‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource]Chapitre 298 sur 306 · VI. — Traitement · texte numérisé non relu

VI. — Traitement

Nous n'avons rien à ajouter à ce que nous avons dit plus haut sur le traitement delà péritonite suraiguë qui survient dans certains cas de perforation de 1 estomac. C'est en effet, alors la péritonite qui est toute la maladie, et cette affection ne piesente point de différences, suivant la manière dont s'est faite la solution de continuité. Nous renvoyons donc, à ce sujet, le lecteur au chapitre précédent.

Mais, avant que la rupture ait eu lieu, lorsqu'il n'existe encore que des symptômes d'une violente indigestion, avec distension de l'estomac, quelle conduite le praticien doit-il tenir? Nous avons déjà dit que les symptômes, en pareil cas, ne différaient pas très sensiblement de ceux d'une indigestion ordinaire ; il s'ensuit donc que le plus souvent on croira avoir affaire à un cas sans gravité, et qu'on se bornera à prescrire quelques calmants et quelques évacuants ; mais ces derniers moyens, loin d'être utiles, pourraient avoir, au contraire, un effet funeste, car ils pourraient n'agir qu'en augmentant les efforts impuissants de vomissement, cause efficiente de la rupture. Si donc on avait quelques motifs de croire que le cas se rapproche de ceux dont il a été question dans cet article, on devrait chercher un autre moyen de débarrasser l'estomac.

Si la douleur épigastrique était extrêmement vive ; si l'anxiété et l'agitation étaient portées à un très haut degré ; si l'on constatait un gonflement très considérable de la région de l'estomac avec la matité et le son clair que nous venons d'indiquer; et si enfin il y avait des efforts de vomissement fréquents, violents, et sans autre résultat que le rejet de quelques mucosités, on devrait avoir recours, comme le recommande M. Lefèvre, qui toutefois n'a pas eu occasion d'employer ce moyen, à la pompe stomacale, et enlever ainsi mécaniquement les liquides contenus dans l'organe.

M. Lefèvre pense qu'il serait utile, après avoir vidé l'estomac, de le laver aussi exactement que possible avec une décoction èmollimte. Mais rien ne prouve que celte précaution soit nécessaire; car nous savons que l'estomac, comme les autres organes creux, reprend facilement toutes ses fonctions dès qu'il est revenu à son volume habituel. Quant à l'inflammation qu'on pourrait craindre de voir éclater, il n'est nullement probable qu'elle se produise. Aussi je ne crois pas qu'il soit très utile de mettre en usage un traitement ontiphlogistique sévère, de prescrire la diète, etc. , comme M. Lefèvre l'indique.

Quant à l'instrument à mettre en usage, on connaît la pompe stomacale, dont nous aurons occasion de reparler à l'article Empoisonnement. On peut d'ailleurs voir ce que nous avons dit, à ce sujet, h propos de Y asphyxie par submersion (voy. t. III, p. 388). Mais il importe de rappeler ici, comme M. Lefèvre l'a fait avec raison, que l'on peut vider l'estomac à l'aide d'un appareil beaucoup plus simple, indiqué par Renault (1).

Cet appareil se compose d'une seringue bien calibrée, munie à son extrémité d'une grosse sonde œsophagienne de gomme élastique. La sonde une fois introduite, on adapte la seringue, dont le piston est complètement enfoncé, et l'on retire ensuite lentement celui-ci de manière à aspirer le liquide. S'il faut revenir

(1) Nouvelles expériences sur les contre-poisons de l'arsenic. Paris, an X, thèse in-8.

87k MALADlliS DliS VOlliS DKiESTlVliS.

plusieurs fois à celle manœuvre, on a soin de laisser la sonde en place, et de ne retirer que la seringue pour la vider.

Il est inutile de donner un résumé d'un traitement aussi simple.

AI1TICLE XII.

DILATATION DE L'ESTOMAC

11 est rare qu'une dilatation considérable et permanente de l'estomac se montre à l'état de simplicité, c'est-à-dire en l'absence de toute lésion organique qui puisse expliquer la rétention des matières et la distension des parois stomacales. Cette distension et cette rétention s'observent au contraire dans un assez bon nombre decas de cancer de l'estomac. Faut-il donc renvoyer la description de cet état morbide à l'article consacré à ce cancer, dont il est la conséquence ordinaire? Nous ne le pensons pas. Nous allons voir, en effet, qu'on a quelquefois observé la dilatation de l'estomac sans qu'on pût l'expliquer par la coarctation et l'induration du pylore ou de son voisinage. Elle devient évidemment alors une maladie particulière dont il faut connaître l'existence et dont il faut rechercher le mode de production. Nous allons, en conséquence, en exposer rapidement les principaux phénomènes, et indiquer les moyens mis en usage pour remédier aux accidents que cet état détermine. A l'article Cancer de l'estomac, nous avons indiqué comment le même effet est produit par une cause nouvelle, et nous avons renvoyé, pour les détails symptomatiques, à la description que nous allons tracer.

§ I. — ■ Définition, synonymie, fréquence.

La dilatation de l'estomac, sans cause organique appréciable, est un fait rare. Malgré les recherches nombreuses faites sur ce sujet par M. Duplay (1), on ne connaît encore que quatre cas qu'on puisse regarder comme des exemples de cette affection, et encore doit-on conserver quelques doutes sur un ou deux. Cependant M. Louis (2) a constaté l'existence de celte dilatation dans neuf cas de phthisie tuberculeuse, et ce fait, qui n'a pas suffisamment fixé l'attention des autres auteurs, mérite d'être mentionné. C'est à la dilatation qu'il faut rapporter les faits publiés sous le titre à'hydropisie de l'estomac, hydrops venlriculi (3); car l'existence d'une véritable hydropisie de ce viscère n'est pas admissible.

§ II. — Causes.

Les causes organiques écartées, il ne nous en reste plus qu'un petit nombre qu'on puisse regarder comme produisant la dilatation de l'estomac. Ce sont : V amincissement considérable de ce viscère, Y atrophie de ses fibres musculaires, comme on en voit un exempté dans une observation de M. Amiral (-'i), l&pùralysie

(1) De l'amplialion morbide de Vestomac, elc. {Arch. gcn. de mvd., 2e série, l. III, p. 16b et 365).

(2) Recherches sur la. phthisie, 2e édit. Paris, 1843, p. 69.

(3) Obs. de .Jodon, rapportées par Rivière, Opéra univ.

(4) Clinique médicale, 3e édit., t. II, obs. 7.

de rvXmm Sinise dans des cas où l'on ne pouvait pas invoquer d'autre cause, et qu'on a comparée à la paralysie de. la vessie, et enfm l'ingestion immodérée Aê substances solides et surtout liquides, dont Percy et Laurent (1) ont rapporte des exemples auxquels il faut joindre deux cas observés et publiés par M. 1 ezerat w- Enfin, il faut ajouter à ces causes, l'augmentation de volume du foie qui, Voulant en bas l'estomac, le met dans des conditions favorables à sa dilatation. M. Louis a en effet constaté que deux fois seulement la dilatation de 1 estomac avait lieu clans des affections chroniques autres que la phthisie et le cancer, et il a remarqué que, dans ces deux cas, il y avait précisément dans le foie une augmentation de volume très notable, comme dans les cas de phthisie.

Nous n'avons pas admis parmi ces causes l'adhérence de l'estomac aux organes environnants, et surtout au foie, parce qu'il n'est nullement démontré qu'en pareil cas il n'y eût pas de lésion organique suffisante pour expliquer la dilatation.

§ III. — Symptômes.

Dans la description des symptômes, M. Duplay a fait entrer l'analyse des cas dans lesquels il existait une lésion organique, aussi bien que celle des cas simples. Nous ne croyons pas devoir imiter cet exemple, parce que nous examinons la question sous un point de vue moins général.

La pesanteur à la région épigastrique, surtout après les repas ou après l'ingestion d'une quantité considérable de boisson, est un symptôme observé constamment ; c'est peut-être celui dont les malades se plaignent le plus. On a même noté de véritables douleurs, mais des douleurs sourdes, occupant toute la région. C'est ce qui avait lieu chez un sujet dont M. Duplay (3) a rapporté l'histoire, et chez lequel l'autopsie permit de constater l'état sain du pylore. On n'a jamais noté ces douleurs vives qui se montrent dans la dilatation brusque de l'estomac, et surtout dans celle qui précède la rupture {h).

Parfois il existe des nausées, mais ce n'est guère qu'au moment où l'estomac est considérablement distendu par les aliments et les boissons, et où le vomissement doit bientôt avoir lieu. Le vomissement s'est montré dans tous les cas. Variable, ainsi que l'a fait remarquer M. Duplay, aux diverses époques de la maladie, il est plus fréquent dans les premiers temps, ce qui tient sans doute à la plus grande facilité avec laquelle se contracte l'estomac, dont une dilatation énorme n'a pas encore complètement détruit l'action. La matière des vomissements mérite une attention particulière. Dans aucun des cas où la simplicité de la dilatation a été constatée, on n'a noté les vomissements noirs ou sanglants que nous trouvons fréquemment dans le cancer. Les aliments plus ou moins mal digérés, les boissons, et une quantité ordinairement considérable de mucosités, forment celte matière des vomissements. Un sujet se plaignait de la saveur acre des matières vomies; il avait aussi des rapports acides. Un fait qui doit être noté, et que nous retrouverons

(1) Journal complémentaire, Paris, 1818, t. I, el Dictionnaire des sciences médicales.

(2) Journal complémentaire, t. XXV, p. 162, et reproduits dans le mémoire de M. Duplay, obs. 5 et 12.

(3) Obs. A de son mémoire.

(4) Yoy. l'article précédent.

quand il s'agira du cancer de l'estomac, c'est que, dans des cas même où les vomissements avaient lieu peu de temps après le repas, les aliments récemment pris n'étaient pas vomis. On a peine à s'expliquer ce fait, qui néanmoins a été constaté. Quelques malades provoquent eux-mêmes, en titillant la luette, ces vomissements qui les soulagent en les débarrassant du poids incommode qu'ils sentent à la région épigastrique.

La forme du ventre change peu à peu, à mesure que la maladie fait des progrès. On voit d'abord l'abdomen proéminer au niveau de l'ombilic, puis plus bas, et enfin l'augmentation de volume peut être portée au point que le ventre prend la forme d'une besace, comme cela avait lieu dans un cas cité par M. Duplay, et dans plusieurs autres rapportés par les auteurs sous le nom de polyphagie. Tels sont, d'une manière générale, les changements que subit l'abdomen; mais, pour plus de précision, il faut examiner cette région avant et après le vomissement.

Avant le vomissement, la saillie dont nous venons de parler est à son maximum, et c'est alors que le vend e tend à retomber sur le haut des cuisses ; après le vomissement, le volume de cette cavité est notablement réduit ; mais lorsque la distension a été très considérable, il reste une flaccidité des parois plus ou moins marquée.

La palpation, lorsqu'elle est pratiquée l'estomac étant distendu, fait reconnaître une tumeur peu résistante, mal circonscrite, qui, partant de Phypochondre gauche, se porte vers l'épine iliaque du môme côté, et. de là remonte vers l'hypochondre droit. M. Louis a pu reconnaître la petite courbure qui était descendue au-dessous de l'ombilic, et formait ainsi un arc de cercle assez considérable s'élcndant d'un hypochondre à l'autre. Dans les cas observés par cet auteur, il s'agissait de véritables cancers de l'estomac, mais les choses se passant de même dans ceux où la cause n'est pas une lésion organique profonde, on peut leur appliquer cette observation. Cette disposition anormale des parties s'explique facilement. L'estomac étant fixé par ses deux extrémités cardiaque et pylorique, la partie moyenne obéit seule ii la pesanteur, et subit seule le déplacement que nous venons d'indiquer.

Lorsque la distension est très considérable, on peut, à l/> simple vue, reconnaître cet état de l'estomac, dont la saillie, à travers les parois de l'abdomen, conserve la forme primitive de l'organe. Après un vomissement abondant, ces signes disparaissent en partie, pour se montrer de nouveau bientôt après.

Un autre signe qu'il est important de rechercher, c'est la fluctuation. Elle se produit facilement à l'aide du ballottement, par la raison que l'estomac est occupé en partie par les liquides et en partie par des gaz. Tantôt elle est obscure, tantôt évidente; assez souvent elle est accompagnée d'un bruit de gargouillement ou de glouglou aussi sensible pour le malade que pour le médecin. On a vu des sujets qui, parla simple contraction de l'abdomen, pouvaient produire ce phénomène ; la plupart l'entendent lorsqu'ils font des mouvements un peu rapides, et surtout lorsque, étant couchés, ils se retournent brusquement. On n'a pas songé à pratiquer la succussion ; il est plus cpie probable qu'elle doit produire le même phénomène que dans les cas de pneumo-hydrotliorax (1).

(1) C'est, eu effet, ce que nous avons eu occasion de constater récemment chez un sujet affecté de cancer de l'estomac.

Orietoues suiets éprouvent une sensation particulière qui mérite d'être men- ,• Q 1 o rs d ' ngestion des liquides, ils les sentent descendre profondément, et 10 ÏÏb JS C'est surtout lorsque les boissons ont une température Ks S dation est éprouvée. Ces signes, comme les précé ents et om^ccul qui vont suivre, disparaissent et, partie après les vomissements abon- ^ " était à peine nécessaire de dire, puisqu'ils dépendent tous de la plus ou moinslande accumulation des matières, mais ce qu'il ne faut pas perdre de eue que cette particularité est importante pour le diagnostic Si 1 on vou ait Prendre plus évidents, on pourrait faire avaler une certaine quantité de liquide; m s ce moyen, dont on a tant abusé dans des expériences faites sur la percussion ™ iota dïïre indispensable, puisque, en suivant la marche de la maladie, on est sûr de voir bientôt tous ces phénomènes se produire.

La percussion peut être d'un grand secours pour reconnaître cet état de 1 estomac On trouve, vers l'épigastre ou vers l'ombilic, suivant que la petite courbure est plus ou moins abaissée, un son clair résultant de la présence des gaz à la partie supérieure- puis le niveau du liquide à une hauteur variable, suivant 1 abondance des boissons prises. Ce niveau transversal, lorsque le malade est à son séant, donne le son humorique résultant du contact des gaz et du liquide. Ce bruit est, comme on sait un peu argentin et semblable à celui qu'on produit en rapprochant les deux paumes des mains, de manière à laisser un peu d'air dans leur intervalle, et en donnant avec le dos de l'une d'elles un coup sec sur le genou. Enfin vient le son mat dû à la présence du liquide. Ce son mat s'étend jusqu'en bas, et peut faire reconnaître la grande courbure, lorsqu'elle n'atteint pas le petit bassin.

En faisant varier la position du malade, on obtient des changements encore reconnaissables par la percussion. S'il se couche sur le dos, l'étendue du son clair augmente, parce que les gaz se portent vers la paroi antérieure de l'abdomen ; quand il est couché sur le côté gauche, on trouve le son clair vers l'hypochondre, ou vers le flanc droit, et le niveau du liquide est oblique de haut en bas et de gauche a droite; quand il se couche sur le côté droit, le résultat est opposé. On peut, en pratiquant ainsi la percussion, suivre les progrès de l'accumulation du liquide; mais il n'est réellement pas nécessaire d'apporter une aussi minutieuse précision dans l'examen, les autres signes étant plus que suffisants pour faire connaître les variations et les progrès de l'affection.

Tels sont les symptômes locaux. Quant à ceux qui ont leur siège dans un point plus ou moins éloigné, ou qui sont purement fonctionnels, ils sont en petit nombre ou se rapportent a une affection organique profonde dont l'ampliation morbide de l'estomac n'est qu'une conséquence, c'est-à-dire au cancer.

Si nous ne considérons que les cas dans lesquels la maladie a été simple, nous voyons que ['état de la langue ne présente rien de particulier, ou plutôt qu'il est normal; que V appétit est ordinairement augmenté, et quelquefois à un point extrêmement considérable : c'est ce que l'on observe à un haut degré dans les cas de polijphaijie, dont les auteurs précédemment cités nous ont laissé des exemples. Il est rare, dans les cas dont il s'agit, que Y état général souffre beaucoup ; cependant, comme on peut en juger par les observations, il n'y a aucun rapport entre la quantité énorme d'aliments que prennent certains sujets et l'embonpoint qu'ils

présentent Ils sont dans une espèce de langueur, ou plutôt de torpeur irai a>1 nonce l'embarras de la digestion. 1

Lorsque les vomissements deviennent fréquents, les digestions se font mal- la constipation devient opiniâtre, et l'on observe un dépérissement marqué l'est rare néanmoins que les malades succombent à cette affection à son état de simnH cité ; on peut même dire qu'il n'existe aucun fait authentique qui prouve qu'elle â seule occasionné la mort. Dans les cas cités, on a trouvé des altérations plus ou moins profondes d'autres organes, et, en particulier, du cœur et des poumons qui ont rendu compte de la terminaison fatale.

§ — Marche, durée, terminaison de la maladie.

La marche de la maladie est lente, et, dans les premiers temps, les malades n'v font presque pas attention. La pesanleur à l'épigastre et la difficulté des digestions sont les seuls symptômes qui existent, en effet, pendant longtemps; mais peu à peu la force de contraction de l'estomac étant vaincue, les matières s'accumulent en plus ou moins grande abondance ; elles sont plus difficilement chassées à travers le pylore, les vomissements surviennent, et l'affection prend un aspect sérieux.

Cette marche de la maladie est en rapport avec les changements de forme et de volume de l'estomac, et, ainsi que l'a fait remarquer 31. Duplay, l'accumulation des matières, qui d'abord n'était qu'une simple conséquence du défaut de cou tractilité de l'estomac, finit par être elle-même un des obstacles les plus puissants à cette contraction, et, par suite, une des . anses les plus efficaces de l'ampliation.

La durée de la maladie est illimitée, mais on peut dire en général qu'elle est toujours très considérable.

Quant à sa terminaison, on ne peut guère attribuer à l'ampliation de l'estomac elle-même la mort des malades; d'un autre côlé, M. Duplay a cité quelques cas de guérison que nous aurons occasion de rappeler à l'article du traitement : nouvelle preuve qu'il faut séparer avec soin la dilatation simple de l'estomac de la dilatation suite d'une lésion organique, car l'une et l'autre ont une gravité bien différente, et sont loin d'avoir le même degré d'importance pour le praticien.

§ V. — Lésions anatomiques.

Les lésions anatomiques de l'ampliation morbide de l'estomac, telle que je la décris ici, sont fort simples. D'abord on trouve les changements de volume et de forme qu'il était possible de distinguer pendant la vie à travers les parois abdominales. Les deux orifices de l'estomac se trouvent rapprochés l'un de l'autre, et le viscère est réellement suspendu à ses deux extrémités plus ou moins tiraillées. La petite courbure, formant un arc de cercle beaucoup plus étroit, se trouve portée au-dessous du niveau de l'ombilic, et la grande courbure occupe en grande partie les fosses iliaques et le grand bassin ; il en résulte que 1 epiploon est presque complètement effacé, et que les intestins, plus ou moins comprimés, se trouvent cachés par la poche énorme formée par l'estomac. Quant aux parois de celui-ci, on les a trouvées amincies, transparentes. On a vu les fibres musculaires écartées et quelquefois détruites aux environs du pylore. Dans ce dernier cas, on peut avoir quel-

DILATATION DE L'ESTOMAC. — DIAGNOSTIC. 879

(mes doutes sur la nature de la maladie, et croire que l'ulcération n'était pas simple, comme on l'a pensé. Plus loin nous exposerons en peu de mots les différences qui existent dans les lésions anatomiques entre les cas de dilatation simple et de dilatation suite du cancer. La cavité de l'estomac renferme une quantité ordinairement considérable de matières accumulées : ce sont des aliments plus ou moins altères par la digestion, des boissons, des mucosités, et quelquefois de» corps étrangers, tels que des cailloux, du plâtre, divers instruments, comme des couteaux, des cuillers, etc. , ainsi qu'on l'a observé dans les cas de polypbagie.

g VI. Diagnostic, pronostic.

On a cité uii certain nombre d'erreurs de diagnostic qui sont célèbres dans la science Ainsi, dans le siècle dernier, on admit l'existence d'une grossesse chez une femme qui n'avait autre chose qu'une ampliation morbide de l'estomac. Dans un autre cas on fit la ponction, croyant avoir affaire à une ascite (1), Aujourd'hui on évitera facilement ces erreurs. Il est même presque inutile d'indiquer le diagnostic de la grossesse et de la maladie qui nous occupe : dans la grossesse, l'existence de la tumeur à la partie moyenne et inférieure du ventre, sa consistance, sa convexité supérieure, l'absence de tout changement par le déplacement, l'auscultation qui fait découvrir les battements du cœur du fœtus ainsi que le bruit placentaire, et enfin le toucher du col, sont plus que suffisants pour écarter toute cause d'erreur.

Le diagnostic de la dilatation de l'estomac et de Vhydropisie ascite mérite un peu plus notre attention. Dans l'un et l'autre cas, en effet, il existe un son clair au-dessus de l'ombilic et un son mat vers les parties déclives ; dans l'un et l'autre cas, il y a une fluctuation plus ou moins sensible, et la forme du ventre pourrait paraître à peu près la même à un examen peu approfondi ; mais voici comment on distinguera ces deux états morbides. Dans l'ascite, la matité due à la présence du liquide se fait d'abord reconnaître à l'hypogastre et dans les flancs. Dans les cas de dilatation de l'estomac, elle occupe primitivement la partie moyenne de l'abdomen, et l'on peut par la percussion déterminer au-dessous de la grande courbure le son propre aux intestins. En outre, le niveau du liquide ne présente pas une courbe à concavité supérieure, comme dans les cas d'ascite; il est transversal. Ces signes font suffisamment distinguer ces deux affections, lorsque l'ampliation de l'estomac n'est pas portée au plus haut degré, et lorsque la grande courbure n'est pas encore descendue jusque dans le bassin.

Dans ce second cas, il faut observer attentivement la forme du ventre. On peut, en effet, par la palpation ou à la simple vue, reconnaître la forme de l'estomac; on suit la rénitence ou la saillie déterminée par la petite courbure au-dessous de l'ombilic, puis on voit, dans les deux flancs et à l'hypogastre, des espèces de voussures fermées par l'organe distendu, et dont la plus considérable correspond à la grosse tubérosité de l'estomac. De plus, nous avons dit que, dans les cas de dilatation stomacale, le ballottement déterminait le bruit de gargouillement et de glouglou :

(i) (haussier, Mémoire sur les fondions du grand èpiploon {Mémoires de l'Acad, de Dijon, 1784).

,SlS^ MALADIES DES VOIES DIGESTIVjES.

c'est ce que l'on n'observe pas dans l'ascite, dans laquelle la véritable fluctuation est au contraire beaucoup plus manifeste; enfin, et c'est là le point le plus important, L'état des parties, après le vomissement, vient éclairer le médecin de manière à ne lui laisser aucun doute.

Après le vomissement, qui est un des caractères de la dilatation de l'estomac on voit, en effet, se. dissiper en partie tous les symptômes locaux. Dans l'ascite ' ou bien il n'y a point de vomissements, ce qui est le plus ordinaire, ou s'il y en a l'étal de l'abdomen reste le même. En outre, on peut quelquefois par la percussion reconnaître le volume et la position de l'estomac dans l'ascite, ce qui permet de constater qu'il y a deux matités : l'une due au liquide contenu dans l'estomac, l'autre au liquide contenu dans le péritoine , et alors il ne peut plus y avoir là moindre hésitation.

Reste maintenant à rechercher si l'on peut distinguer les cas où la dilatation est simple de ceux où elle est la suite d'un cancer de l'estomac; mais nous croyons devoir renvoyer ce diagnostic différentiel à l'article précédent, où nous avons étudié les symptômes du cancer.

TABLEAU SYNOPTIQUE DU DIAGNOSTIC

Nous ne pensons pas qu'il soit utile de rappeler ce que nous avons dit à propos du diagnostic différentiel de la dilatation de l'estomac et de la grossesse : la distinction est aujourd'hui trop facile. Nous poserons les principaux caractères différentiels de cette dilatation et de l'ascite.

Signes distinctifs de la dilatation de l'estomac et de Vhydropisie ascite.

DILATATION DE L'ESTOMAC

Lorsque l'affection est peu avancée, il reste encore le soninleslinal au-dessous de lagrande courbure. '

A une époque plus avancée, on peut sentir la petite courbure au-dessous de l'ombilic, ou distinguer sa saillie.

Diverses saillies dues à la distension de l'estomac.

Par le ballottement, on détermine le bruit de gargouillement ou de glouglou: fluctuation ordinairement obscure.

Vomissements après lesquels diminution p'ws outnoins notable des symptômes locaux.

ASCITE.

Son mat dans l'hypogastre et les fosses iliaques.

Âucunesaillie circulatoire semblable à celle de la petite courbure.

Ventre uniformément développé.

Pas de gargouillement ou de glouglou.

Fluctuation évidente, à moins de circonstances particulières.

Dans l'ascite, pas de vomissements, ou s'il en existe, ils n'ont aucune influence sur l'état de l'abdomen.

Pronostic. — La terminaison de la maladie n'a pas par elle-même une gravité très notable; cependant on peut concevoir qu'il arrive un moment où la dilatation de l'estomac est telle qu'on ne peut plus y porter remède. Toutes choses égales d'ailleurs, l'ampliation due à l'ingestion d'une trop grande quantité d'aliments ou de boisson est la moins grave. Nous allons voir tout à l'heure qu'on a pu assez facilement y remédier en pareil cas.

DILATATION DE L'ESTOMAC

— TRAITEMENT

Abstinence des aliments et des boissons. — Le traitement qui a le plus complètement réussi dans cette maladie est ['abstinence plus ou moins prolongée, et ensuite la persistance dans un genre de vie sobre et réglé. M. Pézera a cité un fait très curieux sous ce point de vue. Il s'agit d'une femme de trente ans dont le ventre avait le volume qu'il présente au dernier terme de la grossesse. L'examen attentif lit reconnaître l'ampliation morbide de l'estomac, et les renseignements pris sur la malade apprirent qu'elle ingérait chaque jour plus d'aliments qu'il n'en faudrait pour sustenter deux ou trois manœuvres, et que même elle en aurait pris une plus grande quantité si elle en avait eu à sa disposition. Il suffitde quinze jours, pendant lesquels on tint la malade à la demi-portion, pour ramener l'estomac à son état normal, et ensuite, tant que cette femme vécut avec sobriété elle se vit débarrassée de son mal ; mais elle, présenta de nouveau les mêmes symptômes toutes les fois qu'elle voulut satisfaire complètement son appétit. Dans un autre cas cité parle même auteur, et où la maladie paraît avoir été déterminée par l'ingestion habituelle d'une énorme quantité de boissons, on voyait l'ampliation morbide de l'estomac se dissiper en très grande partie dès que le malade diminuait la quantité du liquide, et reparaître dès qu'il revenait à ses habitudes qu'il ne voulut pas abandonner. On voit donc que l'abstinence des aliments et des boissons est un moyen qu'il faut avoir soin de recommander; mais il ne faudrait pas mettre trop promptement les malades à une diète sévère, car il est certain qu'ils ne pourraient pas la supporter.

Excitants et toniques. — L'état de faiblesse qu'on a supposé exister dans l'estomac a engagé à recourir aux excitants et aux toniques ; pour cela, on prescrit une petite quantité d'extrait de quinquina, des infusions aromatiques, et en particulier l'infusion de sauge, les alcooliques, les ferrugineux, et entre autres le carbonate de fer à la dose de 1 à k grammes ; enfin les amers, tels que l'infusion de houblon, de petite centaurée, de gentiane. Cependant il ne faut pas croire qu'on puisse indifféremment employer ces moyens, sur la valeur desquels nous sommes, du reste, bien loin d'être fixés ; nous voyons, en effet, dans un cas observé par M. Guyot, le vin et les autres alcooliques aggraver tous les accidents, tandis que les substances douces étaient facilement supportées; il est vrai qu'il n'est pas parfaitement démontré que dans ce cas il ne fût pas question d'un cancer de l'estomac, et non d'une dilatation simple.

Purgatifs. — Les purgatifs doux ont été mis en usage dans un double but. On a eu, en effet, l'intention d'évacuer par l'intestin les matières accumulées dans l'estomac, et de vaincre en même temps la constipation, symptôme ordinaire de l'affection dont nous parlons. Rien ne prouve encore qu'on ait atteint ce double but par ce moyen.

Strychnine. — Dans les cas où l'on a supposé l'existence d'une véritable paralysie de l'estomac, on a administré la strychnine ; mais les essais sur ce point sont encore bien peu nombreux et ne nous apprennent rien de positif. Dans un des cas observés par M. Duplay, ce remède fut prescrit, mais ne put être continué de manière à produire des résultats évidents, parce que le malade voulut quitter l'hôpital. La

Valleix, V érlit. — lit. «fi

strychnine peut être administrée, dans ces cas, en pilules. On commencera par dos pilules de 5 milligrammes, donjon ddinerq une par jour ; puis, tous les deux on M ois jours, on pourra élever graduellement la dose, sans chercher à dépasser huit ou dix pilules. On peut encore appliquer un vésicaloire à la région épigaslrique, et le panser chaque jour avec une dose de 1 à 3 et k centigrammes de poudre de strychnine.

Vomitifs. — Lin moyen palliatif consiste à provoquer artificiellement le vomissement. Nous avons vu, en effet, qu'après un vomissement copieux les malades se sentaient notablement soulagés; aussi, le plus souvent, n'hésitent-ils pas euxmêmes à se procurer ce soulagement, et ils se font vomirpar la titillation de la luette. Un vomitif administré parle médecin, lorsque l'accumulation des matières est portée à l'extrême, dissipe d'abord les principaux accidents, et permet ensuite d'avoir recours aux moyens précédemment indiqués. Souvent il suffit de faire ingérer quelques verres d'eau tiède et de titiller la luette avec les barbe d'une plume.

Régime. — Enfin il faut prescrire un régime composé d'aliments nutritifs sous le plus petit volume possible; les viandes noires rôties en formeront par conséquent la base. Dans les cas où le ventre aurait acquis un volume et une flaccidité considérables, une ceinture élastique serait utile, en maintenant les organes et en exerçant une douce compression.

Il est inutile.de donner des ordonnances pour un traitement aussi simple, le résumé sommaire suffira pour rappeler au lecteur les principaux moyensà mettre en usage.

RÉSUMÉ SOMMAIRE DU TRAITEMENT

Diminution notable de la quantité des aliments et des boissons; légers excitants; toniques; ferrugineux ; amers; légers purgatifs; strychnine; vomitifs; régime.

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