‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource]Chapitre 50 sur 306 · ENDOCARDITE CHRONIQUE · texte numérisé non relu

ENDOCARDITE CHRONIQUE

On n'a admis l'existence d'une endocardite chronique que par analogie et par la voie du raisonnement. 11 est, en effet, impossible de découvrir, dans aucun cas, un symptôme qui appartienne à une inflammation chronique de la membrane interne du cœur; mai; on en trouve de très évidents qui sont dus aux lésions organiques que cette inflammation laisse après elle. On a donc pensé que, dans un certain nombre de cas, l'inflammation aiguë dégénérant en inflammation chronique, le travail organique morbide continuai! lentement et donnait lieu à ces désordres, à ces altérations plus ou moins profondes, qui viennent plus tard gêner le cours du sang. C'est donc bien plutôt par ses effets consécutifs que par les signes auxquels elle donne actuellement lieu, que, même dans cette manière de voir, l'endocardite chronique se manifesterait à l'observateur.

On pourrait penser que la lésion organique laissée par l'endocardite aiguë, en subissant ce travail qui se passe dans la formation et l'organisation des fausses membranes des cavités séreuses, suffit seule pour donner lieu aux altérations dont il s'agit, sans qu'il soit nécessaire d'invoquer une inflammation lente consécutive; mais, sans nous appesantir sur la discussion de ces questions obscures, nous nous bornons à faire observer que de quelque manière qu'on envisage les choses, il esl évidentque l'endocardite chronique, en tant que maladie actuellement existante, nous est entièrement inconnue, cl qu'il faut se contenter d'étudier les lésions auxquelles elle donne lieu, et qui produisent elles-mêmes autant de maladies particulières.

Renonçant donc à une description générale de l'inflammation chronique de l'endocarde, nous allons étudier successivement les altérations de la membrane interne du cœur, avec ou sans altérations des orifices eux-mêmes, ce qui fera passer sous nos yeux un grand nombre d'affections étudiées avec soin dans ces dernières années*

ARTICLE III

Altérations consécutives de la membrane interne bu coeur.

Considérations générales.

Si nous consultons les anatomo-pathologistes de toutes les â]Jo%tes, et surtout si nous étudions les belles recherches de M. Bizot sur le cœur et le sxstème artériel, nous trouvons qu'à une certaine époque de la vie, les cavités du cœur, rl eu

ALTÉRATIONS CONSÉCUTIVES DE LA MEMBRÀRfl INTERNE DU COEUR. 111

particulier, les orifices, présentent des altérations notables qui vont eusuite sans cesse en augmentant, jusqu'à l'âge le plus avancé; et non-seulement ces altérations sont plus considérables à mesure qu'on avance en âge, mais encore elles se produisent régulièrement dans des endroits déterminés, et se propagent d'une manière non moins régulière, augmentant d'abord dans le lieu de leur apparition, et envahissant par degrés les parties environnantes.

Ces altérations consistent d'abord dans une opacité de l'endocarde, remarquable principalement sur les valvules, qui ont un aspect laiteux ; l'épaississement qui a lieu dans ces cas n'est point dû à la formation d'une fausse membrane, et le point opaque ne peut s'enlever qu'avec la membrane du cœur elle-même. On trouve ensuite des taches, des ossifications granuleuses qui déforment plus ou moins les valvules, et qui quelquefois sont dues à une simple induration, et d'autres fois à une véritable ossification. Enfin on a vu se former entre les bords des valvules des adhérences dues le plus ordinairement à une ossification de ces parties, ossification qui a soudé les bords contigus. On peut lire une description très exacte de ces différents états dans le mémoire de M. Bizot déjà cité; après cette lecture, on ne doutera pas que par l'influence de l'âge, il ne se passe dans le cœur le même travail que nous voyons se passer chez les vieillards dans les cartilages du larynx et dans les cartilages costaux.

Ainsi le dépôt de matière calcaire qui donne lieu à ces ossifications est, dans un bon nombre de cas, le résultat évident de l'âge, et c'est un fait qui avait déjà été signalé par les anatomistes, et notamment par Bichat. Mais une discussion s'est élevée à ce sujet. Ayant égard aux faits que nous venons de citer, et dont l'existence n'est pas douteuse, quelques médecins ont voulu qu'on attribuât uniquement aux progrès de l'âge les diverses altérations que nous venons de mentionner. A cela ou a répondu par d'autres faits : Corvisart, Kreysig, Laennec, Hope, et en particulier M. Bouillaud, ont cité des cas où ces altérations se sont montrées d'une manière très évidente chez de jeunes sujets et même chez les enfants, et où l'on ne peut par conséquent invoquer comme cause les progrès de l'âge. Ces auteurs se sont trouvés d'autant plus fondés dans leur opinion, que dans un bon nombre des cas de ce genre il avait existé des symptômes morbides très marqués, tandis que, comme chacun sait, les altérations dues aux simples progrès de l'âge ne donnent ordinairement lieu à aucun phénomène de ce genre.

Que suit-il de là? Faut-il conclure que les lésions dont il s'agit sont toutes dues à un travail morbide? Non, sans doute; car cette opinion trop exclusive ne serait pas plus juste que la précédente ; il faut reconnaître simplement que ces altérations peuvent être rapportées à deux causes différentes ; l'inflammation et les progrès de l'âge; la première mettant les parties clans un état particulier qui provoque un travail organique semblable à celui que produit la vieillesse. Nous sommes d'autant plus autorisé à penser que les choses se passent ainsi, que dans les tissus cartilagineux pliis directement soumis à notre observation, nous pouvons pour ainsi dire suivre de l'œil des faits analogues. Qu'il survienne en effet dans le larynx une inflammation chronique, qu'il se forme une fistule aux environs des cartilages costaux, et nous voyons chez des sujets très jeunes l'ossification se produire dans ces tissus, que dans l'état normal elle n'envahit qu'à un âge très avancé 11 est donc un certain nombre de faits dans lesquels on ne peut méconnaître l'existence

d'une inflammation antérieure comme cause des lésions organiques doui il s'agit, et nous allons voir, dans la description particulière qui va être faite de chacune d'elles, qu'elles sont caractérisées par des symptômes graves et ordinairement bien déterminés.

C'est presque toujours dans les cavités gauches du cœur que se rencontrent ces lésions, qu'elles soient dues à l'inflammation ou aux progrès de l'âge. Ce fait est si général, il est si rare de trouver la membrane interne des cavités droites notablement altérée, que Bichat, dont les recherches d'anatomie générale ont été si utiles ii la pathologie, pensait qu'il y avait une différence originelle clans la structure tics membranes internes du cœur droit et du cœur gauche. Mais quelque soin qu'on ait mis à rechercher cette différence, on n'a pu la découvrir; aussi M. Bizot, qu'il faut toujours citer quand il s'agit de l'état normal du cœur, a confirmé, par ses observations, cette opinion déjà mise en avant, et qui aujourd'hui a prévalu, que c'est à la différence du sang artériel et du sang veineux qu'il faut attribuer la prédisposition particulière du cœur gauche à contracter l'endocardite, et la tendance de sa membrane interne à s'indurer et à s'ossifier.

Après ces considérations préliminaires, nous allons aborder la description des lésions organiques de l'endocarde ; mais avant d'entrer dans cette étude, dont les personnes qui se sont occupées des maladies du cœur connaissent seules toute la difficulté, il importe d'indiquer comment nous avons compris le sujet, et quelle est la manière qui nous a paru la meilleure pour apporter dans cet article toute la clarté et toute la précision désirables.

Ce qui jette le plus d'obscurité sur l'histoire de ces diverses lésions de la membrane interne du cœur, c'est que presque jamais elles n'existent seules, et que la production d'une d'entre elles entraîne presque nécessairement à sa suite la production de plusieurs autres, de telle sorte qu'il est très difficile de démêler ce qui leur appartient en propre. En cet état de choses, doit-on, à l'exemple de M. Bouillaud, se contenter d'indiquer les signes qui appartiennent à chaque espèce de lésion, quel que soit leur siège : ainsi aux divers rétrécissements, aux insuffisances, etc.? Ou bien vaut-il mieux, comme l'ont fait quelques autres auteurs, mais d'une manière incomplète, faire l'histoire de chacune de ces lésions, et principalement de celles des orifices? 11 nous a semblé qu'on ne pouvait arriver à un résultat complet qu'en réunissant ces deux manières de procéder. Les diverses questions se divisant en plusieurs éléments, il faut d'abord chercher à bien connaître séparément ces éléments, afin de pouvoir ensuite résoudre le problème d'une manière générale. Ainsi nous n'avons trouvé d'autre moyen, pour arriver à notre but, (.ne de commencer par la description des maladies de chaque orifice en particulier, pour terminer par un exposé général des lésions complexes les plus fréquentes.

ARTICLE IV

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