‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource]Chapitre 188 sur 306 · PROFONDÉMENT · texte numérisé non relu

PROFONDÉMENT

1° Pour tisane , infusion de petite centaurée édulcorée avec le sirop de fleurs d'oranger.

2° Appliquer le chlorure de chaux sec comme il a été dit plus haut (p. 509). 3° Toucher avec l'acide chlorhydrique, et, à la chute des eschares, employer le chlorure de chaux sec.

4° Cautérisation avec le fer rouge (p. 512). 5° Traitement des complications (p. 514).

6" Régime composé d'un peu de vin vieux, de gelées de viande, d'autres aliments analeptiques.

11° Ordonnance.

DANS UN CAS OU LA GANGRÈNE AFFECTE PRIMITIVEMENT OU GAGNE LA PROFONDEUR DES TISSUS.

1° Pour tisane, légère décoction de quinquina édulcorée avec le sirop de gentiane.

2° Scarifier la partie interne de la joue, puis cautériser avec l'acide hydrochlorique pur; après la chute de l'eschare, faire une nouvelle cautérisation, et terminer par l'application du chlorure sec.

3° Cautérisation avec le fer rouge (voy. p. 512).

k° Traitement de la plaie résultant de l'élimination des parties gangrenées (voy. p. 512).

5° Le reste du traitement et le régime, comme dans l'ordonnance précédente.

Le traitement de M. Hunt, par le chlorate de potasse , pourrait donner lieu à une troisième ordonnance; mais ce que nous en avons dit plus haut (p. 513). est suffisant.

RÉSUMÉ SOMMAIRE DU TRAITEMENT

1° Traitement préservatif. — Éloigner les enfants du séjour de l'infection ; habitation dans un lieu sec bien aéré ; nourriture et vêtements sains ; toniques ; propreté de la bouche ; avulsion des dents cariées; lotions astringentes.

2° Traitement curatif. — Gargarismes détersifs , chlorurés ou acidulés ; frictions aromatiques ou ammoniacales; caustiques: chlorure de chaux sec; acides; beurre d'antimoine; cautère actuel; traitement de la plaie résultant de l'élimina-

tion des parties mortifiées; toniques; chlorate dépotasse; régime analeptiquetraitement des complications. 1 1 '

ARTICLE IX

GLOSSITE.

La gtossite est une affection connue depuis les temps les plus reculés de la médecine. Déjà Hippocrate (1) en avait fait mention. Arétée(2) en a donné une courte description, dans laquelle il signale principalement le gonflement de cet organe qui ne peut être contenu dans la bouche. Galien (3) cite un cas remarquable de cè genre, et, après ces auteurs, un grand nombre d'autres ont rapporté des exemples de glossite. En général, on peut dire que les observations de cette maladie ont été recueillies et publiées avec empressement.

Ce serait un travail intéressant que celui qui , de tous ces faits dispersés, ferait sortir une histoire exacte de la glossite; mais ce travail n'a pas encore été fait du moins avec toute la rigueur désirable. Les articles généraux publiés sur ce sujet sont presque tous calqués les uns sur les autres , et l'on se contente d'y mentionner les cas les plus curieux. Cherchons cependant, avec ces matériaux, ce qu'il y a de plus important à connaître dans l'histoire de l'inflammation de la langue.

La glossite est toute inflammation de la langue qui se développe soit spontané ment, soit sous l'influence d'une cause irritante particulière. On voit , par cette définition, que nous faisons abstraction ici des inflammations plus ou moins profondes qui, dans le cours des maladies fébriles, affectent cet organe. Ce sont pourtant bien évidemment des glossites ; mais, n'étant que de simples symptômes secondaires, elles ne méritent pas une description séparée. Si l'on voulait les faire entrer dans la description de la glossite, il faudrait leur donner le nom de glossite symptomatique. Nous nous contenterons d'en dire un mot en passant.

La glossite a été primitivement désignée sous le nom d'inflammation de la langue, et puis on lui a donné ceux de tumeur, gonflement, phlegmon, phlegmon gangreneux, abcès de la langue, suivant la manière dont les auteurs ont envisagé les symptômes. Quelques médecins ont décrit sous le nom de glossanthrax une inflammation très aiguë, dans laquelle ils ont cru reconnaître les caractères de l'inflammation charbonueuse.

Cette affection n'est point commune. Il est cependant , comme on le verra plus loin, un grand nombre de causes qui peuvent la produire; mais l'action de chacune de ces causes n'a guère été observée plus d'une ou deux fois. II est beaucoup de médecins qui, dans le cours de leur pratique, n'ont jamais rencontré cette maladie.

(1) Des épidémies, liv. III, sect. 3, dans Œuvres d' Hippocrate, trad. par E. Littré. Paris, 1841, t III, p. (j7.

(2) De caus. etsign. rnorb. acut. , lib. I, cap. vu.

(3) Melh. rned., lib. XIV.

GLOSSITE. — CAUSES.

§ II. — Causes.

1° Causes prédisposantes.

Nous n'avons que des renseignements très vagues sur les causes prédisposantes de cette affection. Tout ce qu'on peut dire, c'est que la grande majorité des sujets qui eu o it été atteints étaient des adultes. On a cité comme prédisposante à cette maladie la compression des veines jugulaires par des liens trop serrés. Stoll affirme qu'il l'a vue se produire plusieurs fois chez des militaires dont le cou était Comprimé par des cols rigides. On sent combien l'existence de cette cause aurait besoin de nouveaux faits pour être admise.

Un traitement mercuriel fait à une époque éloignée peut-il laisser dans l'économie une prédisposition à l'inflammation de la langue Ml en serait ainsi suivant J. Frank, qui cite une observation de P. Frank (1), une autre de Hosack (2), et enfin des cas qui lui sont propres (3) et dans lesquels des hommes ont été affectés de glossite après un traitement mercuriel qui remontait à deux ou trois ans. Cet auteur a oublié de rechercher s'il n'y avait pas eu une autre cause qui aurait pu faire naître la maladie; cette omission réduit de beaucoup la valeur de son assertion.

2° Causes occasionnelles.

Relativement aux causes occasionnelles , nous avons des renseignements bien plus précis; car c'est presque toujours à la suite d'une cause excitante directe que la glossite s'est développée.

En première ligue, on a placé les blessures de la langue; mais il faut remarquer que quelques-unes de ces blessures déterminent bien plus souvent l'affection que les autres : ce sont celles qui déchirent cet organe, et qui occasionnent par conséquent des plaies lacérées et contuses, comme celles qui résultent , par exemple, des lacérations exercées par les dents, soit dans la mastication, soit dans un rapprochement imprévu des mâchoires. Telle est l'opinion des auteurs; et cependant il faut le dire, quoique l'action de cette cause soit assez fréquente, notamment dans l'épilepsie, on voit bien rarement lui succéder une inflammation intense de la langue.

On a également cité, comme produisant cet effet , la brûlure de l'organe; mais les observations de ce genre sont rares. En général , les brûlures ne déterminent qu'une inflammation superficielle, à la suite de laquelle l'épithélium se détache en se roulant, ce qui est plutôt un accident léger qu'une maladie réelle. Cependant J. Frank rapporte un cas où une glossite intense a été déterminée, chez un enfant, par l'introduction, dans la bouche, d'une poire cuite brûlante.

Les simples caustiques déterminent ordinairement une inflammation très bornée, leur action ne s'étendant pas au delà du point cautérisé. Cependant cette cause produit quelquefois une glossite fort intense. Le docleur Van de Kecre en a cité un exemple très remarquable qu'il a observé en 1816 à l'Hôtel-Dieu , dans le ser-

(1) Traité de médecine pratique, traduit par Goudareau. Paris, 1842, t. I, p. 142.

(2) Essays on varions subjecls. New-York, 1824, t. I.

(3) Praxeos medicœ, pars, m, vol. I, sect. 1 ; De glossilido, p. 519. Lipsiœ, 1830.

\>J8 MALADIES UliS VOIES DIGESTIVES.

vice de Dupuytren. La maladie fut causée par la cautérisation, avec le sulfate de cuivre, d'un boulon qui occupait la partie postérieure et moyenne de la langue Le gonflement de cet organe devint très considérable dans ce cas, sur lequel nous re\ tendrons plus loin.

Mais de toutes les causes excitantes il n'en est pas qui ait déterminé plus souvent la glossite que l'action des substances vénéneuses, acres ou narcotico-âcres. Ainsi les sucs des plantes laiteuses, celui du dapline mezereum, comme Jos. Frank en a vu un exemple chez une jeune fille à laquelle un étudiant en médecine avait fait faire des gargarismes avec une décoction de cette substance ; les feuilles de tabac, etc., ont produit souvent un gonflement considérable de la langue avec tous les autres signes de l'inflammation.

Le venin de quelques animaux , ou bien le contact de la langue avec un crapaud ou des corps qui ont touché cet animal, a été encore signalé comme une des causes les plus puissantes. L'exemple de ce genre le plus curieux est celui qui a été rapporté par Dupont, et qu'on a cité partout. Cet auteur a vu un jeune homme qui, par suite d'un pari, ayant mâché deux fois un crapaud, fut promptement affecté d'une glossite intense. .1. Frank (!) cite une observation fort remarquable : il s'agit d'une femme qui fut piquée au pied (l'observateur ne dit pas par quoi), et qui, éprouvant une douleur intolérable dans le siège de la piqûre, y mit à plusieurs reprises de la salive avec ses doigts, qu'elle reporta, par conséquent, plusieurs fois à sa langue. Les symptômes de la glossite ne se firent pas longtemps attendre.

On a cité des exemples d'inflammation de la langue produite par d'autres agents excitants. Ainsi je trouve une observation (2) prise chez une épileptique, qui, ayant eu, pendant son accès, quelques gouttes d'ammoniaque en contact avec la langue, fut prise d'une glossite intense, bientôt suivie de gangrène. Ce cas fut mortel.

Enfin on voit, dans le cours d'une maladie fébrile , se produire fréquemment une inflammation de la langue. Mais cette lésion secondaire, subordonnée aux progrès de la maladie principale , ne doit pas nous arrêter ici. Il suffit de mentionner certains cas de variole où la glossite a été si intense, qu'elle a occasionné la destruction de l'organe.

Telles sont les causes de la glossite dont nous avons des exemples évidents. On a cité encore, d'après Ambroise Paré (3), l'ingestion d'une infusion vineuse de sauge non lavée. Ambroise Paré a attribué la production de la maladie au contact probable d'un crapaud avec les feuilles de la plante; mais est-on certain que parmi les feuilles de sauge il ne se trouvât pas quelques-unes de ces plantes âcres qui produisent plus particulièrement la glossite?

§ III. — Symptômes.

Nous avons dit plus haut qu'on avait divisé la glossite en superficielle et en profonde.-

(1) Journal de médecine de Bâcher. Paris, 1789, septembre.

(2) Gazette de sanlé. Paris, 1816, mai. ,

(3) Œuvres complètes, nouvelle édition, par J.-F. Malgaigne. Pans, 18*1, t 111, p. ài\.

GLOSSITE. — SYMPTÔMES.

1° Glossite superficielle. — La première ne doit pas nous arrêter longtemps, car il suiïit de lire les descriptions données par les auteurs pour voir que, sous le nom de glossite superficielle, on a désigné soit l'inflammation syrnptoma tique de la langue que l'on observe principalement dans les fièvres graves, soit les aphthes et les petits ulcères de cet organe. Cependant il est des cas où, comme nous l'avons dit plus haut, cette inflammation acquiert par elle-même une assez grande gravité, et devient très profonde. C'est ce que l'on a observé en particulier dans la variole. Bartholin a cité un cas remarquable dans lequel la langue, après s'être ramollie et gangrenée chez un varioleux, fut en effet rejelée par l'expuition.

Cette inflammation superficielle de la langue se reconnaît aux caractères suivants : dans la plupart des cas, l'organe est dur, rétracté, sec, couvert d'une couche noire à sa surface, fendillé, comme brûlé ; cet état est celui que l'on voit dans le cours des fièvres graves, et que nous aurons à mentionner ailleurs avec plus de détail. Quelquefois, soit qu'il y ait une inflammation simple, soit que la langue se couvre de petits ulcères, ou de papules douloureuses, l'organe est légèrement tuméfié, souvent couvert d'une couche pultacée, et les dents y laissent une empreinte plus ou moins profonde ; en même temps la bouche est pâteuse, collante, et les malades sont poursuivis par une saveur plus ou moins désagréable. Mais c'en est assez sur un état morbide qui, nous le répétons, est lié presque toujours à des affections beaucoup plus graves. Passons maintenant à un sujet bien plus important : la glossite profonde.

2° Glossite profonde. — Pour la description de cette dernière espèce de glossite, il faut diviser la maladie en aiguë et en chronique. La glossite aiguë profonde est beaucoup plus fréquente et beaucoup mieux connue que la glossite chronique. Aussi la description suivante va-t-elle lui être presque exclusivement consacrée.

Glossite aiguë profonde. — Le début de l'affection est souvent brusque, c'està-dire qu'immédiatement ou presque immédiatement après l'action des causes énumérées plus haut, la langue devient douloureuse, se tuméfie rapidement, et la maladie acquiert son plus haut degré d'intensité. Ce n'est qu'alors que surviennent les symptômes généraux dont il sera question tout à l'heure.

Symptômes. — La douleur est ordinairement le premier symptôme qui se manifeste; il est rare qu'elle soit très aiguë, et le gonflement qui la suit de près vient bientôt apporter une telle gêne dans l'exercice de fonctions importantes, qu'il excite presque exclusivement les plaintes du malade. Cette douleur peut cependant être très vive et se continuer longtemps; c'est lorsqu'il se forme dans l'épaisseur de la langue des abcès, comme dans le cas observé par Dupuytren, et dans plusieurs autres qui ont été signalés parles auteurs.

Le gonflement, devient ordinairement très considérable dans cette forme de l'affection. Si Joseph Frank a dit qu'on avait eu tort d'assigner à la glossite une augmentation très grande de volume, c'est qu'il a confondu dans la même description la glossite superficielle et celle dont il est ici question; car des cas assez nombreux que nous avons sous les yeux, et qui ont été recueillis depuis Galien jusqu'à nos jours, font tous mention d'un énorme développement de cet organe.

La langue ne peut plus être renfermée dans la bouche, qui reste constamment ouverte. Elle dépasse de deux ou trois travers de doigt, et plus, les arcades den-

taires, et les dents s'impriment à sa surface. Le cas observé par Dupont en offre un exemple remarquable.

Par suite de ce gonflement de la langue, le malade éprouve une difficulté très grande dans la déglutition et la respiration, et une impossibilité complète d'articuler les sons. Ces symptômes sont portés au plus haut degré lorsqu'un abcès s'est formé dans l'épaisseur de la base de la langue; car, d'une part, le gonflement de cette partie obstrue le pharynx et le larynx, et, de l'autre, la douleur vive qui existe alors rend impossibles les mouvements de l'organe.

D'autres symptômes qui sont la conséquence de ce gonflement énorme de la langue sont dus à la stase du sang veineux et à l'asphyxie; aussi voit-on, lorsque le ma] est porté au plus haut degré, les malades en proie à une vive anxiété; h face est tuméfiée et animée, rouge ou livide ; les yeux sont hagards; les sujets sont quelquefois plongés dans un assoupissement plus ou moins profond; en un mot, on observe tous les signes d'un embarras considérable dans la circulation de la tête ; ils ont déjà été décrits dans cet ouvrage (1).

On a été jusqu'à dire, dans certains articles généraux, qu'il pouvait y avoir une congestion cérébrale notable et même une apoplexie cérébrale. Quant à la congestion cérébrale, elle ne s'est jamais montrée avec les caractères de la congestion rapide qui simule l'apoplexie; c'est, nous le répétons, une simple stase du sang; et relativement à l'apoplexie, il nous suffira de dire qu'on n'en trouve aucun exemple dans les observations les plus connues.

Il est inulile d'ajouter que les efforts d'inspiration sont violents, que la poitrine et l'abdomen se soulèvent fortement ; car ce sont là des effets nécessaires de l'obstruction du larynx, la langue gouflée faisant alors l'office d'un corps étranger.

Les mêmes accidents peuvent être produits, quoique le gonflement de la langue ne soit pas assez considérable pour expliquer leur apparition. C'est qu'il survient alors une autre lésion à laquelle les auteurs n'ont prêté aucune attention; nous voulons parler de l'œdème de la glotte. Cet œdème de la glotte a été observé dans les cas où un abcès s'est formé dans l'épaisseur de la base de la langue. Nous en avons cité plusieurs exemples à l'article Œdème de la glotte; les principaux ont été rapportés par M. Miller (2).

La langue ainsi gonflée, et présentant à sa surface l'empreinte profonde des dents, est ordinairement remarquable par sa sécheresse et sa rougeur obscure, qui peut aller jusqu'au brun et au noirâtre. La portion pendante hors de la bouche offre ces caractères au plus haut point. Quelquefois on trouve à la surface de l'organe un enduit blanchâtre plus ou moins épais.

Quand la glossite est parvenue à ce haut degré d'intensité, et surtout lorsqu'un abcès se forme dans l'épaisseur de la langue, il survient un mouvement fébrile ordinairement peu intense, qui n'a été que très imparfaitement décrit par les auteurs. Le pouls est fort et fréquent, et la peau chaude et sèche.

Du côté des voies digestives, nous avons vu que la déglutition était devenue impossible. En outre, la soif est intense, et est surtout déterminée parla sécheresse extrême de la bouche. Cependant quelques auteurs ont avancé qu'un des symptômes

(1) Voy. art. Asphyxie, t. III, p. 376.

(2) Voy. t. II, Œdème de la glotte.

GLOSSJLTE. — AIAllCHL. 521

de la maladie était une salivation plus ou moins abojidante; mais il y a eu évidemment confusion entre les divers cas, et ceux qui ont émis cette assertion ont eu <:n vue les stomatites mercurielles daus lesquelles, ainsi que nous l'avons fait remarquer, la langue peut acquérir un volume très considérable- Les symptômes de la partie inférieure du tube digestif n'ont point été étudiés.

Jusqu'à présent nous n'avons parlé que de la glossite occupant tourte l'étendue de la laugue. On a cependant cité quelques cas très remarquables d'inflammation bornée à une moitié de cet orgaue. Carminati (1) a principalement insisté sur les faits de ce genre qui avaient été observés avant lui par Lentin et Mertens. il a même cherché à expliquer les limites de l'inflammation dans ces cas particuliers; il a noté que lorsque la glossite affecte ainsi une seule partie, de la langue, c'est le côté gauche, et il attribue cette préférence à ce que l'homme se couche ordinairement sur le côté droit, de telle sorte que le côté gauche de la face est exposé au froid. Si le fait était démontré par des observations plus concluantes et plus nombreuses, il faudrait ajouter aux causes précédemment indiquées l'action du froid; mais rien n'est moins certain. Le docteur JAoberts James Graves (2) a cité un exemple fort curieux de cette espèce de glossite, qui existait en effet dans le côté gauche. Quoique ce côté présentât une inflammation très intense, et que le gonflement fût très considérable, le mal n'avait pas frauchi la ligne médiane, ce qui produisait un contraste frappant entre les deux parties de l'organe.

Dans ces cas, la langue se trouve pour ainsi dire contournée. Ce n'est pas sa pointe, mais une partie de son bord gonflé qui sort entre les arcades dentaires, et si le côté sain fait une légère saillie entre les dents, c'est qu'il est repoussé par les parties malades. Au reste, lorsque le gonflement est considérable, les accidents sont les mêmes que ceux de la glossite générale, ainsi qu'on peut s'en assurer en lisant l'observation rapportée par M. Graves.

§ IV. — Marche, durée, terminaison tîe la maladie.

La marche de la maladie est presque dans tous les cas extrêmement rapide, et ses progrès sont incessants; en peu d'heures, le gonflement de la langue peut être porté au plus haut degré.

La durée de l'affection est courte; on a vu des sujets être suffoqués en vingtquatre heures. En général, l'affection est beaucoup plus longue lorsque la suppuration s'empare de l'organe.

La terminaison de la maladie est très variable. Lorsque, par un traitement approprié, on est parvenu à enrayer les progrès du mal, les symptômes décroissent avec une grande rapidité, et l'on voit en particulier le gonflement se dissiper presque aussi vite qu'il s'était produit. Cependant il n'est pas rare d'observer un reste de tuméfaction avec un certain degré d'induration assez longtemps après que tous les autres signes de la maladie ont complètement disparu. Dans l'observation citée par M. Graves, la moitié gauche de la langue était encore, deux ans après la guérison, sensiblement plus grosse que la droite. Cette persistance de la tuméfaction est, du

(1) Sulla glossitide (Mcmor. dell' L R. inst. Lomb.-Veneto, t. I, p. 225).

(2) Journal des progrès, t. VIII.

reste, comme chacun sait, commune à la plupart des inflammations profondes dos organes.

Abcès de la langue. — Dans quelques cas, ainsi que je l'ai indiqué plusieurs fois 1 inflammation de la langue se termine par un abcès; c'est presque toujours à la base de l'organe que se produit la suppuration. Ce sont là les cas qui ont été dési gnés par les auteurs sous le nom d'abcès de la langue. Si l'abcès est superficiel il peut se rompre et laisser écouler un pus ordinairement sanieux et fétide et bientôt après, presque tous les symptômes disparaissent entièrement; mais quelquefois il est nécessaire d'employer l'instrument tranchant, comme Dupuvtren l'a fait avec tant de succès.

Gangrène de la langue. - On a vu la glossite se terminer par la gangrène de l'organe, et les cas de ce genre sont ordinairement mortels. [Cependant nous avons cité plus haut un cas où le sujet avait survécu, et l'on en trouve un petit nombre d'autres exemples dans les auteurs. Toutefois, il en est quelques-uns qui laissent des doutes clans l'esprit : tel est celui qui a été cité par Horstîùs (1). Ce qui jette des doutes sur cette observation, c'est que l'auteur affirme avoir vu la langue se reproduire après être tombée en putrilage. Il aura sans doute été trompé par la rétraction momentanée de l'organe. Il serait, au reste, inutile d'insister davantage sur les gangrènes de la langue, qui n'ont qu'une importance médiocre pour le praticien.

3° Glossite chronique. — La glossite chronique est, comme nous l'avons dit plus haut, beaucoup moins connue que la précédente. Il faut se garder, en effet, de confondre avec une simple glossite le squirrhe et le cancer de la langue, dont il ne doit point être question ici, parce que ces affections sont du domaine de la chirurgie. Un exemple de glossite chronique a été rapporté par Joël Langelott (2). On ne peut guère douter que, dans ce cas, il n'y eût une inflammation simple d'une moitié de la langue, qui durait depuis plusieurs semaines, car la maladie céda à des émissions sanguines abondantes. Cependant on pourrait, à la rigueur, rapporter ce fait à la glossite aiguë, en admettant que la maladie aurait marché plus lentement qu'à l'ordinaire. Nous avons vu à l'hôpital Saint-Antoine un cas d'induration de la langue survenu lentement, sans déformation notable de l'organe, sans changement évident de couleur, et dans lequel les principaux symptômes étaient la difficulté de la mastication et de la production des sons. On ne découvrait nul signede véritable squirrhe : mais sans doute il eût fallu pouvoir suivre la maladie assez longtemps pour s'assurer que la dégénérescence cancéreuse ne serait pas devenue manifeste.

Nous nous hâtons de quitter ce sujet ; car, avec le nombre très limité de renseignements que nous possédons, il serait inutile de chercher à faire une histoire détaillée de la glossite chronique.

§ V. — Iiésions anatomiques.

Nous n'avons que quelques mots à dire sur les lésions anatomiques. L'injection des tissus, leur gonflement, la présence d'un ou de plusieurs abcès contenantunpus quelquefois bien lié et quelquefois sanieux et putride, le ramollissement gangréneux

(1) Ephcmer. naturœ curios., dec. II, ann. Il, obs. 51. Schol.

(2) Miscellances des cur. de la nat., ann. vi, obs. 9.

GLOSSlfE. — TRAITEMENT. 52.»

de l'organe, sont les seules altérations que, dans l'état actuel de la science, il soit permis de mentionner.

§ VI. — Diagnostic, pronostic.

Le diagnostic de la glossite ne doit guère nous arrêter plus longtemps. La glossite superficielle n'étant presque toujours, comme on l'a vu plus haut, qu'une complication d'une maladie générale beaucoup plus grave, n'exige point de diagnostic particulier.

Quant à la glossite profonde , le développement considérable de l'organe suffit pour la distinguer des autres maladies. Dans la stomatite mercuriel le seule !, on trouve un état de la langue qui pourra paraître au premier abord offrir une assez grande ressemblance avec celui qui nous occupe; mais la salivation abondante, l'exsudation pultacée, les ulcérations , sont des signes distinctifs tellement tranchés, qu'il ne peut rester le moindre embarras dans l'esprit du médecin.

Un point de diagnostic bien plus important, et même, à proprement parler, le seul important, c'est de savoir s'il existe ou non un abcès dans l'intérieur de l'organe. Si la maladie a été produite par l'action d'un caustique, comme dans le cas observé par Dupuytren, et bien plus encore si elle s'est développée en l'absence des causes occasionnelles que nous avons énumérées, il faudra se livrer à une exploration attentive, rechercher avec soin s'il existe, dans un des points de la base de la langue, une saillie plus ou moins marquée, et surtout la fluctuation, car celle-ci fût-elle obscure, on en tirerait une des indications les plus précieuses pour le traitement. Malheureusement, dans ces cas, le gonflement de la langue et la difficulté que le malade éprouve à ouvrir la bouche par suite de l'extension de l'inflammation aux parties voisines, peuvent rendre l'exploration 1res difficile. Il serait inutile de présenter en tableau un diagnostic aussi simple.

Pronostic. — Le pronostic de l'affection est assez grave, puisqu'on a vu quelquefois la maladie se terminer par une suffocation mortelle. Cependant il résulte de l'examen des faits qu'elle est beaucoup plus effrayante que dangereuse, puisque, dans la grande majorité des cas, les moyens appropriés ont procuré une prompte guérison. Ceux dans lesquels la mort a eu lieu le plus souvent, sont les cas d'abcès de la langue. La facilité avec laquelle se produit alors la laryngite œdémateuse donne un grand caractère de gravité à la maladie.

§ VII. — Traitement.

Le traitement de la glossite a été divisé par Marjolin (1) en traitement de la glossite superficielle et en traitement de la glossite profonde , d'après la division établie plus haut relativement aux symptômes. Mais cette distinction, pour les raisons que nous avons déjà données, n'a point une grande importance, car il suffit de dire que, dans les cas où la glossite superficielle paraît s'être développée sous l'influence d'une excitation directe, quelques gargarismes émollients, des fumigations émollientes ou légèrement narcotiques, des bains, font disparaître promplement la maladie, et que, dans ceux où cette glossite n'est qu'une lésion secondaire, on

(1) Dictionnaire de médecine, t. XVII, Maladies de la langue.

n'a ordinairement pas à s'en occuper, si ce n'est pour faire cesser la sécheresse de la langue ; car l'état local disparaît lorsqu'on s'est rendu maître de la maladie Générale, sous l'influence de laquelle il s'était produit.

11 n'en est pas de même de la glossite profonde, qui intéresse seule à un haut degré le praticien.

Emissions sanguines. — Tous les auteurs sont d'accord sur l'utilité des émissions sanguines au début de la maladie. On espère en effet, en enlevant une quantité considérable de sang aux malades, faire cesser ce gonflement rapide qui donne à la glossite une si grande gravité. On a pratiqué la saignée du bras, du pied et de la jugulaire, et même, dans certains cas, celle des ranines. Il est impossible de savoir .si l'une de ces saignées a plus d'efficacité que les autres. On ne peut, à ce sujet, former que des conjectures. C'est uniquement parce que le sang obtenu par la saignée de la jugulaire est plus directement retiré du point malade, que P. Frank (1) la recommande particulièrement. La saignée des ranines est encore plus directe; mais on sait qu'elle offre de grandes difficultés, surtout lorsque la langue est gonflée, douloureuse et peu mobile.

Eu général, malgré la possibilité des avantages que nous venons d'indiquer, possibilité qui est loin d'être démontrée, on a recours de préférence à la saignée du bras. Si, par un motif quelconque , on préférait la saignée de la veine jugulaire, il faudrait, comme le recommandent P. et J. Frank, s'abstenir de toute ligature pour fermer la plaie de la lancette, et se contenter de la recouvrir avec un emplâtre adhésif.

Quant à la saignée des veines ranines, outre les difficultés déjà signalées, elle expose à un accident particulier qu'il faut prévoir : c'est la blessure des artères ranines. On devrait, ainsi que le recommandent tous les auteurs, cautériser immédiatement ces artères avec le fer rouge, si on les avait ouvertes.

Les saignées locales, telles qu'une application d'un grand nombre de sangsues à la base de la mâchoire, à la partie antérieure du cou, ou même sur la langue, ont encore été recommandées. Suivant Marjolin, le mal diminuerait plus souvent à la suite de ces applications locales qu'à la suite des saignées générales; mais cet auteur n'apporte aucune preuve en faveur de son assertion , qui paraîtra au moins fort douteuse à ceux qui savent comment on doit procéder dans l'examen de ces questions thérapeutiques. Nous savons donc que les saignées, soit générales, soit locales, ont été unanimement recommandées ; mais nous n'avons que des données très vagues sur leur degré réel d'efficacité. Quelques auteurs ont prescrit des ventouses scarifiées à la nuque ou entre les deux épaules, mais cette pratique n'est pas généralement suivie.

Gargarismes. — Les gargarismes sont encore généralement prescrits. Ce sont ordinairement des gargarismes adoucissants avec l'eau de guimauve , la décoction de figues grasses ou de dattes, de lait, etc. ; quelquefois on y ajoute une petite quantité de vinaigre , ou mieux encore un peu de jus de citron , dans le but de rendre le gargarisme astringent. Mais cette pratique n'a pas un grand avantage, et l'action de ces moyens est très faible. Ces gargarismes peuvent être rendus légèrement narcotiques par l'addition d'une trentaine de gouttes de laudanum ,

(1) Traité de médecine pratique. Paris, 1842, t. I, p. 138.

GEOSSITE. — TRAITEMENT. 525

ou d'une quantité plus ou moins considérable de décoction de feuilles de jusquiame, de belladone ou de datant. Ou pourra, par exemple, prescrire le mélange suivant :

Of Racine de guimauve 8 gram. | Feuilles de jusquiame noire 4 gram.

Faites bouillir dans :

Eau commune 350 gram.

Louis, qui s'est occupé de la maladie dont il est question dans cet article, a vanté les bons; effets du suc de laitue, déjà conseillé par Galien , cité dans l'article de Marjolin.

Pour faire usage de ces gargarismes, on est presque, toujours forcé de les appliquer en lotions ou en injections. La tuméfaction de la langue ne permet pas, en effet, au malade d'agiter le liquide dans la bouche, comme on le fait dans les gargarismes ordinaires.

Un autre moyen que l'on peut également employer pour porter sur les parties malades le liquide émollient, est l'introduction d'une éponge imbibée entre les lèvres : mais ce moyen peut avoir l'inconvénient d'ajouter à l'obstruction, et de rendre la respiration plus difficile encore. On a aussi prescrit les fumigations vers la bouche; si on les met en usage, il faut racommander au malade de ne pas trop s'approcher du vase d'où s'exhale la vapeur, de crainte que la trop grande chaleur n'augmente le gonflement des parties.

Emétique. — Si le malade peut encore avaler, on doit lui faire prendre certains médicaments à l'intérieur. Quelques auteurs ont administré dans ce cas l'émétique. Dupont, en particulier, l'a employé dans le cas indiqué plus haul, et cpii s'est terminé parla gnérison. On n'a pas apprécié rigoureusement la valeur de ce médicament, qui est approuvé par les uns et rejeté par les autres. Tantôt ou a fait prendre le tartre stibié à doses vomitives, et tantôt à très petites doses, dans le but de favoriser la transpiration.

Raggi, et surtout "Wittengius, avaient, au rapport de J. Frank, une grande confiance dans ce remède : c'est au point que Wittengius voulait que , si la déglutition était devenue impossible, on injeelàt le médicament dans les veines. Carminali et J. Frank s'élèvent contre ce moyen de traitement; mais malheureusement ni les uns ni les autres ne fournissent de preuves suffisantes en faveur de leur opinion. S'il était permis de se prononcer en l'absence de ces preuves, on pourrai! dire que l'action de l'émétique, si puissante dans quelques inflammations des parenchymes, n'a sans doute pas les dangers que veulent lui attribuer ces derniers auteurs.

Purgatifs. — Les purgatifs ont été également prescrits dans un grand nombre de cas. Si la déglutition est encore possible, il faut les donner par la bouche. CVsi ordinairement aux purgatifs énergiques, tels que Valoès, \e galop, l'a scammonée et la coloquinte, que l'on a recours; on doit administrer ces médicaments à doses assez élevées pour que l'excitation portée sur le tube digestif soit bien marquée. Toutefois il faut reconnaître que leur action curative n'est point encore parfaitement comme. Jos. Frank recommande surtout le sulfate de magnésie, que l'on peut donner à la dose de 15 à 20 grammes et plus dans un verre d'infusion de

chicorée. On fait prendre en même temps des boissons émollientes légèrement acidulées, en plus ou moins grande abondance, suivant l'intensité de la soif.

Tels sont les principaux moyens médicaux que l'on a recommandés dans le traitement de la glossite aiguë profonde. Avant de passer à l'exposition des moyens chirurgicaux, il importe de tracer la conduite à suivre dans le cas où la déglutition est devenue impossible.

Pour tromper la soif, on promènera sur la surface de la langue des liquides acidulés ou des tranches d'orange, avec lesquels on aura soin d'humecter très souvent toute la partie de l'organe qui pourra être atteinte. Les divers médicaments narcotiques ou purgatifs seront portés dans l'intestin à l'aide de lavements. Si le gonflement est assez considérable pour qu'il en résulte une stase considérable du sang vers la tète, on mettra le malade dans une position telle, que la partie supérieure du corps soit bien plus élevée que l'inférieure. On prescrira , en outre , soit des sinapismes aux mollets, soit des pédiiuves sinapisés, dans le cas où il n'y aurait pas à craindre un surcroît d'excitation.

Scarification de la langue. — Tous les moyens précédents n'ont, en général , qu'une action très limitée, et il n'est pas rare, malgré leur emploi , de voir la maladie faire des progrès alarmants. Il faut alors avoir recours à un moyen direct beaucoup plus efficace : c'est la scarification de la langue, qui, suivant Marjolin, parait avoir été employée pour la première fois, en 1656, par Job. Meekren (1).

Cette scarification doit être profonde et porter sur une grande étendue de la langue : elle doit être faite longitudinaleinent des deux côtés de la ligne médiane. Pour cela, Delamalle recommandait de placer entre les dents, soit un coin de bois, soit un bouchon de liège, et cette pratique doit être suivie dans la plupart des cas , car le gonflement de la langue exige une séparation forcée des arcades dentaires. Puis on porte vers la base de l'organe, un peu en dehors de la ligne médiane, un bistouri que l'on ramène ensuite jusqu'à son extrémité. Une scarification semblable est ensuite pratiquée du côté opposé. Il est rare qu'on soit obligé de multiplier les scarifications. Il ne faudrait toutefois pas hésiter, si le cas paraissait l'exiger.

Nous avons (ht plus haut que la scarification devait être profonde. On ne doit pas craindre, en effet, de pénétrer jusqu'au quart et même jusqu'au tiers de l'épaisseur qu'a acquise l'organe. Cette scarification peut paraître effrayante au premier abord ; mais on est fort étonné , lorsque la langue est revenue (à ses dimensions naturelles, de voir le peu de profondeur réelle des incisions : cela tient à ce que le gonflement porte principalement sur les couches superficielles dans lesquelles pénètre le bistouri. D'ailleurs, quelque effrayante que puisse paraître celte petite opération, l'expérience a parlé et a prouvé son innocuité. Le danger est imminent; il n'y a donc point à hésiter : il faut y avoir recours dès que la suffocation se déclare.

Après la scarification, il est arrivé souvent qu'en quelques heures les symptômes les plus alarmants se sont dissipés, la suffocation a disparu avec le gonflement, et bientôt la langue a repris des dimensions telles, que la parole est devenue possible, malgré la gêne apportée par les plaies qu'on a faites à l'organe. Pour favoriser

(I) Obs. méd-chirurg . Amstelod., 1682.

GLOSSITE. — TRAITEMENT. 527

['action de la scarification , il faut avoir soin d'humecter fréquemment les solutions de continuité avec un liquide émollient, de manière que l'écoulement du sang, qui n'est jamais très considérable, se prolonge aussi longtemps que possible.

Dans deux ou trois cas, on a cru nécessaire de retrancher une portion de la langue ainsi tuméfiée. C'est une pratique qui doit être absolument rejetée, parce qu'elle offre les plus grands dangers, et ne . remédie qu'imparfaitement aux principaux accidents. Il est donc inutile d'y insister ici.

Laryngotomie. — Enfin, si malgré tous les moyens qui viennent d'être exposés, la suffocation faisait sans cesse des progrès, si le danger devenait imminent, on ne devrait pas hésiter à établir la respiration artificielle en incisant la membrane crico-thyroïdienne. C'est là un précepte donné par tous les auteurs, et que, peutêtre cependant, il faut un peu modifier. Un inconvénient notable de l'incision simple de la membrane crico-thyroïdienne, c'est de ne donner le plus souvent qu'un accès insuffisant à l'air. Il serait, par conséquent, plus utile d'inciser non-seulement la membrane crico-thyroïdienne, mais encore le cartilage cricoïde, et un ou deux anneaux de la trachée, de manière à pouvoir introduire une canule assez large pour que le malade respire librement. On peut voir d'ailleurs, à ce sujet, ce qui a été dit à l'occasion du croup et de l'œdème de la glotte (tome II).

On doit d'autant moins hésiter d'avoir recours h cette opération, que l'inflammation de la langue est par elle-même une maladie peu grave, de courte durée, et dont on vient facilement à bout, si l'on peut maintenir le jeu des fonctions importantes qu'elle gêne accidentellement. Après avoir pratiqué la laryngo-trachéotomie, on dirige de nouveau vers la langue les principaux moyens que nous avons indiqués.

Traitement des abcès. — Si la glossite se termine par suppuration, et qu'on ait pu reconnaître cette terminaison, il faut principalement insister sur les vomitifs, qui peuvent hâter la rupture de l'abcès, et amener par là une guérison prompte.' Dans le cas où l'on sentirait la fluctuation, fût-elle très obscure, on devrait aussitôt plonger le bistouri dans le point où l'on supposerait l'existence d'un foyer purulent; car, dans le cas même où l'on se serait trompé, l'incision ne pourrait avoir aucune conséquence fâcheuse; et, si l'ouverture d'un abcès était faite, on verrait bientôt tous les symptômes s'amender promptement, et l'on n'aurait pas à craindre un accident consécutif grave, qui est l'œdème de la glotte. Dans le cas observé par Dupuytren, la pression exercée sur la langue fit sortir par un petit pertuis un peu de liquide purulent. Aussitôt une sonde cannelée fut introduite par cette ouverture, qui, notablement agrandie, livra un libre passage au pus, et tous les accidents se dissipèrent avec rapidité. C'est là la conduite qu'il faudrait suivre en de semblables circonstances.

traitement de la gangrène. — Dans les cas rares où le ramollissement gangréneux a causé la chute d'une portion de la langue, si les limites de la gangrène ont été bien établies, il suffit de quelques lotions détersives pour le traitement consécutif. Les mêmes lotions, des injections avec la décoction de quinquina, les infusions de sauge, de romarin, auxquelles on ajoute le miel rosat, la teinture de myrrhe, etc., sont encore utiles dans la glossile terminée par suppuration, et dont il est difficile d'arrêter le suintement purulent.

Nous ne croyons pas qu'il soi! utile (rentrer dans des détails sur le traitement de la glossite chronique, à laquelle J. Frank donne le nom de linguœ durities Le vague dans lequel nous sommes, relativement à l'existence même de cette maladie ne nous permettrait que des conjectures. Qu'il nous suffise de dire que J Frank recommande les frictions mercurielles, l'extrait de grande ciguë à l'extérieur, les collutoires émollients et narcotiques.

Tel est le traitement de cette maladie grave, qui doit être bien connue du praticien, quoiqu'elle ne se présente pas souvent. Les accidents qu'elle détermine sont en eiïet, si violents et si rapides, que, si l'on n'était pas suffisamment prévenu, on pourrait commettre une faute irréparable. Il est inutile de faire remarquer que, de tous les moyens indiqués, la scarilication de la langue est le seul dont l'efficacité nous soit suffisamment connue.

Ce traitement étant très simple, une seule ordonnance est nécessaire pour en faire connaître les principales indications.

Ordonnance .

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