PSEUDO-MEMBRANE COMMENÇANTE
Points gris demi- transparents, comme diffus.
Bords semblant se confondre avec la muqueuse environnante.
Sans saillie prononcée.
D'un moment à l'autre font des progrès ordinairement rapides. Se détachant difficilement..
Au-dessous, pas de lacunes folliculeuses.
Il suffit d'avoir présenté en tableau ces deux diagnostics différentiels, les seuls qui aient une importance réelle pour le praticien.
Pronostic. — Le pronostic de la pharyngite tonsillaire est, clans le plus grand nombre des cas, favorable. On voit, en effet, la maladie se terminer naturellement par résolution. Lorsque la suppuration a lieu, le cas est plus grave, car, ainsi que nous l'avons dit plus haut, il peut en résulter une laryngite œdémateuse (œdème de la glotte). Les cas de ce genre sont heureusement rares, et, d'un autre côté, on peut dire que, parmi eux, la plupart se terminent favorablement par la rupture de l'abcès dans l'intérieur du pharynx. Enfin la terminaison par gangrène est fort grave; mais c'est encore un point que nous devons nous réserver de traiter dans un des articles suivants.
Si l'on admettait l'existence d'une pharyngite arthritique, on reconnaîtrai!, avec les auteurs qui en ont traité, que cette forme a, toutes choses égales d'ailleurs, une gravité un peu plus grande que les autres.
§ VII. — Traitement.
Les recherches faites sur le traitement de la pharyngite tonsillaire manquenl, sur la plupart des points, de celte rigueur qui peul seule faire faire des progrès à la thérapeutique. Le nombre des moyens proposés est considérable , mais leur valeur n'est pas exactement déterminée; aussi serai-je réduit, dans ce paragraphe, à rapporter le plus souvent les Opinions des auteurs, sans pouvoir les confirmer par des faits.
Relativement aux émissions sanguines, nous trouvons cependant des renseignemenls positifs, et c'est M. Louis (1) qui nous les fournit. Des faits qu'il a observés, il résulte que la saignée générale a une influence heureuse sur la durée de la maladie, mais que cette influence est beaucoup plus limitée qu'on ne l'avait supposé ; car, chez les sujets saignés, l'affection ne s'est terminée qu'au bout de neuf jours, et elle s'est prolongée seulement jusqu'à dix jours et un quart chez les autres. Chez tous ces individus, la pharyngite avait un certain degré d'intensité. Nous devons en conclure que la saignée générale doit être pratiquée dans la maladie qui nous occupe, mais qu'on ne doit pas espérer, par des saignées modérées, de faire disparaître brusquement les pharyngites un peu intenses, ou de les juguler, comme on l'a dit dans ces derniers temps.
En serait-il autrement, si l'on employait la formule des émissions sanguines proposée par M. Bouillaud (2) ? Cet auteur a cherché à établir le fait par quelques considérations qui auraient besoin d'être appuyées sur un plus grand nombre d'observations qu'il ne peut en fournir, comme il le reconnaît lui-même. Il faut donc attendre, avant de se prononcer, que ces observations aient été présentées et analysées, ce que M. Bouillaud se propose de faire. En attendant, disons que la différence qui existe entre les résultats obtenus par M. Louis et M. Bouillaud, à l'aide de saignées très différentes quant, à leur abondance, est numériquement peu considérable. Les malades de M. Bouillaud ont en effet été guéris en huit jours, terme moyen.
Il est inutile d'ajouter que presque tous les auteurs se sont montrés partisans de la saignée générale, quoiqu'ils n'aient point cherché à en apprécier la valeur de la même manière. Cependant il est quelques cas où les opinions ont été partagées; c'est principalement dans la forme dite bilieuse, sur laquelle Stoll a tant insisté. D'après cet observateur (3), la saignée, dans l'épidémie de 1779, avait très peu d'effet, tandis qu'immédiatement après l'administration d'un vomitif, les symptômes éprouvaient un amendement des plus notables, ce que l'on reconnaissait au rétablissement de la déglutition, jusqu'alors abolie. II est impossible de discuter de pareilles propositions, à l'appui desquelles on n'a pas cité les faits. Ce serait devancer l'observation. Disons seulement que les médecins modernes, tout en recommandant les vomitifs dont il sera question plus loin, n'ont point attacbé une aussi grande importance à la forme de la maladie.
Dans quel lieu la saignée générale doit-elle être pratiquée? Les anciens ont beaucoup discuté, sur ce point de thérapeutique, qui avait été abandonné dans ces derniers temps, tout le monde reconnaissant que l'essentiel est d'enlever une certaine quantité de'sang, et adoptant par conséquent la saignée du bras comme la plus simple et la plus facile. M. Chauffard {h) a de nouveau soulevé cette question et a cherché à prouver par quelques observations, que la saignée dérivalive, c'est-àdire la saignée du pied, a une influence bien plus grande que les autres émissions s-meuines • mais ces observations en très petit nombre sont loin d'être concluantes, car M. Chauffard n'a tenu compte ni de l'époque à laquelle la saignée a été prati-
(1) Recherches sur les effets de la saignée elc. Paris, 1835 in-8.
(2) Clinique médicale de l'hôpital de la Chante. Pans, 1837, t. n.
(3) Ratio medendi, pars IV, p. 61.
(i) Œuvres de médecine pratique. Paris, 1818, t. i, p. àot.
PHARYNGITE T0NS1LLAIRE AtGUE, — TRAITEMENT. 581
quée, ni de la marche naturelle de a maladie, ni en un mot d'aucune des circonstances les plus importantes.
Rien n'est plus fréquent que de presc ire une application de sangsues, souvent en nombre considérable, vers la base des mâchoires; mais d'après les recherches de M. Louis, ces émissions sanguines locales ont un effet beaucoup moins notable que la saignée générale; ou plutôt, dans les faits observés par lui, elles n'ont point eu de résultat appréciable, car l'affection a eu, après leur application, sa durée ordinaire. Broussais (1) est d'un avis opposé; mais il faudrait, pour que son opinion eût une valeur réelle, qu'elle fût appuyée, non sur des vues purement théoriques, mais bien sur des faits positifs, et c'est ce qui n'est pas. On ne saurait donc admettre, avec cet auteur, que, par le moyen des sangsues appliquées sous la mâchoire, on puisse enlever la maladie du premier coup, lorsqu'on s'y prend au début. Cette proposition est tout aussi hasardée que celle de M. Chauffard, qui attribue sans preuve, à ce moyen, de très mauvais effets.
Broussais avait une telle confiance dans les saignées locales, qu'à l'exemple de quelques autres auteurs, il prescrivait l'application des sangsues dans l'intérieur du pharynx, et sur la tonsille enflammée elle-même. Pour mettre ce moyen en usage, il faut traverser la sangsue d'un fd placé dans un point éloigné de l'extrémité buccale, et en maintenir les deux chefs au dehors. Par là on s'oppose à ce que la sangsue soit avalée avant ou après sa chute. Comme les auteurs du Compendium l'ont fort bien remarqué, ce moyen, d'une application difficile et très désagréable, n'est point d'une efficacité assez bien déterminée pour qu'on puisse penser à y avoir recours. Rien ne prouve, en effet, que, comme le prétendait Broussais, une seule sangsue, appliquée de cette manière, produise plus d'effet que dix à l'extérieur.
Enfin on a appliqué des sangsues dans un point plus ou moins éloigné : à l'anus, aux parties génitales, autour des malléoles; mais, à moins qu'il n'y ait un flux supprimé qu'on veuille rappeler, cette pratique n'est point ordinairement mise en usage.
On a, dans quelques cas, pratiqué la saignée locale à l'aide de ventouses scarifiées. Forestus (2) les faisait appliquer entre les épaules. On peut aussi les placer, comme les sangsues, sur les parties latérales du cou. Ce moyen étant rarement employé, nous n'avons que des renseignements très peu précis sur son degré d'efficacilé.
Quoique pratiquée à l'aide de la lancette, la saignée des tieines ranines, à laquelle les anciens avaient recours, et qui est conseillée par Forestus, Sydenham, Lanzoni, etc., peut être regardée comme une saignée' locale. Le danger de cette saignée, et l'absence de toute preuve en faveur de son utilité plus grande que celle de la saignée du bras, y ont fait généralement renoncer.
Un moyen qui se rapproche jusqu'à un certain point des précédents, par l'écoulement de sang qu'il produit, est la scarification ou la lacération de la partie malade. On peut, soit à l'aide d'un bistouri droit dont la lame est enveloppée de linge jusqu'à une petite distance de sa pointe, soit à l'aide des pinces de Museux,
(1) Cours de pathologie. Paris, 1833, 5 vol. in-s.
(2) Opéra omnia, lib. XV, obs. |7.
faire dos mouchetures un pou profondes, ou décliner lo tissu de l'amygdale enllam mée. On espère par ce moyen opérer un dégorgemenl qui, suivi d'une délumétaclion immédiate, procure un soulagement rapide. On seul combien il senit nécessaire d'avoir un certain nombre de faits concluants en faveur de cette pra tique, dont on pool craindre de funestes conséquences; mais malheureusement ce n'est que sur des idées théoriques qu'est fondée l'opinion des auteurs qui ont recommandé les scarifications. Un médecin prudent devra donc s'en abstenir de crainte de développer une irritation qui, au lieu d'être salutaire, ne fasse qu'auinenter le mal.
Adoucissants, ëmollients. — Dans une maladie de la gorge regardée comme une inflammation franche, il est tout naturel qu'on ait d'abord songé à employer les émolhents. Aussi les gargarisme avec la décoction de mauve , de guimauve, de graine de lin, de dattes, de jujubes; les cytoplasmes émollients autour du cou, les fomentations émollientes et les boissons adoucissantes, ont-ils été de tout temps prescrits; il serait inutile, d'entrer dans des détails sur ces divers moyens.
Il n'en est pas de même des fumigations, qui étaient déjà recommandées par Hippocrale. Ces fumigations peuvent être faites avec les décoctions précédemment indiquées. Suivant Cullen (1), les fumigations avec la vapeur d'eau simple sont préférables à toutes les autres. Mais sur quoi est fondée une semblable assertion?
Acidulés. — Les boissons et les gwg,<rismes acidulés ont ensuite été prescrits, dans le but sans doute de modérer, par leur action astringente, un gonflement trop considérable : c'est pour cela que l'on prescrit si souvent le sirop de mûres, regardé dans le vulgaire comme un moyen presque spécifique. Voici la formule qu'employait Forestus :
¥ Eau de plantain ( . I Jus ou sirop de mûres 90 gram-
— de prèle | aa lM gram- |
Pour se gargariser sept ou huit fois par jour.
Dans le cas où l'action de se gargariser serait difficile, cet auteur recommande de faire avaler par petites gorgées un sirop de jujubes, de violettes et de mûres. On peut encore prescrire le gargarisme proposé par Hecker :
Ifi Infusion de Heurs de sureau. 300 gram. Oxymel scillitique 50 gram
Oxymel simple 50 grain.
Mêlez. Pour se gargariser quatre ou cinq fois par jour.
Acides. — Pour rendre 1,'action de ces gargarismes plus énergique, d'autres ont employé le vinaigre, le suc de citron, ou des acides plus forts encore, comme Vacide hydrochlorique et ['acide sidfurique. Ainsi on a prescrit :
Eau commune 130 gram.
Sirop simple 20 gram.
Ou encore :
Acide sulfurique 20 gouttes.
If Eau distillée de laitue. . . 230 gram. I Miel rosat 40 gram.
Acide hydrochlorique pur. . 1 gram. |
(I) Mcd.pral., trad. par Bosquillon. Paris, 1789, 2 vol. in-8.
PHARYNGITE TONSILLAIRE AIGUË.
— TRAITEMENT
Quelquefois même on a été jusqu'à porter sur le pharynx des préparations acides beaucoup plus actives. Sydenham (1) paraît être le premier qui ait recommandé de loucher les parties enflammées avec un mélange très acide de miel rosat et d'acide sulfurique. Depuis, cette pratique a été assez souvent imitée. Toutefois on se borne ordinairement à laver fréquemment ces parties avec un collutoire acidulé tel que le suivant :
If Miel 60 gram.
Faites dissoudre dans :
Eau 200 gram.
Ajoutez :
Suc de citron. . . . , 25 gram.
Et agitez chaque fois.
L'emploi des acides a-t-il toute l'efficacité qu'on lui suppose? C'est ce qu'il ne nous est pas permis de décider positivement. On peut croire que si l'inflammation est peu intense et peu profonde, si le gonflement des parties paraît dû à un afflux très considérable de liquides, cette médication a de l'avantage ; mais il serait probablement inutile et même nuisible d'y avoir recours, si l'inflammation était caractérisée par des douleurs vives et profondes, et une rougeur intense annonçant une inflammation très aiguë.
Cathérétiques et astringents. — Il est donc rare que, dans la pharyngite tonsillaire franche, on ait recours à l'action des acides employés comme caustiques énergiques; mais certains médicaments cathérétiques et fortement astringents ont été préconisés, surtout dans les dernières années. Passons-les en revue.
Nitrate d'argent. — M. le docteur Durant , chirurgien militaire (2) , cautérise avec le nitrate d'argent sec toute l'étendue de la muqueuse phlogosée, lorsqu'il n'y a pas de complication gastrique. Vingt-quatre heures après, la déglutition est plus facile, et au bout de trois ou quatre jours, deux ou trois cautérisations ayant été pratiquées, le malade peut reprendre son service. On n'aura une idée exacte de l'efficacité de ce traitement que lorsque l'analyse d'un nombre suffisant de faits aura été produite.
M. le docteur Herpin (de Genève) (3) a cité de nouveaux faits en faveur de ce moyen. Selon ce médecin, la cautérisation agit d'autant mieux, qu'elle est employée plus près du moment où le malade a ressenti les premières atteintes du mal.
Pour pratiquer cette opération, M. Herpin se sert d'un cylindre de nitrate d'argent solidement fixé, et ne dépassant le porte-crayon que d'une longueur de k millimètres environ. Le malade étant assis sur une chaise , aussi près que possible d'une fenêtre, la tête soutenue par un aide, la langue est abaissée par une cuiller, ou mieux avec un couteau à papier, et l'on fait prononcer la voyelle A. comme
(1) Opéra omnia, t. I, cap. vu.
(2) Voyez Creppo, Quelques considérations sur la méthode abortive dans l'urethrite et l'amygdalite aiguë {Journal de médecine de Lyon, novembre 18-io).
(3) Union médicale, 24 juin 18S2.
584 MALADIES DES VOIES DlGESTlVES.
dans une leçon de vocalisation. Alors, si les deux amygdales soin prises, on cautérise d'abord circulairement l'amygdale droite avec un côté de la pierre ; puis on agit de la môme manière sur la gauche. Quand le voile du palais est enflammé, on le cautérise en passant d'une glande à l'autre avec l'extrémité obtuse du crayon! Si la luette est rouge et œdématiée, on la touche en descendant avec l'extrémité aplatie de la pierre; c'est là le dernier temps de l'opération, qui n'est point douloureuse en elle-même.
Alun. — Nous citerons ensuite l'alun , qui , après avoir fait partie de plusieurs formules anciennes, a été employé seul , ainsi que nous l'avons vu [plus haut, et notamment par M. Veipeau. C'est principalement contre l'espèce de pharyngite qui nous occupe que cette médication a été dirigée. Nous ne reviendrons pas ici sur la manière dont le remède est appliqué ; rien n'est, en effet, plus facile, puisqu'il ne s'agit que de le porter avec le doigt sur les parties enflammées ; mais il faut ajouter que, dans le traitement conseillé par M. Veipeau, desgargarismesalumineux sont aussi prescrits à la dose suivante :
"¥ Alun 8 à 16 gram. | Eau d'orge 120 gram.
Faites dissoudre. Pour se gargariser deux ou trois fois par jour, dans les intervalles des applications d'alun qui doivent être faites en nombre à peu près égal.
Ces gargarismes alumineux, ainsi que les insufflations d'alun, avaient déjà été prescrits par Lazare Rivière (\), et M. A. Laennec (2) cite deux cas où l'angine a paru céder à ces moyens ; toutefois on a plus particulièrement recours aux frictions faites avec le doigt, et telles que nous venons de les indiquer.
L'alun a été encore prescrit sous d'autres formes : ainsi Thilenius (3) faisait usage de tablettes composées comme il suit :
Of Sulfate d'alumine et de | . < . , . I Suc de réfflisse , , .
potasse !aaParL e^ales- | Gomme arabique | aa part, égales.
Mêlez. F. s. a. des tablettes que le malade laisse fondre dans la bouche.
De toutes ces formules, la plus simple, c'est-à-dire celle qui consiste à porter directement la poudre sur le pharynx, doit être préférée.
Borax. — Le borax, dont, suivant un article d'un journal anglais (h), les Chinois feraient depuis longtemps usage sous forme d'insufflation , et dont l'action est analogue à celle de l'alun, a été également mis en usage par un grand nombre d'auteurs; mais nous nous contenterons de renvoyer à ce qui a été dit sur ce médicament à l'article Muguet (tome ni, p. 443), où nous avons indiqué la manière de l'employer.
Chlorate de potasse. — Le chlorate de potasse a été employé avec avantage au début des pharyngites tonsillaires, et il a paru propre à amener quelquefois la résolution de la maladie. On l'emploie en potion :
(1) Prax. med ,lib. VI.
(2) Revue médicale, t. IV, 182S.
(3) Observ. méd. chir. Francfort-sur-le-Metn, 1809. ('»•) London med. Repos//., 1 8 1 5,
PHARYNGITE T0NS1LLAIRE A1GUE. — TRAITEMENT.
Solution de gomme 1 00 gram.
Chlorate de potasse 1,50 gram..
Sirop de Tolu 10 gram.
Ou mieux, en gargarisme, à la dose de 3 ou U grammes dans 100 grammes d'eau.
Brou de noix. — M. Becker (1) regarde comme très efficace, dans les cas d'engorgement chronique des amygdales, Yextrait de brou de noix; qu'il applique avec un pinceau sur les parties malades. Voici la formule qu'il emploie :
'Jf Extrait de brou de noix.
Mêlez.
4 gram. | Eau distillée.
60 gram.
Il ne cite qu'un seul cas en faveur de cette médication.
Ammoniaque. — L'ammoniaque est encore une des substances que l'on a le plus vivement recommandées. C'est presque toujours sous forme de sel, à l'état d' 'hydrochlorate, et dans les gargarismes, qu'on a prescrit ce médicament. Il nous suffira d'indiquer quelques formules. Déjà Polisius avait ordonné la préparation suivante :
0f Joubarbe.
500 gram.
Contondez et ajoutez :
Hydrochlorate d'ammoniaque 8 gram.
Placez le mélange dans un lieu souterrain humide, jusqu'à ce que le liquide soit liquéfié ; décantez et conservez le liquide.
Les auteurs plus récents se sont contentés de faire entrer le sel ammoniac dans différentes formules. Voici celle que l'on peut mettre en usage :
0f Hydrochlorate d'ammoniaq. 4 gram.
Eau 400 gram.
Sirop de -vinaigre. . .
Mêlez exactement. Pour se gargariser trois ou quatre fois par jour.
60 gram.
V acétate d'ammoniaque est employé par d'autres auteurs, mais c'est à l'intérieur qu'on l'a principalement administré. Voici la potion recommandée par Gcelis chez les enfants, dans les cas où il n'y a qu'une fièvre très peu intense :
If Décoction d'althœa 15 gram. 1 Sirop d'althœa . 40 gram.
Esprit de Mindererus 4 gram. |
Dose : une cuillerée à bouche toutes les deux heures.
Les applications externes ont été faites également avec l'ammoniaque. Ainsi Nost (2) propose de faire des frictions sur tout le cou avec le Uniment suivant, dans lequel cette substance entre à l'état d'alcali :
If Huile de jusquiame 30 gram.
Onguent mercuriel G gram.
Mêlez.
Ammoniaque caustique 15 gram.
(\) Medicinische Zeitung, 1845.
(2) Encyclop. der Med.und Chi<\, 1833.
Vogler (1) employait à l'extérieur des fomentations avec l'eau ammoniacée tiède composée ainsi qu'il suit : HHWUWW nuit,
Sel ammoniac (hydrochloratc) 8 gram
Faites dissoudre dans :
Eau commune nnn
200 gram.
Imbibez une flanelle de ce liquide, et entourez-en le cou du malade. Ou bien encore il appliquait le cataplasme suivant :
If Pain de froment sec trituré. 150 gram.
Graine de lin contuse 30 gram.
Sel ammoniac pulvérisé. . . 8 gram.
°Pium Pur 1,20 gram.
Eau bouillante q. Si
Appliquez ce cataplasme chaud autour du cou.
Divers moyens combinés. — Les auteurs ont tellement multiplié leurs prescriptions contre la pharyngite tonsillaire, que ce serait dépasser les bornes que de vouloir les indiquer toutes. C'est pourquoi nous nous contenterons de présenter quelques formules qui renferment un grand nombre de médicaments.
M. le docteur Rul-Ogez (2) vante les bons effets des gargarismes avec l'acétate de plomb cristallisé, qu'il formule ainsi :
If Eau distillée 160 gram.
Gomme arabique IG gram.
Acétate de plomb cristall. 0,30 à 0,S0.gram. Sirop simple 32 gram.
Mêlez. Pour se gargariser toutes les heures ; dans l'intervalle, faire usage d'un gargarisme émollient.
Sartorius (3) employa le gargarisme suivant, dans un cas où le gonflement énorme des amygdales faisait craindre pour la vie ;
"if Rose rouge J „,
Fleurs de grenadier.. \ aa 4 sram- Ecorce de grenadier. . . 15 gram.
Feuilles de chêne 3 gram.
Alun brûlé 1,20 gram.
Faites bouillir dans :
Eau ferrée 750 gram.
Ajoutez :
Conserve de mûres 30 gram.
Pour se gargariser trois ou quatre fois par jour.
Le même auteur prescrivait des emplâtres et des cataplasmes, dans lesquels entraient la pulpe et le jus d'oignon, le bulbe du lis blanc, le nid d'hirondelle, etc. Il serait inutile de s'étendre longuement sur de semblables moyens.
Disons seulement, d'une manière générale, que presque toutes les substances
(1) Pharm. Select. Giesscn, 1801.
(2) Annales de la Société médicale d'Anvers, janvier 1852.
(3) Miscell. nat. cur., dec. XI, ann. I, obs. 123.
PHARYNGITE T0NS1LLAIIÎE VICUE. — TRAITEMENT. 587
employées par les anciens, et auxquelles on peut attribuer une action peu énergique, sont astringentes, sti/j/liques ou acides.
M. le docteur Van Rhyn (1) dit enrayer rapidement la pharyngite lonsillaire aiguë en donnant au malade, matin et soir, une cuillerée de vinaigre dit des quatre voleurs. Sans se rendre compte du mode d'action de ce médicament, M. Van Rhyn a eu tant de succès à constater, qu'il s'ahsiient de citer des faits qui seraient trop nombreux. Il est à regretter qu'il n'en ait pas, au moins, donné l'analyse.
I amitifs. — Les vomitifs ont été mis en usage dans l'amygdalite, plus fréquemment encore que dans l'angine légère dont il a été question dans le précédent article. Laennec a rapporté deux cas dans lesquels l'angine s'est dissipée promptement après l'administration de Vémétique à haute dose (2) ; mais il faudrait des faits plus nombreux et dont la marche aurait été suivie avec plus de soin pour décider quelle est l'efficacité du vomitif dans cette affection.
On peut croire néanmoins que ce moyen a une certaine action favorable, d'après les effets que nous lui avons vu produire dans d'autres inflammations plus profondes et plus graves. Toutefois ce ne sont là que des présomptions , et il serait important qu'une observation exacte vînt nous éclairer sur ce point.
On regrette que M. le docteur Bourgeois (3), qui emploie toujours et à l'exclusion des émissions sanguines le tartre stibié à dose vomitive, n'ait pas donné une analyse rigoureuse des faits. Il prescrit ce médicament de la manière suivante :
Ifi Tartre stibié 10 centigr. | Sucre 10 centigr.
Faites fondre dans les deux tiers d'un verre d'eau fraîche. A prendre en deux fois à une demi-heure d'intervalle. , ,
Calomel. — M. le docteur René Vanoye (k) a rapporté des cas très graves et de longue durée, dans lesquels une médication très simple, imaginée par M. Scelle- Montdezert (5), a parfaitement réussi. Cette médication consiste dans l'emploi des pilules suivantes :
If Calomel 0,30 gram. | Savon amygdalin 4 gram.
F. s. a. 12 pilules. Dose :deux le matin et deux le soir.
M. Morris (6) vante beaucoup la résine de gaïac prise à la dose d'un gramme. Mais il donnait d'abord un vomitif, puis un purgatif; de sorte qu'il ne restait probablement plus grand' chose à faire à ce médicament si vivement recommandé.
Traitement de la pharyngite bilieuse des auteurs. — Nous avons vu, dans la description précédente, qu'on avait admis une forme particulière de la maladie sous le litre d'angine bilieuse, et nous avons vu aussi combien de doutes laissait dans l'esprit la description peu précise donnée par les auteurs. C'est encore un point
(1) Annales de la Société de Roulers, 2U livraison, 1850, et Bulletin de thérapeutique, 30 avril 1850.
(2) Voy. Pneumonie, t. II, p. 715.
(3) Union médicale, 10 septembre 1850.
(4) Annales de la Société médicale d'émulation delà, Flandre occidentale, août 1848.
(5) Journal hebdomadaire, 1830.
^6) London and Edinburgh. monlhly Review, 1845.
qu'il faut recommander a l'attention des observateurs. En attendant , voici comment cette angine a été traitée dans les cas où l'on a admis son existence. Nous avons déjà dit que Stoll employait presque exclusivement les éméto-cathartiques. Cependant il n'excluait pas entièrement la saignée, mais il recommandait de n'y avoir recours que dans les cas où il y aurait, avec les symptômes bilieux, quelques phénomènes inflammatoires un peu marqués, et il ne l'employait que comme un moyen préparatoire propre à favoriser l'action des vomitifs. Forestus (1) eut éga-^ lement recours à la saignée dans un cas qu'il regardait comme une angine bilieuse, et pour vaincre la constipation, qui était opiniâtre, il se borna à prescrire des suppositoires. Or il y a dans ce fait ceci de remarquable, que, quoiqu'on n'employât pas les vomitifs, l'affection n'en guérit pas moins avec rapidité.
On voit combien sont vagues ces renseignements sur des questions dont la solution est cependant assez importante ; car chaque jour les médecins se laissent diriger dans leur pratique, parles idées théoriques des auteurs qui nous ont précédés.
Quoi qu'il en soit , nous devons dire que l'angine à laquelle on reconnaîtra des caractères bilieux devra, en attendant de nouveaux faits, être traitée de la même manière que la pneumonie dite bilieuse, dont nous avons parlé dans le deuxième volume de cet ouvrage (p. 12U).
Nous n'avons considéré jusqu'à présent que l'action médicamenteuse des vomitifs ; mais il est un autre point de vue particulier sous lequel ces substances doivent être envisagées; lorsqu'il est évident qu'un accès s'est formé dans l'amygdale, ou lorsqu'on a lieu de le soupçonner, et que le sujet est en proie à des symptômes alarmants, on administre un vomitif, dans l'espoir que les contraclions violentes du pharynx hâteront la rupture de l'abcès. On a souvent réussi par ce moyen à épargner au malade plusieurs heures de souffrance et de suffocation. Le vomitif dont il faut se servir en pareil cas est le tartre stibié à dose simplement vomitive, c'est-à-dire 0,05 gram. à prendre en une fois dans un demi-verre d'eau.
Purgatifs. — On n'attache qu'une faible importance aux purgatifs clans le traitement de l'angine, et on ne les emploie guère que dans le but de tenir le ventre libre. Aussi ne voyons-nous mentionnée dans les auteurs aucune substance purgative particulière ; les sels purgatifs, les résineux , ou mieux peut-être de simples lavements laxatifs avec l'huile de lin, le miel de mercuriale, etc. , suffisent dans tous les cas.
Dérivatifs. — Dans le but d'appeler l'irritation sur des points plus ou moins éloignés du siège de l'inflammation, on a recommandé divers moyens, tels que les pédiluves et les manuluves sinapisés, ou aiguisés avec Yacide hydrochlorique; des sinapismes aux extrémités inférieures, ou même un vésicatoire sur les côtés du cou ou à la nuque. Lorsque la pharyngite est légère, ces remèdes sont inutiles, puisque la guérison a lieu tout aussi rapidement sans eux ; et lorsqu'elle est très intense, qu'elle s'accompagne d'une fièvre violente, ils peuvent avoir de graves inconvénients en augmentant l'excitation et le mouvement fébrile. Au reste, ces moyens sont très rarement prescrits.
M. Fleury (2) emploie le traitement suivant : Il fait envelopper le cou, jusqu'aux
(1) Loc. cit., De angina biliosa.
(2) Thèse. Montpellier, 184S.
PHARYNGITE TONSILLATRE AIGUË. — TRAITEMENT. 589
oreilles, d'une cravate de laine; plus la laine est grossière, plus l'effet dérivatif continu que l'on en obtient est profond et intense; en même temps il prescrit un gargarisme préparé comme il suit :
Moutarde commune (sinapis nigra). 2S gram. | Vinaigre ordinaire 10 gram.
Chlorure de sodium (sel de cuisine). 5 gram. I Eau chaude ou froide 192 gram.
Filtrer.
Il faut toujours goûter ce mélange, en augmenter ou en diminuer la force suivant les circonstances d'âge, de sexe, de tempérament, de constitution, d'état social, etc. On doit se gargariser sept ou huit fois par jour, et deux ou trois fois pendant la nuit.
L'auteur cite un grand nombre d'observations d'angines simples, pseudo-membraneuses, œdémateuses, traitées ainsi; mais comme il a employé d'autres agents ihérapcuticjues très efficaces, on ne peut pas attribuer sans beaucoup de restrictions les bons effets de la médication au gargarisme sinapisé,
Pyrollionide. — Nous pourrions maintenant indiquer quelques médicaments qui ont été plus particulièrement recommandés par quelques auteurs ; mais il nous suffira de faire remarquer de nouveau que la vertu de ces médicaments se trouve dans leur action styptique, caustique ou astringente, ce qui les fait rentrer dans la classe de ceux que nous avons déjà mentionnés, et ce qui nous dispense de les éuumérer en détail. Nous indiquerons seulement ici le pyrothonide, proposé par M. Ranque (1).
EMPLOI DU PÏROTHONTDE.
Celte substance n'est autre chose que l'huile pyrogénée qui provient de la combustion du papier, du linge, du chanvre ou du coton, à l'air libre; d'où il résulte un liquide noirâtre, très acre, qu'on étend de trois ou quatre fois son poids d'eau. Après avoir séparé l'espèce de charbon léger qui surnage, on réduit par l'évaporation ce solulum à l'état sec, et l'on obtient le pyrothonide concret dont fait usage M. flanque.
Voici sa formule dans les cas d'angine :
If Pyrothonide sec 0,10 gram.
Eau d'orge froide 30 gram.
Pour dix ou douze gargarismcs par jour.
Miel 8 ou 10 gram.
Suivant cet auteur, lorsque l'angine est simple, qu'il n'y a ni pellicule ni couche pultacée, la résolution est prompte; mais est-elle plus prompte qu'avec d'autres moyens? C'est là ce que les observations de M. Ranque ne permettent nullement de décider.
Dans les pharyngites plus intenses, et surtout dans les angines scarlatineuses , M. Ranque hésita d'abord à employer ce médicament seul ; mais plus tard, dit-il, enhardi par les succès obtenus dans l'angine simple, il se borna à l'emploi du gargarisme pyrothonidé, et l'angine disparut en peu de jours. Malheureusement
(t) Mém.clin. sur l'emploi en médecine du pyrothonide. Paris, 1827.
59f MAL A 1)1 ES DES VOIES DIGESTIVES.
encore, tout cela est fort peu concliiaiil ; pour admettre, eu effet, d'après de pareils renseignements, «pie le pyrothonide est un médicament très efficace, il faudrait que l'angine fût une maladie presque constamment mortelle , ou eût besoin d'un temps très long pour guérir ; mais il en est tout autrement, et par là on s'explique très bien comment tant de médicaments préconisés sont regardés comme guérissant la pharyngite tonsillaire en un petit nombre de jours.
T I! ATTEMENT DE LA PHARYNGITE TONSILLAIRE SUPPURÉE (ARCÈS DES AMYGDALES).
Nous avons vu plus haut qu'un moyen souvent employé pour faciliter la rupture des abcès des lonsilles, était Vêmétigue à dose vomitive; mais il peut arriver que les parois de l'abcès soient trop épaisses pour être rompues par les efforts du vomissement, et que cependant la suffocation et les autres accidents soient assez intenses pour demander un traitement efficace. II faut alors chercher à s'assurer s'il existe ou non de la fluctuation. Dans les cas où le malade peut ouvrir assez largement la bouche, l'exploration est assez facile; mais, dans le cas contraire, il faut mettre en usage un moyen particulier.
« On commence, ainsi que le conseille Boyer, par placer entre les deux incisives un coin de bois blanc de peu d'épaisseur : puis on lui en substitue un plus épais que l'on pousse par degrés, d'avant en arrière, entre les dernières dents molaires, de sorte que l'écartement des mâchoires n'ait lieu qu'avec beaucoup de lenteur. On porte alors le doigt indicateur profondément dans la bouche jusqu'à l'amygdale, dont on explore le volume, la dureté, et dans laquelle on reconnaît aisément la présence d'un liquide. »
Il suffit quelquefois de la simple [cession exercée sur l'amygdale par cette exploration pour déterminer la rupture du foyer. Lorsqu'il en est autrement, il faut pratiquer l'ouverture de l'abcès, pour laquelle on a proposé divers moyens. On sait qu'Aélius employait de la manière suivante une petite éponge trempée dans la résine de térébenthine : après l'avoir solidement attachée à un fd résistant, il la faisait avaler; puis, tirant sur le fil, qu'il avait préalablement fixé autour de sa main, il la retirait brusquement, dans le but d'exercer sur l'amygdale une forte pression. Ce moyen grossier est aujourd'hui abandonné.
On a également abandonné l'emploi du pharyngotome, instrument inventé par J.-L. Petit, et qui consiste en une lame tranchante à son extrémité, et enfermée dans une gaîne. Après avoir introduit l'instrument jusque sur l'amygdale, on faisait sortir rapidement la lame, jusqu'alors cachée dans la gaîne, et Ton incisait ainsi les parois de l'abcès.
Portai (1) a cité un cas où cet instrument ayant été employé par un habile chirurgien, il en résulta néanmoins une hémorrhagie mortelle; ce qui prouve que le pharyngotome est non-seulement inutile, mais dangereux.
D'autres se servent d'une lancette dont la lame est fixée à l'aide d'une bandelette de linge; mais l'instrument le plus simple, le plus facile à conduire et le plus géné-
(1) Cours d'anat. méd. Paris, 1804, t. III, p. 509.
PHARYNGITE TONSILLAIRE AIGUË.
— TRAITEMENT
ralemcnt employé, est le bistouri. Pour pratiquer cette opération, on procède ainsi qu'il suit (Boyer).