, qu'on a évité des accidents plus graves, et de plus, 31. Gay a échoué par ce moyen dans deux cas soumis à son observation : de sorte qu'en réa-
(1) toc. cit., p. 109.
(2) Lettres sur l'alliance du camphre avec le mercure, etc. Paris, 1755, in-12.
(3) Journal de médecine el de chirurgie pratiques, t. VII et VIII.
Valleix, 4e edit. — III. 30
M56 MALADIES DES YOTKS IMf.ESTIV ES.
lité on ne peut avoir qu'une confiance liés limitée dans remploi de ce movcn.
Les chirurgiens de l'hôpital de la marine de Toulon (MM. Reynaud, An ban e Levicaiiel se louent beaucoup du traitement suivant, à l'aide duquel, disent-ils, on obtient d'excellents résultais, tout en évitant la salivation. Ces médecins prescrivent 1,-s frictions avec une pommade dont voici la formule :
If Onguent mcicuriel 30 gram. | Hydre-chlorate d'ammoniaque.]
Hydrate de chaux 8 gram. | Soufre sublimé I ua 4 slam-
Mêlez. Faites une pommadé s. a.
Le traitement ordinaire est de trente à trente-six frictions, pratiquées comme il suit :
Le premier et le deuxième jour, une friction de k grammes. Le troisième jour, un bain, point de friction.
Le quatrième et le cinquième jour, une friction de 5 grammes 20 centigrammes.
Le sixième jour, un bain, point de friction. Et ainsi de suite, en augmentant tous les trois jours d'un gramme 20 centigrammes la dose de la pommade destinée à la friction, jusqu'à ce qu'on soit arrivé à 12 grammes par friction (1).
On voit que l'on n'a pas encore trouvé de substance qui soit réellement propre à neutraliser l'action particulière qu'exerce le mercure sur la muqueuse de la bouche et sur les glandes salivaires.
Ouaut aux préparations que l'on fait subir au malade dans le but de le préserver de la, salivation, elles consistent uniquement à lui administrer de légers purgatifs, à lui faire prendre quelques bains, à maintenir la peau perspirable, à entretenir une douce chaleur par des vêlements de laine (gilets, caleçons de flanelle), et à lui prescrire des boissons délayantes et un régime composé d'aliments légers, de facile digestion et très doux; maison chercherait en vain dans les auteurs une preuve év idente que les sujets ainsi préparés ont résisté plus que les autres à l'effet sialagogue du mercure. Parmi les nombreuses recherches qu'il reste encore à faire sur le traitement de la syphilis, celles-là pourraient trouver leur place. Il en est de même des divers traitements mercuriels considérés comme produisant plus on moins facilement la salivation; nous n'avons rien de positif à ce sujet.
•2° Traitement curatif. — Le traitement curatif présente un grand nombre de moyens, que nous allons passer en revue; mais malheureusement nous aurons à regretter bien souvent que le défaut de précision dans les faits nous empêche de rien conclure. On peut encore suivre, dans l'exposition de ce traitement, la division admise par M. Lagneau. Parmi les médicaments employés dans le but de combattre la salivation une fois établie, il en est en effet, ainsi que le fait remarquer cet auteur, qui agissent directement sur la bouche, de manière à en détruire l'irritation, d'autres qui sont administrés dans le but de détourner cette irritation sur un autre point, et d'autres enfin qui sont donnés dans l'intention de neutraliser l'action mercurielle.
Médicaments qui agissent localement. - On a dû d abord avoir recours aux adoucissants et aux émollients pour combattre l'inflammation de la bouche; aussi,
(1) Journal de pharmacie du Midi, et Journal de médecine el de chirurgie pratiques, t. IX p. 203.
STOAIA'ITIT. Ml'.uailiir.U.E. — TRAITEMENT. /|G7
depuis A\ irenne jusqu'à nos jours, a-l-on recommandé dans celte maladie les gargarisâtes adoucissants avec l'eau de guimauve, la décoction de graine de lin, le lait coupé avec l'eau d'orge : gargarisnies que quelquefois on a rendus légèrement toniques à l'aide d'une infusion de camomille, de douce-amère, etc.; mais ces additions n'ont pas une grande importance.
Astringents. — Parmi les astringents, il n'en est aucun qui soit plus fréquemment employé que Yulun. Ce remède, donné en gargarismes, peut être administré à une assez forte dose; néanmoins il suffit ordinairement de la prescription suivante :
If Eau d'orge 300 gram. i Miel rosat 30 gram.
Alun calciné 8 gram. |
Mêlez. Pour se gargariser trois fois par jour.
Souvent même on peut réduire à h grammes la dose d'alun, et chez les enfants, elle doit être moitié moindre.
M. Cavarra dit avoir obtenu un succès complet par la formule sui\ aille, dans un cas de salivation raerourielle abondante :
Sulfate acide d'alumine et de I Eau pure 16 gram.
potasse 8 gram. I
Mêlez. Pour se gargariser trois Ibis par jour.
Mais est-il utile d'employer une aussi forte proportion d'alun?
M. Kortum rend la solution d'alun plus astringente, en prenant pour excipienl la décoction à'éaenee de chêne. Enfin M. Léonard (1) veut qu'on emploie l'alun en poudre, appliqué à sec sur la muqueuse malade. Pour cela il suffit, après avoir mouillé le doigt, de le charger d'une assez grande quantité d'alun pulvérisé, et de le promener sur les surfaces affectées. Lorsque des ulcérations existent dans des points difficiles à atteindre avec le doigt, à la partie postérieure des mâchoires et derrière les dents, par exemple, on peut imprégner d'alun de petits bourdonnels de charpie, et les placer sur les points ulcérés, en recommandant au malade de ne pas avaler sa salive.
Vacétatc de /ilomb a été aussi mis en usage par un certain nombre de médecins : c'est à M. de la Bonnardière (2) qu'on attribue d'avoir le premier employé ce médicament, qu'il prescrivait en gargarismes à la dose suivante :
Acétate de plomb liquide.. . 60 gram. | Eau. 120 gram.
Pour se gargariser trois fois par jour.
Plusieurs médecins assurent avoir employé ce moyen avec succès; mais aucun n'y attache plus d'importance que M. Sommé (3). Selon lui, la salivation est toujours très heureusement modifiée par le gargarisme suivant, dans lequel la proportion du sel de plomb est beaucoup plus considérable :
Acétate de plomb liquide. . . 30 gram. | Eau commune 1 kflogr.
Pour se gargariser deux fois par jour.
(1) Journal de médecine et de chirurgie pratiques, t. VII, p. 149.
(2) Journal gênerai, ou Recueil de la Société tic médecine de l'aris, I. XII.
(3) Archives générales de médecine, i" série, 1823, t. I.
Cullerier (1) regarde au contraire comme très douteuse l'efficacité de ce moyenniais, suivant M. Sommé, le peu de succès obtenu à l'hôpital des Vénériens tient a ce qu'on a employé une trop petite dose d'acétate de plomb. Faute d'observations, il esl impossible de se prononcer à ce sujet. M. Sommé conseille, pour faire disparaître les ulcères qui se montrent dans celte maladie, de les toucher avec un petit pinceau chargé d'acétate de plomb liquide pur. Nous pourrions encore citer M. Tanchou (2), qui mentionne une observation dans laquelle une quantité peu considérable d'acétate de plomb (2 grammes sur 2 litres d'eau) lui a suffi pour arrêter promptement une salivation mercurielle abondante.
On voit par ce qui précède combien on est peu d'accord sur l'efficacité réelle de l'acétate de plomb, ainsi que sur celle de l'alun.
[On a cherché des substances astringentes très énergiques, et varié à l'infini les essais avec des acides plus ou moins étendus d'eau; mais on a trop oublié que le jus de citron est un des meilleurs astringents, et que ce moyen a donné d'excellents résultats dans la stomatite mercurielle.
Le chlorate de potasse est peut-être le meilleur médicament qu'on ait encore employé contre cette maladie. De nombreux essais faits par MM. Herpin (de Genève), iSlache (3), Demarquay et Gustin (k), Isambert (.5), Aran, J. Laborde (6), ont démontré son efficacité, elles observations de cette nature se sont multipliées, depuis quelques années, en France, en Angleterre et en Allemagne, de sorte que le doute n'est plus possible aujourd'hui. Un auteur américain, le docteur Gallaches (de Pittsburg) (7), a même été jusqu'à dire que le chlorate de potasse était le spécifique de la stomatite mercurielle, au même titre que le quinquina l'est de la fièvre intermittente. Le premier effet de l'administration du chlorate de potasse est de diminuer la fétidité de l'haleine. La salive devient bientôt moins visqueuse; la tuméfaction disparaît et l'appétit renaît. Ces faits ont été bien étudiés par M. Milon (8).
Le mode d'administration le plus simple et le plus efficace est le suivant : gargarisme avec eau, 100 grammes; chlorate de potasse, 3 grammes. On peut augmenter la dose, et la porter jusqu'à 5 et 6 grammes, ce médicament n'étant pas dangereux. On peut l'administrer également en potion, à la dose de 2 ou 3 grammes, dans une potion de 120 grammes; mais son action paraît être surtout topique. Du reste, il n'y a aucun inconvénient à l'administrer en même temps de l'une et de l'autre façon.
L'iodate de potasse a été administré à peu près de la même manière. Des essais tentés dans ce sens par M. Demarquay permettent de penser que ce médicament sera utilement employé en pareil cas.]
Caustiques. — Parmi les caustiques, il n'y a guère que le nitrate d'argent et
(1) Dictionnaire des sciences médicales, art. Salivation.
(2) Journal des connaissances médicales, année 1837, p. 163.
(3) Bulletin de thérapeutique des 15 janvier et 15 février 1855.
(4) Bulletin général de thérapeutique, 30 mai 1855, p. 437.
(5) Études chimiques, physiologiques et cliniques sur l'emploi thérapeutique du chlorate de potasse, spécialement dans les affections diphthériliques (croup, angine couenneuse, etc.).
Paris, 1856, in-8. ...
' (ti) Bulletin général de thérapeutique, 15 février 1858. — Gazette hebdomadaire de médecine, 1858, t. V, p. 566.
(7) American Journal of médical sciences, juillet 1857.
(8) Thèse. Paris, 1858.
STOMATITE MERCURIELLE. — TRAITEMENT.
les acides qui aient été employés; encore ceux-ci ne l'ont-ils été que rarement dans un état de concentration suffisant pour produire la cautérisation. Le plus souvent on les a administrés à petite dose dans une grande quantité de liquide, dans le but d'aller neutraliser dans l'économie l'action du mercure. Lorsqu'on veut s'en servir comme caustiques pour toucher les ulcères qui se produisent dans la salivation, c'est l'acide hydrochlorique que l'on emploie ordinairement de la manière suivante :
ïfi Acide hydrochlorique 2 gram. | Miel 4 gram.
Mêlez. A l'aide d'un petit pinceau, touchez rapidement les surfaces excoriées.
M. Ricord (1) emploie la cautérisation avec l'acide hydrochlorique dès le début même de la maladie, alors que les gencives paraissent seules affectées. Il conseille d'avoir recours à une ou plusieurs applications d'acide hydrochlorique pur sur ces parties; ce que l'on fait en y promenant rapidement un pinceau chargé de cel acide, et en ayant soin d'essuyer promptement les dents lorsque le caustique les touche. Cet auteur affirme que, par ces cautérisations faites à temps, on évitera quatre-vingt-dix fois sur cent les effets fâcheux d'une salivation déjà commençante. Ce serait certes là un très beau résultat; mais il serait à désirer que M. Ricord nous fît connaître les faits sur lesquels il s'est fondé. Le ptyalisme mercuriel esl une maladie trop désagréable et quelquefois trop dangereuse pour qu'il ne soit pas très utile d'exposer dans tous leurs détails les observations qui prouvent l'action des médicaments héroïques.
Pour la cautérisation, M. Cullerier emploie tout simplement le crayon de nitrate d'argent, qu'il promène principalement sur les surfaces ulcérées.
Chlorures. — Dans une affection où la fétidité de l'haleine est un des phénomènes les plus remarquables, on a été porté naturellement à employer les chlorures, d'abord comme désinfectants, et ensuite comme agissant particulièrement sur la muqueuse. M. Darling (2) affirme avoir employé avec beaucoup de succès le chlorure de soude contre le ptyalisme mercuriel. En Allemagne, on se sert particulièrement du chlorure de chaux, d'après la formule suivante :
'if Chlorure de chaux 15 gram.
Dissolvez exactement dans :
Eau de fontaine 60 gram.
Clarifiez; ajoutez :
Alcool 60 gram.
Huile essentielle de rose 4 gouttes.
Môlez. Verser une cuillerée à thé de cette solution dans un verre d'eau, et s'en rincer la bouche quatre ou cinq fois par jour.
Moyens divers.' — Quelques aulres substances agissant principalement sur la bouche ont encore été prescrites. Ainsi Swediaur (3) cite un cas de salivation opi-'
(1) Journ. des connaissances médico-chirurgicales, mars 1835.
(2) Londonmed. Hepos., février 18'i6.
(3) Traité complet des maladies syphilitiques. Paris, 1817, t. II.
l>lii MALADIES DES VOIES DIGESTIVES.
niàtre où l'administration de la teinture de cantharidcs à l'intérieur a paru avoir de bons effets. M. liaylc (1) rapporte deux cas semblables, dans lesquels on a simplement prescrit la mastication de la cannelle, et M. Geddings a préconisé le gargarisme suivant :
If Huile de térébenthine 8 gram. | Mucilage de gomme arabique. 240 gram.
Mêlez.
Ces médicaments n'ont point été assez fréquemment expérimentés pour qu'où puisse se prononcer sur leur action.
M. le docteur Robertson, de Harrodsburgb (2), n'accorde, parmi tous les moyens qu'il a mis en usage, et ils sont nombreux, d'efficacité réelle qu'aux feuilles iVantùrosia trifida, qu'il emploie de la manière suivante :
Feuilles vertes d'ambrosia trifida 1 poignée.
Faites infuser dans :
Eau 500 gram.
Pour se laver la bouche et la gorge toutes les demi-heures.
Les faits que cite cet auteur ont besoin d'être appuyés par de nouvelles observations.
Emissions sanguines. — Il est rare que l'on emploie les émissions sanguines • dans cette maladie, c'est pourquoi nous n'en avons pas encore parlé. Cependant, lorsque l'inflammation est très intense et le gonflement des glandes salivaires très considérable, on a recours à l'application de quinze à vingt sangsues à la base de la mâchoire, et quelquefois même à la saignée générale.
Moyens dérivatifs. — Viennent ensuite les médicaments administrés dans le but de détourner l'inllammalion, en produisant une irritation sur un autre point. C'est dans cette intention qu'on prescrit les purgatifs. On attribue à Leménar, médecin t espagnol, d'avoir le premier employé celte méthode: Généralement, on met les purgatifs en usage dans le cours de la maladie, surtout parce qu'on a remarqué que les selles étaient souvent fort difficiles et peu abondantes. Lorsque l'inflammation ) de la bouche est peu considérable, il suffit d'un faible purgatif, tel que la décoction) légère de follicules de séné, ou 35 grammes de manne, dans une lasse de lait, etc.;; mais lorsque l'on sent la nécessité de porter une irritation plus vive sur la muqueuse intestinale, il faut ordonner des médicaments plus énergiques : ainsi on prescrira 30 grammes de sulfate de soude ou de magnésie, à prendre en trois fois; dans de l'eau de chicorée ; ou bien les pilules purgatives suivantes, recommandées s par M. Lagneau :
If Savon médicinal 60 gram. I Aloès en poudre fine 13 gram.
Rhubarbe en poudre 45 gram. I
Faites, selon l'art, des pilules de 0,30 gram. Dose : de trois à six par jour. Il est inutile de multiplier ces formules.
(1) Revue médicale, t. IV, 1828.
(2) The American Journ. of Ihe med. se, octobre 1846.
STOMATITE MERCURIELLE. — TRAITEMENT. 471
I es vomitifs ont été également mis en usage. Ainsi Read a rapporté cinq observions dans lesquelles, sous l'iullueucc d'un émétique, la salivation increurielles est. prompiemenl améliorée el a disparu assez vite. Il serait à désirer que de nouvelles obsen al ions lussent recueillies à ce sujet. Mais souvent on n'emploie pas ces moyens à (a dose vomitive, et on les donne de manière à produire seulement une légère imitation sur le tube intestinal. C'est ainsi que le docteur Finlay (1) prescrit seulement de 10 à 12 milligrammes de tartre stibié dissous dans l'eau, et administre toutes les deux heures. Il assure être souvent parvenu à arrêter promptement, par ce moyen, la salivation. Dans tous les cas, ajoute-t-il, le médicament a constamment procuré un soulagement marqué en vingt-quatre heures, et il a particulièrement réussi à taire disparaître la douleur de la bouche et du gosier dans le même espace de temps. Dans un cas, en particulier, le tartre stibié ainsi administré a triomphé d'une salivation qui durait depuis trois mois. Donnée à plus haute dose, cette substance n'avait point eu le même succès. Il est à regretter que dans les faits qu'il a présentés, M. Finlay n'ait point suffisamment insisté sur le début de la maladie et sur l'époque à laquelle le traitement a été commencé. Néanmoins ces faits sont très intéressants et méritent d'être publiés.
Plus récemment le docteur Maxwell (2) a préconisé le même médicament administré ;« doses fractionnées dans une grande quantité de liquide bien chaud.
II faut ajouter à ces remèdes propres à détourner l'irritation sur d'autres organes, les rubéfiants et les vésicants, assez fréquemment employés : des pédiluves sina'pisés très chauds; des bains chauds même sont prescrits dans le but d'attirer vers la peau cette irritation. On peut, pour rendre le pédiluve plus actif encore, l'administrer avec 30 grammes d'acide hydrochlorique.
Les ventouses sèches et scarifiées, recommandées par Massa, s'appliquent à la nuque, aux épaules ou aux bras. Il en est de même des vésicatoires, qui, d'après M. Lagneau, ont souvent des effets avantageux. On peut également faire pratiquer sur les différentes parties du corps des frictions sèches ou rendues excitantes par quelques médicaments. Nous n'insisterons pas sur ces moyens, qui sont peu énergiques, et dont l'action est très imparfaitement connue.
Moyens propres à neutraliser l'action du mercure. — Enfin restent les substances que l'on a introduites dans l'économie, dans le but de neutraliser l'action du médicament. Le soufre est celle qu'on a d'abord administrée, pensant cpi 'introduit dans les organes, il irait former avec le mercure un sulfure non nuisible. Le docteur Sundelin a prescrit un sulfure de magnésie mêlé à l'acide tartrique, dans les proportions suivantes :
Ifi Sulfure de magnésie 4 gram.
Acide tartrique 2,40 gram.
Sucre blanc 5,20 gram.
Mêlez. Rédiusez en poudre, et divisez en douze paquets, dont on prendra un toutes les trois heures.
Cullerier prescrivait le soufre sublimé sous forme de pastilles el d'après la formule suivante :
(1) North American Jnurn., etc., et Nouv. Bibliolh. méd., mars 1828. \ï) Journal des connaissances méd. -chir., 15 octobre 1850.
1x1 ~ MALADIES DES VOIES DIGESTIVES.
I'leurs 'le soufre 6i gram. | Mucilage
Sucre- • 500 gram. j Eau dîneur' d'orarigeV. .' .' .' " [ j ûa Q. s
F. s. a. des pastilles de 4 ou 5 grammes. Dose : huit ou dix par jour.
Le docteur Wedekind prescrit le soufre en poudre de la manière qui suit :
3£ Soufre lavé 1,20 gram. en poudre... ,
Racine decalamus aromaticus Sucre blanc. \ âr' 1 '20 gram.
Mêlez. Divisez en six paquets. Dose : un tous les soirs.
L'utilité de ce médicament est fondée, comme nous l'avons vu, sur une pure hypothèse. Reste à savoir maintenant quelle a été son action réelle dans les cas où on 1 a employé. Malheureusement, les observations à ce sujet sont tout à fait insuffisantes.
Les mêmes réflexions s'appliquent à l'emploi de Y iode, qui a été administré parf un grand nombre de médecins, surtout en Allemagne. Nous citerons en particulier les docteurs Kluge (1), Heyfelder, Rust, qui attribuent à l'iode une grande efficacité. Voici la formule du docteur Kluge :
¥ Iode très pur 0,25 gram. | Alcool rectifié S gram.
Faites dissoudre, et ajoutez :
Eau de cannelle 75 gram. | Sirop simple 15 gram.
Dose : une demi-cuillerée et plus tard une cuillerée entière, quatre fois par jour.
Tous les médicaments qui précèdent auraient besoin d'être expérimentés avec plus de méthode et de soin qu'ils ne l'ont été. On devrait surtout ne pas oublier que la salivation mercurielle, lorsqu'on a fait cesser la cause qui l'a produite, tend naturellement à la guérison; que, par conséquent, dire que le ptyalisme a guéri pendant l'emploi de tel ou tel médicament, c'est absolument ne rien dire du tout, et qu'il faut, pour que l'efficacité du remède soit démontrée, que la maladie ait été évidemment arrêtée dans un nombre considérable de cas; que les accidents graves aient été prévenus; en un mot, qu'il faut tirer les preuves de la marche même de la maladie.
Relativement aux acides pris à l'intérieur, nous dirons seulement que, dans les divers traitements qui précèdent, on fait fréquemment entrer l'usage d'une limo nade minérale avec les acides sulfurique, nitrique, etc. M. le docteur Wendt a employé même l'acide phosphorique ainsi qu'il suit :
If Acide phosphorique affaibli. 8 gram. Décocté de salep. 180 gram.
Sirop de framboise 13 gram.
Mêlez. Dose : une cuillerée à bouche toutes les deux heures.
L'action de ce dernier médicament est beaucoup trop incertaine pour que, dans l'état actuel de la science, on puisse engager les médecins à y avoir recours.
(1) Allgem med. Zeitung, février 1833.
STOMATITE MERCURIELLE. — TRAITEMENT. A 73
Quant à l'opium, son mode d'action n'est pas suffisamment connu. Le docteur Graves (1), après avoir administré vainement, contre une salivation spontanée abondante, les purgatifs et les gargarismes astringents, eut recours à l'opium donné à la dose de 0,05 gram. de quatre heures en quatre heures, et il vit disparaître la maladie. Dans les cas de salivation mercurielle, ce moyen aurait-il le même succès? Aujourd'hui on l'emploie assez rarement, parce que des essais entrepris à l'hôpital des Vénériens n'ont point été favorables à l'action de ce médicament, que Boerhaave avait fortement recommandé. La dose à laquelle cet auteur célèbre administrait l'opium était de 0,20 à 0,25 gram. par jour. Nous n'en dirons pas davantage sur cette substance, dont la valeur thérapeutique ne nous est pas sulïisamment connue.
Résumé, ordonnances. — Nous venons de passer en revue les différentes médications les plus usitées dans le traitement d'une maladie souvent assez rebelle. On a vu qu'il existe encore bien des doutes sur les moyens les plus généralement employés. Ces doutes ne pourront être levés que lorsque des recherches très exactes et comparatives auront fait apprécier d'une manière rigoureuse l'action de chacune des substances prescrites. Jusque-là il faut mettre à la fois en usage un certain nombre des médicaments préconisés, comme nous le montrerons dans les ordonnances qui vont suivre. Mais qu'on n'oublie pas que, dans l'état actuel de la science, ce qu'il y a de mieux à faire est d'éviter, par beaucoup de prudence dans le traitement des maladies vénériennes, le ptyalispie mercuriel. Il faut surtout surveiller très attentivement l'action des frictions, principalement lorsqu'on les pratique sur des surfaces exulcérées. Dès que le malade se plaint de quelque sensibilité autour du collet des dents, il faut examiner avec soin les gencives, et, si l'on aperçoit le moindre signe d'une salivation commençante, il faut suspendre le traitement jusqu'à ce que les accidents soient entièrement dissipés. Ainsi, on pourra éviter l'apparition d'une maladie qu'il est ensuite assez difficile de faire disparaître avant qu'elle ait terminé son cours.
]re Ordonnance.