RAMOLLISSEMENT BLANC
sa destruction en quelques endroits, la couleur blanc bleuâtre qu'elle offrait dans les points altérés, la forme des bandes qu'affectait parfois cette lésion, et enfin la couleur rosée ou rouge vif, le mamelonnement et les ulcérations que l'on observait aux environs. Voyons maintenant ce qui a été trouvé par M. Carswell sur des inimaux tués pendant l'acte de la digestion.
Cet auteur, ayant tué brusquement des lapins après les avoir fait manger copieusement, a vu la partie la plus déclive de l'estomac ramollie dans une plus ou moins grande profondeur, suivant que l'action des liquides qu'il contenait avait été plus ou moins forte. Ainsi, dans un point, on trouvait une ou plusieurs perforations, avec sortie de la matière chymeuse; aux environs, c'était une érosion, une destruction de la membrane musculeuse et de la muqueuse; plus loin, celle-ci était seule ramollie. Les parties ainsi altérées présentaient la couleur blanche avec le reflet bleuâtre et la demi-transparence que nous avons signalée dans les observations recueillies par M. Louis. M. Carswell, pour faire comprendre la différence qui existe entre ce ramollissement cadavérique et le ramollissement pathologique, se sert de la comparaison suivante : Le premier, dit-il, pourrait être comparé à la fécule qu'on a fait bouillir dans l'eau, et le second, à cette substance qu'on aurait seulement délayée. En outre, cet expérimentateur a remarqué que les vaisseaux environnants avaient une couleur brune noirâtre très marquée, ce qu'il attribue à l'action du suc gastrique sur le sang. Enfin, il fait remarquer que les organes qui environnent l'estomac, et avec lesquels le liquide que contenait celui-ci est en contact après la perforation, présentaient eux-mêmes un ramollissement semblable; mais que, dans aucun cas, il n'y avait de traces de péritonite violente qui pussent faire croire que le liquide avait été épanché pendant la vie. De ces expériences, il conclut :
« 1° Que le ramollissement, l'érosion et la perforation de l'estomac peuvent se faire et se font souvent après la mort chez des animaux sains tués pendant le travail de la digestion;
» 2° Que ces lésions reconnaissent pour cause le suc gastrique, la sécrétion normale de l'estomac ;
» 3° Que les propriétés de ce fluide dans l'estomac qui a subi l'une ou l'autre de ces lésions, ou toutes à la fois, ne diffèrent pas de celles qu'il présente dans un estomac sain et vivant, pendant la digestion des aliments ;
» k° Que l'acidité, dans ces deux cas, est un caractère fixe et essentiel de ce fluide, et que la dissolution des parois de l'estomac, comme celle des aliments, en est la conséquence nécessaire, un effet purement chimique;
» 5° Que le ramollissement, l'érosion et la perforation se produisent également dans d'autres organes, tels que le foie, la rate, les intestins, le diaphragme, le péritoine et les plèvres; que dans tous ces cas le suc gastrique est l'agent chimique qui produit ces lésions, l'action de ce fluide sur ces organes étant déterminée par la position, la pesanteur, l'imbibition ;
» 6° Que les effets qui résultent de l'opération du suc gastrique ne se montrent pas seulement sur l'animal mort; ils se développent d'une manière bien prompte et aussi complète hors de l'animal, dans des organes morts où ce fluide a été introduit;
» 7" Oue tomes les lésions observées chez les lapins, soit ra.nollisse.nonl soil érosion ou perforation, se sont produites après la mort;
•> 8" Que l'action dissolvant «h, suc gastrique est mille sur les tissus vivants » Nous avons rapporté ces conclusions de M. Carawell, afin de faire voir quel est le point d'où .1 est parti pour combattre l'opinion de ceux qui regardent le ramollissement asec amincissement de l'estomac comme une lésion qui pourrait s'être prodmte pendant la vie. Elles découlent sans doute de ses expériences, quoiqu'on ne voie pas dans la première partie de son mémoire des raisons bien convaincantes d'admettre, comme il le lait, que l'action dissolvante du suc gastrique ne peut avoir heu pendant la vie. Mais comme c'est là une opinion pbvsiologique généralement admise, nous allons passer outre et examiner comment M. Carswell cherche à démontrer que le ramollissement, dans les cas analysés plus haut, était une lésion purement cadavérique.
Use fonde d'abord sur l'identité des lésions; mais nous ferons observer que, dans un certain nombre de cas, ces lésions n'étaient point identiques. Ainsi l'on ne trouve pas, chez les animaux soumis aux expériences, la couleur rosée ou rouge vif, et surtout le mamelonnementdela muqueuse. Or, ce sont précisément ces lésions, auxquelles faisait suite le ramollissement, qui avaient principalement frappé M. Louis, et qui lui avaient fait regarder cette altération comme une conséquence de l'inflammation. M. Carswell, il est vrai, veut rapprocher ces colorations particulières de celles qu'il a observées, et qui préviennent de l'action du suc gastrique sur le liquide contenu dans les vaisseaux; mais évidemment cette comparaison est fautive, puisque, comme M. Louis le lait remarquer, les vaisseaux voisins de la lésion étaient larges et vides. Il y a donc ici une différence entre les faits observés chez les hommes qui ont succombé après une maladie plus ou moins longue et ce qui a été noté chez les animaux sacrifiés dans les expériences.
Quant à la forme de bandes qu'affectait le ramollissement dans certains cas, M. Carswell l'explique par un resserrement de l'estomac qui aurait produit des plis très prononcés dont l'acide gastrique n'aurait pu attaquer que le sommet. Cette explication paraît, en effet, satisfaisante. Toutefois, il serait important d'examiner de nouveau les faits sous ce point de vue.
Jusqu'à présent, nous voyons qu'il y a en faveur de chacune de ces opinions contradictoires des raisons dont il est difficile d'apprécier rigoureusement la valeur : restent maintenant les symptômes qui ont été observés pendant la vie, et c'est là un point très important. M. Carswell a senti combien cette objection était puissante, et il s'est attaché particulièrement à la combattre. Voici comment il s'exprime ace sujet (1) : « Mais que faut-il dire de ce désordre fonctionnel de l'estomac qui précède souvent les lésions organiques dont il s'agit, et que l'on trouve dans cet organe après la mort ? Certes nous ne pouvons y voir que des phénomènes qui décèlent un état de souffrance de l'organe digestif; mais, nos expériences nous ayant conduit à rejeter toute explication des phénomènes fondée sur ces lésions, nous ne pouvons les regarder que comme produits par un état pathologique de l'estomac peu grave en lui-même, symptornatique de désordres plus profond.-; d'autres organes, d'autres systèmes ou de l'économie tout entière. 11 est digne de
(1) Journal hebdomadaire de médecine. Paris, 1830, t. VII, p. 538.