‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource]Chapitre 91 sur 306 · COMMUNICATION DES CAVITÉS DROITES ET DES CAVITÉS GAUCHES DU COEUR · texte numérisé non relu

COMMUNICATION DES CAVITÉS DROITES ET DES CAVITÉS GAUCHES DU COEUR

Quoique la lésion dont il s'agit ait donné lieu à des recherches et à des publications très importantes, nous ne nous arrêterons pas longuement sur sa description, parce qu'elle n'a qu'un intérêt pratique limité, et que, sous le rapport du traitement surtout, nous n'avons sur elle que des données peu précises et peu nombreuses. Depuis Morgagni, qui a présenté l'histoire très intéressante d'une cyanose congénitale chez une jeune fdle (1), jusqu'à MM. Louis (2) etBouillaud, qui ont cité des observations nouvelles et analysé les anciennes, on s'est beaucoup occupé de ce sujet. M. Gintrac (3) a donné une histoire particulière de cette affection dont il a rassemblé un nombre considérable de cas ; et récemment M. Déguise, dans une thèse intéressante que nous aurons occasion de citer, en a rapporté un très remarquable. Mais il ne faut pas croire que la connaissance de la maladie soit nouvelle; car Senac, et avant lui quelques auteurs, avaient déjà cherché à rattacher la coloration bleue de la peau à la communication anormale des cavités du cœur. Dans la description qui va suivre, nous nous attacherons à ne présenter que ce qui peut avoir quelque importance pour la pratique.

§ I. — Définition, fréquence.

Quoiqu'on ait réuni un assez grand nombre de cas de cette communication anormale des cavités du cœur , on ne peut pas dire que celte lésion soit très fréquenté. Sur ZiOO sujets ouverts dans l'espace de quatre ans et demi, 31. Louis ne l'a vue que deux fois. On la trouve désignée, dans plusieurs auteurs, sous les noms de cyanose, cyanose cardiaque, maladie bleue.

§ II. — Causes.

Nous n'avons pas de renseignements très précis sur toutes les causes qui peuvent donner lieu à cette communication anormale; il en est une cependant qui est admise par tout le monde : un vice de conformation primitif, congénital. M. Louis, par l'analyse des faits qu'il a observés et de ceux qu'il a empruntés aux auteurs, a démontré, en effet, que dans presque tous les cas, si ce n'est dans tous, c'est à une disposition particulière, existant depuis la naissance, qu'on doit attri-

(1) De sedibus et causis morborum, epist. xvil, 12.

(2) Rcch. anat.-path. : Mém. sur les communicalions des cavités droites et aauches du cœur.

(3) Observ. et. rcch. sur la cyanose, ou maladie bleue. Paris, IS^l.

huer ces ouvertures anormales. On a cilé des cas où une violence extérieure des efforts considérables ont coïncidé avec l'apparition de la maladie, et l'on en a conclu que ces violences devaient être considérées comme une cause évidente. Mais il s'élève de liés grands doutes sur l'exactitude de celte manière de voir, qui n'est point appuyée sur des faits positifs.

Une altération du tissu du cœur qui forme la cloison des oreillettes et des ventricules, un ramollissement, et en particulier un ramollissement inflammatoire, peuvent-ils donner lieu à une rupture partielle qui fasse communiquer entre elles les cavités droites et les cavités gauches? On conçoit la possibilité du fait, mais on n'a point d'observations bien aulhenliques qui en démontrent la réalité. Nous devons donc reconnaître, avec M. Louis, que les cas de ce genre sont au moins très rares. Nous laissons de côté quelques autres causes indiquées par les auleurs parce qu'elles n'ont en Jeur faveur aucune preuve solide.

§ III. — Symptômes.

L'appréciation des symptômes attribués à celle lésion a donné lieu à des dis-> eussions nombreuses.

Début. — Nous avons vu plus haut que, dans quelques cas, le début pouvait paraître subit. Mais après la lecture des observations, on se demande s'il n'y aurait pas eu dans ces cas une simple exagération de quelques symptômes déjà existants; car le plus souvent les premiers signes de l'affection, qui se manifestent ordinairement à une époque assez éloignée de la naissance , n'attirent l'attention que d'une manière très passagère. Quelquefois c'est à la naissance même que ces signes se produisent.

Symptômes. — Maintenant quels sont les symptômes de la maladie confirmée? Le premier de tous, celui qui a soulevé le plus de discussions, est la cyanose ou coloration bleue de la peau; mais cette cyanose tient-elle à la communication anormale des cavités du cœur ou à d'autres lésions? Voilà ce qu'il s'agit d'examiner. Nous voyons d'abord que ce signe se montre principalement dans les cas où, avec cette communication , il existe un rétrécissement notable de l'artère pulmonaire. M. Louis a insisté sur ce fait très important, qu'il a noté dans la majorité des cas; mais déjà Morgagni avait eu soin de faire remarquer ce rétrécissement de l'orifice pulmonaire, qui existait à un haut degré chez la jeune fille soumise à son observation.

Dans les cas de cyanose due à une affection du cœur et sans rétrécissement de l'orifice pulmonaire, on trouve d'autres lésions des orifices qui causent également, ainsi que nous l'avons vu plus haut, la stase du sang veineux; tandis qu'au contraire, dans presque tous ceux où les orifices sont restés libres, on n'a pas trouva de cyanose. Voilà déjà un motif sérieux de douter que la coloralion bleue de la peau soit due, comme l'ont pensé plusieurs observateurs, et en particulier M. Gintrac, au mélange des deux sangs à travers l'ouverture anormale. Mais il y a bien d'autres objections à adresser à cette manière de voir. D'abord il est bien loin d'être démontré que si l'équilibre est conservé dans la force de contraction des cavités droites et des cavités gauches, le sang puisse pénétrer d'une cavité dans l'autre. Il faut pour cela, comme l'ont fait remarquer MM. J. Cloquct, Louis, etc.,

Page 1