‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource]Chapitre 180 sur 306 · DANS UN CAS DE STOMATITE MEHCUR1ELLE · texte numérisé non relu

DANS UN CAS DE STOMATITE MEHCUR1ELLE

1" Frotter les gencives avec du jus de citron, ou avec la pulpe même du citron. 2? Soutenir les forces du malade avec des toniques; extrait de quinquina, 1 ou 2 grammes; vin généreux.

?>" Gargarisme avec :

Eau 200 gram. j Chlorate de potasse 10 gram.

V Potion avec :

Solution de gomme 100 gram. Sirop de Tolu 20 gram.

Chlorate de potasse 2 gram.

Tels sont les cas les plus importants qui s'offrent à l'observation. Pour les autres, il sera facile de faire des ordonnances particulières. Nous n'avons pas besoin d'ajouler, relativement au régime, qu'il doit être très léger. Lorsque l'inllammation de la bouche est très considérable, les malades ne peuvent prendre que des aliments liquides; et lorsqu'il existe de la fièvre, on doit prescrire la diète absolue.

RÉSUMÉ SOMMAIRE DU TRAITEMENT

1° Traitement prophylactique. — Unir le mercure aux substances suivantes, dans le traitement de la syphilis : au camphre, au soufre, aux sulfures, à l'iode, à l'hydrate de chaux, à l'hydrochlorate d'ammoniaque; faire subir aux malades des préparations qui rendent la peau plus perméable; s'arrêter dans l'administration du mercure dès qu'il a produit une sensibilité inaccoutumée des dents et des gencives.

2° Traitement curatif. — Astringents, caustiques, excitants divers; émissions sanguines; purgatifs, vomitifs; rubéfiants, vésicanls; soufre, sulfures, iode, acides; opium, ambrosia trifida.

ARTICLE VL

stomatite couenneuse (stomacace, etc.).

Ce n'est que dans ces derniers temps qu'on a bien distingué cette affection des autres inflammations de la bouche. Sous les noms de stomacace, chancre aquatique, ulcérations infectes de la bouche, etc. , on avait décrit plusieurs affections diverses, et, entre autres, celle dont il est ici question, et la gangrène véritable de la paroi buccale. Ainsi, dans le traité de Jos. Frank, on trouve sous ce titre : De stomacace et cancro aquatico, une description rapide, et du muguet des enfants, et de la stomatite couenneuse, et de la gangrène de la bouche, et de plusieurs ulcères de cette cavité. C'est M. Bretonneau (1) qui a jeté le plus grand jour sur

(1) Des inflammations spéciales, et en particulier delà diphlhérile. Paris, 1S26, p. U et 134.

STOMATITE COUENNEUSE. — CAUSES. Ul J

cette question extrêmement confuse. Dans une épidémie qui eut lieu dans la garnison de Tours, avant eu occasion d'observer un certain nombre d'individus affectés de ce que L'on appelait la stomacace, ou chancve aquatique, ou gangrène des gencives, i! vit qu'il s'agissait simplement d'une production pseudo-membraneuse plus ou moins épaisse, prenant elle-même les caractères gangreneux, et au-dessous de laquelle les tissus n'étaient point affectés ou ne Tétaient que peu profondément. Dès lors la nature de la maladie lui fut connue, et il ne la confondit plus avec la gangrène scorbutique de la bouche, comme on le faisait généralement.

Mais, d'un autre côté, ME. Bretonneau parait admettre que, sous les noms qui viennent d'être indiqués, les auteurs n'ont point décrit autre chose que la stomatite couenneusc ou diphthéritique. Il n'en est cependant pas ainsi, comme on l'a vu dans la citation que nous avons faite de J. Frank, et comme on le verra dans les articles suivants.

Il restait donc à établir une séparation tranchée entre l'affection dont il s'agit et toutes les autres, et c'est ce que nous allons essayer de faire dans cet article.

§ I. — Définition, synonymie, fréquence.

La stomatite pseudo-membraneuse ou couenneuse est celle qui est caractérisée par une production plastique étendue en nappe sur les parois de la bouche, avec ou sans ulcérations légères de la muqueuse sous-jacente.

Les noms donnés à cette maladie sont très nombreux, comme on a pu déjà s'en apercevoir. On L'a désignée sous les dénominations de stomacace, gangrène seor* butique des gencives, ckancres aquatiques, a/mt/ies malins, nphtkes gimgréneux,etc. Les Espagnols lui ont donné le nom de fegarite. Toutefois, il faut le répéter encore, ce n'est pas à cette maladie bien déterminée que ces différents noms ont été imposés, mais bien aux diverses inflammations qui affectent la bouche et qui présentent un aspect gangréneux.

Celte affection n'est point très fréquente. Les auteurs qui ont eu occasion d'en observer un grand nombre de cas ont étudié des épidémies qui ne se renouvellent qu'à d'assez longs intervalles. Parmi les autres, plusieurs n'ont jamais vu cette stomatite a\ec les véritables caractères du chancre aquatique; mais il en est peu qui, dans le cours des maladies aiguës ou chroniques, n'aient vu apparaître sur une certaine étendue de la bouche une pseudo-membrane plus ou moins épaisse, avec inflammation de la muqueuse.

§ II. — Causes.

La distinction précise de la maladie est tellement récente, que nous avons très peu de renseignements sur ses causes.

1° Causes prédisposantes.

Nous venons de voir que, dans certains cas, la maladie se présente sous la fcmiu- épidémique; c'est alors qu'elle a la plus grande intensité. Elle affecte tous les âges. On n'a pas encore pu s'assurer positivement si elle est contagieuse. Quant à la pseudo-membrane qui survient dans le cours des maladies, c'est ordinairement

dans les cas très graves e1 mortels qu'on la voit apparaître. On en a cité un certain nombre d'exemples dans la fièvre typhoïde, dans la phtMste et d ns ,, P autres affections alguës et chroniques. M. Louis, en particulier, en a ralSu sieurs observations. HF"»iepiu-

2° Causes occasionnelles.

Relativement aux causes occasionnelles, nous sommes peut-être encore moins instruits. Tout porte à croire cependant que, dans le cas où la maladie se montre dans le cours d une autre affection, il n'y a aucune cause occasionnelle particulière et qu elle se produit comme simple lésion secondaire.

On a cherché les causes occasionnelles de la stomatite couenneuse épidémmue dans 1 influence de la température, dans la qualité de Veau prise en boisson et en outre, dans toutes les conditions hygiéniques gui peuvent développer le scorbut Relativement à cette dernière proposition, M. Bretonneau a démontré que la maadie n est pas de nature scorbutique, et, quant à l'influence de la température et à a qualité de l'eau, les expériences ne sont pas suffisantes pour en faire apprécier la valeur.

§ III. — Symptômes.

Nous avons vu, dans le paragraphe consacré aux causes, qu'il y a deux espèces bien différentes de stomatite couenneuse. La première, qui paraît sous forme épidémique, est celle qui a le plus occupé les auteurs, et à laquelle on a donné les noms si variés mentionnés plus haut. C'est à elle que se rapporte la description d'Arélée, qui peut s'appliquer également à la gangrène de la bouche.

Début. — Cette affection commence ordinairement d'une manière insidieuse : un peu de gène, une douleur très légère dans les gencives se manifestent d'abord; puis il se forme sur ces parties une exsudation grisâtre, plus ou moins épaisse, qui les fait paraître comme ulcérées.

Symptômes. — Cette exsudation, lorsque la maladie est intense, tend à gagner les parties voisines de la face interne des lèvres et des joues, et quelquefois même elle se porte jusque dans le pharynx et les fosses nasales. Les dents sont enduites d'une espèce de boue grise, brune ou de couleur de rouille. Après avoir été enlevée, la fausse membrane a une tendance notable à se reproduire tant que la maladie n'est point terminée. Dans le cas contraire, la muqueuse sous-jacente reprend rapidement son aspect normal, et il ne reste plus rien de cet état qui paraissait si grave.

Cependant il arrive assez souvent, et principalement lorsque le mal a son siège sur les gencives, qu'au-dessous de la pseudo-membrane il se forme des ulcères qui peuvent devenir difficiles à guérir ; mais il faut prendre garde de s'en laisser imposer par l'aspect extérieur de la maladie ; car, dans certains cas, il semble que les ulcères, surtout quand ils ont leur siège sur la face interne des joues, sont extrêmement profonds : illusion qui tient, ainsi que l'a fait remarquer M. Bretonneau, à ce que la muqueuse environnante est très boursouflée, et le paraît encore davantage par suite du dépôt pseudo-membraneux. Nous verrons, à l'article Stomatite gangréneuse, quelle est l'opinion de M. Taupin sur ce point.

Lorsque la maladie est dans cet état, la lésion se présente sous l'aspect d'un ulcère gris, livide, ou noirâtre, à bords gonflés et d'un rouge livide. Des lambeaux

STOMATiTE COUENNEUSE. — MARCHE. /,77

épais s'en détachent et sont remplacés par de nouvelles couches. Une sérosité sanieuse coule abondamment de la bouche. Cet écoulement continue pendant le sommeil, et le linge des malades en est fortement taché.

L'haleine est alors d'une fétidité extrême. Le tissu cellulaire environnant, les glandes salivaires et les ganglions lymphatiques se tuméfient. L'écarlement et le rapprochement des mâchoires sont difficiles ; mais la déglutition n'est pénible que dans les cas où la maladie a envahi le pharynx.

Dans les premiers temps, la fièvre est peu considérable; elle peut le devenir lorsque l'affection marche très rapidement et que les tissus circonvoisins sont fortement affectés.

Dans les cas où la stomatite pseudo-membraneuse se montre au milieu des symptômes d'une autre maladie grave, les choses se passent très différemment. Le malade se plaint d'abord d'une douleur plus ou moins vive dans la bouche; la muqueuse rougit et n'est que légèrement tuméfiée ; puis on voit apparaître quelques taches blanches qui se rapprochent rapidement et forment une couche ordinairement peu épaisse, difficile à détacher, se reproduisant facilement, et au-dessous de laquelle la membrane muqueuse n'est pas sensiblement affectée. C'est principalement à la face interne des lèvres, et surtout de la lèvre inférieure, que se montre cette production morbide; et comme elle se manifeste souvent à une époque voisine de la mort, elle persiste jusqu'au moment de la terminaison fatale. Nous n'en dirons pas davantage sur cette forme de l'affection, qui n'est que secondaire.

§ IV. — Olarche, durée, terminaison de la maladie.

Dans la stomatite couenneuse épidémique, la maladie marche ordinairement avec rapidité; mais, dans quelques cas, les divers symptômes ne se développent que lentement, et c'est alors surtout qu'on voit les gencives attaquées par des ulcérations nées au-dessous des fausses membranes qui ont persisté longtemps. Quand la stomatite survient dans le cours d'une maladie grave, aiguë ou chronique, c'est, comme nous l'avons déjà dit, une affection secondaire qui se manifeste fréquemment dans les derniers jours de la maladie.

Sa durée, dans ce dernier cas, est donc ordinairement courte; tandis que dans le premier elle peut être de plusieurs semaines.

Relativement à la terminaison, la stomatite couenneuse épidémique se distingue, suivant Guersant et M. Bretonneau, de la véritable gangrène de la bouche, en ce que celle-ci détruit profondément les tissus et emporte presque certainement les malades; tandis que l'autre guérit toujours, à moins qu'elle ne gagne les canaux qui se portent vers la poitrine; et, de plus, en ce que, après une guérison assez rapide, il ne reste aucune trace de la maladie, si ce n'est, dans certains cas très graves, un ébranlement des dents causé par les ulcérations du bord des gencives. Cette proposition a encore élé contestée par M. Taupin, qui a étudié avec grand soin la gangrène de la bouche. D'après les recherches de cet auteur, elle paraît, en effet, trop exclusive; mais c'est un point de discussion dont nous allons dire un mot à l'occasion du diagnostic, et que nous renverrons, pour plus de détails, à l'article Stomatite gangréneuse.

§ V. — Lésions aoatomiques.

Les lésions anatomiques sont celles que nous avons indiquées rapidement dans la description des symptômes : une couenne, une pseudo-membrane plus ou moins épaisse, se détachant par lambeaux peu adhérents, laissant au-dessous la membrane muqueuse intacte ou très légèrement excoriée; quelques ulcérations au bord des gencives; quelquefois la propagation du mal \ers le pharynx et la cavité nasale, telles sont les altérations qui appartiennent eu propre à cetle maladie. Dans le cas où la stomatite couenneusc n'est qu'une complication d'une maladie grave, les lésions de la bouche sont ordinairement moins profondes, quoique de même nature, et l'on trouve ailleurs les lésions de la maladie primitive qui a causé la mort.

§ VI. — Diagnostic, pronostic.

Diagnostic. ■ — Le diagnostic de la stomatite couenneuse est encore un de ceux qui ne présentent pas de grandes difficultés; car il ne s'agit en réalité que de distinguer cette affection de la véritable gangrène de la bouche et de la stomatite mercuriellc. Toutefois celte distinction est importante pour le traitement et pour le pronostic. Mais il s'est élevé une autre difficulté que nous avons déjà fait pressentir. Suivant M. Tanpin (1), qui a étudié avec le plus grand soin les diverses espèces de stomatites graves, la stomatite couenneuse de forme épidémique, remarquable par ses caractères gangreneux, n'est qu'une simple variété de la gangrène elle-même ou du sphacèk île le bouche. Les raisons qu'il donne pour faire admettre cette opinion sont d'une grande force, et la principale est qu'il n'est pas raie de voir la stomatite passer par la forme couenneuse pour arriver à la forme franchement gangréneuse. Si donc nous insistons sur ce diagnostic, c'est uniquement pour qu'on ne soit pas exposé à prendre pour des ulcères extrêmement graves, et des détritus de tissus mous, ramollis et gangrenés, l'exsudation couenneusc qui, par son aspect, est bien propre à en imposer.

Dans la stomatite couenneuse, il y a une saillie formée par l'exsudation pseudomembraneuse ; on voit assez souvent des lambeaux qui se détachent, et au-dessous desquels apparaît une couche destinée à les remplacer. La partie lésée présente une plaque irrégulière, jaunâtre et molle. En soulevant celte plaque, on trouve la membrane peu profondément altérée. Dans la stomatite gangréneuse profonde, ou stomatite charbonneuse, suivant l'expression de M. Taupin, on n'aperçoit d'abord qu'un gonflement pâle des points affectés, avec œdème des parties voisines, et surtout des paupières. Plus tard la peau de la face du côté malade devient rouge, puis noircit, tandis que la muqueuse s'ulcère et présente une escliare noire. Enfin, plus tard encore, on observe la destruction des parties molles, la nécrose des os, une plaie considérable.

On voit que, s'il faut admettre avec 31. Taupin que les deux maladies ont, dans plusieurs cas, un même principe, du moins les deux variétés sont ordinairement assez tranchées pour qu'on soit autorisé à les décrire séparément, ainsi que nous le faisons.

(!) Journal des connaissances mcdicc-chirurgicales, août 1839.. Stomatite gangreneuse.

STOMATITE COUENNEUSE. — DIAGNOSTIC. /|70

11 esl un peu plus difficile de distingoor la stosnacaoe de ta stomatite mercurielle; cependant, en ayant égard aux différencies suivnnics, ou arrivera avec sûreté au diagnostic. D'abord H1 esl fort rare qu'on n'ai! pas des penseignfenients suffisants pour s'assurer si la maladie s'est développée ou non sous rinlliience d'un traitement mereuriel. S'il en était anlremenl, on aurait égard à la lénarilé, à l'épaisseur, à l'aspect souvent gangreneux de la pseudo-membrane diphthérilique.

TABLEAU SYNOPTIQUE DU DIAGNOSTIC

1° Signes positifs de la stomatite couenneuse épidémique.

Apparition sur les gencives d'une exsudation grisâtre, molle, se détachant par lambeaux.

Membrane muqueuse violacée, ramollie, saignant au moindre contact.

A la face interne des joues, apparition d'un point blanc qui s'étend rapidement pour former des plaques irrégulières.

Couches pseudo-membraneuses de couleur variable, d'aspect gangreneux, se détachant pai lambeaux, et facilement remplacées par d'autres couches.

Guérisonsans destruction des tissus.

2° Signes distinctifs de la stomatite couenneuse et de la stomatite gangreneuse-

profonde.

STOMATITE COUENNEUSE.

Saillie formée par l'exsudation membraniforme.

Des lambeaux se détachent et sont facilement remplacés.

Plaques irrégulières, jaunâtres et molles.

Membrane muqueuse au-dessous peu profondément altérée.

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