RUPTURES DU COEUR
Nous n'avons que quelques mots à ajouter à ce qui a été dit plus haut sur les ruptures du cœur. Cette affection n'intéresse, en effet, que très médiocrement le praticien, car non-seulement il est impossible de lui opposer quelque remède, mais encore, le plus souvent, elle constitue un accident imprév u. Cet accident est beaucoup moins rare qu'on ne pourrait le supposerai! premier abord, puisqu'en faisant quelques recherches dans un petit nombre d'auteurs, nous en avons réuni 19 cas bien évideuts.
Ces ruptures ont parfois pour cause une violence extérieure. M. Bérard (1) et M. Ferrus (2) en ont rapporté des exemples remarquables. D'autres fois la rupture du cœur survient après quelques jours d'une maladie souvent mal caractérisée.
M. le docteur Taylor (3) a cité un cas de rupture du ventricule du côté droit qui détermina la mort subite chez une femme dont la santé ne paraissait nullement altérée, bien qu'elle eût un goitre volumineux.
Il est rare qu'une vive douleur à la région précordiale se fasse sentir avant le moment où les signes delà perforation ont lieu. M. le docteur Hoché (4) a néanmoins noté, clans deux cas, comme un symptôme important de la rupture du cœur nu sentiment de douleur brûlante, de brûlure inexprimable à la région précordiale. Mais le plus souvent, après un malaise de plus ou moins longue durée, un pou de gène de la respiration, parfois des syncopes, le malade tombe tout à coup
(1) Archives gén. deméd., t. X, p. 370.
(2) lbid.,l. VIII, p. 463.
(3) The Lancet, novembre 1843.
(1) Journal des connaissances méd.-chir., juin 1845.
1()fi MALADIES DES VOIES CIRCULATOIRES.
comme frçppé d'un coup i.vs violent, ,a il meurt subitement, dette marche de la maladie ne s'observe qWe dans le cas <»ù il y u rupture qui iaii communiquer 1rs cavités du cœur avec le péricarde; lorsque c'esl la cloison inw. wnlriculaire qui est perlorée, il y a des symptômes moins alarmants, dont nous avons dit quelques mots plus haul. Quelquefois il semble que la rupture se fait en plusieurs fois, ou bien que, d'abord trop peu étendue pour laisser échapper une assez grande quantité de sang, elle devient enfin plus considérable, et donne lieu à une mort rapide, Un cas cilé par Fischer (1) nous en offre un exemple très remarquable; ce n'est qu'après plusieurs accès qui se sont déclarés dans l'espace de quarante-huit heures, que le malade a fini par succomber, et l'on a trouvé une rupture s'étendanl verticalement de la pointe à la base du ventricule gauche.
Les lésions que la rupture du cœur laisse après elle ne doivent pas nous arrêter longtemps. A l'article Cardite, nous avons indiqué celles qui sont dues à l'inflammation partielle du cœur ; nous nous contenterons d'ajouter ici que, dans les cas de violence extérieure, cet organe offre ordinairement une solution de continuité irrégulière, comme déchirée, et sans ramollissement très considérable de ses bords. Nous dirons aussi que parfois la perforation peut être multiple, comme Morgagni (2) en cite un exemple très intéressant. Quelquefois la rupture du cœur est produite par une violence extérieure, sans qu'il y ait une contusion bien considérable aux parois de la poitrine. Ainsi le docteur Sallusse (3) cite un cas dans lequel le cœur avait été rompu par un coup de pied de cheval sur la poitrine, sans autre lésion qu'une contusion très légère à l'extérieur.
M. Dubrueil (U) a observé une rupture qui occupait toute la longueur du cœur, depuis la base des ventricules jusqu'au sommet de l'organe. La mort fut subite. La consistance était plutôt augmentée que diminuée. L'auteur ne se prononce pas sur la cause de la rupture ; mais on est porté à penser qu'il y a eu violence extérieure, d'après les détails de l'observation.
Nous ne nous appesantirons pas davantage sur cette lésion grave, qui, nous le répétons, n'a qu'un faible intérêt au point de vue de la pathologie et de la thérapeutique, mais dont il était nécessaire de dire un mot, parce qu'elle présente quelques particularités qui ne sont pas sans importance sous le rapport de la médecine légale.
ARTICLE IV