‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource]Chapitre 187 sur 306 · CAUTÉRISATION AVEC EE BEURRE D'ANTIMOINE · texte numérisé non relu

CAUTÉRISATION AVEC EE BEURRE D'ANTIMOINE

Baron, el après lui Billard, ont conseillé, dans les cas où l'on voit se manifester à l'intérieur de la bouche une légère érosion, et à l'extérieur une tache on ecchymose violacée, c'est-à-dire lorsque la maladie s'est emparée des tissus profonds, d'employer le chlorure d'antimoine delà manière suivante :

Il faut faire en dehors de la joue une incision cruciale, an fond de laquelle on introduit une petite quantité de chlorure d'antimoine, en ayant soin de surveiller cette cautérisation, pour qu'elle n'entraîne pas de trop grands désordres.

Celle manière de traiter la stomatite gangréneuse n'est pas généralement suivie. On conçoit, eu effet, lous les inconvénients qu'il y a à attaquer ainsi le mal par la face externe de la joue, à une époque où les progrès de la maladie ne sont pas assez avancés pour qu'on ne puisse plus espérer de voir la peau rester intacte.

Cautère actuel. ■ — [Nous avons une grande confiance dans l'emploi du cautère actuel. C'est en vain qu'on invoquerait ici la terreur qu'un pareil moyen inspirerait aux enfants, la difficulté qu'on éprouve à le bien employer, la douleur qui en résulte. 11 n'est pas de meilleur caustique que le fer rouge, il n'en est pas de plus rapide, de plus sur, de plus facile à diriger et à modérer. Les acides sont plus infidèles et causent plus de douleur. D'ailleurs, si l'on est convaincu de l'extrême gravité des gangrènes de la bouche, de la nécessité d'y porter remède le plus lût possible, et de l'innocuité relative du cautère actuel, on n'hésitera pas à employer ce moyen. Il ne faut pas cautériser au dehors, et si l'on attend que l'eschare apparaisse à l'extérieur de la joue, il sera trop lard. Sitôt que la fétidité de l'haleine, le décollement des gencives ou l'apparition d'un sillon grisâtre sanieux et fétide dans le vestibule de la bouche, avec gonflement, annoncera la gangrène, il faudra hardiment cautériser sur ce point. Il faut garnir la bouche de l'enfant du côté de la joue et du côté de la lïfogue avec une lame de carton, ou du linge mouillé, et éteindre le cautère sur la partie gangrenée sans loucher aux parties saines. Le cautère électrique, manié avec prudence, sera, en pareil cas, d'un puissant secours.

Si nous recommandons la cautérisation avec le fer rouge, c'est que nous en avons observé par nous-mème, un grand nombre de fois, les excellents effets.]

Traitement de la plaie qui succède à la chute de l'eschare. — Quel <|ue soit le moyen que l'on a mis en usage, il faut avoir recours à un traitement particulier pour la plaie quelquefois énorme qui en résulte. On fera dans la plaie des injections toniques; ainsi deux ou trois fois par jour on injectera le liquide suivant :

ïf Vin rouge 130 gram. | Pétales de rose rouge 10 gram.

Faites infuser une demi-journée, et passez.

Les injections pourront être faites également avec une décoction de quin camphre, et l'on se servira, pour le pansementde la plaie, <le chique liera >cc le vin aromatique.

STOMATITE GANGRENEUSE. — TRAITEMENT. 513

Les chlorures sont encore utiles dans cette partie du traitement. Ainsi l'on pourra faire les injections avec :

If Chlorure de chaux liquide. . 2 gram. | Eau commune 15 gram.

Mêlez. '

Et, en outre, il faudra avoir grand soin de faire sur la solution de continuité les applications de chlorure sec, dans le but d'arrêter la marche de l'affection.

Plus tard, lorsque la plaie a pris l'aspect d'une plaie ordinaire, on doit prendre encore des précautions dont l'utilité a été signalée par M. Taupin. Il faut en cautériser les bords, extraire les portions d'os nécrosées, dont la chute se ferait trop longtemps attendre ; introduire, entre les parties molles et les os, de petits corps solides de métal, ou mieux d'ivoire, pour empêcher les adhérences vicieuses qui rendent les cicatrices difformes; enfin, rapprocher doucement les bords de la plaie, de manière à favoriser la cicatrisation. Lorsque toutes ces précautions ont échoué, et que la cicatrice reste très difforme, on emploie plus tard les procédés d'autoplastie qui ne doivent pas nous arrêter ici, parce qu'ils sont entièrement du domaine de la chirurgie.

B. Traitement général. — Nous avons dit que le traitement général avait une importance bien moins grande que le traitement local. Cependant il ne doit pas être entièrement abandonné. Il est, en effet, dans l'état général du malade des indications qui doivent être prises en considération. L'affaissement extrême dans lequel il se trouve, la petitesse si considérable du pouls, et la nature même delà maladie, ont engagé tous les médecins à avoir principalement recours aux toniques; et l'on ne pourrait se dispenser de les mettre en usage que dans les cas où une inflammation plus violente qu'a l'ordinaire donnerait lieu à de vifs symptômes d'inflammation; ce qui est fort rare.

Chlorate dépotasse. ■ — M. le docteur Henry Huut (1) administre le chlorate de potasse de lamanière suivante :

Avant de donner ce médicament, lorsqu'il lui est possible d'amener l'enfant à prendre un purgatif, il prescrit d'abord de la rhubarbe et du sulfate de potasse, avec 1 grain (0,05 gram.) de calomel; mais, en général, la douleur et la sensibilité de la bouche étaient si grandes dans les cas qu'il a traités, qu'il ne pouvait y parvenu-. Il a donc donné le chlorate tout de suite, et a attendu un jour ou deux que la bouche fût devenue moins douloureuse, et c'est alors qu'il a ordonné le purgatif.

La quantité de chlorate que ML Hunt a l'habitude de prescrire varie, suivant l'âge de l'enfant, depuis 20 jusqu'à 60 grains (1 à 3 gram.), donnés en vingt-quatre heures, dissous dans l'eau et en plusieurs doses. Les bons effets se manifestent souvent dès le lendemain, et presque toujours dès le second jour. L'odeur de l'haleine, qui est si fétide dans cette maladie, diminue bientôt, les ulcères reprennent uu meilleur aspect» l'écoulement de la salive est moins abondant, et s'il n'y a qu'une simple ulcération, elle guérit rapidement; s'il y aune escharc, elle se sépare promptement, et, la surface bourgeonne facilement. L'auteur dit n'avoir jamais vu, dans aucune autre maladie,, les bons effets d'un médicament se manifester aussi

(1) Med.-chir. Trans., 1846.

Valleix, 4e ûdit. — III.

ly MALADIES DES VOIES DIGESTIVES.

rapidement que ceux du chlorate de potasse dans ce cas. 11 est suivant M H„ , Mue queio,s convenable et même nécessaire de répéter de temps 7Zp8 ,e Z ' gaùf. lous les enfants que M. Hunt a eu à traiter ont guér' à l'eSon n seul, qm vécut assez longtemps cependant pour ^n^^ 2

C'est aux praticiens à expérimenter celte médication et à en juger l'efficacité La décoction de quinquina, les substances amères, telles e ue la genZne la pente centaurée, le houblon, sont des médicaments fort employés

On trouve aussi dans les boissons et les aliments, clans le régime en un mot des moyens propres à tonifier notablement les malades. Une petite «u a mité d vi » .eux, des gelées de viande en assez grande abondance, si l'état génS e .^ une grande propreté, une douce chaleur, une atmosphère sèche, non- eu ™ /t raniment les forces épmsées, mais encore permettent aux médicaments d ag Hv plus d efficacité et ces moyens hygiéniques ont d'autant plus d'action, que les enfants y sont moins habitués, lorsque toutefois ils n'ont pas été entièrement épuisés par les privations. 1

Quant à Yœdème général que présentent quelques-uns des malades, et oui s'est ordinairement manifesté à la suite de la scarlatine, des fumigations sèches et aromatiques, et de légers minorait fs, suffisent ordinairement pour les faire disparaître

Restent maintenant les principales complications, qui sont, ainsi qu'on l'a vu plus haut, \z pneumonie et la diarrhée chronique. M. Taupin pense que dans le traitement de la première, il faut s'abstenir des émissions sanguines, les malades étant dans un grand affaissement. Cette opinion est généralement partagée et l'on doit admettre avec cet auteur qu'il vaut mieux avoir recours immédiatement au tartre stibié à haute dose (1); mais il faut ajouter que, lorsque la pneumonie, soit aiguë, soit chronique, vient compliquer la stomatite ulcéreuse, les moyens employés sont presque constamment insuffisants.

Dans'ïa diarrhée chronique, ce sont les opiacés qu'il faut mettre en usage, et l'on ne doit pas craindre d'en élever la dose, parce que les nombreuses évacuations augmentent encore la déperdition des forces, et rendent bien plus grave la maladie principale. Il faut, en pareil cas, donner matin et soir un lavement d'eau de guimauve, avec addition de 2 à 6 gouttes de laudanum, suivant l'âge du sujet, et appliquer des cataplasmes laudanisés sur l'abdomen.

Quant aux autres complications, le médecin trouvera facilement le traitement qui leur convient.

Nous ne croyons pas devoir multiplier les moyens de traitement ; le lecteur, s'il le désire, en trouvera un certain nombre d'autres dans l'excellente thèse de M. J. Tourdes.

Résumé, ordonnances. — Le traitement qui vient d'être indiqué est assez simple. On a vu que nous avons, pour ce traitement, suivi presque exclusivement M. Taupin, comme nous l'avons fait pour l'étiologie et la symptomatologie. Nous avons cru devoir agir ainsi, parce que les résultats .signalés par M. Taupin ressortent plus particulièrement de l'observation de ceux qui ont été proclamés par d'autres. Cependant nous devons exprimer ici , plus que nous ne l'avons encore

(I) Voy. art. Pneumonie, I. II.

STOMATITE GANGRENEUSE. — TRAITEMENT. 515

fait, le regret que cet auteur ne nous ait point donné l'analyse rigoureuse et numérique de ses observations. Cette précaution était bien plus importante au point de vue du traitement; il résulte de cette lacune, que nous n'avons pu présenter que des appréciations générales dont la précision, quoiqu'un peu plus grande que celle des autres travaux sur cette matière, n'est cependant pas complète.

Le traitement étant assez simple, ainsi que nous venons de le dire, il serait inutile de formuler un grand nombre d'ordonnances. Nous allons en donner deux pour les cas principaux :

Ire Ordonnance.

Page 1