ACCIDENTS CAUSÉS PAU LA DENTITION». — DIAGNOSTIC
Hère de tous les symptômes. Ainsi on voit les accidents nombreux et variés cesser presque tout à coup pour se reproduire quelques jours après. Il faut alors rechercher s'il 5 a eu ou non éruption d'une dent. Si une dent est sortie, les nouveaux accidents se lient à l'apparition prochaine d'une autre dent. Dans le cas contraire, il s'est fait un temps d'arrêt dans l'évolution dentaire qui reprend son cours après un temps plus ou moins long. C'est ce que l'on observe principalement à l'époque de la deuxième dentition et de l'éruption des dents molaires ; mais alors les enfants ayant acquis plus de vigueur, les symptômes sont presque tous Focaux.
La durée est subordonnée nécessairement à celle de l'éruption. Quelquefois les accidents se prolongent pendant presque toute la dentition, avec des intervalles variés, l'apparition de chaque nouvelle dent donnant lieu à des accidents nouveaux. Mais il n'est pas rare devoir des enfants qui, après avoir été gravement malades lors de l'éruption de quelques dents, ne présentent plus aucun symptôme à l'apparition des suivantes, et vice versâ.
La terminaison serait, d'après un grand nombre d'auteurs, bien souvent funeste; mais il y a là une grande exagération, et cela tient à ce que l'on a fréquemment attribué à la dentition le résultat funeste d'un grand nombre de maladies qui en sont indépendantes. Rien ne prouve donc qu'il soit exact de dire, avec Berdmore, que la dentition difficile fait mourir la moitié des enfants, ou seulement le tiers, ainsi que l'affirme Plenk. Toutefois les changements qui surviennent fréquemment dans la santé à l'époque de la première dentition, le dépérissement que l'on observe alors, et la mort dans les convulsions, prouvent néanmoins que ces accidents ont une gravité incontestable. On a encore attribué à la dentition un grand nombre d'affections chroniques survenues après l'éruption des dents : ainsi les scrofules, le rachitisme, la phthisie, etc. C'est une question qui demande, pour être résolue, des recherches toutes différentes de celles qui ont été faites jusqu'à présent.
§ V. — Lésions anatomiques.
Nous avons très peu de choses à dire des lésions anatomiques qu'on a trouvées dans la bouche. Les traces de l'inflammation des gencives, des dents déviées, des productions ossiformes, des dents surnuméraires, telles sont les altérations anatomiques que l'on observe. Les convulsions ne laissent aucune trace notable. Quant à la diarrhée, si elle se prolonge et si elle est intense, elle peut, suivant RI. Trousseau, donner lieu à l'ulcération de la membrane muqueuse intestinale ; mais il serait inutile de nous étendre davantage sur ce sujet.
§ VI. — Diagnostic, pronostic.
Il est ordinairement facile de s'assurer que les divers accidents décrits plus haut appartiennent à la dentition. Si, en effet, chez un enfant bien portant, on voit survenir quelques-uns des signes normaux de l'éruption des dents, comme la rougeur, la sécheresse des gencives, la salivation, le mâchonnement, et si bientôt après apparaissent les symptômes indiqués plus haut, on ne saurait guère douter que l'éruption des dents n'en soil la cause.
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Toutefois, los enfants sont sujets à «les affections particulières qui peuvent donner lion aux mômes accidents. I ne lièvre accompagnée do loux peut occasionner dos com Misions plus on moins \ iolonios ; l'absence ou la présence des symptômes locaux du côté de la bouche, et l'état de la poitrine, feront reconnaître s'il s'agit réellement d'une (loniiiion difficile, d'une bronchite mimse, Œvm-plewésie ou d'une pneumorde. Quant aux convulsions, l'absence de paralysie empochera qu'on les confonde avec l'apoplexie et la congestion cérébrale, d'ailleurs rares chez los enfants.
Est-il nécessaire d'établir le diagnostic des convulsions dues à la dentition, el de Yéclampsie? Suivant Ant. Dugès (1), les convulsions causées par la dentition sont une éclampsie véritable; les autres auteurs ne s'expliquent pas à cet égard. La question de l'éclampsie est, comme on le sait, fort obscure; c'est pourquoi nous croyons devoir renvoyer son examen à l'article consacré à cette maladie, où nous passerons en revue les principales observations.
En somme, c'est la marche de l'affection et l'absence ou la présence des symptômes locaux du côté de la bouche qui doivent servir de base à ce diagnostic, qu'il serait inutile de présenter en tableau synoptique.
Pronostic. — Nous avons vu plus haut, à l'occasion de la terminaison, que les accidents de la dentition difficile pouvaient se terminer par la mort, ou porter une grave atteinte a la santé jusqu'alors florissante. Il faut néanmoins, pour qu'il en soi! ainsi, que ces accidents aient une assez grande intensité. On admet généralement que plus l'enfant est jeune, plus l'éruption laborieuse des dents a de danger. Celte manière de voir s'applique également aux enfants faibles, débiles, cacochymes. Toutefois, si, comme le prétend Hoffmann, los convulsions étaient plus fréquentes chez les enfants forls et pléthoriques, il faudrait un peu modifier cette opinion. De tous les accidents de la dentition, les convulsions sont en effet le plus redoutable et celui qui cause le plus souvent la mort; mais rien ne prouve que l'assertion d'Hoffmann soit l'expression dos (ails.
Nous avons vu plus haut que, d'après les recherches de M. Trousseau, la diarrhée est moins innocente qu'on ne le pense, el surtout qu'elle n'est pas un préservatif des convulsions.
§ VII. — Traitement.
Tous les auteurs oui divisé le traitement de la dentition difficile en trailement prophylactique et en traitement curatif.
Rendre plus faciles l'évolution des dents et la perforation de la gencive, tel est le but que se propose le traitement prophylactique. En première ligne, il faut placer le régime et les soins hygiéniques. Ainsi, on recommande de nourrir les enfants exclusivement au sein pendant l'éruption des premières dents. Dans ces derniers temps, M. Trousseau a fortement insisté sur ce point* et s'est prononcé à peu près de la même manière que Duval (2). Celui-ci dit qu'il faut attendre, pour sevrer l'enfant, la sortie de toutes les dents de lait, et M. Trousseau veut qu'avant le sevrage l'éruption des huit incisives et des quatre premières molaires ait lieu. Or, comme d'après les calculs de M. Trousseau, les quatre premières molaires et les deux inci-
(1) De l'éclampsie des jeunes enfants, comparée avec l'apoplexie et le tétanos {Mémoires de l'Académie de médecine. Paris, 1833, t. III, p. 303).
(2) Le dentiste de la jeunesse. Paris, 1817, p. 48.
A(Cii)i:Ms c.Misi.s P.wi LA ni;NTiri()\. — TRAITEMENT. 539
çives latérales se montrent de douze à vingt mois, l'espace compris entre ces deux limites renfermerait l'époque où les enfants doivent être sevrés. Malheureusement ces assertions ne sont pas appuyées sur des faits concluants, et peut-être beaucoup de médecins trouveront-ils qu'attendre jusqu'à vingt mois pour faire prendre à un entant des aliments un peu substantiels, c'est prolonger beaucoup l'alimentation lactée.
Soustraire les enfants à l'influence du froid ; leur l'aire prendre des bains fréquents et prolongés, s'ils sont pléthoriques et nerveux; des toniques et des bains alcalins, au contraire (1), s'ils sont faibles et lymphatiques, tels sont encore les préceptes donnés par les auteurs. Mais qu'y a-t-il de vrai dans cette manière de voir? C'est ce que nous ne pouvons dire d'une manière positive. Toutefois, est naturel de penser que tout ce qui peut entretenir chez les enfants une santé robuste les mettra à même de supporter plus facilement les troubles physiologiques de la dentition.
Faudrait- il, à l'exemple de quelques auteurs, chercher à produire des évacuations alvines fréquentes, dans le but de prévenir les convulsions, en produisant
, une espèce de diarrhée artificielle? Ce qui a été dit plus haut de la diarrhée prouve que ce moyen est au moins inutile.
Viennent maintenant les moyens locaux, qui consistent à ramollir les gencives
i par des émollients, la décoction de figues grasses, la crème, le beurre, etc., ou au contraire à les rendre plus sèches, plus cassantes, plus faciles à se rompre sous l'effort que fait la dent pour sortir de l'alvéole. Parmi les moyens employés danscette dernière intention, se trouvent les frictions exercées par la. nourrice sur
: les gencives, et les hochets de bois, d'or, d'ivoire, de cristal, si généralement employés.
Rien ne prouve que les moyens émollients aient atteint le but. Quant à la mastication des corps durs, des hochets de diverses espèces, les opinions sont très partagées. Ant. Petit, Gardien, Billard, etc. , se sont élevés contre l'usage des hochets fabriqués avec des substances dures, qui déjà avaient été proscrits par Aétius. Suivant ces auteurs, il résulte de l'usage des hochets une. dureté considérable de la gencive, une callosité qui s'oppose à la sortie delà dent. L'opinion de Guersant est que les corps durs sont utiles au début de la dentition, et que les corps un peu mous, tels que la racine de guimauve, de réglisse, proposés par Billard, doivent être employés lorsque la dent, déjà formée, presse de bas en haut le tissu fibreux des gencives. Baumes est d'une opinion diamétralement opposée, c'est-à-dire qu'il conseille les corps mous au début et les corps durs lorsque la dent formée distend la gencive. Cette dernière manière de voir paraît mieux fondée sur les progrès de révolution dentaire. Toutefois il y a loin de cette probabilité à une démonstration réelle, et plus nous avançons, plus nous trouvons de doutes et d'incertitudes dans cette histoire de la dentition laborieuse, qu'il serait cependant si utile i d'éclairer.
Traitement curait f. — On peut diviser ce traitement en trois parties distinctes : la première comprend le traitement des divers symptômes ; la seconde renferme les divers médicaments auxquels les anciens médecins attribuaient une espèce de vertu spécifique; et dans la troisième nous ferons entrer les moyens locaux pro-
( I) Baumes, Traité de la première dentition. Paris, 1806, in-S.
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près à favoriser ou à déterminer l'cn.plion des dénis, rendue difficile par des circonstances diverses.
1° Traitement des symptômes. ~ U serait inutile de s'étendre longuement sur ce traitement. Les divers troubles des appareils que nous avons décrits ne présentent, en effet, rien de spécial, si ce n'est la cause qui les a produits. Aussi suffira-t J de dire que l'on cherche à modérer la fièvre par les boissons adoucissantes ou acidulées, par de légers diurétiques; que, dans les cas où il y a somnolence et des signes de stase sanguine vers la tête, on applique des sangsues derrière les oreilles à l'exemple de Marris et d'Alph. Leroy; que, s'il survient des convulsions on donne les antispasmodiques : le camphre, le musc, etc. ; qu'on emploie contre la diarrhée les boissons émollientes, les lavements avec quelques gouttes de laudanum; en un mot, qu'on met en usage les moyens employés pour supprimer ces symptômes, dans quelque circonstance qu'ils se produisent, moyens qu'il serait inutile d'énumérer ici.
On voit que nous admettons, avec M. Trousseau, que la diarrhée ne doit pas èire respectée, et encore moins excitée, comme le veulent quelques-uns. Suivant Boehr (1), la diarrhée serait entretenue par la déglutition de la salive, qui, comme on le sait, est sécrétée en plus grande abondance pendant le travail de la dentition. S'il en était ainsi, on devrait, autant que possible, s'opposera cette déglutition, en nettoyant souvent la bouche : mais rien n'est moins prouvé que l'assertion de cet auteur; s'il y avait une constipation marquée, on ne devrait pas hésitera donner un léger laxatif, ou, ainsi que le conseille Jos. Frank, le calomel, de la manière suivante :
Calomel 0,05 gram. | Sucre 0,20 gram.
Délayez dans une cuillerée de lait. A prendre deux ou trois fois par jour.
De simples lavements émollients suffisent souvent.
La toux demande aussi quelques moyens particuliers. Ce sont les narcotiques qui doivent être spécialement employés contre elle. Quelques cuillerées de sirop de pavot blanc, des frictions sur la poitrine avec un Uniment laudanisé, suffisent chez les enfants. Le soufre doré d'antimoine est prescrit dans les mêmes cas par Wedekind, qui donne la formule suivante :
Sirop d'allhœa 30 gram.
A prendre par cuillerées à café toutes les trois heures.
Soufre doré d'antimoine. . 0,05 gram.
Gomme arabique 4 gram.
On voit que, comme nous l'avions annoncé, le traitement de ces accidents divers ne présente rien de particulier et qui doive nous arrêter plus longtemps. Il n'eu est pas de même des moyens que nous allons maintenant indiquer, et qui ont été prescrits par les auteurs des siècles derniers d'une manière purement empirique.
2° Traitement par des moyens donnés comme spécifiques, loul le monde con-
(1) Rusl's Magazin, t. XLII.