ANÉVRYSME PARTIEL DU COEUR
La dilatation partielle du cœur , ou anévrysme vrai , passe pour une affection très rare; cependant le docteur John Thurnam (5) en a rassemblé SU cas, dont il a donné une analyse fort intéressante, et dans ces dernières années les auteurs anglais en ont cité bon nombre de nouveaux cas, consignés et très bien appréciés dans les Archives générales de médecine (passim). C'est principalement d'après les
(1) Journal de Hufeland.
(2) Desedibus et causis rnorborum, epist. lxiv, 2.
(3) // filiatre Sebezio, octobre 1834.
(i) Journ. de la Soc. de méd. prat. de Montpellier. — Des anomalies artérielles. Paris, 18*7, p. 13 et suiv.
(5) Med. chir. Trans. of London, 1838, t. XXI, p. 187.
ANÉVRVSME PAKTIliL DU COKUK. — SYMPTÔMKS. . Ki7
recherches de M. Thurnam ([n on doit exposer l'histoire de celle lésion, qui présente à l'obsenation de grandes difficultés.
§ I. — Définition, formes.
Il faut, pour qu'on admette l'existence d'une dilatation partielle du cœur," qu'il y ait, dans un point limité d'une de ses cavités, une espèce de cavilé supplémentaire, à ouverture plus ou moins étendue. M. Thurnam, d'après les faits qu'il a observés, a admis deux formes d'anévrysmes partiels : dans la première, il n'y a aucune saillie à l'extérieur, et la dilatation ne porte que sur une partie de l'épaisseur des parois ventriculaires ; dans la seconde, il y a à la surface externe une tumeur dont la grosseur varie entre celle d'une noix et celle du cœur lui-même.
Les causes ne présentent qu'un petit nombre de considérations à exposer. Sur /iû cas, M. Tburnam a trouvé 30 individus du sesse masculin et 40 seulement du sexe féminin. Il n'a vu qu'un seul exemple de cette maladie au-dessous de vingt et un ans. Ce cas excepté, l'âge a varié de vingt et un à quatre-vingts ans, et le nombre des sujets a été surtout considérable de vingt et un à trente ans, et de soixante et un à quatre-vingts. Les autres causes ont beaucoup moins d'importance; il est seulement remarquable que sur 16 sujets il se soit rencontré 8 soldais, mais cette coïncidence est peut-être due au nombre proportionnellement plus grand d'autopsies faites chez ces derniers. On a aussi noté, dans quelques cas, le rhumatisme, tes émotions vives et les violences extérieures; mais les faits sont trop peu nombreux pour qu'on en puisse tirer la moindre conclusion.
§ III. — Symptômes.
Le début de cette affection a paru quelquefois subit. M. Thurnam cite trois cas de ce genre dans lesquels de violentes palpitations, une douleur plus ou moins vive, une grande anxiété, en un mot plusieurs des symptômes qui appartiennent à la rupture du cœur lorsqu'elle n'occasionne pas la mort subite, ont été soigneusement observés et notés. Toutefois il faut dire que ce début subit n'est pas parfaitement démontré, parce qu'il n'est pas très rai e de voir des maladies du cœur rester très obeures au début, et par conséquent l'affection a très bien pu marcher d'abord sourdement, puis, à une certaine époque, éclater tout à coup sous l'inlluence d'une cause quelconque. Dans quelques autres cas, le début delà maladie n'est annoncé par aucun symptôme. M. Thurnam en cite deux où, la mort ayant été causée par un- aune affection, on a trouvé à l'autopsie une dilatation partielle du cœur très ftidente, quoique à sa première période, et dont le malade ne sciait jamais aperçu Lanévrysn.e trouvé à l'aulopsic de Talma par Bielt et B.eschel' (I) en esl un exemple plus happant encore. Mais le plus souvent, on voit les symptômes qui caractérisent cet anémsme, et que nous allons décrire, se développer m à peu et laire des progrès incessants.
(1) Mperloire d'anatomir cl do phys. palhol. Paris, 1827, t. III, p. 99.
a^lTT^'T P/indpaUï tesPW**™ Plus ou moins violentes, mais qui n ont été indiquées que dans un nombre limité de cas : une douleur précor- *afr variable , ou seulement une gène dans cette région , et une dyspnée quel-
SEL?? l P°k JUSqUà ^rth°Pnée' «Wte» le plus fréquemment mentionné dans les observations. Chez quelques sujets, on a noté, en outre, une anxiété très vive, de 1 ag.tation, la crainte de la mort ; plus rarement des syncopes ou une disposition à la syncope, et enfin une hydropisie plus ou moins étendue qu on peut regarder comme étant principalement liée à d'autres affections du cœur état tlu P°uls a élé très rarement indiqué ; quelquefois on a trouvé les battements extrêmement faibles. Enfin , chez quelques sujets, on a constaté l'existence du pouls veineux , la congestion veineuse de la face, des hémorrhagies nasales ou pulmonaires, en un mot ces symptômes qu'on peut regarder comme étant communs a presque toutes les maladies organiques du cœur. Dans deux cas observés par MM. Little et Halliday-Douglas (1), on entendait un bruit de souffle, un murmure au premier temps, et dans deux autres que nous devons à MM. Todd (2) et Hanna (3), il y avait un bruit de souffle double remplaçant les deux bruits normaux.
§ — Marche, durée, terminaison de la maladie.
La marche de la maladie est très difficile à indiquer d'une manière générale, car elle est très variable. Cependant on peut dire qu'elle est assez lente et qu'elle tend continuellement à faire des progrès. Quant à la durée, elle ne varie pas moins, puisque, d'après les recherches de M. Thurnam , on a vu un sujet succomber au bout de dix jours environ, tandis que chez les autres la maladie a eu une durée de trois ou quatre mois à quinze ans. La terminaison est également très variable, suivant les cas. Dans la moitié de ceux où elle a été notée, la mort fut subite; trois fois une syncope emporta les malades; sept fois ce fut une hémorrhagie dans le péricarde par rupture du cœur, et une fois une hémorrhagie dans la plèvre gauche produite par la même cause. La dilatation partielle du cœur doit donc être regardée comme une des causes les plus efficaces des ruptures de cet organe. C'est ordinairement le sac anévrysmal lui-même qui se rompt; mais une fois, chose remarquable, le ventricule éprouva une solution de continuité, non dans le sac lui-même, mais dans un point très voisin. Une apoplexie, une hémorrhagie nasale, des symptômes d'asphyxie , ou bien des maladies entièrement étrangères au cœur, sont, dans plusieurs cas, venues mettre un terme à l'existence.
§ V. — Lésions auatomiques.
Les lésions anatomiques ont été particulièrement étudiées. On a cité les différents faits rapportés par un grand nombre d'auteurs d'anatomie pathologique, depuis Galeati (1757), Lauth et Walter jusqu'à nos jours. Ces faits sont eu général
(1) Voy. Archives générales de médecine, ie série, t. XIX, p. 338.
(2) London médical Gazette, août 1846.
(3) Dublin med. Journal, t. VII.
(4) Nouv. Mém. de l'Acad. de Berlin, 1785. — Lauth., Scriplorum latinorum de anevrysmatibus collectio. Argentorali, 1785.