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FORMES PARTICULIÈRES DE LA MALADIE

Péricardite sèche. — On a observé des cas de péricardite sèche pendant lotit son cours ; M. Slokes, entre autres, en a cité plusieurs. Cependant cette forme est rare et exceptionnelle. Les cas de ce genre se distinguent des autres, en ce que, toutes choses égales d'ailleurs, la matité est beaucoup moins étendue, l'impulsion du cœur est forte, l'ébranlement des parois de la poitrine est visible, les bruits du cœur sont superficiels, et le frottement péricardique est très marqué.

Péricardite rhumatismale. — Sous ce litre, M. Heyfelder (2) décrit une péri-

(t) Loc. cil., p. 281.

(2) Hcidelb. clin. Annal., t. X, et Avch. gén, de méd., 2e série, t. VII.

BfiBIGAKDITË AIGUË. — MARCHE. 228

eardite qui, après L'examen des observations, ne nous a paru présenter aucune particularité propre à faire admettre une semblable distinction. La péricardite qui survient dans le cours des rhumatismes articulaires, comme dans le cours de toutes 1rs autres maladies, est plus grave que celle qui se manifeste chez, des sujets actuellement bien portants; mais, sous le rapport des symptômes, du diagnostic, de la marche, etc. , elle n'a rien qui lui soit propre.

§ IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.

Nous avons vu que la péricardite peut, à son début, marcher plus ou moins vite, mais qu'on doit conserver des doutes sur l'existence des débuts subits. Dans certains cas, elle suit son cours avec une rapidité extrême. M. Andral (1) cite une observation où elle s'est terminée en vingt-sept heures ; mais les cas de ce genre sont très rares, et en général la marche de la maladie, quoique assez aiguë, fait des progrès graduels. Les accès de dyspnée et de palpitations viennent par moments produire des exacerbations plus ou moins marquées ; mais, en définitive, ils ne font pas varier sensiblement la marche ascendante propre à l'affection. :

La durée de la maladie diffère beaucoup, suivant que l'on considère les cas de péricardite simple ou ceux de péricardite compliquée. Dans ceux-ci, en effet, l'affection peut se terminer promptement par la mort, ainsi que nous venons d'en citer un exemple, tandis que dans les autres, après avoir duré de quinze à vingt ou vingtdeux" jours, elle commence à se dissiper graduellement.

Nous avons à peine besoin de parler de la terminaison. Il ressort, en effet, de tout ce qui a été dit plus haut, que dans les cas où la maladie existe à l'état de simplicité chez des sujets surpris par elle dans un bon état de santé, la guérison en est la terminaison constante (2). Nous verrons plus loin la part du traitement dans cette guérison plus ou moins prompte. Dans les cas de complication, au contraire, la mort arrive fréquemment, surtout si la péricardite est survenue dans le cours d'un rhumatisme articulaire intense ou d'une maladie du cœur portée a un assez haut degré.

S V. — lésions anatomiques.

Les lésions anatomiques diffèrent suivant l'époque de la maladie à laquelle le sujet a succombé. Dans les premiers temps, on trouve dans le péricarde une rougeur plus ou moins vive qui a une assez grande importance lorsque aucune hémorrhagie n'a pu communiquer à la membrane cette teinte particulière, et surtout lorsqu'elle existe sous forme de pointillé et d'arborisation. Mais bien rarement cette lésion existe seule, et le plus ordinairement on trouve au moins une couche de fausses membranes molles, jaunâtres ou d'un blanc grisâtre, occupant une plus ou moins grande étendue de la surface séreuse. Dans les cas où la rougeur n'existe point, il ne faut pas croire cependant qu'il n'y ait pas eu d'inflammation ; car, ainsi que le fait remarquer Hope, cette coloration a pu disparaître après la mort.

(1) Clinique médicale, 3e éclit., t. HT, lr° obs. de péricardite.

(2) Nous croyons devoir faire abstraction de quelques cas entièrement exceptionnels, cl dont la simplicité n'est pas parl'aitemcnt démontrée.

Valleix, 4« édit. — III. ir.

226 MALADIES DES VOIES CIRCDI.ATui lîl.S.

Dans la très grande majorité des cas, les fausses membranes sont très considérables, plus ou moins serrées, pins ou moins adhérentes, et d'un blanc jaunâtre ou légèrement teint en rouge. Elles forment une couche (pu enveloppe souvent le cœur et se commue sur la paroi opposée de l'enveloppe séreuse. Quelquefois cependant elles sont bornées à l'un des deux feuillets, ou même à une partie de leur étendue Elles présentent, à, leur surface, des inégalités, des aspérités plus ou moins considérables, des espèces de tractus que M. Bouillaud a comparés à ceux qui résultent de la separauon brusque de deux plaques entre lesquelles on aurait mis une couche de matière grasse épaisse et qu'on aurait préalablement pressées l'une contre l'autre. D'autres lois elles présenteut des aspects très variés. On les a comparées alors à un ; gâteau de miel, au second estomac des ruminants, à la surface d'une langue de chat, etc. Parfois enfin ou trouve sur le cœur des filaments plus ou moins allongés, qui autrelors.onl été regardés comme des poils, et que Senac, tout en reconnaissant la cause de l'erreur, a décrits sous le titre de cœurs velus. Lorsque ces fausses mem- • branes ont existé pendant un certain temps, elles présentent des traces d'organisa* • lion, et parfois même on y distingue de petits vaisseaux. Plus tard l'organisation i fait de nouveaux progrès, et les fausses membranes deviennent celluleuses, comme nous le verrons à l'article péricardite chronique.

Vers la fin de la péricardite aiguë, ces fausses membranes, primitivement séparées sur les deux feuillets du péricarde, tendent à se réunir et à faire adhérer ainsi i l'organe avec son enveloppe séreuse. M. Stokes (1) a cité une observation très remarquable, dans laquelle il put, à l'aide de l'auscultation, suivre sur le vivant la i marche de cette adhérence. Le frémissement péricarditique , qui d'abord existait (tans toute l'étendue de la région du cœur, commença à disparaître sur la partie • inférieure, puis peu à peu il se dissipa en remontant vers la base de l'organe, de • telle sorte qu'à l'époque de la mort il ne se faisait entendre que dans un point très i limité que l'on pouvait couvrir avec le pavillon du stéthoscope. A l'autopsie, on i trouva le cœur réuni au péricarde par des adhérences récentes, excepté dans une • partie de sa base, et dans une étendue égale à celle qui vient d'être indiquée. Nous • avons vu plus haut, par les faits qu'a cités M. Hughes et par celui que nous avons observé, que les choses se passent ordinairement ainsi, dans les cas de guérison.

Il est rare que ces pseudo-membranes se montrent complètement à l'état sec. Le plus souvent, il y a un épancheinent de liquide dont l'abondance est très variabiJ On l'a vu, en effet, ne pas dépasser trois ou quatre cuillerées, ou s'élever jusqu'à six ou sept cents grammes. Le péricarde, dans ces derniers cas, est distendu outre mesure ; il occupe une grande étendue de la poitrine , rejette à gauche le bord antérieur du poumon, et en bas le diaphragme, tandis qu'en haut il remonte jusqu'au niveau de la première côte. Il y a une infinité de degrés entre ces extrêmes. Ordinairement floconneux, louche, séro-pu rident, ou même tout à fait purulent, ce n'est que dans quelques cas rares que le liquide contient mie quantité notabl de sang. On a voulu fonder sur cette dernière particularité une espèce de péricardite, à laquelle on a donné le nom H'hémorrhagigue; mais nous n'avons rien trouve dans les observations qui établisse une différence entre celle espèce et celles qui ont été décrites plus haut. Quand le liquide est formé de v éritable pus, cclui-4

(1) Loc. cit., obs. 2.

DÊBICARD1TJJ A ir. (JE. — DIAGNOSTIC. 227

est rarement crémeux et bien lié; le plus souvent il est grisâtre, verdâtre, délayé dans une plus on moins grande quantité de sérosité, cl parfois saàieux.

Nous ne parlerons 'point ici des diverses lésions que la péricardile peut. laisser après elle, telles que les taches blanches laiteuses, cartilagineuses, etc., parce que, se rencontrant également dans la péricarditc chronique, elles trouveront tout naturellement leur place après la description de cette dernière affection. Mais outre ces lésions propres à la péricardite , on en trouve d'autres dans le cœur, telles que ['hypertrophie, des concrétions polypiformes , et parfois des altérations de l'endocarde. Ces lésions appartiennent soit à des maladies que l'inflammation du péricarde est venue compliquer, soit à des affections qui sont elles-mêmes des complications de la péricarditc.

§ VI. — Diagnostic, pronostic

Le diagnostic de cette affection, qui paraissait si difficile il y a quelques années, est devenu si simple aujourd'hui, que les auteurs récents ont senti à peine la nécessité dVn parler. Si, on effet, nous examinons les signes absolus qui font reconnaître la péricardile, et si, d'un autre côté, nous recherchons quelles sont les maladies qu'on pourrait confondre avec elle, nous voyons qu'à inoins de circonstances toutes particulières; on ne doit plus craindre de laisser passer celle affection inaperçue ou de la confondre avec une autre.

Les signes auxquels on reconnaîtra la péricardile, et que nous avons exposés en détail plus haut, peuvent se résumer ainsi qu'il suit : douleur plus ou inoins vive; voussure à la région précordiale : matité pyriforme à la partie antérieure et gauche de la poitrine, dans une largeur de 7 à 8 centimètres ou plus, et ordinairement l rès étendue de haut en has; battements du cœur profonds, s'cnlcndanl faiblement ; bruit respiratoire manquant dans le point occupé par la matité, reparaissant progressivement vers ses limites; accès de dyspnée et de palpitations.

Ces signes appartiennent à la pleurésie avec épanchement. S'il existait une pleurésie sèche ou avec une très petite quantité de liquide entre des fausses membranes épaisses et rugueuses, quelques-uns de ces signes pourraient manquer, et entre autres la voussure, la matité étendue, réloigneincnt des bruits du cœur, en un mot tout ce qui tient à un épanchement considérable; mais en revanche on aurait, pour éclairer le diagnostic, les bruits de frottement avec leurs diverses nuances.

Maintenant, quelles sont les maladies que l'on pourrait confondre avec In péricardite? On a cité la pleurodynie ; mais cette affection, cpii consiste uniquement dans la douleur des parois pectorales, qui ne s'accompagne d'aucune matité anormale, et qui, à moins de complication, ne présente ni affaiblissement, ni éloignement des bruits du cœur, ni frottement péricarditique , ne pourrait en imposer qu'à un observateur très superficiel.

La pleurfak avec m sans épanchement sera-t-elle plus difficile à distinguer de la péricardile? Il faudrait, pour qu'il en fût ainsi , que l'affection fût bornée à la partie antérieure de la plèvre; et lorsqu'il a été question de celle maladie, nous avons mi qu'un cas semblable serait tout à fait exceptionnel. Ainsi, dans la pleurésie médiocrement étendue, la matité sera en arrière et non en avant ; les bruits du cœur seront superficiels, et aucun bruit anormal ne viendra les masquer. En

MALADIES l>KS VOIES CIRGUIATOIUES.

arrière

il y a,..-;, affaibhssemenl du brait respiratoire, souffle bronchique J Dans nu cas semblable, l'erreur es, donc peu à craindre. Si l'épanchemeut du côî

gauche de la poitrine était assez considérable pour occuper presque t< • l'éteadj

de la plèvre et s étendre à la partie antérieure, on n'aurait aucun doute sur l'exil tence de la pleurésie, mais on pourrait se demander s'il existe en même temps un. péricardite. La marche delà maladie, la manière dont le liquide a envahi la plèvre e niveau de ce liquide plus élevé en arrière qu'en avant, l'absence «le palpitation! les battements du cœur à droite du sternum, par suite du roulement de cet oi-caiil Mendi aient éclairer le diagnostic.

Une pleurésie et une péricardite peuvent exister en même temps; en pareil cas le diagnostic est plus difficile, mais il est loin d'Être impossible, car M. Bouillaud a rapporté des observations où l'affection du péricarde a été très bien reconnue. I douleur particulière à la région précordiale ne serait pas suffisante pour lever les doutes, puisque, dans la pleurésie, il en existe une semblable et dans le infini point. Ce n'est guère qu'en suivant attentivement la marche de la maladie et en tenant compte de tous les signes qui existent à la région du cœur, qu'on arrive! à ce diagnostic, qui, du reste, ainsi que le fait remarquer M. Bouillaud, n'a point une extrême importance, puisqu'il n'influe pas sensiblement sur le mode de irai tement à employer.

Une autre affection, qui pourrait donner lieu à quelques incertitudes, est V/ujdni» péricarde; mais nous exposerons ce diagnostic particulier lorsque nous aurons l'ait l'histoire de cette dernière affection. Nous rem oyons également après l'bistoiJ de la péricardite chronique son diagnostic différentiel avec la péricardite aiguë.

TABLEAU SYNOPTIQUE DU DIAGNOSTIC

l" Signes positifs de la péricardite avec épanchement.

Douleur à la région précordiale.

Voussure plus ou moins étendue dans le même point.

Matité pyriforme souvent très considérable de la paroi antérieure de la poitrine, du côl gauche.

Absence du bruil respiratoire dans ce point.

Battements du cœur éloignés de l'oreille, s'entendant faiblement.

Accès de dyspnée et de palpitations.

Parfois lipothymies.

2° Signes positifs de la pleurésie sèche avec fausses membranes épaisses

et rugueuses.

Douleur à la région prccordiale.

Frottement péricarduique.

Bruit de cuir neuf, de parchemin froissé, de rdpe, etc., ordinairement double et plus l'on pendant le premier temps.

Mouvement fébrile plus ou moins intense.

PERICARMTE AIGUË. — DIAGNOSTIC.

Signes dis'./' net ifs de la péricardite et de la pleurodynù

PERICARDITE.

Matité étendue.

Bruits du cœur éloignés.

Absence du bruit respiratoire, ou bien frottement péricardit.que.

PLEURODYNIË.

Point de malilé.

Bruits du cœur voisins de l'oreille.

Bruit respiratoire normal ou seulement généralement affaibli. Poinl de frottement péricarditique.

ka Signes distinct! fs de la péricardite et de la pleurésie avec épanchement

médiocre.

PÉR1CARDITE

Voussure à la région précordiale.

Matité dans le même point.

Bruits du cœur éloignés.

Affaiblissement on absence du bruit respiratoire en avant.

PLEURESIE.

Point de voussure à la région précordiale. Matité à la partie postérieure.

Bruits du cœur voisins i\e l'oreille.

Affaiblissement du bruit respiratoire ou respiration bronchique en arrière.

5" Signes distinctifs de la péricardite et de la pleurésie avec épanchement

considérable.

PÉRICARDITE.

La matité apparaît et reste bornée à la partie antérieure de la poitrine.

Palpitations plus ou moins violentes.

Bruits du cœur entendus à la région pré-

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