INDIGESTION. — MARCHE
dans les membres, etc. On observe aussi une légère augmentation de la chaleur de la peau, à moins que les nausées ne soient très fortes; car alors il se pioduii le Illèlne refroidissement qui se montre pendant l'action de l'émétique. Chez qudques sujets, il y a une congestion cérébrale plus ou moins marquée , et c est la ce que l'on appelle, à tort, indigestion apoplectique.
Comme nous l'avons dit plus haut, tous ces symptômes peuvent se terminer sans vomissements et même sans déjections alvines très notables. Cependant ce dernier cas est rare. Lorsque les troubles de l'estomac ont été portés au degré que nous venons d'indiquer, il survient ordinairement, lors du passage des aliments mal digérés dans le tube intestinal, des accidents plus ou moins graves : ce sont des borborygme* ; des déjections alvines abondantes, souvent avec ardeur à l'anus, ce qui annonce Fâcreté des matières rendues; et tout rentre dans l'ordre lorsque les aliments et les boissons mal digérés ont été rejetés par cette voie. Telle est, ainsi que nous l'avons dit plus loin, l'indigestion à laquelle on a donné le nom d'intestinale (1).
Ordinairement la série des symptômes précédemment indiqués se termine par des vomissements. Les malades eux-mêmes sentent que le vomissement seul peut les soulager ; aussi le provoquent-ils très fréquemment. Les matières rejetées sont acides, acres, brûlent en passant l'arrière-gorge ; elles exhalent une odeur aigre très prononcée, qui néanmoins peut être sensiblement modifiée par la nature des aliments qu'on a pris. Ceux-ci se retrouvent plus ou moins reconnaissables, au milieu des boissons, qui elles-mêmes se distinguent parfois facilement. Ainsi le vin rouge conserve sa couleur et son apparence, quoique son acidité soit souvent extrême. Parfois les vomissements, et surtout les premiers, sont extrêmement douloureux. Cette douleur est due à la fois à la contraction brusque de l'estomac longtemps distendu et à celle du diaphragme; mais la contraction de l'estomac est surtout douloureuse, et la preuve c'est que, dans les vomissements suivants, la douleur n'existe plus ou est beaucoup moins forte.. Il est rare que l'estomac, en se débarrassant parles vomissements des aliments non digérés, n'en chasse pas une partie dans l'intestin ; aussi les déjections alvines liquides, abondantes, acres, sont-elles la suite presque nécessaire de ces vomissements.
Dès que la cause matérielle qui causait l'indigestion a été rejetée au dehors, tout rentre ordinairement dans l'ordre. Cependant on voit quelquefois une légère douleur épigastrique, une faible irritation intestinale, du dégoût pour les aliments, succéder à cet état violent; mais ces symptômes ne tardent pas à se dissiper, et au bout de quelques heures, quelquefois deux ou trois jours, le malade se retrouve dans l'état où il était avant son indigestion.
§ IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.
La marcke de la maladie est essentiellement aiguë. Nous avons vu, en effet, que les digestions laborieuses qui affectent certains sujets pendant un temps très long doivent être considérées à part.
La durée n'est ordinairement que de quelques heures. Si elle se prolonge plus
(I) Voy. Mérat, Dictionnaire des sciences médicales, art. Indigestion.
longtemps, c'esl que le vomissement est très difficile, ou qu'on n'a pas cherché à le provoquer.
Quant à la terminaison, elle est presque toujours heureuse. On a cité cependant des cas où des sujets ont succombé dans le cours d'une indigestion; cette terminaison fatale a surtout été observée chez des individus dont la constitution était détériorée par une maladie chronique et chez les convalescents. La mort peut-elle Être causée par le simple obstacle que la dilatation de l'estomac apporte à la respiration en refoulant le diaphragme et les poumons? Celte opinion, qui appartient à M. Piorry, n'est nullement fondée sur les faits. Lorsque l'indigestion est portée au plus haut degré, il y a des troubles généraux qui appartiennent à toute autre chose qu'à un obstacle mécanique, et qui ne doivent pas être négligés.
§ V. — Lésions anatomiques.
L'ouverture des cadavres n'a rien fait connaître d'important. La dilatation de l'estomac, une grande quantité de matières liquides et solides accumulées dans cet organe, un peu d'injection de sa muqueuse et de celle de l'intestin, la distension par le sang du système circulatoire, telles sont les altérations les plus dignes de remarque.
§ VI. — Diagnostic, pronostic.
De toutes les maladies de l'estomac que nous avons précédemment indiquées, il n'en est aucune qu'il soit utile de rapprocher de l'indigestion sous le point de vue du diagnostic. Parmi celles qu'il nous reste encore à étudier, il eu est au contraire quelques-unes qui méritent d'attirer notre attention, parce qu'on pourrait facilement les confondre avec une indigestion.
C'est d'abord le choléra-morbus sporadique ; mais nous croyons devoir renvoyer h ce diagnostic pour la description que .nous avons donnée précédement de cette maladie. Puis X étranglement interne : cette affection diffère de celle dont nous nous occupons par la douleur violente limitée à un point de l'abdomen, par l'absence des garderobes, par la nature des vomissements, qui ne consistent que dans le rejet d'une petite quantité de matières et quelquefois de matières fécales, tandis que dans l'indigestion il y a rejet d'une plus ou moins grande quantité d'aliments et de boissons non digérés; enfin, par le défaut de soulagement après les vomissements, signe distinctif important, puisque dans l'indigestion le soulagement est des plus marqués.
On a pensé que la colique hépatique pourrait en imposer pour une simple indigestion; mais les phénomènes sont si différents, que ce diagnostic ne paraît pas avoir une importance réelle : au reste, nous aurons occasion d'y revenir quand nous traiterons des maladies du foie.
L'indigestion dite apoplectique pourrait- elle en imposer pour une véritable congestion cérébrale et même pour une apoplexie? Il faut reconnaître que les cas où il pourrait en être ainsi sont au moins très rares; les circonstances dans lesquelles l'accident s'est produit, c'est-à-dire à la suite d'un repas copieux ou de l'ingestion d'aliments indigestes, etc. , l'état de l'épigastre que l'on constatera par la percussion, suffiront pour lever tous les doutes.