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MOUVEMENTS DU COEUR

De nombreuses discussions se sont élevées sur les mouvements du creur, cl les auteurs ne sont pas encore parfaitement d'accord sur tous les points de cette importante question physiologique. Nous n'avons pas l'intention de présentée ici un historique complet des nombreuses expériences faites dans iebul de déterminer avec exactitude la succession de ces mouvements; nous devons nous contenter de rocher-

MOUVEMENTS DU COKUR. H

cher ce qu'il y a do plus positif dans les diverses théories, pour que, dans le #j* gnostiç des maladies que nous allons étudier, nous puissions rapporter les symptômes aux temps précis où s'exécutent les divers mouvements, et où, par conséquent, le sang traverse tel ou tel orifice, ce qui conduit naturellement à reconnaître le siège des obstacles qui peuvent s'opposer a la marche de ce liquide.

Il est un fait aujourd'hui généralement admis, et qui, depuis Harvey et Haller, a été mis hors de doute par des expériences directes : c'est que les oreillettes se contractent d'abord pour chasser dans les ventricules le sang qu'elles contiennent; qu'immédiatement ou presque immédiatement après, survient la contraction ou systole des ventricules, qui lance le sang dans toutes les parties du corps, et qu'à ces deux contractions succède un temps bien marqué, pendant lequel, suivant les divers auteurs, il se passerait des phénomènes différents. Mais cette contraction de l'oreillette est-elle destinée à chasser dans le ventricule toute l'ondée sanguine, ou seulement une partie? Voilà où commencent les dissidences entre M. Beau et la plupart des autres expérimentateurs.

Depuis les expériences de Haller, on établissait ainsi qu'il suit la série des mouvements du cœur. Premier temps: les ventricules, étant pleins, se contractent vivement, et versent dans les artères tout le sang qu'ils contiennent. Deuxième temps: dilatation des ventricules, pendant laquelle le sang coule des oreillettes dans les cavités ventriculaires, lentement et sans contraction. Troisième temps : il survient une contraction de l'oreillette qui achève de remplir rapidement le ventricule, lequel se contracte aussitôt, et la série des mouvements recommence. M. Beau (1) fit sur des chiens et des lapins une série d'expériences, desquelles il tira des conclusions différentes. Il observa, en effet, que pendant le temps où s'effectue, suivant les auteurs, la diastole lente, les ventricules étaient libres et en repos; que leur dilatation avait lieu brusquement, au moment même de la contraction des oreillettes, dont le contenu était lancé d'un seul coup dans leur cavité, et qu'immédiament après venait la contraction vcntriculaire. Suivant cet auteur, la projection du sang dans le ventricule par l'oreillette, la diastole et la systole venlriculairc, ne forment qu'un seul temps qui est le premier, et la série des mouvements du cœur étant divisée en trois temps, le repos qui correspond, ainsi que nous l'avons vu, à la diastole lente admise parles autres auteurs, formerait le troisième. Quel est donc le second? C'est un mouvement particulier par lequel le sang est vivement lancé des grosses veines dans les oreillettes, qui continuent ensuite à se remplir lentement. Ainsi, en résumé, M. Beau divise les mouvements du cœur en trois temps, qui sont les suivants : 1° contraction de l'oreillette , réplétion et dilatation du ventricule, contraction du ventricule ; 2° afflux brusque du sang dans l'oreillette ; 3° repos du ventricule, réplétion lente de l'oreillette.

A son apparition, cette théorie a excité une grande surprise et a trouvé beaucoup d'incrédules; mais dans plusieurs mémoires publiés les années suivanles (2), M. Beau s'est atlaché à la défendre par une critique des objections qu'on lui a' adressées et par de nouvelles expériences. Les plus fortes objections qui aient été dirigées contre la théorie de M. Beau sont celles qui résultent des expériences «le

p. 389)îeC/'erC/,ei' SW kS mouvcmenls du cœur (Arch' Q4»> de nwd., 2« série, 183:3, t. IX, (2) Archives gén, de méd., janvier 1 839 , juillet et août 1841.

MM. Williams, Hope, Glendinning et des membres du comité de Londres Ces expérimentateur om vu, eu effet, pendant le temps qui, selon M. Beau est'u ni quement consacré au repos des ventricules, ceux-ci se gonfler, se durcir , ,conséquent se remplir de sang. Voici comment Hope expose ses observations su les mouvements du cœur de la grenouille : « En examinant la face postérieure du cœur d une grenouille, donl Faction était réduite à quinze ou vingt pulsations par minute, toute I oreillette, qui auparavant était cachée par le ventricule, étant maintenant exposée a la vue, on trouve que, pendant un court espace de temps le ventricule,-,, repos est distendu partiellement par le sang. L'oreillette se contracte par an mouvement bref, mais seulement partiellement, car les sinus veineux sont constamment pleins de sang dans cette expérience, que la circulation soit vive ou lente Lorsque l'oreillette est relâchée de nouveau et non jusqu'alors, on voit le ventricule s'élever soudain sur la base, raccourcir ses fibres et expulser le contenu. Après l'accomplissement de la systole, qui est indiqué par la couleur pâle, la diastole se fait observer: elle est marquée par un flux partiel de sang, dénoté par la couleur rouge, et dans cet état le ventricule est en repos pendant un court espace de temps, jusqu'à ce qu'il soit de nouveau stimulé par la contraction de l'oreillette. On peut peut-être objecter que , comme les mouvements étaient très ralentis , ces mouvements étaient anormaux; nous distinguions cependant les mêmes séries à quarante pulsations par minute. Le comité de Dublin a confirmé ces résultats. »

M. Glendinning, rapporteur du comité de Londres (1), fait connaître des expériences dont le résultat a été à peu près semblable, et qu'il expose ainsi qu'il suit : « La première contraction après la pause ou la diastole ventriculaire est observée sur la veine cave; puis vient immédiatement la contraction des sinus; puis, sans aucun intervalle, celle de l'appendice de l'oreillette et la systole du ventricule. La diastole ou relâchement de chaque partie se produit, dans le même ordre, dans les veines, l'oreillette et le ventricule. La série des systoles mentionnées se succède si rapidement, qu'à une petite distance elle apparaît comme une seule ondulation commençant à la veine cave, plutôt que comme une série de mouvements indépendants. Dans la diastole, le ventricule est arrondi, plein, protubérant et foncé en couleur ; mais à Y arrivée de la systole, il change rapidement de forme et de couleur, de violet devenant pâle, couleur chair de veau, et de rond et volumineux, devenant visiblement étroit, plus conique et déprimé, étant clairement diminué dans toutes ses dimensions. »

MM. Barth et Roger (2) ont fait de leur côté, de concert avec MM. Poumet et de Castelnau , des expériences qui les ont conduits à des conclusions semblables , avec cette différence, toutefois, que la réplétion des ventricules pendant ce qu'ils appellent la dilatation ventriculaire, ou diastole, a paru beaucoup moins considérable que dans les expériences des médecins anglais.

Les recherches de M. Parchappe (3) l'ont conduit à des résultats analogues.

On voit donc, d'après ces expériences : 1° que la contraction de l'oreillette ne verserait dans le ventricule que la dernière partie du sang nécessaire pour le dilater; et 2° qu'une diastole lente aurait lieu pendant le temps qui, selon M. Beau,

(1) London médical Gazette, octobre 1810.

(2) Traité d'auscultation, 3e édit. Paris, 1850.

(3) Du cœur, de sa structure et de ses mouvements. Paris, 1848.

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est consacré au repos des ventricules. Mais voici comment ce dernier expérimentateur a répondu. Examinant les dimensions des ventricules aux divers temps : 1» il a trouvé que l'augmentation n'avait lieu qu'immédiatement après la contraction de l'oreillette, ce que L'on sent parfaitement en appliquant la pulpe des doigts sur les deux côtés du cœur, et ce que l'on peut déterminer plus positivement encore à l'aide du compas d'épaisseur; 2° et cette expérience est la plus décisive : ayant ouvert les ventricules à leur pointe, il a vu qu'au moment de la contraction de l'oreillette, et, par conséquent, au moment où le sang est projeté dans le ventricule, il s'échappe par jets de cette ouverture artificielle, tandis que pendant la prétendue réplétion lente ou la diastole du ventricule, il ne s'écoule pas une seule goutte de liquide.

MM. Barth, Roger, Poumet et de Castelnau, ayant répété deux fois l'expérience de M. Beau, qui consiste à couper la pointe du cœur pendant qu'on en examine les mouvements, ont vu du sang s'écouler pendant le repos des ventricules, et dans un cas môme ils disent : « Le sang paraît couler plus fort au moment de la dilatation. •> Ces faits sont de nature à nous rendre réservé. Cependant on regrette que ces expérimentateurs n'aient pas dit explicitement quel est le moment où ils ont coupé la pointe du cœur; car si l'organe était fort affaibli lorsqu'ils ont fait cette résection, il ne serait pas étonnant que le ventricule ne s'étant pas vidé parfaitement pendant la contraction, on l'eut vu à demi plein pendant son repos, ou laissant échapper du sang lorsqu'on y avait fait une ouverture.

[Il nous semble que l'on est parti d'un faux principe en faisant commencer la série des mouvements du cœur par la contraction des ventricules ; il est évident que l'origine de ces mouvements date de la contraction des oreillettes, et peut-être même de celle des veines afférentes à ces oreillettes.

MM. Chauveau et Faivre (1) sont les premiers qui aient exprimé cette opinion, et qui l'aient soutenue par des expériences rigoureuses. Leurs observations ont été faites, avec toutes les précautions les plus minutieuses, sur des chevaux, les seuls animaux, parmi les grands mammifères, dont la circulation ne présente pas plus de quarante pulsations par minute.

Ces observateurs rappellent d'abord, après tous les autres expérimentateurs, que, dans la diastole , le cœur est mou , flasque , aplati d'avant en arrière, si l'animal est couché sur le dos, et d'un côté à l'autre si le décubitus est latéral; que, dans la systole, il durcit, se creuse en avant, se couvre de rides transversales, et que, dans ce mouvement, il se raccourcit, en éprouvant un mouvement de torsion qui relève la pointe et la porte en avant et à droite. Mais leurs observations ne se bornent pas là, et ce qui leur appartient en propre, c'est l'étude du rhythme des mouvements du cœur. « Quand les oreillettes entrent en contraction, disent ces auteurs, ce qui les distingue surtout, c'est la rigidité qu'elles acquièrent brusquement, et que L'on perçoit de la manière la plus ostensible en serrant un appendice entre les doigts. On constate de plus un rétrécissement peu marqué de La masse auriculaire, un raccourcissement des plus sensibles et des rides transversales et onduleuses à la surface. La systole auriculaire, quoique brusque et rapide, a cependant

(1) Nouvelles recherches expérimentales sur les mouvements et les bruits normnur rf„ cœur {Gazelle médicale, Paris, 1856). normaux du

MALAUlliS DES VOIES ClROIltATOIfiES.

«»o toôe appréciable. Elle commence évidemment dans les auricules pour se propager a., corps des oreillettes, par une sorte de mouvement péristaltic me Dans la

22* TMCf 'a **** 61 h tensi0D -™P^cnt la flaccidité du feu ««wnles. » A ces mouvements succède la diastole générale

La durée des diverses phases successives d'une révolution du cœur peut être expnmee et notée comme il suit : si l'on bat une mesure à quatre temps pèndanl 1 observation, on trouve que la systole auriculaire a la durée d'une double croche pointée; h systole ventriculaire, celle d'une double croche et dWtwiw • la diastole, la valeur de deux soupirs.

Les conclusions à tirer de ces observations sont les suivantes. On a presque toujours singulièrement raccourci la durée de la systole des oreillettes, et M. Beau a même pu avancer qu'il est presque impossible de distinguer le mouvement auriculaire du mouvement ventriculaire, tant la succession est rapide. Or, si les choses se passent amsi que le disent MM. Chauveau et Faivre, il doit en découler bien des objections à la théorie des mouvements et des bruits du cœur présentée par M. Beau. 1

Cependant les observateurs que nous citons établissent que, chez l'homme, en raison de la rapidité de succession des mouvements du cœur, on ne peut les compter que par une mesure à trois temps, qui serait rhythméc comme il suit : systole auriculaire, une croche pointée; systole ventriculaire, une double croche et une noire ; diastole, un soupir.

Mais ce qu'il y a de très important à noter dans cette théorie, c'est que les ventricules sont déjà pleins avant la systole auriculaire, et que ce mouvement systolique ne vient y ajouter qu'un excellant qui semble provoquer la systole des ventricules : de là l'impossibilité d'expliquer le premier bruit par l'abord de l'ondée sanguine dans la cavité ventriculaire. De plus, la longue durée de la diastole auriculaire et ventriculaire s'oppose à ce que l'on explique le second bruit du cœur par la brusque dilatation des oreillettes.

Cette courte analyse suffira pour montrer (pie les observateurs modernes ne partagent pas toutes les opinions de M. Beau sur les mouvements du cœur.]

ARTICLE IV

BRUITS DU COEUK.

S'il y a eu des discussions sur les mouvements du cœur à l'état normal, il y en a eu bien plus encore sur le siège, les causes et la succession des bruits normaux qui sé produisent dans cet organe. Laennec(l), appliquant le premier l'auscultation à l'étude des maladies des voies circulatoires, étudia d'abord les bruits du cœur à l'état normal. Il crut que le premier bruit était dû à la systole ventriculaire, et le seconda la systole auriculaire : mais l'examen des mouvements du cœur eut bientôt renversé cette théorie, puisqu'il apprit que la contraction des oreillettes a lieu avant et non après celle des ventricules. M. Turner (2) fut le premier qui, remontant aux expériences de Harvey et de Hallcr, lit connaître le vice de cette théorie. Il fallut

(1) Traite de l'auscultation médiate, t. Ht.

(2) Med. ohir. Trans. Edinburgh, t. III.

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