OESOPHAGITE SIMPLE AIGUË. — DÉFINITION
Dans ces trois cas, la mort fut le résultat à'hémorrhagies : une fois l'hémorrhagie fui foudroyante (Fauvel) ; une autre fois elle dura deux ou trois mois, et affaiblit considérablement le malade, qui fut emporté par une pneumonie intercurrente (Lcdiberder) ; dans le cas du journal américain, le malade, enfant de dix ans, succomba à des hémorrhagics répétées.
Dans ces cas, les veines de l'œsophage et du cardia étaient variqueuses, mais il n'y avait ni rupture de ces veines, ni ulcération de l'œsophage.
Enfin, dans les deux premiers cas, l'affection coïncidait avec un état de cirrhose du foie ; et, dans l'un des deux, il y avait maladie de Bright. Comme, selon les remarques de M. Gublcr, la cirrhose pourrait être la cause productrice de ces varices, nous reviendrons sur ce sujet, avec plus de détails, dans l'article Cirrhose.]
ARTICLE II
OESOPHAGITE SIMPLE AIGUË.
Cette affection, dont nous ne possédons qu'un nombre limité d'observations, a été cependant étudiée, du moins dans une de ses parties, à une époque assez reculée. Fernel (1) parle du phlegmon de l'œsophage, et déjà Galien avait reconnu dans ce conduit l'existence d'une douleur que, dans quelques cas au moins, on pourrait rapporter à l'inflammation. Mais ce n'est que dans ces derniers temps, et par suite des recherches de J. Frank, et surtout de M. Mondière, qu'on a assez bien connu l'œsophagite. Il est fâcheux toutefois que ces auteurs ne nous aient pas donné une analyse exacte des observations qu'ils ont rassemblées, et qu'ils se soient contentés d'exposer les principales circonstances des faits sur lesquels sont fondés leurs travaux. Nous allons, avec ces matériaux, exposer ce qu'il y a de plus positif sur l'œsophagite, dans l'état actuel de la science.
Nous regardons comme une œsophagite simple aiguë aussi bien celle qui n'occupe que la partie superficielle de ce conduit que celle qui pénètre plus profondément et se termine par suppuration ou par gangrène. Cette terminaison, en effet, ne change rien à la nature de la maladie.
On a donné à cette affection les noms communs de dysphagie et d'angine ; on l'a encore appelée angine œsophagienne, œsophagitis, inflammatio gulœ. Aujourd'hui, le nom (l'œsophagite, déjà admis par J. Frank, est généralement adopté.
Nous avons déjà dit que cette inflammation est rare. On peut s'en convaincre par le petit nombre de faits qu'a pu réunir M. Mondière, qui cependant a puisé à des sources très variées. On a trouvé la cause de cette rareté dans la position profonde de l'œsophage, et dans ses usages, qui ne l'exposent à l'action des agents extérieurs qu'à certains moments assez courts.
(I) Deparlium morbis et sympl., lib. VI, p. 277.
MALADIES DES VOIES DIGESTIVESî
§ H. — Causes.
1" Causes prédisposnntes.
Parmi les observations que nous connaissons, ii en est qui se rapportent à tous les (Iges de la vie. Billard (1) a cilé un cas dans lequel il lui a paru probable que la maladie s'était développée pendant la vie intra-utérine, et il en a rapporté un petit nombre qui se sont montrés après la naissance. Faut-il en conclure, comme il font cet auteur et M. Mondière, que l'œsophagke est notablement plus fréquente chez les enfants que chez les adultes ? Billard a rassemblé, sous le titre à'œsophagite] les inflammations simples, un très petit nombre d'inflammations ulcéreuses, et enfin des cas de muguet de l'œsophage. Or, nous savons que cette dernière affection tient à une cause plus générale, qu'elle n'est que la conséquence de l'inflammation spéciale de la bouche, et que, par conséquent, on ne saurait la faire entrer en ligue de compte. Ainsi envisagée, la question ne présente pas une solution aussi facile que l'ont pensé Billard et M. Mondière, et tout ce que l'on peut dire, d'après la tendance qu'ont les inflammations spéciales de la bouche à se porter vers l'œsophage chez les nouveau-nés, c'est que peut-être, en effet, l'œsophagite isolée se développe un peu plus soin eut chez eux ; mais ce n'est là qu'une présomption qui a besoin d'être confirmée par les faits.
Ce qui jette encore des doutes sur l'assertion de ces auteurs, c'est que, dans l'ouvrage de MM. Bailliez ei Uilliel, il n'est nullement fait mention de l'Œsôj phagite, et cependant on sait que ces deux auteurs ont fait de. nombreuses autopsies à l'hôpital des Enfants.
2° Causes occasionnelles.
Gomme on le voit, nous n'avons (pie des renseignements très bornés sur les causes prédisposantes; en revanche, on a cilé un grand nombre de causes occasionnelles.
Et d'abord, nous trouvons l'abus de certains médicaments : ainsi, le mercure, suivant Iliklenbrand , cité vaguement par M. Mondière, aurait eu cet effet. Nous n'avons point retrouvé le passage cité, et nous le regrettons ; car il serait curieux de savoir si, en pareil cas, l'inflammation de l'œsophage n'était pas une simple extension de la stomatite mercurielle. L'iode aurait aussi, suivant Gohier (2), produit le même effet. On connaît les exemples d'inflammation particulière occasionnée par Yémélique donné à très haute dose ; en pareil cas, c'est principalement sur les follicules que porte la phlogose.
Il est presque inutile d'ajouter que les substances acres et corrosives, telles qu'une solution de sublimé, par exemple, ou bien des acides concentrés, déterminent l'inflammation de l'œsophage. C'est là une conséquence nécessaire de l'ingestion de ces liquides; mais ces cas appartiennent aux empoisonnements, dont il ne doit pas être question ici. La brûlure par la déglutition de l'eau bouillante détermine une inflammation qui, comme celle de la bouche due à la même cause, n'a pas
(1) Traite des maladies des enfants nouveau-nés et à la mamelle, 1833, 2- édit., p.
(2) Journal univ., t. I, p. 237.
une très grande importance. On se rappelle ce que nous avons dit à ce sujet, dans L'article consacré à la laryngite camée par lu brûlure de la glotte. Nous croyons devoir y renvoyer le lecteur.
J. Frank place au nombre des causes l'ingestion du tabac d'Espagne et des cantharides; mais il est encore ici question d'empoisonnement.
L'ingestion de Veau très froide , le corps étant en sueur, produit-elle cette maladie ? Il est fâcheux que les auteurs qui ont admis l'existence de cette cause ne nous aient point cité les faits. Un seul cas de ce genre, cité par M. Mondière, él extrait de la Gazette de santé, paraît être en faveur de cette manière de voir; mais ce fait manque de détails, et l'on peut se demander si la soif intense éprouvée par le malade, et qui le poussa à boire de l'eau très fraîche, n'était pas déjà un premier symptôme de la maladie. On sait d'ailleurs qu'un fait isolé n'a pas une grande valeur.
Od a encore mis au nombre de l'œsophagite le passage de corps volumineux et durs, leur séjour plus ou moins prolongé, et enfin les tentatives faites soit pour les extraire, soit pour les faire tomber dans l'estomac.
Quelques auteurs se sont demandé si Yœsophagisme ou spasme de l'œsophage ne pourrait pas dégénérer en une véritable inflammation. Parmi eux, M. Mondière a cité Percival, Baillie et M. Barras; mais les faits, pas plus que l'analogie, ne permettent pas d'adopter une semblable opinion. Quant à la rétrocession des phlegmasics cutanées, comme la scarlatine et la rougeole, l'auteur que je cite n'a rapporté qu'un seul cas emprunté à M. Pinel lils, et dans lequel l'œsophagite a succédé à la rougeole. Il n'y avait donc pas, dans ce cas, une véritable rétrocession.
Nous avons vu, dans les articles précédents, que la pharyngite pultacée s'étendait quelquefois à l'œsophage; c'est là, sans doute, ce qui a fait dire que la scarlatine était une cause prédisposante de l'œsophagite. Quant à l'inflammation de l'œsophage qui s'est développée dans la rage, la fièvre jaune, la variole, etc., c'est une simple complication de ces affections qui ne doit pas nous arrêter ici.
Enfin, on a reconnu que, dans un certain nombre de cas, l'œsophagite se développait sans cause appréciable. Si l'on réfléchit sur ce fait , et sur le grand nombre de causes précédemment indiquées, nombre qui est tel, qu'à peine un on deux cas se rapportent à chacune d'elles, on conviendra que, excepté les causes directes et pour ainsi dire traumatiques, les autres n'ont qu'une valeur bien incertaine. Presque tout est encore à faire sur ce point.
§ III. — Symptômes.
Les symptômes ont été particulièrement étudiés par M. Mondière; malheureusement encore il n'a pas donné l'analyse rigoureuse des faits, de telle sorte que sa description nous laisse dans un vague fâcheux. Exposons rapidement ce qui ressort de plus évident des observations.
La douleur est le symptôme qui a le plus vivement frappé les médecins, parce que c'est celui dont se plaignent presque exclusivement les malades. Elle existe dès le début, et, suivant l'expression de IN. Mondière, elle est le premier signe de l'œsophagite. II est rare qu'elle soi l .portée rapidement à un très haut degré; cependant ce mode d'apparition a êt<3 observé dans un cas rapporté par le doc-
teur Noverre (1). Ce fait nous paraît assez important pour trouver sa place ici.
Un homme de cinquante-six ans, d'une forte constitution, est réveillé en sursaut, durant une nuit d'été, par une violente douleur fixée derrière le sternum] dans la direction de la ligne médiane de la poitrine. Elle se calme bientôt, et il malade se rendort. Mais, au réveil, elle reprend avec plus d'intensité; il s'y joint de la fièvre, de la chaleur à la gorge ; la déglutition est impossible : les boissons, comme les aliments, produisent, par leur contact, les angoisses les plus vives. Ces symptômes persistaient depuis huit jours, sans avoir été combattus par aucun traitement, lors de l'entrée du malade à la Charité. Voici quel était alors son état :
Peau chaude, halitueuse; pouls assez large, développé en apparence, mais mou; face rouge, animée, exprimant l'inquiétude et la douleur; langue humide, rouge sur ses bords et vers sa pointe, chargée à la base d'un enduit gris jaunâtre; sensation de chaleur et d'irritation dans l'arrière-bouche, où l'on n'aperçoit cependant ni rougeur, ni tuméfaction ; douleur des plus vives occupaut la ligne médiane du cou et de la poitrine, dans la direction de l'œsophage, et qui paraît s'arrêter au cardia : elle est accompagnée d'une sorte de spasme général et d'un état d'anxiété qui augmente d'une manière effrayante toutes les fois que le malade essaye d'avaler une gorgée de liquide, qui passe néanmoins après une longue suite d'efforts et de souffrances. Le lendemain, 23 juillet 1819, faible diminution de la douleur; depuis deux jours, constipation. Le 1U, soulagement marqué; le pouls est plus dur que le jour précédent. Le 2G, déglutition toujours pénible, mais s'exécutant sans douleur. Le 27 juillet, treizième jour de la maladie, cessation de la dysphal gie; peu de jours après, guérison complète et sortie du malade.
Le traitement consista principalement en plusieurs saignées et en applications d'un assez grand nombre de sangsues; il en sera question plus lard : ici nous n'avons voulu seulement faire remarquer l'apparition de cette douleur si vive, si persistante, accompagnée d'un mouvement fébrile si prononcé, et ayant un siégj si précis dans la direction de l'œsophage. Il est fâcheux qu'on n'ait pas interrogé ce sujet, pour s'assurer que la veille il n'éprouvait aucune gène dans le trajet de ce conduit. Mais, en eût-il été ainsi, le réveil en sursaut causé par une douleur si violente n'en serait pas moins extrêmement remarquable.
Plus ordinairement, avons-nous dit, la douleur survient par gradation; elle se fait sentir presque exclusivement au moment où le bol alimentaire franchit la partie enflammée. Alors elle est tellement violente, que les sujets font des contorsions, et que quelques-uns ne veulent plus avaler, même les liquides. Quelquefois ils éprouvent une sensation de brûlure et de déchirement, comme il arriva à M. Mondièrc lui-même, qui fut atteint de cette maladie.
Le siège de la douleur est non moins important à considérer. C'est, en effet, principalement par lui que l'on parvient à déterminer quel est l'organe affecté. Déjà Galien avait remarqué que, dans les maladies de l'œsophage, on éprouve une douleur le long de l'épine dorsale, et il en trouvait facilement la raison dans la direction du conduit alimentaire. Forestus(2) a fait la même remarque. Cependant il a distingué certains cas où la douleur était fixée clans un point plus rapproche
(1) Bulletins de la Faculté de médecine de Paris, 1818, t. VI.
(2) Opéra omnia, lib. XV,obs. 31, Scholia, p. 152.
OESOPHAGITE SIMPLE AIGUË, — SYMPTÔMES. 065 du cou Dans les faits rassemblés par M. Mondière, la douleur a été principalement rapportée par les malades à la partie inférieure du pharynx; c'est ce qui avait heu, surtout au début de la maladie. D'autres fois, ajoulc-t-il, ils la ressentent au larynx, à l'épigastre ou entre les deux épaules. Dans un cas observé par M. Roche (1), la pressiou exercée au-dessous de l'appendice xiphoïde, et dans ce point seulement, déterminait la sensation d'un corps qui remontait jusqu'à la gorge, et celle d'une douleur sourde, étendue comme une corde de l'un de ces points à l'autre. Cette douleur était surtout marquée au côté gauche du larynx, entre les deux épaules et à l'appendice xiphoïde. Broussais (2) a également vu un malade, atteint d'eesophagite, avoir la sensation d'une boule qui, de la région épigaslrique montait vers le larynx, où elle s'arrêtait.
La maladie parcourant, dans quelques cas, une plus ou moins grande étendue de l'œsophage, il en résulte que la douleur ne reste pas toujours lixée au même point. C'est ce qui arriva dans le cas observé par M. .Mondière sur lui-même; car tous les symptômes locaux, d'abord fixés à la partie supérieure de l'œsophage, marchèrent peu à peu vers la partie inférieure, et se firent sentir jusqu'au cardia. Il ne faut pas perdre de vue cette marche possible de la douleur, parce qu'on y trouve un sigue précieux pour reconnaître le véritable siège de la maladie.
Nous venons de voir que le passage des aliments et des boissons détermine de la douleur. Il en résulte une gêne de. la déglutition, qui se fait sentir plus ou moins bas, suivant le siège de l'inflammation. Dans le cas observé par M. Roche, les aliments les plus légers et les liquides les plus doux étaient, suivant l'expression de la malade, arrêtés comme par un nœud. Dans les cas les plus graves les aliments et les boissons sont rejetés par une contraction rapide, au moment où ils arrivent vers le point enflammé. On en voit un exemple dans une observation extraite par M. Mondière de la Gazette de santé ; mais il faut ajouter que, dans ce cas, il y avait un abcès dans les parois du pharynx.
La maladie qui nous occupe peut-elle déterminer une véritable hydrophobie? C'est ce qui ne paraît pas douteux à M. Mondière, qui cite à l'appui de son opinion une observation du docteur Pfeufer (de Bamberg) (3). Toutefois, après la lecture de l'observation, il reste quelques doutes sur la justesse de cette interprétation. Il est vrai que la maladie débuta par une légère difficulté à avaler les liquides; mais il y avait en même temps des symptômes généraux, qui allèrent sans cesse en augmentant, qui devinrent extrêmement graves, et pendant lesquels l'hydrophobie se produisit d'une manière manifeste. Or on sait que ce symptôme apparaît, dans des cas semblables, en l'absence de toute œsophagite, et il faut ajouter que, outre les lésions de l'œsophage, il en existait d'autres dans le pharynx, dans le larynx, dans le corps thyroïde, l'estomac, les glandes salivaires, etc., qui semblaient annoncer qu'on avait affaire plutôt à une maladie générale qu'à une affection qui détermine ordinairement aussi peu de symptômes généraux que l'œsophagite.
M. Mondière a constaté que, dans tous les cas d'œsophagile, il existait une expuition plus ou moins difficile et abondante de matières glaireuses. Cette expui-
(1) Nouveaux éléments de pathologie médico-chirurgicale. Paris, 1844, 4e édit., t. I, art. Giïsophagite.
(2) Annales de laméd. phys., t. III, p. 254.
(3) Archives générales de médecine, t. XI, 1826, extrait de Heid. Min, Ann., 1825,
tion est, suivant lui, d'autant plus rêmarqUàblé, que l'inflammation a envahi en même temps et la muqueuse oesophagienne et les cryptes qu'elle recouvre. Malheureusement on n'a pas recherché si le même effet avait lieu lorsque l'inflammation occupe la partie inférieure de l'œsophage, aussi bien que quand elle est fixée à In partie supérieure. C'est une des nombreuses lacunes à combler dans l'histoire de Pœsophagite.
On a encore cité, comme symptôme de la maladie qui nous occupe, une chaleur plus ou moins vive dans le trajet de l'œsophage, et cette chaleur, suivant les auteurs, s'accompagnerait d'une sécheresse notable; mais si l'on examine une à une les observations, on voit que le plus souvent ces symptômes ne sont pas mentionnés ; en sorte que leur existence paraît avoir été admise par raisonnement et par analogie, plutôt que d'après l'étude des faits.
M. Mondière éprouva, dans l'œsophagite dont il fut affecté, une toux gutturale avec expuition difficile et douloureuse d'un mucus épais et visqueux. L'inflammation était alors fixée à la partie supérieure de l'œsophage, et les symptômes étaient à peu près les mêmes que ceux que nous avons assignés plus haut à l'inflammation de la partie inférieure du pharynx.
Nous avons vu que la déglutition même des liquides est fort douloureuse et parfois impossible, et cependant dans des cas graves, dans ceux qui s'accompagnent d'un mouvement fébrile un peu marqué, la soif est intense ; elle le devient chez les autres, par suite de la privation de boissons que s'imposent volontairement les malades. Il s'ensuit que la soif est évidemment un des symptômes les plus incommodes, puisqu'on cherchant à la satisfaire, on augmente la douleur et l'on peut déterminer les contractions spasmodiques dont il va être question.
M. Mondière, avec plusieurs des auteurs qui l'ont précédé, place au nombre des symptômes de l'œsophagite, le hoquet. Malheureusement il n'a point fait une analyse suffisante des observations qu'il a rassemblées, et il est à remarquer que les faits qu'il cite pour exemples ne présentent pas ce symptôme. J. Frank ne l'a point mentionné dans son article. Appartient-il en propre à l'œsophagite? ou bien n'est-il qu'un épiphénomène occasionné dans quelques cas par la privation des boissons et par les appréhensions du malade? C'est ce qu'il n'est pas permis de décider. Toujours est-il qu'on n'est pas autorisé, jusqu'à nouvel ordre, à le ranger parmi les caractères essentiels de l'œsophagite.
La gêne de la déglutition par suite du passage des substances les moins irritantes, comme la salive, les sirops, les boissons émollientes, est souvent telle, qu'elle détermine un véritable spasme de l'œsophage, c'est-à-dire des contractions désordonnées qui s'étendent à une plus ou moins grande étendue du conduit tnusculeux. C'est ce spasme qui, confondu sous le nom cVœsophagisme, avec des accidents nerveux dont il sera question plus tard, produit les phénomènes de vomissement dont nous avons déjà parlé. L'irritation portée sur la partie enflammée par les substances ingérées est évidemment la cause de ces contractions spâsmodiqtics.
Tels sont les symptômes locaux de l'œsophagite simple aiguë. Quant aux symptûmes généraux, nous retrouvons ici ce que nous avons remarqué relativement aux diverses pharyngites : tantôt ils n'existent, nullement, comme dans le cas observé par M. Roche ; tantôt ils sont très légers, et tantôt, mais plus rarement, ils sont assez intenses. La fréquence et la dureté du pouls, la chaleur, Vagitation,
qui est encore augmentée par la soif et par les appréhensions du malade, sont les symptômes généraux notés dans les observations.
L'oêaôphûgite que nous venons de décrire est l'œsophagite ordinaire; mais il est une forme particulière signalée par les auteurs, et dont il importe de dire un mol avant de parler des abcès et de la gangrène de l'œsophage.
Œsopliagite folliculeuse. — M. Mondièfé, et les auteurs qui sont venus après lui, ont mentionné une inflammation de l'œsophage qui aurait son siège spécial dans les follicules muqueux de la membrane interne. ïl est bien rare de voir ces follicules muqueux enflammés idiopatbiquement.
On a voulu rapporter à celle inflammation les ulcérations trouvées dans l'œsophage chez des sujets qui ont succombé à des fièvres graves, comme on en voit des exemples dans des cas de lièvre typhoïde observés par M. Louis (1); mais, en admettant que ces ulcérations aient constamment leur siège dans les follicules, l'ulcération constitue une maladie propre dont nous aurons à nous occuper plus lard.
On a vu (2) les follicules gonflés, enflammés, chez les enfants; Billard (3) a cilé un cas de tuméfaciion de ces glaudules, qui paraît s'être développé pendant la vie intra-utérine. Jusqu'à quel point cette inflammation peut-elle exister indépendante d'autres affections ? C'est ce qu'il n'est pas permis de dire. Quant aux observations d'inflammation des follicules notée dans la rage, c'est une lésion que nous devrons étudier a l'occasion de celte maladie.
On voit donc que nous n'avons rien de bien précis sur l'inflammation de l'œsophage limitée aux follicules muqueux; ce serait par conséquent devancer l'observation que d'insister sur une semblable lésion.
Abcès de l'œsophage. — La terminaison par suppuraiion mérite que nous en disions un mot à part. Suivant M. Mondière, cette terminaison n'est pas très rare. Il pense qu'elle le paraîtrait moins encore si, lorsque l'abcès vient à s'ouvrir, le pus n'était avalé ou rejelé par le malade sans qu'il s'en aperçoive. C'est là une proposition dont l'exactitude mérite d'être vérifiée. M. Mondière a cité une observation intéressante qu'il a extraite de la Gazette de santé (1823), et dans laquelle l'existence d'un abcès fut démontrée par Y extraction d'une cuillerée à café de matière purulente, à l'aide d'une bougie.
On voit, dans cette observation, que ce qui dislingue principalement l'œsophagite avec suppuration, c'est une une. douleur bornée à une petite étendue de l'œsophage où les alimenls se trouvent arrêtés, et une dysphagie considérable. Ces limites étroites de la douleur nous font reconnaître le siège de l'abcès. Du reste, on n'a recherché ni s'il existait quelque chose de particulier dans les symptômes généraux, ni si la marche de la maladie offrait quelque particularité remarquable. Dans un cas observé par Barras, et cité à l'Académie de médecine (séance du 27 octobre 1825), nous trouvons cependant quelques renseignements sur ce point. Les Symptômes locaux, très intenses, eurent leur siège fixe au niveau de la partie supérieure de l'œsophage. 11 y eut des symptômes cérébraux très violents ; la face étaîl rouge et gonflée, les yeux injectés, saillants; il y avait des convulsions violentes, pl
(1) Recherches sur la fièvre typhoïde, 2e édil. Paris, 1841.
(2) Denis, Recherches anat.-path. sur les maladies des enfants. Commercv 18*6 in 9
(3) Traité des maladies des enfants nouveau-nés. '
le pouls était notablement déprimé. De plus, il y eut, clans ce cas, du hoquet ; mais ce symptôme ne se montra qu'après la rupture de l'abcès.
Nous reviendrons sur ces abcès de l'œsophage dans le paragraphe consacré au traitement.
Gangrène de l'œsophage. — Peut-il exister, dans l'œsophage, une gangrène semblable à celle que nous avons observée dans la bouche et dans le pharynx ? C'est ce qu'il nous est impossible de dire, d'après les faits que nous possédons. Toutefois il faut reconnaître que, dans certains cas, la gangrène du pharynx se propage à l'œsophage, ainsi que Dugès (1), cité par M. Mondière, en a rapporté un exemple; mais alors l'affection de l'œsophage n'est plus que l'extension de l'affection d'un organe voisin, et n'a plus le même intérêt pour nous.
Nous ne croyons pas devoir parler ici de la gangrène de l'œsophage chez un individu mort par suite d'empoisonnement par les champignons, fait cité par M. Mondière, d'après Orfila ; la gangrène de l'œsophage n'est ici qu'un accident de l'empoisonnement, et il devra en être question plus tard. Restent donc les cas où la gangrène est, comme dans certaines pharyngites gangréneuses, une simple conséquence de l'inflammation. Dans ces cas, on a trouvé pour symptômes principaux (2) la douleur, la tuméfaction du cou, les éructations, les vomissements, qui deviennent de plus en plus rares, et cessent tout à fait vers la fin de la maladie, alors que l'œsophage ne peut plus entrer en contraction; un pouls petit, faible, intermittent, et une prostration considérable des forces qui ne peut s'expliquer par la lésion d'aucun autre organe important.
Celte description, n'étant fondée que sur un très petit nombre de faits, ne doit être regardée que comme provisoire, bien que les symptômes se rapportent exac tement aux lésions organiques. A plus forte raison, ne doit-on admettre qu'avec beaucoup de doute un autre signe indiqué par M. Mondière. « Nous pensons, ditil, quoiqu'il n'en soit pas fait mention dans les observations que nous venons de rapporter, que Y haleine des malades doit exhaler une odeur gangréneuse, nous appuyant sur ce que, dans les efforts du vomissement, les animaux avalent de l'air en quantité considérable. » Ce n'est là qu'une présomption dont l'observation aura à nous faire connaître le degré de justesse.
Telle est la description des symptômes de l'œsophagite. On voit combien de recherches sont encore à faire pour élever l'histoire de cette maladie au degré de précision nécessaire.
§ IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.
La marche de la maladie est continue et rapide : c'est-à-dire que, peu après son début, marqué par des symptômes légers, elle a acquis son plus haut degré d'intensité, et continue ensuite à présenter des symptômes assez tranchés. Toutefois, il ne faut pas oublier que, dans les cas où les symptômes généraux n'existent pas, les phénomènes se montrent uniquement au moment de la déglutition. Il n'en faudrait évidemment pas conclure que la maladie est intermittente, car le mal existe
(1) Essai sur la nature de la fièvre, etc., les maladies des enfants. Paris, 1823, vol. II,
(2) Voy. Mondière, loc. cit.
OESOl'll AGITE SIMPLE UGUE. — LÉSIONS. «69
toujours; la cause qui en détermine la manifestation agit seulement à de plus ou moins longs intervalles.
Dans le plus grand nombre des cas, la maladie ne dure pas plus d une semaine. Dans ceux où elle se termine par suppuration, elle peut avoir une durée beaucoup plus longue, puisque nous voyons dans l'observation de Barras la rupture de l'abcès et la cessation des symptômes les plus violents n'arriver qu'au dix-septième jour.
Quant à la terminaison, elle a lieu, dans le plus grand nombre des cas, par résolution, et la guérison est presque constante. Elle peut cependant être fatale, mais c'est dans les cas où surviennent la suppuration et la gangrène. La gangrène a été constamment mortelle. Il est arrivé quelquefois que des abcès formés dans la partie supérieure de l'œsophage sont venus comprimer la partie supérieure du larynx et déterminer des symptômes A" œdème de la glotte. Nous en avons déjà parlé à l'occasion des abcès du pharynx; nous n'y reviendrons pas ici. Dans certains cas, c'est un véritable œdème de la glotte qui est déterminé par le voisinage d'un abcès œsophagien. C'est ce que nous avons mentionné au tome II, dans l'article Œdème de la glotte. Enfui, la rupture de l'œsophage peut succéder à une inflammation violente; mais comme cette rupture présente quelques particularités importantes, et qu'elle peut être due à d'autres causes qu'une inflammation simple, nous en dirons quelques mots dans un article à part.
§ V. — lésions anatomiques.
La rougeur, l'injection de la membrane muqueuse, ont d'abord lixé l'attention des auteurs. Chez les nouveau-nés, il faut se garder, ainsi que l'a fait observer Billard, de prendre pour une rougeur inflammatoire l'injection plus ou moins notable qui existe plusieurs jours, après la naissance. Au reste, n'oublions pas que, pour être un véritable signe d'inflammation, la rougeur de la muqueuse œsophagienne, comme celle des autres membranes du même genre, doit s'accompagner d'autres altérations plus ou moins profondes. Le ramollissement, l'épaississement de la muqueuse, une sécrétion plus ou moins abondante de mucosités épaisses, quelquefois puriformes, la friabilité du tissu sous-muqueux, la destruction de l'épithélium, telles sont les lésions que l'on a observées, mais qui n'ont pas encore été étudiées avec assez de soin.
Les abcès existent ordinairement au-dessous de la membrane muqueuse ; presque toujours d'une étendue médiocre, ils font saillie à l'intérieur.
Enfin, tantôt la gangrène se présente sous la forme d'eschares limitées, couleur de suie, et s'enlcvant par lambeaux, comme chez un enfant observé par Billard, et tantôt elle occupe une très grande étendue ou même toute l'étendue de l'œsophage dans toute son épaisseur, comme dans un cas rapporté par M. Mondière (1). M. le docteur Dieulafoy (2) a cité un cas très curieux de gangrène du tissu cellulaire péri-œsophagien ; mais l'œsophage ne présentait pas d'inflammation. Dans quelques cas, on a signalé un ramollissement gélatiniforme de l'œsophage semblable au ramollissement gélatiniforme de l'estomac, dont il sera question plus loin.
(1) Journal de médecine de Corvisarl, Leroux et Buycr, t. XIV, p. 323.
(2) Compte rendu des travaux de la Soc. méd. de Toulouse, 1849.
MALADIES DES VOIES DlfîESiïXVES.
S VI. — Diagnostic, pronostic.
Il est assez difficile, avec le petit nombre de ras que nous connaissons, et surtout d'après la manière dont ils ont été étudiés, d'élahlir (l'uni! manière bien positive le diagnostic de l'œsophagite aiguë; non qu'on ne puisse facilement arriver à recon-, naître l'existence d'une maladie dans l'œsophage, niais parce que ce conduit peut être le siège d'autres affections dont les signes peuvent être confondus avec ceux de la maladie qui nous occupe. Il faut donc diviser le diagnostic en deux parties : l'une qui se rapporte aux maladies dont le siège est hors de l' œsophage; l'autre qui a pour objet les maladies différentes de l' inflammation, occupant ce conduit.
1° Maladies ayant leur siège hors de l'œsophage. — Nous trouvons d'abord les maladies de la trachée, affections qui n'ont été elles-mêmes étudiées que d'une manière fort incomplète, ainsi que nous l'avons fait remarquer lorsque nous en avons tracé l'histoire (voy. tome IIe). Il peut arriver que, dans une affection de la trachée (par exemple, un ulcère ayant son siège à la partie postérieure ou sur la cloison qui sépare les deux conduits) , la déglutition soit difficile; mais la toux provoquée par des picotements particuliers et la douleur dans les forlcs inspirations, qui existent dans les ulcères de la trachée, servent à lever tous les cloutes. Dans l'œso phagile, en effet, la toux, lorsqu'elle existe, est simplement gutturale, et de plus il n'y a point de comparaison à établir entre la douleur violente de l'œsophagite pendant la déglutition et celle qui se produit quelquefois pendant le même acte dans les maladies de la trachée; enfin, les spasmes et, les vomissements de l'œsophagite achèveront de fixer ce diagnostic différentiel.
Dans les idcérations de la partie supérieure du larynx, et surtout dans celles qui occupent l'épiglotle, il y a douleur, gène de la déglutition et rejet des boissons par le nez ; mais en même temps la respiration est difficile, la toux est provoquée par l'inspiration; en outre, bien que la déglutition soit gênée, on n'observe pas dans un point du conduit alimentaire celte douleur violente, ce nœud, cet obstacle signalés par les malades, au moment où les aliments et les boissons franchissent le point enflammé.
2° Maladies qui ont leur siège dans l'œsophage. — Les auteurs qui ont rangé sous le même titre l'inflammation simple et l'inflammation ulcéreuse de ce conduit, ou qui ont regardé celle-ci comme une terminaison de la première, ont nécessairement passé sous silence le diagnostic de ces deux lésions; mais nous verrons plus loin qu'il est des cas où l'ulcération est une maladie bien différente de l'inflammation simple, qu'elle a une gravité et des conséquences toutes particulières, et qu'il est important de l'en distinguer. N'ayant pas encore fait connaître les symptômes des ulcères de l'œsophage, nous renvoyons ce diagnostic après la description de l'œsophagite ulcéreuse.
On a cité quelques cas de rhumatisme du pharynx et de l'œsophage. Il est éudent qu'en pareil cas le diagnostie est très difficile. Nous savons, en effet, que, dans certaines inflammations légères, les symptômes généraux sont entièrement nuls; tout se borne donc à peu près à la douleur, dans un cas aussi bien que dans I autre. Comment établir un diagnostic précis? Le nombre des observations que nous possédons est beaucoup trop restreint pour que l'on puisse en tirer des conclusions positives. Toutefois disons que si, en l'absence de tout mouvement fébrile, loulcs
QESOPHAGITE SIMPLIi AIGUË. — DIAGNOSTIC. 671
les fonctions s'âccomplissant parfaitement bien, et surtout après la disparition d'un rhumatisme musculaire ou pendant son cours, il survenait une douleur de l'œsophage, vive pendant la déglutition, absolument nulle dans les intervalles, diminuant plutôt qu'augmentant après l'ingestion des premières portions d'aliments, on devrait regarder l'affection comme un rhumatisme plutôt que comme une inflammation. Nous avons vu deux cas de ce genre.
Le spasme de l'œsophage ou œsophagisme, dont il sera question plus loin, présente aussi quelques difficultés de diagnostic. Cependant on parvient à le distinguer de l'inflammation en ayant égard aux circonstances suivantes : Le véritable spasme nerveux survient presque toujours dans le cours de certaines névroses, et principalement dans le cours de l'hystérie; il est caractérisé par des mouvements désordonnés de l'œsophage, qui rejette, en se contractant, les aliments et les boissons : mais il ne présente pas ordinairement cette douleur si violente , si remarquable au moment du passage des aliments, et il ne s'accompagne point de mouvement fébrile. On voit donc que le spasme de l'œsophage n'est en réalité qu'un symptôme qui tantôt vient compliquer l'inflammation, et tantôt appartient à une maladie nerveuse, et que, à proprement parler , il ne constitue pas , dans la grande majorité des cas du moins, une véritable maladie.
Restent maintenant quelques autres affections, telles que le cancer, le rétrécissement, la dilatation de l'œsophage; mais ces maladies ont beaucoup plus de rapports avec l'œsophagite chronique qu'avec l'œsophagite aiguë ; d'ailleurs il sera temps d'exposer leur diagnostic, lorsque nous aurons rapidement tracé leur histoire.
Enfin, on peut se demander s'il est possible de distinguer les abcès de l'œsophage de l'inflammation pure et simple. Les limites étroites, le point fixe de la douleur, sa persistance, la longue durée de la maladie, l'arrêt brusque des aliments clans un point toujours le même, et leur rejet immédiat, peuvent faire soupçonner l'existence d'un abcès, mais non la faire reconnaître d'une manière précise ; si, à ces signes, venaient se joindre des symptômes très intenses, comme dans le cas rapporté par M. Barras, les probabilités seraient plus grandes.
Nous avons vu que l'affaissement, la petitesse du pouls, l'inertie de l'œsophage, étaient les signes observés dans quelques cas de gangrène. Ce sont les seuls qui puissent servir à reconnaître cette terminaison de l'inflammation. Relativement à l'odeur de l'haleine, nous renvoyons à ce que nous en avons dit plus haut. Ce dernier diagnostic est donc très incertain, dans l'état actuel de la science.
1° Signes distinctifs de l'inflammation de V œsophage et des ulcères de la
trachée.
TABLEAU SYNOPTIQUE DU DIAGNOSTIC
OESUPHAlGÎTE Â1GUÊ.
Point de toux, ou simplement toux gullu rate.
TRACHÉITE ULCÉREUSE.
Toux provoquée par des picotements.
fin bol alimentaire.
Spasmes el vomissements.
Respiration facile.
Douleur très vive au moment du passage
Respiration plus Ou moins gênée.
Douleur médiocre dans la déglutition.
Ni spasmes ni vomissements.
2° Signes distinctifs de Vœsophagile aiguë et des ulcérations de la partie
supérieure du larynx.
ŒSOPHAC1TE A1GUE.
Respiration facile.
Toux peu intense.
Douleur violente.
Sensation d'un obstacle dans un point de l'œsophage, quelquefois très bas.
LARYNGITE ULCÉREUSE.
Respiration plus ou moins difficile.
Toux plus ou moins intense, provoquée par l'inspiration.
Gène de la déglutition ayant son siège au larynx, plutôt qu'une véritable douleur.
Gêne sentie au niveau du larynx.
3° Signes distinctifs de l'œsophagite aiguë non. fébrile et du rhumatisme
de Vœsophage.