‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource]Chapitre 271 sur 306 · RAMOLLISSEMENT BLANC · texte numérisé non relu

RAMOLLISSEMENT BLANC

remarque que la fréquence ou la gravité des lésions dont nous parlons coïncide avec des altérations remarquables de la nutrition qui, par le rapport intime qui existe entre celte fonction et celles de l'estomac; doivent produire dans celles-ci des modifications correspondantes. Ainsi c'est chez les enfants que ces lésions se présentent les plus fréquentes et les plus étendues. Après eux viennent les femmes en couches. Chez les premiers , le développement ou la nutrition progressive des organes exige une digestion active et presque constante. Chez les secondes, cette môme fonction doit suppléer à une double nutrition, à celle de la mère et à celle de l'enfant. Peut-être aussi devrions-nous voir les mêmes rapports fonctionnels chez les phthisiques et les scrofuleux, où ces lésions ne sont pas rares. Mais, quelle que soit l'importance que l'on attache à celte explication de la fréquence et de la gravité de ces lésions chez les individus dont nous venons de parler, nous pouvons établir en principe qu'elles ne peuvent dépendre, en dernière analyse, que d'une disposition de l'estomac qui favorise la sécrétion du suc gastrique. »

Nous ne croyons pa s qu 'on puisse être entièrement salisfait d'une pareille explication; car précisément ce que M. Carswcll établit en principe, savoir que la lésion dont il s'agit ne peut être qu'un effet cadavérique , et ne peut par conséquent donner lieu à aucun symptôme pendant la vie, était ce qu'il fallait démontrer par d'autres faits que par des expériences instituées sur des animaux en pleine santé. Si l'on pouvait, en produisant artificiellement chez les animaux une inflammation de l'estomac, prouver que jamais, quelque persistance qu'ait la maladie, elle ne se termine par le ramollissement blanc, à moins que le liquide gastrique n'ait été laissé en contact avec l'organe après la mort, on arriverait à une conclusion plus solide; mais c'est ce que l'on n'a pas encore tenté. Quant à cet état de souffrance mal défini auquel M. Carswell attribue tous les symptômes gastriques observés pendant une longue maladie, on voit que c'est là une idée purement hypothétique que l'auteur a été obligé de mettre en avant pour expliquer les faits.

Il est encore d'autres considérations qui empêchent d'accepter entièrement la manière de voir de M. Carswell, au moins pour un certain nombre de cas. La première, c'est que des expériences faites sur des animaux on n'est pas toujours en droit de conclure rigoureusement à ce qui se passe chez l'homme. La seconde, c'est que, dans quelques cas, l'action du suc gastrique a été nulle, bien que la mort fût survenue pendant l'acte de la digestion ; ce qui, rapproché de la constance avec laquelle la lésion décrite par M. Carswell s'est produite chez les animaux, semble prouver qu'elle exige chez l'homme des circonstances particulières.

Des expériences de M. Carswell il résulte que , dans l'examen cadavérique de l'estomac, l'action du suc gastrique, après la mort, vient souvent constituer une complication qu'il est difficile d'apprécier; cependant, dans un certain nombre de cas, il existe des signes d'inflammation que l'on ne saurait méconnaître; qu'enfin il est possible que cette inflammation même favorise dans les parties qu'elle a atteintes le ramollissement cadavérique, non-seulement en modifiant la composition du fluide gastrique, mais encore en rendant l'organe plus sensible à l'action de ce fluide Celle explication laisse encore à désirer; mais la similitude qui existe sous le rapport des symptômes, entre les cas évidents d'inflammation et ceux de simple

ramollissement, la rend seule admissible, jusqu'à ce que de nouvelles observations soient venues nous éclairer définitivement (1).

Nous croyons qu'il résulte de la discussion précédente, que l'on doit confondre relativement aux symptômes, ce ramollissement avec la gastrite chronique, dont il est ordinairement une conséquence soit pathologique,[soit cadavérique. Sauf quelques cas où l'affection qui nous occupe est latente, dans les maladies entraînant la mort et qui ne donnent pas lieu aux symptômes dont il s'agit , on ne trouve pas plus le ramollissement blanc que le ramollissement rouge et franchement inflammatoire.

Il n'est point indifférent pour le praticien de regarder ce ramollissement comme un effet purement cadavérique, et d'en séparer entièrement les symptômes poulies rapporter uniquement à un simple état de souffrance de l'estomac, ou bien de regarder ceux-ci comme l'expression d'une lésion profonde de l'organe. Dans le premier cas, en effet, on serait sans doute porté soit à n'avoir recours à aucun traitement local, soit à employer des moyens bien différents de ceux que l'on mettrait en usage dans la seconde manière de voir.

On sent qu'il serait inutile de parler du traitement du ramollissement avec amincissement de l'estomac, puisque, ayant admis qu'il se produit dans les mêmes circonstances (pie la gastrite chronique, il n'y a pas d'autre traitement à lui opposer que celui de cette maladie. Malheureusement la lésion est souvent trop profonde pour que l'on puisse espérer de bons effets d'une médication quelconque. Cependant n'oublions pas les observations de guérison rapportées par M. Louis.

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