‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource]Chapitre 279 sur 306 · ULCÈRE SIMPLE DE L'ESTOMAC. — DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

ULCÈRE SIMPLE DE L'ESTOMAC. — DIAGNOSTIC

l'ulcère cicatrisé a une grande étendue et une profondeur considérable, cette contraction des tissus peut être portée au point de diminuer d'une manière notable le calibre de l'estomac.

Enfin, lorsque la maladie a atteint toutes les tuniques du viscère, on trouve dans son centre une perforation ordinairement de médiocre étendue, d'où résultent, dans les organes voisins, des désordres sur lesquels nous reviendrons.

A cette description M. Gruveilbier a ajouté la disposition des bords, qui sont coupés h pic et tuméfiés; l'aspect du fond de l'ulcère, qui est grisâtre, et la densité de ce fond. Il a également signalé la forme en zone circulaire, dans des cas où l'ulcère a envahi le pylore. Il a surtout insisté sur les différences qui existent entre les ulcères simples de l'estomac et les ulcères cancéreux. Nous rapportons ici le passage qui leur est consacré :

« L'ulcère simple de l'estomac, dît M. Cruveilhier, ne présente qu'une similitude grossière avec l'ulcère cancéreux, avec lequel cependant il a presque toujours été confondu. La base qui le supporte n'offre aucun des attributs ni du cancer dur, ni du cancer mou. On n'y trouve môme pas cette hypertrophie circonscrite qui accompagne ordinairement le cancer, et qu'on a prise pour la dégénération cancéreuse elle-même. » Il est à regretter que M. Cruveilhier n'ait pas cru devoir entrer, sous ce point de vue, dans le détail des faits qu'il a observés. Il n'est pas toujours facile de distinguer l'ulcère simple chronique de l'ulcère cancéreux, et c'est ce qui devait arriver dans quelques-uns des cas recueillis par cet auteur, où l'on trouvait ■ autour de l'ulcère des bords denses, hypertrophiés, durs, dont il eût été très important d'avoir une description plus précise.

Suivant M. Rokitansky, l'ulcère perforant dont il est ici question s'unit assez souvent au cancer; mais ne doit-on pas plutôt dire que, dans ces cas, l'ulcère, cancéreux dès le principe, n'a nullement changé de nature en prenant la forme perforante ?

M. Cruveilhier a, de plus, constaté un état de là surface des ulcères qui explique l'hématémèse et le vomissement noir. Examinant sous une couche d'eau, à l'œil nu ou à l'aide d'une forte loupe, la surface de l'ulcère, il a vu une foule d'orifices vasculaires, les uns oblitérés, les autres non oblitérés.

Enfin, relativement aux cicatrices dont nous avons dit quelques mots plus haut, M. Cruveilhier a trouvé qu'elles se sont formées au moyen d'une couche fibreuse dont se couvre la surface de l'ulcère, et que jamais elles n'offrent les caractères du tissu muqueux. MM. Rokitansky et Cruveilhier n'ont malheureusement pas indiqué l'état de la muqueuse environnante, ce qui ne nous permet pas de dire si l'ulcère a été ou non la conséquence d'une inflammation ordinaire prolongée.

§ V. — Diagnostic, pronostic.

Nous avons vu plus haut quelle était l'opinion de M. Cruveilhier relativement au diagnostic. Suivant lui, il serait même assez peu important de chercher à l'établir, au moins sous le rapport de la thérapeutique. Cela serait peut-être vrai si, comme cet auteur, on ne mettait en présence que la gastrite chronique et l'ulcère simple de l'estomac ; mais si l'on a égard à la ffùêtraigïû, avec laquelle on peut très facilement confondre l'ulcère, il n'en est certainement pas ainsi, le traitement de la pre-

010 MALADIES DES VOIES DI&ESTiVJES.

raière différant complètement, clans un grand nombre de cas, de celui de la seconde. Il faut donc applaudir aux efforts qui ont été faits jusqu'à présent pour arriver au diagnostic différentiel, tout en regrettant que ces efforts n'aient point été couronnés d'un plein succès (1).

Jl serait prématuré d'exposer ici les sigues à l'aide desquels on distingue l'affection qui nous occupe du caucer et de la gastralgie. Nous renvoyons donc, pour les détails, aux articles consacrés à ces dernières affections.

Quanta la gastrite chronique simple, il faut reconnaître d'abord qu'il est extrêmement difficile de la distinguer de l'ulcère. Cependant il est certains cas de gastrite où la confusion n'est pas possible : ce sont ceux où, avec la cardialgie et la douleur à la pression, existent des vomissements bilieux répétés. Nous avons vu, en effet, que dans l'ulcère de l'estomac, la matière des vomissements était composée d'aliments et de boissons, ou, ce qui distingue encore bien davantage celte affection, de matières noires et de sang. Ces deux derniers signes rapprochent l'ulcère de l'estomac du cancer, et par cela même l 'éloignent de la gastrite chronique. Dans les cas où la gastrite chronique ne donne pas lieu aux vomissements bilieux, il est très difficile, avec les éléments que nous avons, dédire s'il existe ou non un ulcère à l'estomac. On voit par là combien il reste encore à faire pour ce diagnostic.

Pronostic. — On ne peut pas douter que la maladie ne soit grave, Cependant le nombre assez considérable de cicatrices qu'on a trouvées clans l'estomac prouve qu'elle n'est pas au-dessus des ressources de l'art, ou du moins qu'avec certaines précautions on peut favoriser la tendance de la nature vers la cicatrisation.

Un des symptômes les plus graves est le vomissement de sang, car presque tou- ' jours il annonce la perforation d'un vaisseau ou d'un organe très vasculaire situé clans le voisinage. Cependant n'oublions pas que le sang peut être versé, comme l'a constaté M. Cruveilhier, par des vaisseaux d'un très petit calibre, par des capillaires qui peuvent s'oblitérer, et que, dans ces cas encore, la cicatrisation n'est pas impossible.

§ VI. — Traitement.

Nous exposerons ici le traitement recommandé par les deux auteurs que nous avons eu si souvent occasion de citer, puisqu'ils se sont occupés seuls d'une manière complète de la maladie dont il s'agit.

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