‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource]Chapitre 274 sur 306 · RAMOLLISSEMENT GÉLATINIFORME DE L'ESTOMAC · texte numérisé non relu

RAMOLLISSEMENT GÉLATINIFORME DE L'ESTOMAC

M. Cruveilhier et par Billard, aient élé uniquement produits parla lésion de l'estomac. Nous avons constaté, en effet, qu'ils se montrent avec les mêmes caractères dans le muguet : toutefois il faut reconnaître que l'état des parois gastriques a dû favoriser leur apparition, et, sans doute, augmenter leur fréquence.

Marche, durée, terminaison. — Nous avons vu que Billard reconnaissait un ramollissement gélatiniforme de l'estomac à marche aiguë , et un autre à marche lente; mais, encore ici, n'est-ce pas la marche de la maladie principale que cet auleur a eue en vue? Dans la gastrite secondaire, on aurait pu faire la môme confusion, si les faits n'avaient été étudiés avec beaucoup de soin. La môme réflexion s'applique aux symptômes précurseurs ou prodromes admis par M. Cruveilhier.

Quant à la durée de l'affection gastrique elle-même, on vient de voir que Billard la renferme, pour la grande majorité des cas, dans un espace de huit à quinze jours.

Dans les faits que nous connaissons, la maladie a eu presque toujours, sinon toujours, une terminaison fatale, et c'est encore un motif de penser qu'elle n'était autre chose qu'une affection secondaire, venant ajouter une nouvelle cause de mort à celles qui existaient déjà.

Lésions anatomiques. — Le passage suivant, tiré d'une observation de Billard, nous fera connaître quelles sont les lésions qui ont été décrites sous le nom de ramollissement gélatiniforme : « L'estomac est d'un blanc jaunâtre dans toute son étendue; mais, au niveau de la grande courbure, la membrane muqueuse est très tuméfiée, blanchâtre, et tellement molle, qu'elle se rompt dèsqu 'on y touche, et tombe sous les doigts sous forme d'une pulpe mollasse el humide. En pressant cette membrane entre les doigts, on en fait exsuder un fluide séreux qui, reçu dans un verre de montre, se congèle au bout d'une demi-heure, et présente alors le même aspect et la même consistance gélatiniforme qu'avait l'estomac. Les autres tuniques, qui sont comme macérées dans ce liquide, se rompent avec la plus grande facilité dès que l'on exerce sur elles la moindre traction. »

Dans l'observation suivante, Billard complète cette description en ces termes : « Lorsque le détritus de la membrane muqueuse est enlevé, la tunique niusculeuse, dont les fibres sont restées intactes, forme, avec la tunique séreuse, le fond de la désorganisation. La circonférence du ramollissement est entourée par un bourrelet ou boursouflement très rouge de la membrane muqiieuse, qui, dans cet endroit, n'est point encore ramollie, et qui, lorsqu'on la coupe, paraît comme infiltrée d'une sérosité sanguinolente. Le reste de la surface de l'estomac offre quelques stries irrégulières d'un rouge plus ou moins vif et, dans certains points, une injection capilliforme très intense. »

Ce qu'il y a de remarquable dans cette description, c'est Pépaississement considérable de la muqueuse et du tissu sous-muqueux, l'infiltration séreuse ou sérosanguinolenle dont ces parties sont le siège, et enfin, dans le dernier fait, cette rougeur vive qui semble indiquer l'existence d'une inflammation. Il y a, comme on le voit, une bien grande différence entre cette lésion et celle qui a été décrite plus haut sous le nom de ramollissement avec amincissement. Celle dont il s'agit ici ne peut évidemment être rapportée à une lésion purement cadavérique, quoique M. Carswell ait pensé le contraire. On ne conçoit pas, en effet, qu'une simple

digestion de l'estomac par le suc gastrique puisse produire une tuméfaction des parties et une infiltration séreuse ou séi «-sanguinolente.

Diagnostic. — La tension, la douleur de l'épigastre, les vomissements continuels font, il est vrai, reconnaître qu'il existe une lésion de l'estomac, mais peuvent-ils nous éclairer sur sa nature? Nous ne le pensons pas; car, si l'on se rappelle ce qui se passe dans les cas de muguet, alors qu'il existe un simple ramollissement avec rougeur, inflammation et épaississemenl de la muqueuse , on voit que les symptômes sont absolument les mêmes. D'un autre côté, pour bien préciser la valeur des symptômes dus à l'affection gastrique, il aurait fallu les distinguer avec soin de ceux qui appartiennent aux maladies clans lesquelles elle se produit, et c'est ce que l'on n'a pas fait. 11 serait donc prématuré de vouloir tracer un diagnostic différentiel du ramollissement gélatiniforme , avant que de nouvelles observations soient venues nous éclairer sur ce point obscur de pathologie.

Pronostic. — Ce que nous avons dit plus haut de la terminaison fatale, si fréquente dans les cas où a existé le ramollissement gélatiniforme, et de la grande gravité des maladies dans le cours desquelles on le voit apparaître, prouve que l'état des sujets qui en sont atteints est presque désespéré.

Traitement. — Billard se contente de dire que le traitement de cette maladie rentre dans celui de la gastrite en général, et que toutefois il doit être plus prompt, plus énergique que jamais; car la maladie qu'il est destiné à combattre marche avec une rapidité si effrayante, qu'il faut s'empresser d'agir dès l'apparition du premier symptôme propre à la faire connaître.

M. Cruveilhier s'est , au contraire, attaché à tracer le traitement propre à la maladie qui nous occupe ; il le divise en (reniement curatif et traitement prophylactique, et voici, selon lui, comment il doit être dirigé :

Traitement curatif. — Diminution des boissons. — D'abord IU. Cruveilhier recommande de ne pas satisfaire l'avidité que l'enfant manifeste pour les boissons. Il a, en effet, dit-il, remarqué que les symptômes s'aggravaient toujours quand on ne prenait pas cette précaution.

Diète lactée. — Il veut que l'on se borne à donner un peu de lait aux malades, et, autant que possible, le lait d'une bonne nourrice. Si toutefois l'enfant est sevré depuis longtemps, s'il mord le mamelon, ou si, pour toute autre raison, il n'est pas possible d'employer l'allaitement naturel, il faut, suivant cet auteur, y suppléer par l'allaitement artificiel, mais en ayant soin de ne donner à l'enfant que du lait récemment trait et conservant sa chaleur naturelle. Il insiste beaucoup sur l'importance de cette recommandation. Après le lait de femme, celui, dit-il, qui convient el mieux, est le lait d'ânesse; puis viennent ceux de vache et de chèvre, auxquels il faut ajouter du sucre.

Bains chauds, émollients ou toniques. — M. Cruveilhier recommande ensuite les bains chauds, dont la température doit être aussi élevée que l'enfant peut la supporter, afin de provoquer la transpiration. Ces bains, d'abord composés avec des décoctions de plantes mucilagineuses, sont plus lard rendus toniques par l'infusion de quelques herbes aromatiques, du quinquina, de la tanaisie, ou de V absinthe.

Opium. — Vient ensuite l'opium, sur l'administration duquel il insiste beaucoup. Tl le prescrit de la manière suivante :

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