PARALYSIE DE L'OESOPHAGE
Cette affection, qui a été désignée par Fr. Hoffmann sous le nom d'atonia musculorum pharyngis, et que d'autres médecins ont appelée gulœ imbeciliitas, est ordinairement un symptôme d'autres affections plus graves, et en particulier des
affections cérébrales.
Lorsqu'elle est idiopathique, il est souvent très difficile d'en reconnaître la cause. On l'a vue se produire au moment même de la déglutition; mais probablement alors cet acte en a seulement déterminé la manifestation. Dans un cas, le docteur Wilson, cité par M. Mondière, pensa qu'une exostose de la partie supérieure de la colonne vertébrale, comprimant tes nerfs pneumogastriques, était la cause de la
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paralysie du conduit alimentaire. Il existait d'autres exostoses aux membres infé-
rieurs.
Les symptômes de cette maladie sont peu nombreux. V arrêt du bol alimentaire dans le canal œsophagien, les efforts impuissants que fait le malade pour les faire parvenir dans l'estomac ; Y agitation qui en résulte; quelquefois des convulsions : tels sont les principaux.
On a remarqué, dans certains cas, que les liquides pris en petite quantité étaient très difficilement ingérés, tandis qu'un volume plus considérable pénétrait avec assez de facilité dans l'estomac. Dans ces cas encore, on a observé que les solides étaient plus facilement avalés que les liquides. Ces phénomènes ont été notés lorsque la paralysie était incomplète. On comprend facilement ces faits, quand on songe que la contraction du pharynx doit s'exercer avec plus de facilité sur une masse assez grande pour fournir un point d'appui à ses fibres musculaires. Dans quelques autres cas, tel que celui qui a été cité par F. Hoffmann, le bol alimentaire ne peut parvenir à l'estomac qu'en y étant précipité par une assez grande quantité de liquide.
Lorsque la paralysie est complète, le bol alimentaire s'arrête à la partie supérieure de l'œsophage, et peut déterminer la suffocation et même la syncope. On a signalé l'existence de ces accidents chez les aliénés paralytiques; mais il s'agit alors d'une paralysie symptomatique, dont il sera question plus tard.
Un autre accident qui résulte de la paralysie de l'œsophage, est l'introduction dans le larynx de portions d'aliments et de quelques gouttes de liquide qui causent une toux convulsive.
Cette maladie, même dans les cas où l'on est parvenu à la guérir, a toujours été de très longue durée. Elle donne lieu à un dépérissement plus ou moins grand, suivant qu'on peut employer des moyens plus ou moins efficaces pour entretenir les fonctions digestives.
Quoique, ainsi que nous venons de le dire, l'arrêt du bol alimentaire dans le canal œsophagien puisse causer quelques accidents nerveux, il est facile de distinguer la paralysie de l'œsophage du spasme de ce conduit. Il n'y a pas, en effet, clans la première de ces affections, de point précis où existe un obstacle ; pas de régurgitation; pas d'arrêt delà sonde dans le calhétérisme, qui, au contraire, est extrêmement facile. Ces signes différentiels sont, comme on le voit, très tranchés.
Le pronostic de la paralysie de l'œsophage est toujours très grave. Cependant, comme nous allons le voir tout à l'heure, on a cité quelques cas de guérison que le praticien ne doit pas perdre de vue.
Traitement. — 1° Traitement curatif. — C'est surtout par les excitants qu'on a cherché à guérir la paralysie de l'œsophage. F. Hoffmann recommandait principalement son baume de vie, dont nous ne donnerons pas ici la composition exacte, parce qu'elle est trop compliquée, mais qui contenait comme substances principales : V huile de cubèbe, de lavande, de citron, de macis, etc. Il en faisait prendre quelques gouttes avec du sucre.
Dans un cas rapporté par Sédillot, des moyens du même genre procurèrent un succès complet. On prescrivit, en effet, un gargarisme d'eau chargée d'une forte dose de moutarde en poudre ; à l'intérieur, la même liqueur prise par gorgées, et l'usage d'un vin généreux. La malade fut guérie en quinze jours.
Dans ce .même cas, on cul encore recours à des applications extérieures: ainsi on plaça un large vésicatoire à la nuque, et l'on fit des frictions plusieurs fois par jour avec le Uniment suivant :
¥ Ammoniaque liquide 8 gram. | Huile d'amandes douces 30
gram.
L'action de la teinture de cant/tarides, appliquée avec un pinceau sur le fond du pharynx, est de la même nature que celle des médicaments précédents. Ce moyen a été proposé par LœQer, cité par M. Mondière (1).
Enfin le docteur Coze a traité la paralysie du pharynx et de l'œsophage par Y extrait alcoolique de noix vomique, placé sur un vésicatoire appliqué sur les côtés du cou. Pour mettre ce moyen en usage, il faut panser le vésicatoire avec du cérat, auquel on incorpore, à chaque pansement, un décigramme d'extrait alcoolique de noix vomique. On pourrait encore saupoudrer la peau dénudée avecl, 2 ou 3 centigrammes de strychnine.
V électricité a été également mise en usage; mais excepté un fait rapporté par Monro, on ne connaît point d'observation bien concluante dans laquelle ce moyen ait eu un succès évident.
Dans le cas observé par M. Wilson, et où l'existence d'une exostose de la colonne vertébrale fut soupçonnée, le traitement mercuriel fut suivi d'un prompt succès. Ce fait ne doit pas être perdu de vue. Quant aux préparations mercurielles à mettre en usage en pareil cas, elles ne présentent rien de particulier.
2° Traitement palliatif. — Enfin, quand la paralysie paraît incurable, il faut employer des moyens palliatifs. Ainsi on introduit la sonde œsophagienne pour injecter dans l'estomac des aliments demi-liquides; ou bien, après avoir recommandé au malade de porter avec la langue les aliments aussi loin qu'il le peut dans le pharynx, on pousse le bol alimentaire jusque dans l'estomac à l'aide d'une tige de baleine garnie d'une éponge à son extrémité. "Willis réussit de la sorte à conserver l'existence à un homme qui ne pouvait plus avaler. Ce malade avait appris à pousser lui-même les aliments dans l'estomac, et il y avait seize ans qu'il vivait ainsi, lorsque Willis écrivait son observation. Baster, cité par M. Mondière, a rapporté un cas analogue, et dans lequel le résultat fut bien plus remarquable, puisque la malade, après avoir été obligée pendant quatorze mois d'employer le moyen dont il s'agit, recouvra complètement la faculté d'avaler. On devra donc apprendre aux malades à se servir de la tige de baleine munie d'une éponge, opération qu'ils exécutent bientôt avec facilité.
Nous terminons ici ce que nous avions à dire des maladies de l'œsophage ; les corps étrangers dans ce conduit, les polypes, sont trop exclusivement du domaine de la chirurgie, pour que nous ayons à nous en occuper. Quant m hoquet, comme il n'est point démontré qu'il appartienne en particulier aux maladies de l'œsophage, nous en avons traité au chapitre des Névroses mixtes et des fonctions organiques (tome II, p. 2).
(1) Loc. cil., p. 48,