APOPLEXIE DU COEUR
Nous ne dirons que très peu de mots de cette lésion fort rare, et que nous ne connaissons guère que sous le rapport de I'anatomie pathologique. Déjà, dans quelques cas consignés dans les divers recueils, on avait signalé l'infiltration de sang dans le tissu du cœur, et Kreysigen a parlé dans son ouvrage. M. Cruveilhier (1) a décrit un ramollissement apnplecti forme que l'on peut comparer à l'apoplexie capillaire du cerveau. Nous avons trouvé, dans les ouvrages de Hope et de M. Gendrin, deux cas d'apoplexie du cœur, et les auteurs du Compcndium en ont cité un qu'ils ont observé chez un sujet affecté de variole. Dans un cas de purpura hœmorrhagica qui fut présenté à la Société anatomique, il existait également des foyers apoplectiques dans les parois du cœur. Ces divers faits n'ont été étudiés, nous le répétons, que sous le point de vue de I'anatomie pathologique.
Ordinairement le sang est réuni en petits foyers, qui constituent des épanche ments disséminés et qui écartent les fibres musculaires. Cette lésion n'a jamais été observée à l'état de simplicité ; on l'a toujours vue coïncider avec un ramollissement plus ou moins avancé du cœur, et c'est ce qui lui a fait donner par M. Cruveilhier le nom de ramollissement apoplectiforme. Nous n'avons aucun signe particulier qu'on puisse rapporter à cette lésion, et par conséquent il serait inutile d'y insister plus longtemps.
ARTICLE IL
CAUDITE.
La cardite est, de l'aveu de tous les auteurs qui se sont le plus occupés des ma ladies du cœur, une des moins connues. Il est rare, ainsi que le fait remarquer
(1) Anatomie pathologique du corps humain, XXIIe livraison, in-folio aveu planches.
lD° MALADIES DES VOIES CIRCULATOIRES.
M. Boufflaud, de la trouver à l'état de simplicité; car pour lui il ne l'a ;a • rencontrée qu'avec la péricarclile ou l'endocardite • ù si Z n 'J *T
des abcès, des ulcérations et des dilatations partielles auxquelles ele donn ueu Nous avons pris, dans les divers auteurs, dix-huit observa ions propres é l mes diverses questions qui se rattachent à la cardite, et nous allons aP de mc^ passer en revue. Nous mettons de côté les ramollissements observés cL,, e co s des maladies fébriles, et principalement de la fièvre typhoïde, car les reche hes de M. Louis 1) ont prouvé que l'inflammation leur était entièrement n en fut-,1 pas ainsi, on ne devrait les considérer que comme des lésions second daires, importantes a noter dans l'histoire de la maladie où elles se produisent, mais non dans celle-c, ou nous étudions la cardite comme une maladie particulière On pourra consulter aussi un mémoire intéressant de M. le docteur David Craigie (2) qui, a l'aide d'observations qu'il a réunies, a fait l'histoire de l'inflammation et de la suppuration du cœur.
§ I- — Définition, synonymie, fréquenoe.
La cardite est l'inflammaiion du tissu propre du cœur. On l'a désignée tantôt sous le nom de cardite et A' inflammation du tissu musculaire du cœur, et tantôt sous ceux de ramollissement, ulcérations, abcès, lésions qui sont les effets de la maladie.
Cette affection est assez rare; on n'en trouve, en effet, dans les auteurs, qu'un nombre peu considérable de cas, et encore plusieurs d'entre eux laissent-ils des doutes dans l'esprit des lecteurs.
S M. — Causei.
Les causes de la cardite sont très difficiles à indiquer, car, en général, les auteurs ne les ont pas recherchées avec soin. Dans les observations que nous avons sous les yeux, on voit que fréquemment cette affection survient dans le cours d'une autre maladie, soit du cœur, soit des autres organes. Les maladies fébriles, et en particulier le rhumatisme articulaire, sont le plus souvent signalées ; mais y avait-il daus ces cas autre chose qu'une simple coïncidence ? Dans un cas, il existait une phlébite.
Sur les 18 cas que nous avons rassemblés, 13 ont été observés chez des hommes, et 5 seulement chez des femmes. Quant à l'âge, excepté 6 sujets qui avaient de douze à vingt-cinq ans , tous les autres avaient dépassé l'âge de trente ans , et la majorité celui de cinquante. M. le docteur Chanu (3) rapporte un cas d'abcès du cœur, observé chez un enfant de treize ans. La maladie de cet enfant était si complexe, qu'on ne peut démêler ce qui appartenait, dans les symptômes, à la maladie du cœun Ces chiffres pourront servir à une statistique plus complète.
(1) Recherches sur la fièvre typhoïde. Paris, 1841, 2* édit., 1. 1, p. 299.
(2) Edinburgh med. and. surg. Journal, 1848.
(3) the Lancet, mai 1846.
CAHDiTK. — SYMPTÔMES.
§ III. — Symptômes.
Début. — Le début de la maladie a eu lieu, dans la plupart des cas, d'une manière sourde, ou du moins non indiquée par les auteurs. Mais dans trois cas il a été remarquable en ce que, les sujets paraissant être dans un état de santé assez satisfaisant, l'affection s'est produite dans des circonstances imprévues et subites. Dans l'un deux, cité par Hope (1), un homme ayant été sur le point de se noyer, fm pris, immédiatement après cet accident, de symptômes de maladie du cœur qui ne le quittèrent plus, et qui, après la mort, laissèrent un ramollissement très considérable. On pourrait, il est vrai, se demander si le ramollissement était véritablement inflammatoire ; mais dans deux autres cas où la maladie paraît avoir débuté au milieu d'une très vive émotion, on ne peut avoir aucun doute à cet égard, puisqu'il existait dans le tissu du cœur des foyers purulents.
Symptômes. — La maladie étant déclarée, quels sont les signes qu'elle présente ? On n'a noté la douleur que dans cinq cas seulement, dans deux desquels elle pouvait être exclusivement rapportée à la maladie du cœur; car il n'existait dans la poitrine aucune autre lésion qui pût lui donner lieu. Dans tous ces cas, elle avait son siège h la région précordiale ; elle était vive ou consistait en un simple malaise et en une constriction difficile à supporter.
La matité n'a pas attiré l'attention des auteurs ; dans deux cas où elle est mentionnée seulement, elle est étendue. Toutes les fois qu'on a observé l'impulsion, on l'a trouvée faible, parfois imperceptible ; et en même temps les battements du cœur étaient tumultueux, faibles et même indistincts.
Les bruits, dans le petit nombre de cas où ils ont été notés, n'ont présenté rien de bien remarquable. Cependant Hope a insisté sur la brièveté du premier bruit converti en un simple claquement comme le second : signe qu'il donne comme appartenant au ramollissement du cœur. Dans un cas, les bruits étaient si faibles, qu'on pouvait à peine les distinguer. On n'a signalé aucun bruit anormal.
La faiblesse de la circulation est quelquefois si grande, qu'elle donne lieu à des lipothymies, et, chez un sujet, c'est par une syncope que la maladie a débuté. Ce symptôme n'a été observé que deux fois ; le poids, toutes les fois qu'il a été examiné, et il l'a été dans la plupart des cas, a été remarquable par sa faiblesse , son irrégularité, ses intermittences. Dans un seul cas cité par Corvisart, il était régulier, quoique petit et faible. Quant à la fréquence, elle n'était point considérable dans le petit nombre de cas où elle a été mentionnée, puisqu'elle ne s'élevait pas au-dessus de quatre-vingts pulsations. Hope a en outre remarqué que, dans celte affection, le pouls ne coïncidait pas avec les battements du cœur, et cela d'une manière notable.
Dans tous les Cas où l'état de la respiration a fixé l'attention des aùteurs, on a noté une dyspnée plus ou moins considérable, allant quelquefois jusqu'à la suffocation et â l'orihoptiée. M. le docteur Bevill Peacock a observé un castrés rare A'abcès des oreillettes. La malade, âgée de trente-cinq ans, en traitement pour un gonflement du genou, fut prise d'accès de dyspnée effroyables, et fréquemment répétés. A l'autopsie, on trouva une péricardite, et un abcès des parois auriculaires
(1) Loc. cit., p. 3*1.
160 MALADIES DLS VOIJiS UHCULATOIWÎS.
s'ouvrant dans le ventricule gauche d'une part, et de l'autre dans les sinus aorti ques, après avoir décollé deux valvules. On est porté à croire que le ramollisse ment du cœur est pour beaucoup dans la production de cette dyspnée parce qu'elle a existé dans des cas où aucune autre affection de cet organe ne s'était produite, et parce qu'elle a toujours augmenté à l'époque où la cardite venait se joindre aux lésions déjà existantes.
On a observé quelquefois Wœdeme des jambes, et même une infiltration générale ; mais il y avait alors une hypertrophie plus ou moins considérable, et des altérations des orifices du cœur. On ne saurait donc attribuer ce symptôme à Ja cardite elle-même. II en est de même de la coloration de la face et de l'injection veineuse que l'on a quelquefois notée, mais non peut-être de l'état d'anxiété et de la contraction des traits, qu'on a remarqués chez quelques sujets, et qui étaient portés au plus haut degré. Ces cas, en effet, sont ceux où l'inflammation avait laissé les traces les plus profondes, et dans quelques-uns desquels aussi on notait le refroidissement de la peau, la sueur, la faiblesse générale.
On voit par cette description que les signes de la cardite sont encore très vagues, et qu'excepté ceux que présente le pouls, il n'en est aucun qui paraisse avoir quelque chose de propre à celte affection. Nous reviendrons sur ce point à l'occasion du diagnostic.
§ IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.
La marche de la cardite est ordinairement li és rapide. Dans les observations qui ont été prises avec quelque soin, on a vu les symptômes s'aggraver très prompte! ment et être bientôt portés au plus haut degré.
Quant à la durée de cette affection, il est difficile de l'apprécier, attendu que les auteurs n'ont pas marqué exactement le début. Dans deux cas, elle n'a pas dépassé huit jours, et, en général, elle est très courte. On n'a cité aucun fait authentique de cardite chronique. Ceux qu'on a donnés comme des exemples d'induration du cœur sont, pour la plupart, des ossifications dont le plus grand nombre, comme on peut le voir par les faits rapportés par Albertini, Corvisart, Laennec, Burns, sont dues aux progrès de l'âge, cl dont quelques autres, ainsi que MM. Bertin et Bouillaud en ont cité des exemples, paraissent liés à une inflammation, mais seulement comme conséquence ou terminaison de cette inflammation. Nous n'avons donc rien à dire de la cardite chronique.
La terminaison de la maladie nous offre des points importants à considérer. C'est elle, en effet, qui a fait admettre plusieurs espèces particulières d'affections qui ne paraissent pas devoir être décrites autrement que comme de simples lésions anatomiques. Tels sont les abcès de la substance musculaire du cœur, qui font évidemment partie de la cardite, dont ils sont une production ; les ulcérations de cet organe; le ramollissement de sa substance, non lié à une cause générale, comme dans les maladies fébriles ; et enfin la plupart des ruptures du cœur, qui ont pour cause ce ramollissement inflammatoire et qui produisent ordinairement la mort subite.
Il résulte assez souvent de ces lésions, soit un anévrysme partiel du cœur, soit une rupture d'une de ses cavités, et, dans ce dernier cas, la mort est subite.