ULCÈRE SIMPLE DE L'ESTOMAC. ~ MARCHE, DUREE
les petits vaisseaux échappent à l'ulcération qui envahit tous les tissus, puis il existe une congestion inflammatoire; d'ailleurs, c'est principalement après un repas copieux que l'hémorrhagie survient, c'est-à-dire quand l'estomac est stimulé et que le sang y afflue en abondance. Le docteur Briiiton pense que cette hémorrhagie peut venir de plusieurs sources, soit des petits vaisseaux sous-muqueux, soit des vaisseaux des parois, ou même des vaisseaux des organes voisins gagnés par l'ulcération.
L'hémorrhagie est reconnue facilement par le vomissement; mais il peut arriver que le vomissement n'ait pas lieu et que l'hémorrhagie soit ainsi masquée. En pareil cas on retrouvera le sang dans les garderobes. Ce sang est le plus souvent altéré, presque méconnaissable pour le malade, mais le médecin ne s'y t rompera pas. Il existe des cas assez nombreux d'hémorrhagie très considérable, à ce point que l'estomac et une portion des intestins sont distendus par le sang; c'est alors que la mort peut survenir rapidement sans qu'aucun signe extérieur se soit montré. On comprend à combien de degrés peut exister cet accident. L'anémie et la cachexie en sont la suite inévitable.
La perforation est un accident qui survient assez souvent à la suite de l'ulcère de l'estomac. Elle donne lieu à des phénomènes caractéristiques : douleur excessivement vive h L'épigastre, signes de péritonite, altération des traits, tympaniie, etc. (voy. plus loin l'article Perforation). Le malade ne survit guère plus de vingt-quatre ou de trente-six heures à cet accident. ]
§ III. — Marche, durée, terminaison de la maladie.
Nous avons vu que M. Rokitansky distinguait, dans l'affection qui nous occupe, une marche rapide et une marche lente. D'après les faits cités par M. Cruveilhier, cette dernière se présente le plus fréquemment à l'observation. Mais ce qu'il y a surtout de remarquable dans la marche de la maladie , ce sont ces temps d'arrêt plus ou moins longs, pendant lesquels le malade se trouve beaucoup mieux et peut même se croire guéri. Dans un certain nombre de cas, cette suspension est due à la cicatrisation de l'ulcère existant. Les deux auteurs que nous avons cités plus haut ont, en effet, rapporté des cas où, à côté des ulcères qui avaient causé la mort, on trouvait des cicatrices bien formées.
Quant à la durée de la maladie, on comprend, d'après ce qui précède, qu'elle doit être très variable; aussi n'en pouvons-nous rien dire de positif, sinon qu'elle peut se prolonger pendant une ou plusieurs années.
La terminaison est souvent fatale. Cependant, comme nous l'avons déjà fait remarquer, la possibilité de la cicatrisation n'est pas douteuse. Aux faits rassemblés par MM. Cruveilhier et Rokitansky, il faut en ajouter quelques autres observés par M. Louis, notamment celui que nous venons de citer et celui qui est rapporté dans la 19e observation de son Mémoire sur le ramollissement avec amincissement, et (pie nous avons eu occasion de mentionner. Les autres auteurs qui se sont occupés d'anatomie pathologique en ont également fait connaître des exemples.
[L'ulcération de l'estomac peut se cicatriser, c'est là le mode de terminaison "reessairc pour que la guérison ait lieu. Comment se l'ait cette cicatrisation? Elle
s'opère sans qu'aucun traitement intervienne, au moins dans un cinquième des cas, suivant le docteur iJrinlon. La perforation n'aurait lieu que dans un huitième des cas environ. Ce n'est pas seulement par la cessation des symptômes morbides que l'on reconnaît que la cicatrisation a eu lieu. De nombreuses autopsies ont révélé des ulcères cicatrisés sur des sujets dont quelques-uns avaient été traités plus ou moins longtemps avant leur mort pour des ulcères de l'estomac. Cette cicatrisation affecte différentes formes, suivant le siège et suivant le degré de l'ulcération. Ainsi les progrès de l'ulcération peuvent, eu détruisant la paroi de Itetohlac, amener une adhérence avec les organes voisins; lorsque la cicatrice a lieu, il sè forme des brides libreuses qui modifient la forme de l'estomac et g&ienl ses fonctions. Ces modifications consécutives aux cicatrices de l'estomac ont surtout été bien étudiées par M. Luton (loc.cit.). Elles occasionnent des rétrécissements du pylore qui ont pu être pris pour des cancers de cette région. En effet, ces rétrécissements peuvent donner lieu à la plupart des troubles et à la gène mécanique que l'on observe dans le cancer du pylore. De môme on a observé des rétrécissements du cardia pouvant faire pensera un cancer de cette région ou à un rétrécissement organique de l'extrémité inférieure de l'œsophage. ]
§ IV. — Lésions anatomiques.
C'est surtout Tanatomie pathologique quia attiré l'attention des observateurs; aussi trouvons-nous sur ce point des détails intéressants. M. Rokilansky s'est attaché à décrire les ulcères, et c'est principalement à sa description que nous emprunterons ce qui suit. Tantôt il existe seulement un ulcère pénétrant à une plus ou moins grande profondeur dans la paroi stomacale , tantôt il y a une perforation complète sur laquelle nous reviendrons plus loin.
Le siège de l'ulcère est, suivant ûel auteur, toujours sur la moitié pylorique de l'estomac; c'est, en effet, dans ce point que M. Louis l'a rencontré. Une seule fois Rokitansky l'a VU dans le petit cul-de-sac. « Le plus souvent, ajoute-t-il, l'ulcère se trouve au milieu de cette partie de l'estomac qui vient d'être signalée, plus souvent à la paroi postérieure qu'à la paroi antérieure, et toujours près de la petite courbure, souvent sur elle-même. Plus rarement, les ulcères sont rapprochés du pylore. »
La grandeur de l'ulcère varie entre celle d'un sou et celle d'une pièce de cinq francs. Il acquiert même quelquefois une étendue deux ou trois fois plus grande. Ordinairement on n'en trouve qu'un seul : c'est ce que M. Rokitansky a noté soixante-deux fois sur soixante-dix-neuf cas. Dans les autres, il y avait deux, quatre ou cinq ulcères.
La forme de l'ulcère est circulaire dans l'origiue. Plus tard elle devient elliptique, et plus tard encore irrégulière, ce qui est dû quelquefois à la réunion de deux ulcères par leurs bords voisins.
M. Rokitansky pense que primitivement il a existé une eschare qui, par sa chute, a donné lieu à l'ulcère dont il s'agit; mais le fait n'est pas parfaitement prouvé.
Nous avons dit plus haut que ces ulcères peuvent se terminer par ricat nsat i«m. On trouve alors une surface blanche, lisse, déprimée, à laquelle viennent aboutir des plis rayonnés qui annoncent une certaine contraction des tissus. Lorsque