‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource]Chapitre 226 sur 306 · RHUMATISME DE L'OESOPHAGE · texte numérisé non relu

RHUMATISME DE L'OESOPHAGE

Toutes les fonctions en bon étal.

Dans les intervalles delà déglutition, aucun symptôme.

Passage des aliments souvent plus facile après les premiers efforts.

4° Signes distinctifs de l'œsophagite aiguë et du spasme de l'œsophage

(œsophagisme).

ŒSOPHAGITE AIGUË.

Douleur violente lors du passage des aliments cl des boissons.

Parfois mouvement fébrile.

Survient dans l'état de santé.

0KS0PHAG13ME,

Souvent point de douleur ; s:mplc contraction désordonnée.

Jamais de mouvement fébrile.

Survient dans le cours d'une névrose, cl surtout de l'hystérie.

5° Signes distinctifs de l'œsophagite aiguë non suppurée et des abcès

du pharynx.

ŒSOPHAGITE AIGUË NON SUPPURÉE.

Douleur occupant une plus ou moins grande

ABCÈS DU PIIARYNX.

Douleur limitée à un point peu étendu, rcs-

étendue, parfois parcourant le trajet du ca- tant fixe dans ce point. ^Mouvement fébrile nul ou léger. Mouvement fébrile parfois intense.

Ces divers diagnostics, et surtout les derniers, présentent encore des points douteux : il est à désirer que l'observation vienne les éclaircir. Nous les avons donnés comme étant l'expression de nos connaissances. Nous n'avons pas placé dans ce tableau le diagnostic différentiel de la gangrène de l'œsophage , parce que ce que nous en avons dit plus haut nous paraît suffisant.

Pronostic. — Lorsqu'elle est d'une intensité médiocre , la maladie n'est pas

OESOPHAGITE SIMPLE AIGUË. — TRAITEMENT. bl 3

grave. Les abcès de l'œsophage se terminent ordinairement par la rupture du foyer dans le conduit et une guérison prompte. La gangrène s'est montrée constamment I mortelle.

§ VII. — Traitement.

Il faut dire d'abord que nous n'avons rien de précis sur le traitement de cette I maladie. Si nous cherchons dans les anciens auteurs, nous trouvons une telle confusion dans les divers élats morbides donnant lieu au spasme de l'œsophage, que nous ne pouvons pas, avec certitude, rapporter les divers traitements qu'ils conseillent à l'œsophagite plutôt qu'à d'autres affections, et les auteurs modernes n'ont pas étudié avec assez de .soin l'effet des médicaments dans les divers cas soumis à leur observation , pour en tirer des conclusions utiles. J. Frank a réuni dans un I même article les maladies du pharynx et de l'œsophage, de telle sorte qu'il est impossible de distinguer ce qui appartient en propre aux unes et aux autres. Il faut donc que nous nous contentions d'indiquer ce qui a été proposé, et la marche qui a été suivie dans les principales observations.

Émissions sanguines. — La saignée a été conseillée par tous les auteurs ; aujourd'hui c'est la saignée du bras que l'on pratique de préférence. Les anciens auteurs, à commencer par Caelius Aurelianus, voulaient que l'on ouvrît les veines sublinguales, et F. Hoffmann, cité par M. Mondière , recommandait cette dernière saignée après avoir préalablement employé la saignée du bras. Les dangers de l'ouverture des veines ranines, et le peu de certitude des avantages que l'on en a tirés, ont engagé les médecins modernes à l'abandonner ; cependant M. Janson (de Lyon), également cité "par M. Mondière, a de nouveau insisté sur l'utilité de ce moyen; mais nous manquons des éléments nécessaires pour en apprécier la valeur. Quant à la saignée du pied, nous restons dans la môme incertitude. C'est donc à l'ouverture des veines du bras que l'on devra avoir recours, tout en reconnaissant que l'expérience ne nous a point encore appris quels sont ses avantages réels.

Les saignées locales ont été prescrites surtout dans ces derniers temps. Les ventouses scarifiées appliquées, soit sur la partie inférieure et latérale du cou, soit entre les deux épaules, ont été recommandées. Hildenbrand (1) pense que les ventouses, irritant les parties, ont parla un inconvénient que ne compense pas l'écoulement du sang, mais rien n'est moins démontré. Quant à M. Mondière, s'il ne conseille pas les ventouses appliquées sur les parties latérales et antérieures du cou, « c'est parce que leur application dans ce point est difficile, et ne peut être faite sans que l'on exerce une compression qui doit gôner la respiration et augmenter les souffrances du malade. » On voit que dans tout cela il n'y a rien de précis, et que l'observation a encore tout à faire sur ce point.

Les sangsues sont plus généralement prescrites. « On en applique, dit M. Mondière, depuis douze jusqu'à trente sur les parties latérales du cou, et l'on y revient tant que l'inflammation persiste, ou si elle menace de passer à l'état chroque. » Dans le cas observé par le docteur Noverre, dans le service de Lherminier (2), on eut recours à l'application de douze à seize sangsues, à quatre reprises diffé-

(1) Instilutiones practico-madicœ.

(2) Bulletins de la Faculté demédecine de Paris, 1819, t. VI. Valleix, 4e ûdit. — lit. 43

rentes, et l'on pratiqua deux saignées, une du bras et une du pied. Le malade guérit après dix-sept ou dix-huit jours de maladie.

Applications externes.— On a généralement prescrit les cataplasmes émoi lients autour du cou et les frictions avec un Uniment huileux opiacé ; le suiv ant, patexemple :

1£ Huile d'amandes douces 18 gram. | Laudanum de Sydcnham 5 gram.

Pour frictions, trois fois par jour.

Les anciens faisaient usage de divers emplâtres ; mais comme ils ne distinguaient pas suffisamment les cas , il serait inutile de citer ici leur pratique à cet°égard. Nous en parlerons à l'occasion du spasme de l'œsophage. Les observations ne"nous apprennent pas que ces appbcations externes aient eu un grand avantage, et l'on ne doit leur accorder qu'une confiance très limitée.

Révulsifs, dérivatifs. — Les révulsifs, tels que les sinapismes, les yesica-l toires appliqués, soit sur les parties latérales du cou, soit à la partie supérieure du sternum, soit entre les deux épaules, auraient-ils un meilleur effet? C'est ce qu'il n'est pas permis de dire.

Quant aux dérivatifs, ils sont appliqués soit sur le tégument externe, soit sur la muqueuse intestinale. Dans le premier cas, les pédiluves sinapisés, les sinapismes aux jambes et aux cuisses, sont principalement employés : ces moyens fureni mis en usage chez le sujet observé par le docteur Noverre. La dérivation sur le tube intestinal est dilïicUc à pratiquer, à cause de la difficulté insurmontable de la dé-J glutitiou, lorsque l'affection est uu peu intense. Ou a recours alors aux lavements irritants ou purgatifs. On peut prescrire, par exemple :

Of Eau commune Q. s. j Sulfate de soude 5 gram.

Ou bien

Infusion de follicules de séné Q. s. | Sulfate de soude 15 gram.

Nous avons à peine besoin d'ajouter que la valeur de ces moyens, bien que Bleuland (1) allume en avoir retiré de très bons effels, nous est peut-être encore moins connue que celle des moyens précédents. 31. Mondière pense qu'il ne convient de les employer que dans les cas où l'affection tend à passer à l'état chronique, et dans ces cas, si ces moyens restaient infructueux , il ne faudrait pas, selon lui hésiter à appliquer un ou plusieurs moxas, le plus près possible du point douloureux. C'est à l'expérience a nous apprendre ce qu'il faut penser de cette proposition.

Narcotiques. — Dans un cas cité par le docteur Bodin (2), l'application de la morp/iine sur un vésicatoire placé à la partie antérieure du cou fit cesser les accidents spasmodiques gra\ es qui duraient depuis quelques jours; mais comme il n'est pas certain que ce spasme provint d'une inflammation, nous reviendrons sur ce fait à l'occasion de Yœsop/iayismc. Tout ce qu'il nous est permis de dire ici, c'est que

(1) De sana morb. œsuphag. slrucl.

(•2) Juurnal de médecine ci de chirurgie pratiques, t. V, pi 373.

OESOPHAGITE SIMl'LU A1GUE. — TRAITEMENT. 675

la douleur de l'œsophage étant extrêmement vive, on doit être naturellement porté ii employer les applications narcotiques, et comme, ainsi que nous l'avons déjà dit el que nous le répéterons tout à l'heure, il est souvent impossible de faire pénétrer ces substances dans la partie supérieure du canal alimentaire, on sera autorisé à faire usage de la méthode endermique

On peut encore porter les narcotiques, à l'aide de lavements, sur la muqueuse intestinale. On prescrira, par exemple, le lavement suivant :

If Décoction de guimauve Q. s. pour un demi-lavement.

Laudanum de Sydenham de 10 à 15 gouttes.

On pourra répéter ce lavement deux fois dans la journée, si la susceptibilité du malade ne s'y oppose pas. Il faut diminuer la dose du laudanum chez les enfants.

Dans le cas où la déglutition serait encore possible, il vaudrait peut-être mieux porter les narcotiques dans l'estomac sous la forme de potion. Ainsi on prescrirait :

If Eau de fleur d'oranger GO gram. | Sirop de gomme 15 gram.

Eau de laitue 30 gram. | Acétate de morphine 0,025 gram.

A prendre dans les vingt-quatre heures.

Si la déglutition, quoique encore possible, était trop difficile, on pourrait se contenter d'administrer le sirop de morphine pur et par petites cuillerées, de manière que le malade ne fît que des mouvements de déglutition très lenls. Ce sirop serait donné à la dose de vingt-cinq à trente grammes.

Adoucissants portés sur la muqueuse enflammée. — De tout temps on a beaucoup insisté sur la nécessité de diriger vers le point malade des substances adoucissantes et émollientes. C'est ainsi qu'on prescrit les tisanes de mauve, de guimauve, de bouillon-blanc coupées avec le lait, tisanes qu'on fait prendre par petites gorgées et avaler lentement, pour ne point provoquer les mouvements convulsifs de l'œsophage. Foreslus, F. Hoffmann, et en général les anciens auteurs, attachaient une assez grande importance à l'administration des SUbstttnùeê huileuses qui ont le double avantage de lubrifier la partie enflammée et d'entretenir la liberté du ventre. On pourra prescrire la potion suivante :

if Huile d'amandes douces. . 15 gram. i Sirop de capillaire 38 gram.

Gomme adiagante 0,50 gram. I Eau 00 gfaml

A prendre par cuillerées.

Quelques auteurs ont pensé que les fumigations émollientes et narcotiques pourraient avoir de l'avantage; mais, en pareil cas, la vapeur ne pourrait atteindre la partie enflammée que si l'affection avait son siège à la partie la plus rapprochée du pharynx, encore même n'y parviendrait-elle que difficilement.

Mais nous avons vu qu'assez souvent La déglutition était entièrement impos* êible, et que c'était surtout en pareil cas que la soif était intense. C'est là un fait qu'il est important de noter, sous le point de vue du traitement. Il faut alors épargner au malade et les douleurs excessives que cause le passage des boissons elles vomissements spasmodiques qui suivent leur ingestion. On doit donc tromper la

soif en Taisant tenir dans la bouche des tranches. d'oronge, de Veau froide aiguisée soit avec le vinaigre, soit avec le^'as de citron; ou, mieux encore, recommander de faire fondre fréquemment un morceau de glace dans la bouche. Peut-être parviendrait-on, jusqu'à un certain point, au même but, en faisant prendre des bains prolongés, qui d'ailleurs ont été conseillés par Forestus, comme utiles pour calmer l'inflammation.

Un autre précepte, que l'on doit principalement à M. Mondière, c'est de prescrire au malade un silence absolu ou presque absolu, « parce que les mouvements de la langue se propagent à l'œsophage et tendent à augmenter l'irritation. Au reste, ajoute cet auteur, la douleur force souvent le malade à garder le silence : c'est ce que nous éprouvâmes quand nous fûmes atteint de pharyngo-œsophagite. »

Traitement de l'œsophagite chez les enfants à la mamelle. — Nous croyons devoir indiquer ici ce qui a été dit à ce sujet par Billard, parce qu'on y trouve quelques particularités utiles à connaître. Si l'on a quelque raison de croire à l'existence de l'œsophagite chez les enfants très jeunes, on peut, suivant cet auteur, « appliquer les sangsues au cou, au nombre de deux à quatre, suivant l'âge. Il faut faire boire les enfants à la température du lait sortant du sein de la mère ; les faire teter ou boire peu à la fois, s'ils vomissent après avoir bu; faire usage de cataplasme autour du cou; établir sur les intestins une légère irritation, soit au moyen du calomel, soit en administrant de petits lavements de lait sucré. » C'est encore à l'observation à nous appprendre la valeur de ce traitement, qui ne diffère guère, comme on le voit, du traitement des adultes, que par la proportion.

Traitement des abcès de l'œsophage. — Il est assez difficile, nous le répétons, de diagnostiquer l'existence des abcès de l'œsophage; toutefois les circonstances précédemment indiquées (voy. page 667) et la persistance de la maladie, ainsi que l'impossibilité absolue de la déglutition, mettront sur la voie et engageront à em-J ployer un traitement direct. Ce traitement consiste dans V exploration de l'œsophage à l'aide d'une sonde. On a vu dans le cas précédemment cité (voy.fi page 667) et observé par M. Bourguet, que l'exploration de ce conduit à l'aide d'une bougie de cire façonnée en olive à son extrémité détermina la rupture de l'abcès et la prompte disparition d'accidents graves. On peut imiter cette conduilc, soit en employant la même sonde, soit en mettant en usage une sonde œsophagienne ordinaire. M. Mondière dit qu'appelé dans un cas de ce genre, « il n'hésiterait pas à répéter de temps h autre l'introduction d'une sonde conique. » Cette pratique ne serait-elle pas sujette à de graves inconvénients, et ne* pourrait-il pas en résulter la perforation de l'œsophage dans un point ramolli comme l'est le point enflammé? Si l'on voulait employer la sonde conique, on ne devrait du moins y procéder qu'après avoir, à l'aide d'une sonde ordinaire, déterminé le point où la tumeur purulente fait obstacle. Jusqu'à nouvel ordre, on doit regarder, ce nous semble, la conduite de M. Bourguet comme la plus sage.

Traitement de la gangrène de l'œsophage. •— Nous avons vu que, dans les cas les plus évidents, la gangrène était la conséquence de l'inflammation. Il en résulte que, jusqu'à ce qu'elle se soit produite, on doit traiter la maladie comme l'inflammation ordinaire, en proportionnant l'énergie des moyens à la violence des symptômes. La gangrène une fois produite, quels sont les moyens qu'on doit employer? Nous avons dit plus haut que nous ne possédons pas un cas authentique

OESOPH AGITE SIMPLE AtOUE. - TRAITEMENT.

de guérison lorsque la gangrené s'est emparée d» W^^^ manque donc complètement Aussi ne peut-on parler de ce hai«mffltq LL générale, Relever par les toniques les forces abat tues , po te es n c Lnts dans l'intestin pour éviter des mouvements de déglutition e des contrat tions qui pourraient déterminer la rupture du conduit; presenre le silence l'immobilité, telle sera la conduite du médecin dans ces cas si graves.

Résumé, ordonnances. - Les principaux moyens indiqués plus haut sont, comme on vient de le voir, les émissions sanguines, les révulsifs, les nuconqneB et les précautions dont on doit entourer le malade; ajoutons ici que, clans les cas simples et d'une intensité modérée, la maladie a une tendance naturelle a la guérison, comme on peut s'en convaincre par la lecture des observations; en pareil cas, il suffit donc de mettre en usage les moyens les plus simples, tels que les émollients, et de recommander les précautions dont il vient d'être question. Deux ordonnances suffiront pour faire connaître la conduite à tenir dans les différents cas.

Irc Ordonnance.

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