OREILLONS. — CAUSES. 5/,Ç
n'en dirons-nous que quelques mois, car elle est si légère, si peu importante, qu'elle mérite à peine, dans le plus grand nombre des cas, l'attention du praticien.
Cette maladie, comme nous venons de le dire, consiste principalement dans le gonflement de la région parotidienne et sous-maxillaire, accompagné, dans quelques cas seulement, d'un mouvement fébrile pins ou moins prononcé.
On a donné des noms variés à cette affection observée depuis les premiers temps de la médecine, et dont Hippocrate (I) a décrit une épidémie. Quelques auteurs ont voulu la désigner sous les noms d'angina parotidea (Jos. Frank, etc.); de cynanche parotidea; parotis spuria (Lieutaud) ; catarrhus Bellinsulanus (Sauvages); sialadenites psyctica (Hildenbrand).
La plupart des descriptions que nous en avons ont été faites d'après les épidémies, qui sont assez fréquentes.
Parmi les causes de l'affection, on a placé le sexe masculin, et Y âge compris entre la puberté et la trentième anuée, quoique le sexe féminin et les autres âges y soient sujets dans une certaine proportion. C'est au printemps et à Yautomne qu'on a vu principalement survenir les épidémies dont nous avons la description. Les temps froids et humides; le séjour dans des lieux sombres, privés d'air, sont très favorables à son développement. Déjà Hippocrate avait signalé l'influence de l'humidité, qui a ensuite été reconnue par Borsieri, P. et J. Frank, et la plupart des observateurs.
Enfin, pour terminer ce que nous avons à dire des causes, il faut signaler l'apparition de la maladie sous forme d'épidémie, et rechercher si, comme quelques auteurs le pensent, elle peut se communiquer par contagion. Dans certains endroits, et surtout dans les lieux bas et humides, les oreillons se présentent si fréquemment, qu'on peut les considérer comme endémiques; et aux époques de l'année précédemment indiquées, c'est-à-dire au printemps et à l'automne, un si grand nombre de sujets en sont affectés, que le caractère épidémique paraît évident. C'est ainsi que Laghius (2) cite une épidémie qu'il observa à Bologne en 1 733 ; que Rochard (3) décrit cette affection à la fois endémique et épidémique, ce qui lui a fait donner par Sauvages le nom de catarrhus Bellinsulanus, et qu'un grand nombre d'autres auteurs, tels que Noble {h), Jos. Frank (5), Borsieri d'après J. Protolongo, etc. , ont rapporté des histoires d'épidémies plus ou moins frappantes. Presque toutes ces épidémies se sont présentées avec des caractères identiques. A peine y a-t-il en quelques particularités que nous signalerons plus loin.
Maintenant pouvons-nous, avec Laghius, admettre la contagion? Suivant cet jeteur, l'épidémie qu'il a observée aurait été apportée d'Afrique par les vents; mais rien n'est assurément moins prouvé, et, comme il n'existe pas un seul fait évident de contagion, on ne saurait admettre l'existence de cette cause spéciale.
[ La maladie connue sous le nom d'oreillons, et à laquelle par un heureux hasard "n nom nouveau emprunté à la nomenclature organo-pathologique n'a point été
(1) Œuvres complètes fi' Hippocrate, Irad. par Littré. Paris, 1840, t. Il, Épidémies,
(2) Wst. epid. const. Comment. Bonon., I. V, pars i.
(3) Maladie particulière des glandes endémique à Belle- lsle-en-mer (Journ. de méd ). W Ihstory of an epidem. of cyn. parai. {Med. and surg. Journ., vol IVl
(S) Praxeos med., vol. I, p. m, sect. 1.
'''u) MALADIES DES VOIES DIGESTIVES.
encorcimposé, est toul autre chose qu'une simple parotidite. On peut ici comme à 1 occasion de tomes les inflammations siégeant au uîveau de la région parotidiennesous la peau, agiter la question de savoir si c'est la glande elle-même «mi est malade, on s, ce ne seraient pas plutôt les ganglions lymphatiques de cette région. Sous ce rapport, la question nous paraît jugée, et nous espérons qnc les réflexions qui suivent ne laisseront pas de doutes dans l'esprit du lecteur
Et d'abord l'oreillon n'est pas une simple parotide; en effet, celte maladie a plusieurs sièges de prédilection, et sa manifestation n'a pas lieu seulement au niveau de la parotide, puisque fréquemment le testicule, la grande lèvre, la mamelle se montrent également atteints, soit en même temps, soit alternativement; d'ailleurs il existe un état général qui précède l'apparition de cette phlegmasie localisé,; celte phlegmasie elle-même suit rarement toutes ses périodes, et, le plus souvent avorte. Dans aucun cas on n'a signalé l'action d'une cause locale, d'une violence directe ayant porté sur la région parotidienne, ni sur un organe voisin, tel que l'oreille ou le pharynx dont l'inflammation peut retentir sur les ganglions parotidiens. La parotide, l'épididymitc, l'orchite ou la mammite se produisent ici d'emblée, spontanément, et sous l'influence d'une cause générale. Celte cause générale, vu la forme habituellement épidémique de la maladie, est évidemment un agent infectieux de nature animale, et, sous ce rapport, les oreillons peuvent être comparés aux fièvres continues et aux fièvres éruptives. Il est vrai, en ce qui concerne le siège réel de la phlegmasie dans la région parotidienne, qu'on a eu rarement l'occasion de le déterminer, le scalpel à la main; mais si l'on veut bien considérer que le testicule, qui est une glande, et la mamelle, sont également affectés par la maladie, on trouvera dans ce rapprochement une forte présomption en faveur de l'opinion exprimée par nous, que c'est bien la glande salivaire elle-même qui est malade en pareil cas. H arrive assez souvent qu'à la fin des fièvres continues, surtout des fièvres typhoïdes, il survient un gonflement de la régiou parotidienne, et qu'un abcès s'ouvre, soit à la peau, soit par le conduit auditif. Ces abcès parotidiens, ces otites, ne peuvent être confondus avec les oreillons proprement dits, et ce n'est que par un abus de langage que le même mot a pu être appliqué à des manifestations morbides si différentes dans leur essence. ]
Symptômes. — Fréquemment cette maladie débuta par les symptômes locaux.
Dans les cas les plus graves, cependant, on observe d'abord des alternatives de frissons légers, d'horripilations et de chaleur, qui se montrent principalement le soir, et qui n'ont pas une longue durée.
La maladie une fois déclarée, on observe ce qui suit. Le malade éprouve, audessous d'une des deux oreilles, rarement dans ces deux régions tout d'abord, une tension plus ou moins considérable, avec une douleur contusive peu intense, et une certaine gêne dans le mouvement de la mâchoire. Bientôt il survient un gonflement, avec tension, sans dureté considérable, donnant sous le doigt la sensation d'un corps pâteux, très légèrement rénitent. La peau cependant ne change pas de couleur dans la plupart des cas; elle ne paraît pas collée aux parties sous-jacentes, comme dans les cas d'inflammation profonde de la parotide; elle paraît plutôt étendue sur un tissu tuméfié et gorgé de liquides.
De douze à vingt-quatre heures après, dans les cas les plus ordinaires, l'autre région parotidienne est envahie, et souvent le gonflement occupe en même temps
OREILLONS. — SYMPToMKS. ;>)l
toute la parlio située au-dessous tic la mâchoire inférieure. LâgluÙs avait déjà remarqué celle invasion d'une des deux régions parolidiennes avant l'aulre.
Dans les ras où les deux régions parolidiennes sont envahies à là [OÙ, le gonflement inarche avec plus de rapidité, et les symptômes locaux éprouvés par le malade sont plus intenses.
Le gonflement est toujours notable; cependant les limites qu'il peut atteindre sont très variables, et, dans quelques cas, on l'a vu si considérable, qu'il donnait au visage un aspect presque effrayant. Il semble résulter de la description donnée par les auteurs que ce gonflement excessif a lieu principalement lorsque la maladie débute par de légers phénomènes fébriles. Chez quelques sujets, ce gonllement n'est point borné aux régions parotidienne et sous-maxillaire; le reste de la face, et surtout la région oculaire, peut être envahi : alors les traits deviennent entièrement méconnaissables.
Les autres accidents précédemment cités acquièrent, dans ces derniers cas, une intensité ordinairement beaucoup plus grande. C'est ainsi que la douleur devient vive, et se fait sentir non-seulement dans les régions parotidienne et sous-maxillaire, mais encore dans les yeux et les oreilles, comme l'ont observé Laghius et J. Frank. Non-seulement aussi la mastication se trouve gênée, mais encore la déglutition devient difficile, et cela à un degré assez remarquable, d'après les observations de Laghius. C'est dans ces cas que l'on a le plus de difficulté à examiner l'arrière-gorge, parce que les malades ne peuvent point ouvrir suffisamment la bouche; alors il existe un certain degré de ptyalisme particulièrement mentionné par Sténon.
Pendant que ces symptômes se montrent avec cette intensité, le mouvement fébrile fait des progrès ; la peau devient chaude et sèche, l'urine sèdimenteiise, et quelquefois on observe des évacuations divines fréquentes.
Presque tous les observateurs ont noté, dans le cours de cette maladie, l'apparition d'un gonflement vers les testicules. Ce gonflement, qui n'est point constant, est cependant' assez fréquent pour qu'on puisse penser, avec J. Frank, que Moi1ton a voulu le désigner sous le nom de febris testicularis. Quelquefois, au moment de l'apparition de ce gonflement des testicules, on voit disparaître le gonflement parotidien; mais il n'est pas rare aussi de voir ce dernier persister, et l'affection des testicules et de la région parotidienne poursuivre leur cours ensemble. C'est principalement, ainsi que l'a fait remarquer Laghius, chez les jeunes gens que se montre le gonflement testiculaire, les enfants et les vieillards en étant presque toujours exempts.
Le gonflement testiculaire occupe uniquement ou presque uniquement le scrotum ; aussi se montre-t-il presque toujours uniforme et égal des deux côtés. Cependant Rochard et P. Frank, cité par son fils, ont vu le gonflement borné à un seul testicule. Dans le cas observé par Rochard, le gonllement testiculaire ou scrotal eut lieu du même côté que le gonflement parotidien ; ce fut le contraire dans le cas cité par J. Frank. Ce gonflement scrotal est accompagné de douleurs le long des cordons spermatiques, et de pesanteur dans le périnée.
Chez les femmes, un gonflement semblable se montre tantôt dans les grandes lèvres, ainsi que Laghius et J. Frank (1) l'ont noté, et tantôt aux mamelles,
(1) Loe. cit., p. 62, note 31 .
comme Hamilton (1) et Corzerez (2) eu ont cité des exemples. La douleur grava» tivese fait alors sentir dans les aines et les lombes, avec un prurit dans le vagin si le gonflement occupe les grandes lèvres, cl une tension vers l'épigastre et dans les aisselles, s'il y a gonflement des mamelles.
Nous avons dit plus haut que la couleur de la peau n'était point ordinairement changée ; quelquefois cependant elle prend une teinte rosée, et plus rarement elle est d'une couleur rouge sombre.
Enfin on a parlé de la production d'abcès qui se montrent dans quelques cas; mais on se demande si, lorsqu'on a observé des abcès profonds de la glande parotide et de la glande maxillaire, il n'y avait pas autre chose que la maladie légère dont nous nous occupons. Ce qui autorise à le croire, c'est que, dans ces cas, l'affection n'occupait qu'un seul côté, circonstance au moins très rare dans les simples oreillons. Ce n'est que dans des cas exceptionnels qu'on a vu apparaître de petits abcès superficiels, ayant leur siège dans le tissu cellulaire sous-cutané.
La marche de la maladie est continue et rapide. Sa durée est de trois ou quatre jours ; ce n'est que dans les cas graves qu'elle dépasse ce terme. Quant à la terminaison, on éprouve quelque difficulté à l'indiquer. On peut néanmoins, d'une manière générale, dire que dans la presque totalité des cas, elle est favorable. Quelques auteurs, et en particulier Hamilton, ont cité un très petit nombre de cas dans lesquels la maladie se serait terminée parla suffocation et par la mort. Cet accident n'aurait eu lieu que chez déjeunes enfants. Reste encore à savoir si, en pareil cas, il s'agissait simplement des oreillons, ce que l'absence de détails dans les observations ne nous permet pas de décider.
Lorsque la maladie se termine parla guérison, tantôt la résolution a lieu peu à peu sans phénomènes concomitants notables; tantôt, ainsi que nous l'avons dit plus haut, le gonflement parotidien disparaît brusquement, pour faire place à un gonflement semblable du scrotum, des grandes lèvres ou des mamelles. Il y a alors une véritable métastase; mais il ne faut pas croire que les choses se passent toujours ainsi, comme l'a dit Rochoux (3) , car les observations des auteurs dans lesquelles l'apparition du gonflement scrotal n'a eu aucune influence sur le gonflement parotidien sont assez nombreuses.
Quelques observateurs ont admis des métastases sur le cerveau, sur le poumon, sur les principaux organes en un mot, et Hamilton a cité quelques faits où les choses paraissent s'être passées de la sorte. Saus nier la possibilité du fait, je ne crois pas qu'on puisse, dans l'état actuel de la science, se prononcer formellement sur une semblable question. C'est à l'observation à éclairer ce point encore obscur ; au reste, ce genre de terminaison est au moins très rare.
Enfin on a signalé une terminaison par le moyen d'une crise ; cette crise serait presque toujours une sueur copieuse, qui remplacerait la sécheresse préexistante de la peau. Il faudrait encore des recherches plus exactes que celles que nous possédons, sur la marche et la durée naturelle de la maladie, et une analyse plus rigoureuse des faits, pour résoudre cette question.
L'absence d'autopsies, au moins dans des cas simples, nous empêche de parler
(1) Trans. of Ihe lloy. Soc- of Edinburgh.
(2; Mémoires de l'Acad. des sciences de Toulouse, t. I.
(3) Dictionnaire de médecine, art. Oreillons.