‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource]Chapitre 252 sur 306 · AFFECTIONS DE L'ESTOMAC · texte numérisé non relu

AFFECTIONS DE L'ESTOMAC

Les réflexions générales que nous venons de présenter sur les maladies du canal intestinal s'appliquent aux maladies de l'estomac. Ce n'est pas qu'on n'ait beaucoup écrit sur ces affections; mais les recherches étant difficiles, et les opinions les plus diverses ayant été soutenues , on a peine à découvrir la vérité , au milieu de tant d'assertions contradictoires. Les idées théoriques n'ont pas peu contribué, dans ces derniers temps, à obscurcir la question. On sait, en effet, que Broussais et ceux qui ont embrassé sa doctrine ont résumé presque toutes les maladies dans une affection de l'estomac. Ces idées se sont répandues avec d'autant plus de facilité, que la théorie était simple et professée avec éclat. Mais l'étude des faits n'a pas tardé à prouver combien cette manière de voir était erronée. Elle nous a montré, en effet, que, loin d'être le point de départ le plus fréquent des affections aiguës, l'estomac n'était presque toujours affecté que secondairement, et que, dans les cas rares où il en était autrement, son inflammation était loin de réveiller de nombreuses sympathies, comme on l'avait avancé. Il a donc fallu recommencer sur de nouveaux frais l'étude de ces maladies, dont, par conséquent, il nous a été difficile de rassembler un grand nombre d'observations. Cependant, à force de persévérance et de travail, nous sommes parvenu à réunir une quantité de documents précis plus grande que nous ne l'avions d'abord espéré, et c'est à l'aide de ces documents que nous allons nous efforcer d'apporter dans l'histoire des affections . de l'estomac plus de clarté qu'on ne l'a fait jusqu'à présent.

qu'il fait de la médecine symptomatique ; ce sont, prétend-il, des étals organo-palhologiqties qu'il traite. Mais cet abus de langage ne peut tromper personne; on verra, en effet que ces prétendus états organo-pathologiques ne sont autre chose que les principaux symptômes de la maladie.

Ainsi donc un praticien sage se contentera d'employer la percussion comme, moyen auxiliaire dans un certain nombre de cas; il le fera avec ménagement, sans faire prendre au malade des postures bizarres, cl sans prolonger l'examen outre mesure, comme le font quelques personnes; il n'aurait pas, pour agir ainsi, l'excuse d'une utilité incontestable.

INDIGESTION

I les annotateurs de ce livre doivent prévenir le lecteur qu'ils ont légèrement Jdzfié l' Ie eTles dénominations adoptés par Valleix dans la précédente édition ont ajouté plusieurs chapitres dont l'addition était nécessaire pour que ce livre continuât à se tenir au courant de la science. . . ^ ,nvnnn pmjinrras

La division primitive était la suivante : kémorrhape de le^ oma», ^ aastrique, gastrite simple aiguë et chronique, ramollissement blanc de l estomac i^LsZent gélJifJe, perforation de l'estomac, arnpmmnyMe^ ce viscère, gastralgie, qastrorrhée, indigestion, vomissement nerveux. On verra que, sans nous écarter précisément de cet ordre, nous avons fondu ensemble plusieurs chapitres, et que nous avons insisté principalement sur la dyspepsie et sur Vulcère simple de l'estomac; nous avons cru devoir dire quelques mots de 1 inanition et des vomissements incoercibles. ]

Quant au hoquet, que quelques auteurs regardent comme symptomatique d un état de l'estomac, que d'autres rattachent aux affections de l'œsophage, et dans lequel d'autres ne voient qu'une convulsion des muscles inspirateurs, nous 1 avons décrit tome II, page 2, au chapitre des Néoroses, et cela avec d'autant plus de raison, qu'il n'est souvent que le symptôme d'une autre névrose.

ARTICLE Ier.

INDIGESTION

On est bien loin d'être d'accord sur ce qu'il faut entendre par le mot indigestion, et l'on conçoit facilement cette divergence d'opinions, lorsqu'on songe combien sont fréquentes les maladies dans lesquelles les fonctions gastriques s'accomplissent mal. En France, on désigne communément par ce mot la suspension accidentelle et passagère du travail digestif survenant dans l'état de santé ou de maladie. Mais sous les noms à'apepsia, dyspepsie, bradypepsie, bien des auteurs ont décrit les différents troubles fonctionnels de l'estomac, que quelques auteurs ont voulu rattacher tous à l'indigestion. C'est ainsi, par exemple, que M. Todd (1), sous cette dernière dénomination, fait entier les divers états morbides de l'estomac que nous avons fait connaître sous les noms Rembarras gastrique, gastrite, etc. Cette manière d'envisager la question est évidemment vicieuse. Sans doute, dans toutes ces affections, les digestions sont souvent nulles ou impossibles; mais ce n'est pas là ce qui constitue ces affections elles-mêmes; elles ont d'autres symptômes qui les caractérisent.

D'autres auteurs ont été même jusqu'à rattacher l'indigestion à des maladies d'autres organes, et en particulier des poumons et du cerveau. Cette trop grande généralisation ne pourrait avoir que des inconvénients dans la pratique ; c'est pourquoi je ne décrirai sous le nom $ indigestion que ces phénomènes accidentels qui, survenant rapidement pour se dissiper de même, peuvent être considérés comme une maladie tout à fait à part. Pour expliquer ma pensée, je prends deux exemples : Si chez un sujet bien portant, avec ou sans cause connue, les troubles fonctionnels de l'estomac sont plus ou moins complètement suspendus, après le repas, il y a indigestion; il en serait de même chez un sujet affecté d'une autre maladie, si des aliments ayant été pris intempestivement, en trop grande quantité

(1) Cyclopœdiaof praclical medicine.

ou dans dos conditions particulières, la digestion, précédemment possible s'arrêtait tout à coup. Ainsi limitée, la question me paraît offrir une solution' à la fois plus facile et plus pratique.

L'indigestion a été divisée en gastrique et en intestinale, en complète et incomplète, en simple et compliquée. Il est très difficile de s'assurer si la première partie de celte division est parfaitement juste. Nous ne possédons pas, en effet de bonnes observations d'indigestion. C'est une de ces maladies que l'on a fréquemment occasion d'observer, qui le plus souvent sont simples, dont le traitement est en général très facile, et qui, par conséquent, ne fixent pas d'une manière très particulière l'attention des médecins. Il est certain, d'après ce que nous pouvons voir tous les jours, qu'il existe des cas assez nombreux où, sans vomissements, sans troubles extrêmement marqués de l'estomac, on voit survenir, dans le cours de la digestion, des symptômes tranchés du côté de l'intestin : ce sont des coUques des déjections alvines abondantes, le rejet par l'anus de matières mal digérées, 'etc. D'un autre côté, il n'est pas douteux qu'il ue se passe dans le duodénum des actes nécessaires à l'accomplissement de la digestion; mais si l'on examine très attentivement les faits, on voit que, dans l'immense majorité des cas, c'est dans l'estomac lui-même que la digestion se fait mal ; puis les matières mal digérées, acres, acides, gagnant l'intestin, elles y produisent des phénomènes beaucoup plus frappants qu'elles n'avaient pu en déterminer dans l'estomac, et ces phénomènes attirent seuls l'attention. Je crois donc pouvoir placer l'indigestion parmi les maladies de l'estomac, sauf à dire quelques mots en particulier des cas dans lesquels les troubles de l'intestin sont beaucoup plus marqués que ceux du ventricule.

Quant à l'indigestion complète et incomplète, cette division, qui n'est fondée que sur le degré de la maladie, ne paraît pas beaucoup plus importante. Et d'abord il faut mettre de côté ces indigestions incomplètes habituelles, dues à un trouble nerveux de l'estomac, qui ont été décrites plus loin sous le nom de digestions laborieuses ou dyspepsies. Elles constituent, en effet, un état pathologique qui, ainsi que nous l'avons dit plus loin, se rapproche beaucoup plus de la gastralgie. Quant aux indigestions incomplètes accidentelles, elles ne diffèrent des précédentes que parce qu'à un moment donné l'estomac et les intestins reprennent leurs fonctions sans qu'il y ait eu de vomissements ni d'évacuations alvines.

Enfin, nous ne croyons pas devoir admettre la distinction de l'indigestion simple et de l'indigestion compliquée. Pour moi, il n'y a que des indigestions simples, l'état de maladie dans lequel se trouvent les sujets n'ôtant à l'accident, tel que je le considère, rien de son caractère purement nerveux. Que chez un sujet affecté d'une affection chronique il survienne, par exemple, sous une influence quelconque, une indigestion complète, cette affection ne diffère nullement, ni pour les symptômes ni pour la marche, de l'indigestion survenant chez les sujets bien portants ; les suites seules peuvent être différentes.

§ I. — Définition, synonymie, fréquence.

Pour nous donc Y indigestion est la suspension des fondions digostives chez un sujet qui auparavant digérait convenablement. Nous ne nions pas toutefois que dans beaucoup d'autres circonstances il n'existe une véritable indigestion; mais il

INDIGESTION. — CAUSLS. . 731-

csl nécessaire pour la pratique d'établir la distinction que nous proposons ici On a désigné la maladie qui nous occupe sous le nom de dyspepsie. On 1 a lait

entrer dans ce que l'on a appelé lœsa alimentorum coctio ; on lui a donne le nom

de vomissement, à cause du principal symptôme, etc. t Il est inutile de signaler la grande fréquence de cette affection, puisqu il n est

personne qui ne sache qu'elle se produit journellement dans les circonstances les

plus variées.

§ II. — Causes.

Les causes de l'indigestion sont très nombreuses et très diverses. Il suffit quelquefois de la cause la plus légère pour suspendre complètement la digestion, et parfois même on ne sait a quoi attribuer cette suspension. Il serait beaucoup trop long d'énumérer tontes les causes qui ont été admises, et d'ailleurs, sous le rapport pratique, il est infiniment moins important qu'on ne pourrait le croire de rechercher un certain nombre de ces causes. Nous allons indiquer rapidement celles qu'il est le plus nécessaire de connaître.

1° Causes prédisposantes.

Parmi les causes prédisposantes, on range d'abord le grand âge. On sait, en effet, que dans les hospices de vieillards les indigestions sont fréquentes ; mais, d'un autre côté, nous trouvons au nombre des causes prédisposantes la chute des dents et la gêne qui en résulte pour la mastication. Cette circonstance, qui se rencontre chez les vieillards, peut avoir au moins autant de part à l'indigestion que le défaut d'activité de l'estomac.

Les états nerveux divers, V affaiblissement par une cause quelconque, les excès vénériens, des travaux intellectuels trop prolongés, prédisposent également aux indigestions. Il en est de même des affections de longue durée qui détériorent la constitution, et de la convalescence des maladies graves qui laissent les fonctions gastriques dans un état de faiblesse souvent remarquable.

2° Causes occasionnelles.

Ce sont surtout les causes occasionnelles qui sont nombreuses et variées. Il suffit, pour produire l'indigestion, d'une émotion vive, de la vue ou du souvenir d'un objet dégoûtant, d'un travail inaccoutumé surtout après le repas , d'excès vénériens, etc. , en un mot, de quelques-unes de ces causes que nous avons rangées parmi les prédisposantes, et qui, agissant d'une manière rapide et passagère, deviennent occasionnelles. On a vu l'indigestion survenir par suite de changements brusques de température, par le séjour dans un lieu trop échauffé, etc.

Quant aux matières ingérées, il est à peine nécessaire de dire que trop d'aliments ou'de boissons est la principale cause des indigestions. Il est rare que l'ivresse, portée à un très haut point, ne s'accompagne pas des symptômes de cet accident. Certains aliments, comme le lard , les choux, etc. , la produisent plus facilement que les autres. 11 en est de même de certaines boissons, comme le cidre nouveau, le vin nouveau et tourné, etc. Quelquefois il suffit de l'ingestion d'une substance inaccoutumée, d'une glace, par exemple, surtout pendant le travail de la diges-

,ùl MALADIES DUS VOIES DIGESTIVES.

tion, pour suspendre complètement celle fonction. Il en est de même de quelques médicaments, et surtout des narcotiques.

Nous croyons devoir passer très rapidement sur cette ètiologie, parce qu'elle est parfaitement comme de tout le monde. Nous ajoutons seulement que, dans plusieurs circonstances, il faut évidemment une grande prédisposition pour que l'indigestion se produise. Qui n'a observé de ces cas où un repas modéré, pris avec plaisir, et composé de substances d'une facile digestion, a été, sans aucune cause appréciable, suivi d'une indigestion violente? Dans ces cas, il existe une perturbation nerveuse dont la cause nous échappe évidemment.

% III. — Symptômes.

Ce n'est, comme tous les auteurs l'ont remarqué, qu'un certain temps après le repas (ordinairement plusieurs heures) que se manifeste l'indigestion. Elle ne se produit pas tout à coup, mais commence par un malaise général , une espèce d'abattement, de langueur, dont les malades ne découvrent pas toujours facilement la cause. Plus tard, les symptômes se dessinent mieux. Du côté de l'estomac, on éprouve , non une véritable douleur, mais de Apesanteur, la sensation d'une barre, une plénitude pénible, et parfois une sensation de chaleur. Bientôt survient un dégoût plus ou moins marqué. L'idée des aliments se présente souvent à l'esprit el est désagréable. Puis viennent des nausées, des hoquets, des rapports, quelquefois acides, plus souvent fétides, et exhalant, en particulier, une odeur d'oeufs pourris.

Si l'on examine alors Vépigastre, on le trouve tendu, plus ou moins gonflé; mais la pression exercée sur cette région n'est pas douloureuse, si ce n'est dans quelques cas exceptionnels. Souvent les malades la compriment, dans le but de se soulager.

La percussion fait reconnaître certains signes importants : parfois il y a un grand développement de gaz, et alors le son est tympanique dans une très grande étendue. Il occupe, en effet, l'épigastre, l'hypochondre gauche , et peut descendre jusqu'à l'ombilic et au-dessous. Les matières non digérées donnent alors un son mat dans un point limité ; car souvent il suffit d'une médiocre quantité d'aliments et de boissons, avec un dégagement considérable de gaz, pour produire tous les symptômes de l'indigestion. D'autres fois, au contraire, et c'est le cas le plus fréquent, les aliments et les boissons accumulés sont en très grande quantité; alors la matité occupe presque tout l'épigastre et l'hypochondre gauche, et le son tympanique est nul, ou n'existe que dans une très petite étendue , au point le plus élevé de la région épigastrique.

Lorsque l'estomac est très fortement distendu, cette gêne, ce sentiment de plénitude que nous avons signalés, peuvent se transformer en une véritable douleur, et même en une douleur très violente. Nous avons signalé des cas de ce genre à propos de la rupture de l'estomac qui esl la conséquence d'une indigestion.

Pendant que ces symptômes se manifestent, on en observe d'autres du côté des autres fonctions Ainsi le pouls est faible, parfois concentré, plutôt lent qu'accéléré : la respiration est quelquefois gênée, surtout lorsque l'estomac est liés fortement distendu. Quelques sujets éprouvent de la céphalalgie, des douleurs contusives

Page 1