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ACCIDENTS CAUSÉS PAR LA DENTITION

Dans cet article, il ne doit être question que secondairement de la difficulté qu'éprouvent les dents dans leur éruption, et des lésions locales auxquelles cette éruption donne lieu. Il nous suffira d'en donner une idée générale pour éclairer l'étiologie, et pour mieux faire comprendre la succession des symptômes.

Rien n'est plus confus que l'histoire des maladies ou accidents causés par la dentition. Ce n'est pas que de très nombreux travaux n'aient été entrepris à ce sujet. Déjà Hippocrate avait rapidement indiqué les symptômes divers causés par la dentition laborieuse (1) ; Aétius, et plus tard Sydenham (2), et surtout Marris (3), insistèrent beaucoup sur les troubles de la dentition, qui jettent quelquefois les enfants dans un état fort grave. Après eux un grand nombre d'auteurs, parmi lesquels il faut citer particulièrement J. Hunier (k), ont fait des recherches intéressantes sur ce point de pathologie. Enfin, dans ces derniers temps, les auteurs des traités des maladies des enfants ont fait connaître sur ce sujet leurs opinions, bien plus encore que le résultat de leur observation.

Dans toutes ces recherches, on n'a pas procédé d'une manière rigoureuse ; les impressions générales y tiennent presque toujours la place de l'analyse des faits. M. Trousseau (5) est le seul qui, à ma connaissance, ait cherché dans l'examen des faits quelle est la valeur des opinions admises dans la science. Nous emprunterons à ce travail, malheureusement fort incomplet, quelques documents intéressants.

§ I. — Définition, synonymie, fréquence.

On regarde comme troubles, accidents ou maladies causés par la dentition, tous les dérangements qui surviennent pendant l'éruption des dents, qui n'en sont pas

(1) Œuvres d' Hippocraie, tracl. par Littn'j : De la dentition, t. VIII, p. 542.

(2) Schedula monil. de novœ feb.ingres.

(3) De rnorbis acut. infant. Amstelotl., 1715.

(4) OEuvres complètes, trad. de Richelot, t. II, p. 138 et suiv. Maladies des dents, chap. 1\, De la dentition.

(.'>) Sur la dentition des enfants à la mamelle (Journal des connaissances médico-chirurgicales, novembre, 1841).

VALLEIX, 4" édit. — III. 34

une conséquence nécessaire, et qui n'ont pas d'autre cause matérielle que cette éruption elle-même.

Mais ici se présente d'abord une question l'on différemment résolue par les auteurs. Quelques-uns en effet, au nombre desquels il fauteiter Rosen(l), Armstrong et Wichraann, pensent que la dentition ne peut point par elle-même déterminer des accidents graves, et que ces accidents doivent toujours, par conséquent, être rapportés à une autre cause; mais les nombreuses observations présentées par les auteurs, et en particulier celles de Hunter, que nous indiquerons plus loin, ainsi que les faits cités par Arnold (2), ont montré que cette opinion ne peut pas se soutenir, puisque des accidents alarmants, après avoir résisté à un grand nombre d'autres moyens, se dissipent immédiatement après l'éruption des dents, soit qu'elle ait lieu naturellement, soit qu'elle ait été rendue plus facile par une opération.

On a donné à l'ensemble de ces accidents les noms de dentition laborieuse, dentition difficile, maladies odaxystiques (3); pathemaia ex derditione difficili (Fréd. Hoffmann).

On ne sait pas d'une manière positive quelle est la fréquence de ces accidents causés par la dentition; des recberebes suffisantes n'ont pas été faites sur ce point. On peut dire seulement d'une manière générale que ces accidents sont fréquents dans la première dentition, rares au contraire dans la deuxième. Nous verrons à l'article des Causes ce qui a été dit sur leur fréquence relative, suivant que l'éruption des dents est prématurée ou tardive.

§ IX. — Causes.

1° Causes prédisposantes.

Ou a émis un assez grand nombre d'opinions sur les causes prédisposantes de ces accidents, et cependant nous n'avons h ce sujet que des renseignements fort vagues.

Il paraît d'abord inutile de parler de Y âge des sujets, puisque les accidents se montrant surtout dans la première dentition, il est évident qu'ils sont presque toujours observés cbezles enfants à la mamelle. Mais, sous un autre point de vue, la question peut être posée et devient intéressante.

On a dit, en effet, et répété, qu'une dentition trop précoce, aussi bien qu'une dentition tardioe, prédispose les enfants aux divers accidents causés par l'éruption des dents; mais nous n'avons point de faits qui viennent à l'appui de ces propositions M Trousseau a fait des recherches intéressantes sur l'époque de la sortie des dents, et a, sous ce rapport, modifié un peu la manière de voir généralement admise, en montrant que les limites assignées à la première dentition étaient trop étroites- mais malheureusement il n'a point appliqué ces recherches à l'étiologic des troubles delà dentition, de telle sorte qu'elles ne peuvent pas nous servir sous

ce point de vue. , Le même vague se fait sentir quand on recherche l'influence de 1 éruption des

(1) Traité des maladies des enfants. Paris, 1778, in-8.

(2) Wurlemb. corresp. Blatt. .'

(3) Baumes, Traité de la première dentition. Pans, 1806, in-».

ACCIDENTS CAlUSfjS PAR J.A DliNTJTlON. — CAUSES. o31

diverses dénis. Des i'aiis nombreux, mais (jui n'ont point été suffisamment précisés, ont fait admettre par plusieurs ailleurs que l'éruption des molaires et des canines donnait lieu non-seulement à des accidents locaux plus intenses, mais encore ii des troubles généraux plus graves , opinion qui me paraît la plus soulenable; mais, d'un autre côté, J. limiter, Alpb. Leroy, etc., faisant remarquer qu'à l'époque de l'éruption de ces dents l'enfant est plus fort et plus vivace, soutiennent que les troubles de la dentition sont beaucoup plus rares et surtout moins graves. Ce sont là des sujets de recherchés qui doivent vivement intéresser les observateurs.

Jl en est de même de l'influence du sexe, sur laquelle nous n'avons aucun renseignement précis, et qui peut-être n'existe point, quoique Alph. Leroy et Girtanner(l) aient prétendu que. les enfants du sexe masculin sont plus exposés à ces accidents, qui sont aussi plus graves chez eux.

Quant à la constitution, on admet généralement que la dentition est beaucoup plus sujette à produire des accidents chez les enfants débiles (2), chez les scrofuleux, les rachitiques, et par suite, ainsi que l'a avancé Gariot, chez les enfants des grandes villes. L'influence de ces causes est sans doute très possible, mais ce sont encore là des questions qui ne peuvent être définitivement résolues que par des chiffres, et les chiffres nous manquant, il est inutile d'y insister.

Une preuve évidente que les renseignements que nous avons à ce sujet sont très vagues, c'est que quelques auteurs, au nombre desquels il faut citer Fr. Hoffmann (3), ont prétendu que les enfants forts et pléthoriques étaient plus sujets que les autres à des accidents graves.

Le défaut de soins, la mauvaise alimentation des enfants, en un mot les mauvaises conditions hygiéniques, ont encore été placés au nombre de ces causes. M. Trousseau insiste sur ce point, et nous verrons plus loin que cet auteur attribue les convulsions des enfants, pendant la dentition, presque exclusivement à une indigestion; mais c'est là une cause occasionnelle dont nous ne devons pas nous occuper ici.

En joignant à ces causes ['épaisseur et la dureté anormale des gencives, nous aurons les principales conditions dans lesquelles les auteurs ont signalé les troubles de la dentition causés par l'état où se trouve l'enfant. Mais il est des cas que l'on a attribués aux conditions dans lesquelles se trouve la nourrice, et qu'il importe d'énumérer : ce sont la menstruation; les passions, et en particulier les passions tristes; les divers excès, et surtout les excès de boissons alcooliques. Il est inutile de dire que des recherches rigoureuses n'ont pas été faites à ce sujet.

On a mentionné d'autres influences qui sont en dehors des conditions particulières dans lesquelles se trouvent l'enfant et la nourrice; ainsi les climats et les saisons. Jos. Frank insiste sur ce point. Il ne saurait admettre, avec Hippocrate et Andry, que la saison froide favorise l'éruption des dents. Suivant lui, cette éruption a beaucoup plus de dangers, et occasionne par conséquent des accidents bien plus fréquents dans les régions septentrionales que clans les régions méridionales. C'est une observation qui résulte des faits observés en Russie et en Italie.

(1) Ueber die Kinderkrankheiten.

(2) Alph. Leroy, Médecine maternelle, ou l'art d'élever les enfants. Paris, 1830 in-8

(3) Opéra omnia, t. III; De pathemalibus ex dentitione difficili.

Nous n'en (liions pas davantage sur ces causes, clans l'appréciation desquelles nous ne trouvons point la rigueur nécessaire. Nous n'avons pas parlé de quelques autres, telles que le relâchement du ventre et une toux habituelle, parce que, à l'occasion de ces symptômes, nous aurons à en dire quelques mots.

2" Causes occasionnelles.

Dans la très grande majorité des cas, on ne trouve point d'autre; cause occasionnelle que l'éruption des dents elle-même, qu'il est inutile d'indiquer, puisque nous avons établi plus haut qu'elle est réellement la source des accidents; mais quelquefois on en a pu observer quelques-unes qui méritent d'être mentionnées.

Du côté de l'enfant, ce sont : la mastication trop souvent répétée d'objets durs, tels que les hochets d'ivoire et de cristal, à la suite de laquelle les gencives sont devenues plus dures ; une maladie intercurrente ; une mauvaise direction des dents, et enfin l'indigestion observée par M. Trousseau. Toutefois, celte dernière cause ne produirait pas, suivant cet auteur, tous les accidents de la dentition indifféremment; ce sont les convulsions qui en seraient la suite la plus fréquente. Cette opinion avait déjà été émise par quelques auteurs, mais aucun ne l'avait encore aussi formellement énoncée. Il est fâcheux que M. Trousseau ne nous ait pas fait connaître, par l'analyse des faits, le degré d'influence de cette cause.

Du côté de la nourrice, nous retrouvons les divers excès et les passions violentes, déjà mentionnés dans le paragraphe précédent. Ici ces causes agissent immédiatement, et sont excitantes, puisque la dentition, jusque-là régulière, se trouble tout à coup.

Outre ces diverses causes, que l'on peut appeler pathologiques, on a cherché encore la raison physiologique de ce développement d'accidents plus ou moins graves sous l'influence du travail de la dentition. D'abord on a reconnu qu'une plus grande solidarité des divers organes chez l'enfant, une sympathie plus étendue et plus facile à exciter, entrent pour beaucoup dans ces phénomènes. Ce fait ressort d'une considération sur laquelle Hunter a particulièrement insisté : c'est la grande fréquence des troubles de la dentition lors des premières éruptions, et leur rareté lors des dernières, quoique souvent celles-ci éprouvent des obstacles plus considérables et occasionnent des douleurs plus vives. Puis on a eu recours à d'autres explicat.ons beaucoup moins satisfaisantes pour les esprits rigoureux; elles sont exposées par les auteurs du Compendium de médecine, il me suffit de les indiquer ici. Suivant Capuron (1), il faut attribuer la facilité avec laquelle se produisent les troubles de la dentition, non-seulement à la sympathie qui lie toutes les parties de l'organisme, mais encore à la direction des forces vitales vers la tête chez les enfants. Guersant avance à peu près la même chose, lorsqu'il attribue ces effets à l'afflux du sang, à l'activité exagérée du cerveau, à la susceptibilité nerveuse. D'autres (Lggertj admettent une surabondance des éléments de l'ossification ; d'autres encore (Red, Heyfelder) font jouer le principal rôle à l'irritabilité; Baumes se contente d enumérer les principales conditions dans lesquelles se produisent les maladies odaxystiques. Nous n'insistons pas sur ces explications, qui auraient besoin d une démons-

(1) Traité des maladies des enfants. Paris, 1813, p. 1 / 1 •

ACCIDENTS CAUSÉS PAR f.A DENTITION. — SYMPTÔMES. 533 tration rigoureuse, el qui, dans l'état actuel de la science, sont d'un faible intérêt pour le praticien.

§ III. — Symptômes.

Les symptômes des affections produites par l'éruption des dents sont si nombreux el si variables, a dit Hunter, qu'il faut renoncer à les décrire. Cette proposition est trop absolue. Il est vrai que les troubles causés par la dentition portant sur un grand nombre d'organes, une description générale est fort difficile; mais on peut, à l'exemple de Dugès (1), en établissant une division méthodique, parvenir à donner une idée suffisamment exacte de ces accidents divers. Nous ne croyons pas qu'il soit nécessaire de présenter ici les nombreuses divisions proposées par les auteurs qui se sont occupés de ce sujet. Nous nous bornerons à dire que dans beaucoup d'entre elles on a éteudu outre mesure le cadre des affections dont il s'agit ici. C'est là une conséquence de la tendance ancienne des médecins à rapporter à la dentition presque toutes les affections qui surviennent dans son cours. Nous pensons qu'il suffit de distinguer, avec Billard et Guersant, les accidents de la dentitiou en locaux et en sympathiques.

1° Accidents locaux. — Ils sont peu nombreux. C'est d'abord une hémorrliagie peu abondante, principalement signalée par Billard (2), hémorrliagie que, suivant cet auteur, on peut méconnaître, parce que l'enfant avale le sang exhalé. On n'a pas cité de cas où celle hémorrliagie ait été alarmante; il est donc inutile d'en parler plus longuement.

Viennent ensuite \esaphthes, qui ne présentent rien de particulier. Il suffit donc de renvoyer le lecteur à l'article consacré à cette affection (voy. t. III).

Enfin on trouve mentionnée dans les auteurs, comme conséquence de la dentition laborieuse, la gangrène de la bouche. Mais les recherches de M. Taupin, citées plus haut, et celles de MM. Rilliet et Bardiez (3), ont prouvé qu'on avait au moins extrêmement exagéré la puissance de cette cause.

2° Accidents sympathiques. — Onvoilque les affections locales ont peu d'importance ; il n'en est pas de même des affections sympathiques, dont nous allons tracer la description. C'est dans celte parlie de l'histoire des troubles delà dentition qu'il est nécessaire de suivre une des divisions proposées. Celle de Dugès, qui expose ces accidents d'après l'ordre des appareils organiques qui en sont le siège, nous paraît la plus claire et la plus simple, et par conséquent celle qui doit être préférée. Cependant nous croyons que cette manière d'envisager les faits serait incomplète, si, dans un résumé, on ne donnait une idée générale de l'état des enfants pendant qu'ils sont en proie à ces accidents, et si l'on ne montrait comment ces accidents divers peuvent se combiner entre eux de manière à se présenter presque tous chez le même sujet.

". Fièvre. — Un degré variable, de fièvre accompagne fréquemment l'éruption des dents; mais s'il ne dépasse pas une cerlaine limite, le mouvement fébrile n'est pas regardé comme un élat morbide. Il est impossible de déterminer exactement cette limite; toutefois on peut dire que si l'inappétence est complète, la soif vive,

(1) Dictionnaire de médecine cl chirurgie pratiques, t. VI, p. 221.

(2) Traité des maladies des enfants, p. 260.

(3) Traité des maladies des enfants. Paris, 18 i3, t.. Il, p. 381.

°3^' MALADIES IM.S VOIES IHdl.STlVES.

le caractère très irritable; s'il y b insomnie- on, an contraire, somnolence prolongée; si la peau est très chaude, la face rouge, les veux très animés ou, an contraire soporeux, l'état morbide est réel. Il est inutile de présenter longuement la description de celte fièvre, co ic l'a l'ait Dugès : elle ne présente, en effet, rien de parti

cnlier. Il suffit d'ajouter à ce qne nous venons de dire que les urines sont 'peu abondantes, ronges et épaisses, et qu'il survient des éruptions cutanées variables telles (pie l'éry thème et le strophulus. Cette fièvre, quanta sa forme, est, suivant l'auteur qne nous venons de citer, continue, ou bien plus rarement erratique Cette dernière, que Dugès a principalement rencontrée pendant l'éruption des molaires, ne présente pas de frisson initial.

b. Troubles du système nerveux. ~~ Il est rare que, dans les cas où la fièvre est un peu intense, on n'observe pas l'insomnie, les réveils en sursaut, les frayeurs, etc. ; mais tant que ces symptômes existent seuls, ils n'inspirent pas de craintes réelles' Il n'en est plus de même lorsque de véritables convulsions se manifestent. Ces convulsions sont un des accidents les plus redoutés; elles affectent la forme suivante : tantôt on voit que les yeux sont seulement convulsés; ils s'agitent dans l'orbite, ou plus souvent ils se cachent sous la paupière supérieure, de manière à ne laisser voir que la sclérotique ; tantôt la face participe à ces convulsions, les muscles se contractent en divers sens, puis se détendent; la lèvre inférieure se cache sous la supérieure, quelquefois même la bouche est légèrement déviée; d'autres fois les membres supérieurs deviennent roides par moments; ils se contournent, etlc pouce, placé dans la paume de la main, est fortement pressé par les autres doigts. Hunter a VU, dans un cas, le poignet et les doigts exclusiv ement affectés de convulsions, et le traitement démontra clairement que la dentition laborieuse était la cause de ce phénomène, puisque, après avoir pendant longtemps essayé vainement un grand nombre de moyens, ce chirurgien célèbre avant pratiqué l'incision de la gencive, vit presque immédiatement Cesser tous les accidents, qui, s'étant reproduits chez le même sujet, furent de nouveau dissipés par la même opération.

Ces convulsions sont ordinairement cloniqueS, ainsi que l'ont remarqué plusieurs auteurs; mais dans quelques cas ou a observé un véritable trismus.

On a vu encore survenir, dans le cours de la dentition, des symptômes de congestion cérébrale. M. Fischer, cité par les auteurs du Compendium, a avancé qu'elle existe six fois sur dix. i\Iais sans doute il a regardé comme une véritable congestion la surexcitation cérébrale qui se montre si fréquemment pendant l'éruption des dents. On ne doit admettre, avec la plupart des auteurs, et en particulier avec M. Th. Guibert (1), l'existence d'une congestion cérébrale, que si aux divers symptômes cérébraux précédemment indiqués il se joint l'immobilité des pupilles, et encore même conçoit-on très bien que ce soit là un phénomène purement nerveux. Cette question a besoin d'être éclairée par de nouveaux faits. M. Fischer, qui attache une grande importance à ['auscultation du cerveau (2) , a donné comme un signe de cette congestion un bruit sec, dur, se rapprochant du bruit de râpe, et entendu principalement sur la fontanelle antérieure. 3Iais les doutes que nous avons dû élever sur l'existence, dans un bon nombre de cas du moins, de cette congestion, nous dis-

(1) Archives générales de médecine. Paris, 1827, t. XV, p. 31.

(2j TheAmeric, Journ.ymût i s :î s .

ACCIDENTS CAUSÉS l'Ali LA DENTITION. — SY.M PTÔMKS. 535

pensent de discuter la valeur de celle assertion, fondée sur des recherches qui n'ont pas été répétées.

Quant à la production d'une hydrocéphalie sous l'influence de l'éruption des dents, c'est une opinion mise en avant par M. Senn, mais démentie par les laits. Les auteurs du Compcndiwii, déjà cités, l'ont prouvé en l'appelant. les recherches de M. Piet (1), desquelles il résulte que les convulsions et les autres symptômes de la dentition laborieuse ne laissent aucune trace d'inflammation dans l'encéphale. Celte citation est, en effet, suffisante.

c. Troubles des voies dirjestives. — Les vomissements qui surviennent chez les enfants, pendant la dentition, ne se montrent pas seuls, et ne sont point regardés comme un véritable accident

H en est autrement de la diarrhée, qui se montre si souvent, et dont la valeur pronostique a été si diversement appréciée. Hippocrate la regardait comme d'un bon augure; Fréd. Hoffmann a émis formellement la même opinion; et cette manière de voir est tellement répandue, qu'elle est passée dans le vulgaire. Cependant la force des faits a fait admettre que, dans certains cas où elle est très intense, nonseulement elle n'est pas favorable, mais encore elle a du danger. M. Trousseau a même été bien plus loin, puisqu'il a conclu de ses observations que la diarrhée était toujours un symptôme qu'il fallait chercher à supprimer. Les recherches de cet auteur étant les seules qui soient fondées sur une étude exacte et comparée des faits, sont aussi les seules qui méritent notre confiance.

On a attribué une heureuse influence à la diarrhée, parce que, dit-on, elle préserve les enfants des convulsions; et c'est précisément chez les enfants affectés de diarrhée que M. Trousseau a observé le plus souvent les convulsions. On a dit que la suppression de la diarrhée occasionnait fréquemment des accidents graves ; et ce médecin, qui s'empresse toujours de la supprimer, n'a jamais été témoin d'aucun de ces accidents. Il est bon que ces observations soient répétées, car la diarrhée ayant par elle-même des inconvénients incontestables, il est nécessaire que les praticiens soient éclairés sur ce point important.

M. le docteur Bourgeois (2) donne le nom de cholérine des enfants pendant la première dentition, à cette diarrhée qui devient parfois assez grave pour causer la mort ; mais il n'y a qu'une ressemblance très éloignée entre cette affection et la véritable cholérine.

La diarrhée ne présente, d'ailleurs, à considérer que sa plus on moins grande abondance. Elle est quelquefois telle que, suivant M. Trousseau, les enfants peuvent mourir avec les symptômes du choléra. Du reste, il n'a été fait aucune recherche satisfaisante sur l'aspect et la nature des selles, ni sur les symptômes qui accompagnent leur évacuation. Nous n'avons de renseignements que sur la marche de la diarrhée, dont il sera question un peu plus loin.

d. Troubles de l'appareil respiratoire. — Enfin presque tous les auteurs ont signalé une toux opiniâtre qui accompagne l'éruption difficile des dents. Hunier la compare à celle tic la coqueluche; les autres auteurs lui donnent simplement le nom de toux convulsive. Grimm (3) l'a vue durer pendant neuf semaines.

(1) :Sur la méningite tuberculeuse des enfants, thèse. Paris, 183(3.

(2) Archives gcn. de médecine, 4e série. Paris, 1846, t. XII, p. 76.

(3) De infanlium tussi ennvulsiva, etc. (Mise. Acad. nat. cur., dec. in,ann. ix).

A quoi tient celte toux? Est-ce seulement une toux nerveuse? ou bien y a-l-il «ne inflammation des bronches qui en donne l'explication? C'est ce qu'il n'est pas permis de décider, d'après les recherches peu précises des auteurs. Les enfants peuvent d'ailleurs avoir d'autres maladies qui causent la toux. Ne serait-ce pas une bronchite ordinaire ou mémo une pleurésie qui aurait donné lieu aux symptômes mentionnés dans l'observation de Fûrstenau (1)? Il est très difficile de se prononcer à cet égard.

(niant au stertor observé par Stoll, à l'anhélation, aux sanglots, à la raucité de la voix, ce sont des conséquences de l'état de la poitrine qui ne doivent pas nous arrêter plus longtemps.

Tels sont les principaux accidents qui accompagnent l'éruption difficiledes dents. Si maintenant nous jetons un coup d'œil général sur la manière dont ils se produisent et se groupent, nous voyons que l'enfant, d'abord morose, refusant de se tenir sur ses jambes, si déjà il avait commencé à marcher, est pris d'une soif plus ou moins vive, et souvent refuse les aliments; puis, au bout d'un certain temps, une véritable fièvre s'allume, la diarrhée survient, ou prend de l'accroissement, si elle existait déjà à un faible degré ; et enfin, dans les cas graves, les convulsions se manifestent.

Il ne reste plus, pour compléter ce tableau, qu'à indiquer les diverses éruptions qui se montrent principalement à la face, et qu'on a appelées feux de dents, et Vophlhalmie dont Westphal (2) a cité un exemple remarquable. C'est presque toujours l'éruption des dents canines qui donne lieu à ce dernier accident, et l'on en trouve facilement l'explication dans les rapports plus intimes de ces dents avec les filets du maxillaire supérieur. Enfin Hunier a cité un exemple remarquable écoulement purulent de iur'ethre, semblable à la gonorrhéc, chez un jeune enfant, et d'autres ont observé un flux de la même nature qui avait lieu par le vagin. Ces cas sont rares.

§ IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.

S'il était difficile de présenter un tableau général des symptômes, il l'est encore bien plus d'indiquer la marche de tant de phénomènes variés, qui ont tous leur allure particulière. Contentons-nous de dire que, dans le plus grand nombre des cas, la fièvre, promplement allumée, conserve son intensité pendant tout le cours de la dentition difficile. Nous avons vu plus haut que, dans d'autres, elle avait une espèce d'intermittence. Les convulsions, ne se produisant qu'au plus fort de la maladie, sont ordinairement de courte durée, ou n'ont lieu que pendant un petit nombre de jours. Cependant on les a vues renaître avec persistance : tel est le cas de convulsions partielles cité par J. Hunter. Quant à la diarrhée, tantôt elle ne se produit qu'au plus fort du mouvement fébrile; tantôt, au contraire, elle se montre alors même que les symptômes de la dentition sont très peu intenses et ne dépassent pas sensiblement les limites des phénomènes normaux. Presque toujours elle cesse immédiatement après la sortie de la dent.

Dans un certain nombre de cas, on observe une marche intermittente irrégu-

(1) Act. Acad. nat. cur.,\o\. IX, p. 201, ol>s. 17.

(2) An. Acad. nat. eur., t. VIII.

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