ENDOCARDITE AIGUË
Les recherches un peu sérieuses sur cette maladie sont d'une date toute récente. A peine en trouve-t-on une mention dans l'ouvrage de Corvisart (1). Kreysig (2) et Laennec (3) n'entrent pas dans de plus grands détails. C'est M. Bouillaud qui, le premier, a étudié la maladie sous tous ses points de vue et en a rapporté de observations complètes (4). Plusieurs auteurs, et en particulier MM. Simonet (5). Cazeneuve (6), Hope, Grisolle, etc. , ont cité des fails où l'existence de cette affection est démontrée. Nous avons rassemblé autant que possible les observations les plus exactes, et nous allons, clans l'article qui suit, donner le résultat de leur examen, tout en reconnaissant que, malgré les recherches récentes, l'endocardite aiguë est encore une des maladies les moins bien connues du cadre nosologique.
On donne le nom (['endocardite à l'inflammation de la membrane interne du cœur, dans quelque point des cavités qu'elle se montre.
Cette maladie a été désignée par M. Simonet sous le nom de cardite partielle. Hope lui donne celui d'endocarditis, ou inflammation of the internai membrane of the heart.
Suivant M. Bouillaud , cette maladie serait très fréquente. Il pense, en effet, qu'elle se développe dans le plus grand nombre des maladies fébriles très intenses.' D'après Laennec, au contraire, ce serait une maladie fort rare. C'est une question qu'il ne sera permis de résoudre qu'après avoir apprécié la valeur des diverses lésions admises par les auteurs. On peut se prononcer avec plus de confiance sur la fréquence relative de l'endocardite primitive et de l'endocardite secondaire La première, en effet, est extrêmement rare; presque tous les cas qui ont été cités appartiennent à la seconde, ainsi que nous allons le voir en étudiant les causes.
§ II. — Causes.
1" Causes prédisposantes.
11 serait inutile de chercher dans les observations des renseignements très précis sur influence des diverses conditions d'âge, de sexe, de tempérament, de constitution, dans la production de l'endocardite. En réunissant 28 observations em prêtées à MM. Bouillaud, Hope, Grisolle, et qui peuvent se rapporte! Su" aigu, on trouve qu il y a un même nombre de femmes que d'hommes • \h Oum. aux autres circonstances, nous ne pouvons rien tirer de positif de l'étude des faits
(1) Essai sur les maladies du cœur, 3e édit. Paris, 1818
(2) Die Krankheit. des Herzens- Berlin, 1811.
(3) Traité de l'auscultation médiate, 3e édit., t. III, p. 200.
(4) Traité clinique des maladies du cœur. Paris, 1841 t. II.
(5) Sur la cardite partielle et générale, thèse. Paris, 1824.
(6) Essai sur l'endocardite aigue, thèse. Paris, 1836.'
Valleix, V édit. — III.
Il n'en est pas de même relativement aux affections dans le cours desquelles se développe l'endocardite. Si, eu effet, nous examinons sous ce point de vue les observations, nous trouvons dans 21 cas cités par les auteurs , qu'elle s'est développée dix-neuf fois clans le cours d'une maladie fébrile. Le rhumatisme articulaire a>gu est, de toutes les affections, celle qui produit le plus souvent l'endocardite • 9 fois, en effet, dans ces 21 cas, c'est dans son cours qu'elle a pris naissance' vient ensuite la pneumonie. La phlébite, la gangrène, un abcès de l'abdomen une néphrite, les fièvres éruptives, sont des affections pendant lesquelles elle 's'est quelquefois développée. Dans un cas il n'existait qu'une hypertrophie du cœur et dans un autre une phlhisie tuberculeuse. Les recherches récentes du docteur Latham (1), faites sur un nombre plus considérable de sujets, confirment ces conclusions. 11 suit de là que l'endocardite ne doit être considérée, dans la très grande majorité des cas au moins, que comme une simple complication dont nous apprécierons plus loin l'importance. On a cité quelques faits d'endocardite qui se seraient montrés dans le cours d'une fièvre typhoïde; mais l'examen des observations ne m'a point permis de regarder leur existence comme parfaitement démontrée; car les lésions trouvées dans l'endocarde paraissaient avoir préexisté aux lésions de la fièvre typhoïde.
2° Causes occasionnelles.
Les causes occasionnelles de l'endocardite aiguë sont entièrement inconnues. On a dit, il est vrai, que ces causes étaient les mêmes que celles de la péricardite , et qu'elles consistaient principalement dans un refroidissement brusque, le corps étant en [sueur; mais celte assertion ne se trouve pas confirmée par les observations. On y voit quelquefois la maladie primitive rapportée à un refroidissement brusque; mais on ne peut y découvrir pourquoi chez certains sujets, plutôt que chez d'autres placés dans les mêmes conditions, il s'y joint une endocardite. 11 faudrait, pour que l'existence de ces causes fût démontrée, qu'un nouveau refroidissement," un nouvel arrêt de la transpiration eût lieu peu de temps avant l'apparition de l'endocardite, et c'est ce qu'on n'observe pas. C'est donc là un sujet de recherches qui doit attirer l'attention des observateurs.
§ III. — Symptômes.
On chercherait en vain, dans les auteurs qui ont écrit avant ces dernières années, une histoire exacte de l'endocardite. Jusqu'à M. Bouillaud, en effet, on a enveljppé dans une seule et même description l'inflammation du tissu propre du cœur et celle de sa membrane interne. Corvisart ne croyait pas que cette dernière pût être enflammée isolément , ou du moins il regardait ce fait comme extrêmement rare. Laennec partageait celle manière de voir; aussi ne s'est-il pas occupé d'une manière spéciale de l'affection dont il s'agit. Quant à Kreysig et aux auteurs plus anciens, ils ont exposé dans un même article, non-seulement l'inflammation du tissu musculaire du cœur et de sa membrane interne , mais encore celle du péricarde. Il est évident que, dans l'état actuel de la science, ces descriptions seraient
(1) Lectures on subj- conneet, witli clin. mcd.. London, 18io.