‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource]Chapitre 72 sur 306 · CONCRÉTIONS POT.YPI FORMES DU COEUR · texte numérisé non relu

CONCRÉTIONS POT.YPI FORMES DU COEUR

Les diverses concrélions que l'on trouve si fréquemment dans les cavilés du cœur dès les P^nuers temps de l'anaiomic pathologique, attiré fortement l'attention

des observateurs et donné lieu à de longues discussions. D'abord on a émis des opinions diverses sur la nature même de ces corps, quelquefois très considérables qui obstruent les orifices, remplissent les cavités, et parfois se prolongent dans les gros vaisseaux. Bertholet et Pissinus donnèrent à ces concrétions le nom do polypes parce qu'elles leur parurent semblables aux polypes trouvés dans l'utérus et dans les fosses nasales. Mais, bientôt après, d'autres auteurs, et en particulier Kerkrmg (1), ayant fait naître de simples concrétions sanguines à l'aide d'un acide injecté dans les veines des chiens vivants, il fut démontré que très souvent ces concrétions étaient dues à la simple coagulation du sang. Néanmoins un grand nombre de médecins, parmi lesquels il faut compter Malpighi, Peyer et Fr. Hoffmann, persistèrent à admettre l'existence de polypes nés pendant la vie sur la membrane interne du cœur, et donnant lieu à des symptômes graves. Ces opinions diverses furent ensuite tour à tour soutenues par les auteurs les plus distingués, et qu'il serait trop long d'énumérer ici.

Aujourd'hui que l'anatomie pathologique nous a donné la description d'un grand nombre de ces concrétions polypiformes , nous devons reconnaître que l'une et l'autre des deux opinions précédemment citées sont trop exclusives; et voici ce que nous apprend l'observation moderne :

Il y a un très grand nombre de concrétions polypiformes qui sont dues à la coagulation du sang, soit après la mort, soit dans les derniers moments de l'existence. D'autres se sont formées pendant la vie; elles ont contracté des adhérences avec les parois du cœur, se sont organisées et ont formé, non pas des polypes semblables à ceux des fosses nasales et de l'utérus, qui sont des tumeurs produites dans la substance même de l'organe où elles sont attachées, mais un tissu accidentel qui s'est accolé à la surface interne du cœur, et a fini par contracter avec elle des liaisons organiques. Enfin, dans l'inflammation de l'endocarde, il se produit parfois, et nous en avons cité plus haut des exemples, des concrétions pseudo-membraneuses, et ces concrétions ont été également prises par les anciens auteurs pour des polypes. En distinguant ainsi ces divers corps entre eux, on lève tous les doutes.

Après ces considérations préliminaires, nous ne croyons pas devoir entrer dans une discussion plus étendue, et nous allons, dans une courte description, faire connaître ce que nous savons de plus positif sur les deux premières espèces de concrétions dont nous venons de parler; car la dernière, étant de nature inflammatoire, est toute différente, et a trouvé sa place dans la description de l'endocardite.

Ce qui distingue principalement les deux espèces de polypes du cœur dont nous avons à nous occuper, c'est leur adhérence ou leur non-adhérence ; ce caractère, en effet, sur lequel Corvisart et Laennecont longuement insisté, sert principalement à faire reconnaître leur date ancienne ou récente. Commençons par les concrétions polypiformes non adhérentes.

§ I, — Concrétions polypiformes non adhérentes.

Les concrétions polypiformes non adhérentes sont extrêmement fréquentes. Suivant Laennec, on les trouve au moins sur les trois quarts des cadavres dont on

(1) Spkileghm anatamieum. Amstelodami, 1670.

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fait L'ouverture. M. Bouillaud a remarqué que c'était principalement dans les cavités droites du cœur qu'on les rencontrait. Parmi les cas cités par cet auteur, le plus grand nombre a été observé dans des maladies fébriles, et principalement dans la pneumonie. MM Legroux et Eournet en ont vu des exemples remarquables dans des cas de fièvre typhoïde. Enfin le rhumatisme articulaire, lorsqu'il occasionne la mort, laisse presque toujours dans le cœur des concrétions polypiformes remarquables. Il en résulte que c'est principalement dans les affections donnant lieu à un mouvement fébrile intense que se produisent ces concrétions polypiformes.

Mais quelle est leur cause déterminante? Les auteurs, à ce sujet, ne s'expliquent pas d'une manière formelle; cependant MilVL Legroux et Bouillaud semblent accorder à l'inflammation de la membrane interne du cœur une assez grande part dans cette production. Mais rien ne prouve l'exactitude de cette manière de voir, car les concrétions polypiformes sont produites aussi bien dans les cas d'affection fébrile sans endocardite que dans ceux où cette dernière affection se manifeste, et de plus M. Bouillaud a, comme nous l'avons dit, constaté leur plus grande fréquence dans les cavités droites, où, de l'avis de tout le monde, l'inflammation est beaucoup moins fréquente qu'à gauche. Nous devons donc admettre que c'est uniquement sous l'influence de cet état du sang qui produit, dans le rhumatisme et la pneumonie, la couenne épaisse de la saignée; que, par un effet semblable, le sang se coagule dans les cavités du cœur, et particulièrement dans celles où, vers la fin de l'existence, la circulation est plus difficile. M. le docteur Armand (1) a observé à Lyon, du mois de décembre 1840 au mois de février 1841, un nombre considérable de concrétions polypiformes du cœur, dont la plupart se sont terminées par une mort très prompte, avec douleur précordiale, anxiété, dyspnée considérable, mouvements tumultueux du cœur, lividité de la face. Des faits semblables s'étant montrés à Nantes, M. Armand a admis l'existence d'une véritable épidémie. Il faudrait, pour adopter cette conclusion, que ce fait se reproduisît plus d'une fois.

Existe -t-il des symptômes propres à ces concrétions sanguines? M. Bouillaud a cherché h leur en assigner; mais il résulte des observations qu'il a présentées qu'excepté une plus ou moins grande diminution dans l'intensité des mouvements du cœur et ïêtouffement de leurs bruits, il n'y a aucun symptôme un peu constant qui puisse faire reconnaître leur présence; et comme ce n'est que dans les derniers jours de l'existence et dans des cas d'affections graves que ces signes ont été recherchés, on se demande s'ils sont entièrement dus à la présence des concrétions polypiformes, ou s'ils ne sont pas un des phénomènes de l'agonie.

L'anxiété, le malaise à la région précordiale, la gêne de la respiration, la coloration de la face, la faiblesse du pouls, les lipothymies, qu'on a donnés comme des symptômes de cette coagulation du sang dans le cœur, ne sont mentionnés que dans un très petit nombre d'observations, et peuvent être le résultat de la maladie principale. En un mot, s'il y a des signes propres à ces concrétions, leur existence est encore à démontrer; disons seulement que M. le docteur Ménard (2) a rapporté

( I ) Thèse de Montpellier, 1 844 .

(2) Gazette médicale de Montpellier, février 1845.

des cas fort intéressants de mort presque subite à la suite de convulsions et de symptômes d asphyxie, chez des enfanis chez lesquels on n'a trouvé, pour exphtruer la mort, que des concrétions fibrincuses du cœur. 1

Enfin M; le docteur Senhouses Kirkes (1) a avancé que les concrétions fibrineuses peuvent se détacher du cœur, être lancées dans les vaisseaux, aller obstruer les artères, et même, dans certaines circonstances, agir sur le sang comme substance toxique. Il cite trois cas de ramollissement du cerveau dans lesquels on trouva des concrétions fibrineuses du cœur gauche et un bouchon fibrineux nui bouchait complètement l'artère cérébrale moyenne. Mais, en pareil cas la même cause qui a produit les concrétions du cœur n'a-t-elle pas produit la concrétion de 1 artère? Quant à l'intoxication du sang, elle n'est pas démontrée. Nous ajoutons que M. Kirkes rapporte à de semblables concrétions certaines paralysies hystériques dont il attribue la guérison à la disparition du bouchon fibrineux; mais ce n'est là qu'une hypothèse.

Il suit de là que nous ne devons pas nous appesantir davantage sur cette description, et qu'il nous suffira de dire en quelques mots comment se présentent les concrétions sanguines. Souvent on trouve dans les cavités du cœur de simples caillots noirs, mous, très faciles à écraser, et qui sont évidemment l'effet d'une coagulation après la mort; ceux-là ne doivent pas nous occuper. Nous avons dû toutefois les mentionner, parce que l'on voit assez fréquemment ces caillots présenter dans une partie de leur étendue quelques portions transparentes, élastiques, comme gélatineuses, et semblables à la couenne du sang de la saignée; alors on peut penser que la coagulation ayant eu lieu peu de temps avant la mort, tendait à passer à l'état couenneux, comme celles dont nous allons parler.

Celles-ci, souvent d'une étendue considérable, remplissant quelquefois toute une cavité et se prolongeant à travers les orifices, sont gélatiniformes, se laissent beaucoup plus difficilement diviser, et quelquefois sont tellement intriquées dans les tendons des ventricules, qu'on a de la peine à les en séparer. Il ne faudrait pas prendre cette intrication pour une adhérence, car nous allons voir plus loin combien une adhérence réelle donne de nouveaux caractères aux concrétions polypiformes.

Ce sont ces coagulums transparents, élastiques, gélatiniformes, qui ont été regardés comme donnant lieu pendant la vie à des symptômes très graves, et entraînant quelquefois très brusquement la mort. Il nous paraît difficile de ne pas admettre que ces concrétions se soient, en effet, formées pendant la vie. Tous les auteurs, depuis Corvisart, sont de cette opinion; mais, nous le répétons, il n'en est pas moins certain que les signes qu'on leur a attribués n'ont pas jusqu'à présent do «fleur bien réelle, vu l'insuffisance des faits.

Quant à la gravité de ces productions, est-elle mieux démontrée? Sans doute leur présence doit gêner la circulation; mais au moment où elles se forment, la maladie principale est déjà parvenue au terme fatal; car, ainsi que nous l'avons dit plus haut, tout s'accorde pour nous les faire considérer comme le résultat de l'agonie. On conçoit, en effet, très bien que la coagulation du sang, favorisée par la

(I ; Des effets principaux qui résultent du détachement des concrétions fibrineuses développées dans le cœur et mélangées avec le sang (Arch. gén. de méd., mars 1853).

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