ULCÈRE SIMPLE DE L'ESTOMAC. — TRAITEMENT
heures, ou à des intervalles plus considérables, si l'estomac ne demande pas. Quelquefois la diète lactée réussit comme par enchantement; d'antres fois le lait ne passe point; alors il faut le couper avec un peu d'eau de chaux, d'eau de gruau, ou l'édulcorer légèrement. Souvent du lait bouilli ou écrémé passe mieux que le lait naturel, le lait froid mieux que le lait chaud, le lait très chaud mieux que le lait tiède. Il n'est pas rare de voir le lait fatiguer l'estomac ; hâtons-nous alors d'y renoncer, pour y retenir plus tard.
» La diète gélatineuse ou féculente lui est souvent substituée avec avantage. Elle se compose de bouillons de veau, de poulet, de gelées, ou bien de fécules de maïs, de riz, d'avoine, d'orge, de pommes de terre cuites à l'eau, au lait ou au bouillon de poulet : le point essentiel est de trouver un aliment que l'estomac puisse supporter, et l'instinct du malade nous dirige souvent beaucoup mieux que tous les préceptes.
» L'eau gazeuze simple a pu seule passer chez des malades dont l'estomac repoussait toute espèce d'aliment ou de boisson.
» J'ai eu quelquefois à me louer de la magnésie calcinée, de la poudre d'yeux d'écrevisse donnée dans une cuillerée d'eau ou de lait.
» Rarement V opium a-t-il été utile, même dans le cas de vives douleurs.
» Le sucre doit être en général proscrit; cependant je me suis bien trouvé de faire promener dans la bouche du sucre cristallisé, avant et après le repas, pour augmenter la sécrétion de la salive.
» La température des aliments est tout aussi importante à surveiller que leur qualité ou leur quantité. La température très chaude et très froide m'a paru convenir beaucoup mieux que la température tiède.
» Des bains gélatineux tempérés, de deux, trois ou quatre heures, sont un auxiliaire très puissant. J'ai observé qu'un bain de trois ou quatre heures produit des effets bien plus avantageux que trois ou quatre bains d'une heure.
>> Une remarque très importante, c'est de ne pas trop prolonger la diète adoucissante, et de se relâcher de la diète sévère prescrite dans les premiers temps. Il arrive même une époque où les stimulants, tels (pie le gibier, réussissent beaucoup mieux que les viandes blanches et les légumes herbacés. •>
On voit que ce traitement a été exposé d'après les idées principales qu'ont fait naître quelques observations intéressantes, plutôt que d'après une analyse exacte de tous les faits. Il est à désirer que les recherches, dans ce sens, se multiplient, et donnent à la thérapeutique de l'ulcère de l'estomac une précision qu'elle n'a pas encore pu acquérir.
Quant à M. Rokitansky, voici, suivant lui, comment doit être dirigé le traitement. Comme M. Cruveilhier, il a une grande confiance dans la diète lactée. Il recommande une application de sangsues, s'il existe des douleurs vives dans la région épigastrique : puis il veut qu'on ait recours au carbonate de magnésie et à l'eau de chaux dans du lait. Ces médicaments peuvent être administrés : le sel de magnésie à la dose de k à 8 grammes, et l'eau de chaux à la dose de deux cuillerées, dans une tasse de lait, une ou deux fois par jour.
M. Rokitansky propose en outre d'appliquer sur la région de l'épigastre des cautères, des moxas, ou bien d'y faire des frictions avec la pommade d'Aufenrict/i, avecT huile de croton, ou toute autre substance irritante.
Valleix, 4' édit. — m r,2
Il recommande les tisanes de camomille et dementhe, et pense que si le lait ne peut pas être supporté, on peut le remplacer avec avantage par des bouillons, des décoctions mucilagineuses, ou des panades. Enfin, dans le traitement de l'hématémèse, il a recours à des moyens que nous avons exposés à l'article Gastrorrhagie; il sullii donc d'y renvoyer le Lecteur.
Nous n'avons pas cru pouvoir mieux faire, nous le répétons, que d'exposer la manière dont ces deux auteurs comprennent le traitement de l'ulcère simple de l'estomac.
Devons-nous maintenant présenter un résumé et des ordonnances? Nous ne le pensons pas ; car ce serait vouloir donner un air de précision à un article qui, dans l'état actuel de la science, ne peut pas en avoir. Il faut que le praticien sache ce qui a été mis en usage, mais qu'il ne croie pas, sans une étude attentive et préalable des symptômes, pouvoir regarder comme déterminés les cas qui se présenteront à lui et les moyens à leur opposer.
[Le docteur Bennett (/oc. cit.) indique ainsi qu'il suit le meilleur traitement de l'ulcère de l'estomac :
Les remèdes dont j'ai relire le meilleur effet dans le traitement de l'ulcère simple de l'estomac, sont le repos, un régime sévère, le bismuth et l'opium en pilules ou en poudre, et l'application locale du froid ou de la chaleur suivant les sujets. On observe souvent que le simple séjour au lit dans l'hôpital suffit pour amener une amélioration sensible. J'ai fait aussi la remarque que les malades qui se remuent, vont et viennent, se promènent, souffrent plus que ceux qui gardent le lit, principalement au début de la maladie. Le repos dans une posture commode doit donc être recommandé. La nourriture consistera en farines féculentes, en bouillon gras et en lait, administrés à petites doses et fréquemment. Si l'estomac ne les supporte pas à une température chaude on les fera prendre froids. Si, malgré cela, les vomissements continuent, il sera nécessaire de suspendre toute alimentation pendant un jour ou deux. Lorsque le malade va mieux, on ne doil augmenter la quantité des aliments solides qu'avec la plus grande prudence. La soif est un symptôme auquel il faut faire grande attention; elle doil être apaisée à l'aide de petits morceaux de glace que le malade fera fondre dans sa bouche, ou bien en lui faisant boire à petits coups parties égales de lait et d'eau de chaux mélangés. La douleur est calmée par l'opium et le bismuth mêlés, sous forme de pilules ou de poudre. L'application de corps chauds ou au contraire d'un mélange réfrigérant de glace et de sel marin, sera aussi utile en pareil cas. Lorsque l'épuisement par défaut de nourriture est à son comble, il faut employer les lavements nutritifs. »]
ARTICLE IX
Ce n'est guère que depuis l'époque où l'on a commencé à s'occuper avec soin de l'analomie pathologique, que le cancer de l'estomac a été plus ou moins bien étudié. Auparavant, le peu que l'on savait sur cette affection était exposé dans les articles consacrés aux altérations de fonctions de cet organe. Néanmoins quelques observations isolées que l'on trouve dans Schenckius, Forestus, Zacutùs Lusitanus, etc. , ont pu être rapportées à la maladie cancéreuse lorsque les éludes mo-