‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource]Chapitre 276 sur 306 · ULCÈRE SIMPLE DE L'ESTOMAC · texte numérisé non relu

ULCÈRE SIMPLE DE L'ESTOMAC

[Les annotateurs de ce livre ont cru devoir refaire à peu près complètement cet article qui, dans la précédente édition, était intitulé : Gastrite ulcéreuse. Il nous a semblé préférable d'employer l'expression d'ulcère simple, qui a le mérite de ne rien préjuger, quant à la cause de la maladie, et de n'être sous la dépendance

d'aucune théorie médicale; d'ailleurs, cette expression est généralement adoptée aujourd'hui par les médecins qui traitent de cette question en France, en Angleterre et en Allemagne. Les noms d'u/cère simple, d'ulcère chronique (Cruveilhier), d'ulcère perforant (Rokitansky), sont synonymes. Pendant longtemps le cancer et l'ulcère de l'estomac ont été confondus, et il a fallu les patientes recherches des anatomo-palhologisles modernes pour que la distinction entre ces deux maladies si différentes fût nettement établie. Il n'y a pas longtemps, on enseignait encore que les vomissements répétés, l'hémalémèse, la teinte jaune de la peau, la cachexie, la douleur fixe au creux épigastrique, étaient les principaux signes du cancer de l'estomac; on sait aujourd'hui que ces signes appartiennent également à l'ulcère simple, et que le diagnostic doit se fonder sur des signes plus caractéristiques. On comprend de quelle importance est l'étude parallèle de l'une et de l'autre maladie, le cancer étant incurable, l'ulcère au contraire étant susceptible de guérison, et cela d'autant plus, qu'un bon diagnostic aura mis le médecin à même de discerner le véritable caractère de la maladie et d'instituer un traitement convenable.

C'est à M. Rokitansky et à M. Cruveilhier que revient surtout l'honneur d'avoir déterminé les caractères anatomiquesde cette maladie. A cette étude, M. Cruv eilhier a joint l'observation des symptômes au lit du malade, et ses travaux ont été le point de départ de recherches nombreuses et intéressantes entreprises dans plusieurs pays, concurremment. Nous ne pouvons citer ici tous les auteurs qui ont traité cette question depuis une dizaine d'années, mais nous indiquerons quelques-uns d'entre eux dont les travaux ont été particulièrement mis à contribution par nous :

Cruveilhier (Revue médicale, février et mars 183N; Anutomie pathologique, in-fol. , avec planches, Xe livraison ; .4 rchives générales de médecine, février 1 856).

Rokitansky (Archives générales de médecine, 1839; Bullet. Soc. anatomique, Paris, 1852).

W. Brinton (British med.-chir. Review, janvier et juillet 1856). Bennett (Clinical Lectures, Edinburgh, 1858).

Lulon (Recueil des travaux de la Soc. méd. d'observation, 1858, tome Ier). On trouvera dans ce dernier mémoire un historique très complet et un examen critique de la question.

§ I. — Nature, fréquence, siège, causes.

Nature. — La maladie consiste dans une ulcération non cancéreuse et susceptible de guérison. Cette ulcération a été comparée par quelques auteurs aux aphthes qui se forment dans la bouche ou aux ulcérations intestinales de la fièvre typhoïde, de la dysenterie et de l'entérite chronique. Il n'y a pas, en tous cas, jusqu'ici, de raison de penser que l'altération du tissu ait pour cause une modification survenue dans la nature et la forme des éléments anaiomiques, ainsi que cela a lieu pour le cancer. Rokitansky a émis l'opinion que l'affection est toujours le résultat d'une gangrène circonscrite, survenant sans cause connue. Cette explication ne s'appliquerait qu'au mécanisme de l'ulcération, et non à sa cause et à sa nature intime. Carswel! et .Jaeger ont vu dans l'ulcère l'action du suc gastrique; celte théorie n'a pas cours aujourd'hui, et elle est restée à l'état de supposition ingénieuse; on peut même dire qu'elle ne méritait pas La vogue dont elle a joui un instant. On a cité

Page 1